CHAPITRE II
Des rapports do la respiration avec la vie.
ARTICLE I
Des rapports généraux de la respiration avec Vor'ganisme.
§ 976. I. Certains phénomènes de la nature inorganique, comme l'exciiation de l'électricité, la cristallisation, etc., exigent pour condition la présence de l'air, sans laquelle non plus les premiers germes de la vie ne peuvent s'éveiller, ni aucune moisissure se développer à la surface des substances en putréfaction , ou aucun animalcule infusoire s'engendrer dans les infusions. De même, la persistance oula durée
(1) Addition d'Ernest fiurdach.
de toute vie quelconque dépend du conflit continuel avec l'atmosphère., C'est à la faveur seulement de ce conflit que le sang acquiert sa couleur vermeille, et, ainsi qu'on l'a démontré ailleurs (§ 743, II), le sang rutilant est le seul capable d'alimenter la vie, attendu que lui seul contient ce qui doit faire pleinement contraste avec les parties solides, que lui seul entre en conflit normal avec elles. La couleur rouge plus ou moins claire annonce donc aussi le plus ou moins d'énergie de la vie , et une asphyxie quelconque , qu'elle tienne à l'inspiration de gaz irrespirables , à l'impossibilité d'admettre l'air dans les voies aériennes , ou à l'impuissance des poumons à l'attirer dans leur intérieur , n'est autre chose qu'une mort de tous les organes sans distinction , par défaut de sang artériel.. Le sang veineux, surchargé d'acide carbonique, n'est point absolument hostile à la vie (§ 743 , 5°) ; il ne le devient que parce qu'alors manque le sang artériel saturé d'oxygène. L'asphyxie qui survient dans un air renfermé, n'est pas non plus causée seulement par l'accumulation et l'influence de l'acide carbonique expiré ; elle l'est principalement par la diminution de l'oxygène ; car , bien qu'on ait soin d'absorber le premier de ces gaz , comme l'a fait Edwards (1) , la respiration n'en devient pas moins d'autant plus gênée et difficile que le second diminue davantage. La mort, dans les gaz dépourvus d'oxygène , dépend également , comme l'a dit Bischolf (2), de la seule absence de ce dernier , et non de la réteniion dans le sang de l'acide carbonique , qui continue toujours de s'échapper par l'expiration (§ 841, 6°, 8°). Nysien a constaté aussi (3), par des expériences répétées, que du gaz oxygène, introduit immédiatement dans le système veineux , peut remplacer la respiration pendant quelque temps : les Chiens périssaient au bout de cinq minutes dans le gaz azote; mais, lorsqu'on leur avait préalablement injecté du gaz oxygène dans la veine jugulaire , la mort n'avait lieu qu'au bout de dix
(1) De l'influence des ayens physiques sur la vie, p. 200.
(2) Commentatio derespiratione,p. 40.
(3) Âech, dephysiol. et de chimie patholog,, p. 149.
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minutes ; cependant les animaux déjà asphyxiés ne revenaient point à la vie par l'effet de celte injection , qui ne modiliait pas non plus d'une manière sensible la couleur du sang chez les animaux vivans (1). Cette dernière circonstance semble indiquer que le gaz oxygène est plus efficace quand il pénètre en petite quantité , peu à peu et par endosmose, que quand il se trouve mêlé en masse avec le sang.
II. A l'égard de l'action exercée par les diverses sortes de gaz :
1° Le gaz oxygène peut être respiré par l'homme pendant près de dix minutes. Il résulte de là une sensation agréable de chaleur et de bien-être dans la poitrime , et la circulation marche avec plus de vélocité. Chez les animaux qu'on y renferme, il y a d'abord excitation, accélération de la respiration et de la circulation , puis' accablement , avec faiblesse et rareté de la respiration ; la mort arrive plus tard que dans l'air atmosphérique non renouvelé , au bout d'à peu près quatre ou cinq heures ; mais elle ne lient ni au défaut de gaz oxygène, ni à la présence de l'acide carbonique expiré ; car, d'après Broughton (2), le gaz au milieu duquel les animaux ont péri est encore capable de rallumer une bougie soufflée, et d'entretenir la vie d'autres animaux aussi long-temps que celle des premiers. Les battemens du cœur sont forts et persistent encore quelque temps après l'extinction de la vie animale ; le mouvement des intestins dure aussi plus long-temps qu'à l'ordinaire ; le sang est écarlaie et très-coagulable, même dans le système de la veine cave ; les poumons sont d'un rouge intense et gorgés de liquide , et le cœur droit renferme beaucoup plus de sang que le gauche.
2° Le gaz oxydule d'azote , qui a la propriété d'alimenler la flamme , peut être respiré pendant cinq minutes environ sans inconvénient. Outre une accélération de la respiration , il occasione un trouble des fonctions sensorielles et une sorte d'ivresse. Chez les animaux qu'on y tient enfermés, la mort arrive au milieu de phénomènes semblables à ceux qui sont
(1) ib., p. 62.
(2) Archives générales, t. XXIII, p. 404.
DE LA RESPIRATION. 5/j5
détermines par le gaz oxygène , seulement avec beaucoup plus de promptitude.
3° Les animaux meurent plus vite encore dans le gaz azote pur. Ou trouve que le sang se coagule lentement, et qu'il a une couleur foncée ; le cœur droit en regorge. Quelques gorgées de ce gaz peuvent être respiré es sans danger.
4° L'homme peut également respirer le gaz hydrogène pendant une demi-minute : il n'en ressent qu'un trouble passager des fonctions sensorielles. Les animaux y périssent comme dans le gaz azote.
5° La mort est plus prompte dans le gaz acide carbonique , et plus rapide encore dans les gaz oxyde de carbone , hydrogène carboné , hydrogène sulfuré , hydrogène phosphoré , et oxyde d'azote (1). On trouve le sang d'une couleur foncée, et accumulé surtout dans le cœur droit. Quelques bouffées de ces gaz déterminentégalement chez l'homme un trouble de la sensibilité générale, des fonctions sensorielles et de la conscience.
§ 977. Le degré du besoin de respirer varie beaucoup aux divers échelons de la vie.