XI. Sécrétions
§ 982. A l'égard des sécrétions , ils est clair qu'elles ne se bornent pas à maintenir l'intégrité du sang en éliminant les substances étrangères qui ont pu y pénétrer , mais qu'elles rétablissent encore la proportion normale de ses principes consliiuans ; et qu'à cet effet le détritus laissé par les unes est enlevé par d'autres , ce qui ramène le liquide générateur à ses conditions premières (§ 892, 5°). De cette manière, les matériaux éloignés et inorganiques sont entraînés hors du corps sous leur forme primitive , tandis que lcjs organiques sont décomposés et chassés sous la forme de nouvelles combinaisons. Ainsi , par exemple , la sécrétion urinaire devient un moyen de débarrasser le sang, de son excès d'eau , de sels et de terres , qu'on voit apparaître dans l'urine sans qu'ils aient changé de nature , au lieu que l'azote devenu en excès dans la fibrine ou l'albumine (§ 879), n'est éliminé qu'après avoir donné naissance à de l'urée et à de l'acide urique. Ces deux derniers principes de l'urine n'ont effectivement point été ingérés avec la nourriture, puisqu'on les rencontre aussi chez les animaux herbivores; une nourriture azotée les engendre seulement en plus grande proportion , sans qu'ils y soient déjà tout formés (§ 853). Ce ne sont pas non plus des produits de la digestion , car on ne les trouve pas dans le chyle , et l'urine en contient davantage le matin, au réveil , qu'immédiatement après la digestion Enfin ils ne doivent pas naissance à la résorption , car, suivant Lassaigne , le sang veineux et la lymphe en contiennent après même dix-huit jours d'abstinence absolue. Ils se forment donc dans les reins. Mais comme les organes sécrétoires ne sont que les moyens à l'aide desquels s'accomplit ce qui a sa cause réelle dans tout l'ensemble de la vie , tontes les fois que les reins n'agissent point, dans le choléra par exemple , ou après qu'on les a extirpés, de l'urée et de l'acide urique peuvent se produire sur un autre point quelconque et se retrouver ensuite dans le sang.
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Le l'oie surtout paraît avoir des connexions intimes avec le sang et la vie plastique en général. Il existe dans presque tout le règne animal : il se fait remarquer par la multitude des vaisseaux qui s'y distribuent, et toutes les fois qu'il est atteint de maladie , le travail de la plasticité souffre plus ou moins. Évidemment le sang que la veine porte y amène subit un changement considérable, puisqu'il a des caractères qu'on ne remarque point dans le sang des veines hépatiques, non plus que dans celui de la veine cave. On ne pouvait se former qu'une idée fort incomplète de ces particularités au milieu des assertions contradictoires des anciens observateurs (1) : les recherches de Schultz ont singulièrement agrandi le cercle de nos connaissances à leur égard (2). Le sang de [la veine porte diffère de celui de la Yeine cave par sa couleur plus foncée ; il ne rougit pas par les sels neutres , et rougit peu par le gaz oxygène ; son cruor sec n'est pas d'un rouge foncé , mais d'un gris brun sale ; le cruor est plus abondant en proportion de l'albumine, et il se compose de globules lisses , dans lesquels prédomine l'enveloppe colorée , attendu que la dissolution a déjà attaqué le noyau. Il contient moins de parties solides. Il est plus pauvre en fibrine , ce qui fait qu'il ne se coagule pas , ou qu'il donne un caillot qui reste mou et qui se dissout en douze à quatorze heures, ne laissant qu'un sédiment noir. 11 contient près du double de graisse, surtout dans sa fibrine, qui a une teinte de brun noirâtre et une consistance onctueuse.
1° L'hypothèse la plus simple est que, par suite de son long séjour, qui tient à la longueur et aux fréquentes anastomoses des vaisseaux intestinaux , à la structure de la rate , et en général à la lenteur cTe la circulation dans cette fraction du système vasculaire , par suite aussi de la sécrétion si abondante des sucs gastrique et intestinal, et ;surtout du développement d'un acide libre dans ces sucs, le sang est devenu plus pauvre en oxygène et en azote, qu'il est plus riche en
(4) Ilaller, Élem. physiol., t. VI, p. 497.
(2) System der Circulation, p. 457. — Riist, Magasin, t. XLIV,p. 5- 42. — Journal de Hufeland, 4838, Cftll. 4, p. 43.
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carbone , qu'il a perdu davantage de principes solides , notamment de fibrine , qu'il a acquis plus de graisse , que le foie, de son côté, emploie la graisse et le cruor à la formation de la bile , et qu'il débarrasse ainsi le sang de son excès de carbone. D'après cela, le foie, éliminant le carbone sous forme combustible , ferait opposition aux poumons , qui le chassent du corps sous celle de produit brûlé (1), et il y aurait antagonisme entre ces deux organes , car le foie est plus volumineux chez les animaux qui vivent dans l'eau , dans les marécages ou dans des lieux humides , comme aussi chez l'embryon , que chez ceux qui ont une respiration purement aérienne , la sécrétion de la bile est plus abondante sous l'influence de la chaleur humide , et cette dernière circonstance accroît aussi la fréquence des maladies hépatiques. On objecte que le foie est trop volumineux, proportionnellement à la quantité de bile qu'il produit, pour qu'on puisse croire sa fonction réduite à la seule sécrétion; mais celte difficulté n'a aucuae valeur, car la bile étant un liquide beaucoup plus particulier que la plupart des autres humeurs sécrétées, il peut se faire que sa formation exige aussi une quantité de sang plus considérable et un appareil plus volumineux.
2° Comme les veines de l'organe digestif conduisent leur contenu au foie , toute l'antiquité croyait que cette glande reçoit ainsi le produit de la digestion pour le convertir en sang, et pour éliminer , sous la forme de bile , les matériaux incapables de subir la métamorphose. La connaissance acquise du système lymphatique ne fit point abandonner entièrement cette hypothèse. Grimaud (2) et Hartmann (3) admettaient qu'une grande partie du chyle est conduite dans le foie , pour y être assimilée. On assure même encore aujourd'hui que la bile doit se former aux dépens des alimens, notamment le picromel , parce que Lassaigne n'a point rencontré cette dernière substance dans la bile de l'embryon. Sui
(1) Tiodemann, Jiech. sur la digestion, t. II.
(2) ( oms complet de 'physiologie, Paris, 1818, t. II, p. 265.
(3> Hi/pnthese uelerdie assimilativ blutbereitende Functiondcr Lebcr. L<:ipsick, 4838, p. 14.
\ant Haller (l),;le foie débarrasse le sang des vapeurs putrides développées clans l'intestin , et selon Prochaska (2), il le dépouille des substances combustibles grossières qui proviennent des alimens. Tipdemann pense que le sang de la veine porte porte au foie les substances étrangères absorbées dans l'intestin, et une portion du chyle, afin que le tout y soit assimilé pas son mélange avec du sang artériel. Denis (3) croit qu'une partie des boissons, la plupart des sels, et les molécules particulières extraites des alimens arrivent au foie , et que là se forme la substance jaune du sérum du sang , qui, par son accession , convertit le chyle en sang. Toutes ces opinions manquent de preuves suffisantes. Chez l'embryon. le sang se forme hors du corps , avant qu'il existe un organe sécréteur de la bile , un foie. Puis la sécrétion binaire s'établit avant que l'organisme prenne aucune nourriture du dehors. Enfin elle s'accomplit toujours de la même manière , quels que soient les alimens introduits dans l'estomac , et elle est plus abondante dans les cas d'abstinence prolongée que dans toute autre circonstance. Ce n'est donc pas aux substances alimentaires immédiatement qu'elle emprunte ses matériaux. La coloration du sérum en jaune ne suffit pas non plus pour opérer la conversion t\n chyle en sang. D'un autre côté , les recherches de Schuitz sur le sang de la veine porte, et les variations qu'on remarque en ce liquide dans les divers états de la vie, démontrent qu'il n'est point» redevable de ses caractères spéciaux à des portions d'alimens ou à du chyle mêlés avec lui. En effet, il est plus foncé, plus aqueux , plus pauvre en fibrine et plus riche en graisse chez les animaux soumis au jeune , qu'après une alimentation copieuse ; ses propriétés particulières ne lui sont donc pas fournies par l'acte de la digestion, mais par son séjour prolongé dans les vaisseaux, par son contact avec la substance organique qui l'entoure, et par la sécrétion qui s'ensuit. Sa graisse aussi diffère de la graisse blanche , et en partie cristalline , qu'on trouve dans le chyle.
(1) Elem. physiolog., t. VI, p. 495.
(2) Physiologie. Vienne, 1820, p. 418.
(3) Archives générales, 3« série, t. I, p. 179.
3° Si, d'après cela, il paraît n'êlre pas essentiel que des substances étrangères soient amenées de l'appareil digestif au foie , ce phénomène peut cependant avoir lieu en certaines circonstances , et les dispositions de l'organe sont telles qu'il ne résulte de là aucun inconvénient. Magendie (1) a trouvé que la même quaniité d'huile grasse, d'émulsion cérébrale, de bile ou d'air, qui amène promptement la mort quand on l'introduit dans les veines caves, peut être injectée sans danger dans la veine porte , et il conclut de là que ces substances étrangères éprouventune plus grande division dans le foie , qu'elles s'y délaient dans une plus grande masse de sang, avec lequel elles se mêlent d'une manière plus intime.
4° Emmert a observé (2) un fait qui mériterait d'êire examiné avec plus d'attention : c'est que la ligature de la veine mésentérique , près de son embouchure dans la veine porte , tue les animaux très-promptement , en trois quarts d'heure au plus , qu'elle détermine une grande faiblesse chez eux , enfin qu'après la mort les vaisseaux sont extraordinairement gorgés de sang, et les intestins parsemés d'ecchymoses, tandis que la ligature de la veine cave à la région rénale n'entraîne pas la mort avant quarante-huit heures, ei que le cadavre n'offre point une replétion aussi marquée des vaisseaux sanguins