XII. Ganglions sanguins
§ 983. I. L'observation directe nous apprend peu de chose touchant les usages des ganglions sanguins (§ 783), cependant il suffit de considérer les rapports organiques de ces parties, pour acquérir des notions générales à l'égard de leurs fonctions. Les substances qui agissent ici sont du sang artériel et un tissu organique ; les produits sont du sang veineux et de la lymphe.
1° Les gjnglions sanguins se présentent donc à nous comme des diverticules du système vasculaire , qui détournent le sang de son droit chemin , et où il acquiert les carac-
(1) Précis élément,, t. I, p. 37 Leçons, 1. 1, p. 159.
(2;Ileil, Archiv, t. XII, p. 255.
58/j DE LA RESPIRATION.
lères Veineux sous l'influence du lissu environnant. Ainsi ces appareils augmentent la veinosilé du sang, par conséquent aussi son affinité pour l'oxygène atmosphérique et l'attraction exercée par lui sur le gaz : ils contribuent donc également à exalter la respiration.
2° Il se produit dans les ganglions sanguins un liquide , dont une partie provient du sang, comme sécrétion interstitielle et comme résidu de la nutrition du tissu , et dont l'autre résulte de la fluidification de ce dernier lui-même. Ce liquide étant résorbé , il peut communiquer au chyle et au sang de nouvelle formation le plus haut degré d'animalisation dont lui-même jouit en propre, et, de son côté , être pour ainsi dire rajeuni par ce mélange.
IL A la longue série d'hypothèses que Haller a citées (1) relativement aux usages de la rate, on en pourrait ajouter beaucoup plus que ne le comportent les laits qui conduisent à des conclusions positives. Il est clair que la rate sert à l'œuvre de la plasticité , mais ni la zootomie , ni la pathologie , ni les expériences ne nous procurent des lumières suffisantes sur le rôle spécial qu'elle joue. L'extirpation de cet organe , qu'on a tant de fois pratiquée , et depuis long-temps déjà (2) , n'a été funeste que dans des cas rares , et même alors la mort tenait probablement à des circonstances accessoires , comme la perte de sang , la suppuration , etc. Souvent elle n'a entraîné aucun changement appréciable, ni dans l'organisation, ni dans les fonctions , laissant parfaitement intactes la digestion , la nutrition , la force musculaire , la faculté procréatrice , la vivacité. Quand elle a déterminé des dérangemens de la santé, les effets ont beaucoup varié suivant les cas. Ainsi, par exemple , quarante expériences de ce genre , faites à peu de distance les unes des autres par des physiologistes de Paris , n'ont procuré absolument aucun résultat précis (3). La rate paraît donc n'avoir que des rapports de peu d'importance avec la vie , et pouvoir être suppléée par les autres organes.
(1) FAem, physiol., t. VI, p. 423.
(2) Ibid., p. 421.
(3) Assolant, Jiech. sur la rate. Paris, an x, p. 433.— Ribes, Mémoires d'anatomie de phijsioloy. et de pathol. Paris, 1841, t. II, p. 355.
1» Elle forme un sang qui est veineux à un très- haut degré. Fort souvent, par exemple , dans les expériences de Tiedemann et Grnelin , on n'a pu apercevoir aucune différence entre le sang veineux de la rate et celui de la veine cave. Quant aux cas dans lesquels le premier de ces liquides a offert des caractères particuliers ( § 886, 5°), il est permis de douter qu'ils différassent de ceux du sang des veines mésaraïques , ou du moins aucun fait ne l'établit. Cependant nous voyons dans la rate une organisation (§ 783) qui ralentit le cours du sang, retient plus long-temps ce liquide dans les racines des veines , le rend par conséquent veineux à un degré plus prononcé, et doit en conséquence l'approprier davantage à la production de la bile , ce qui semblerait être confirmé par les phénomènes qu'on a quelquefois observés après l'extirpation de l'organe. Peut-être les branches 'de l'artère splénique qui vont à l'estomac fournissentelles à ce dernier viscère un sang plus oxygéné et plus propre à sa sécrétion acide , de telle sorte qu'il y aurait , entre la rate et l'estomac , un antagonisme qui partagerait le liquide sanguin en deux portions douées de qualités différentes. Dans ce cas , la rate contribuerait à la sécrétion du suc gastrique, et exercerait ainsi de l'influence sur la digestion. On pourrait expliquer par là pourquoi les expérimentateurs ont quelquefois observé , après son extirpation , une dilatation des artères gastro-épiploïques (1) et une formation incomplète de chyme, pourquoi aussi les branches gastriques de l'artère splénique sont plus nombreuses et plus longues chez les animaux carnivores (2). Cependant ce n'est là qu'une hypothèse , et l'influence de la rate sur la digestion doit se réduire à bien peu de chose (§ 957. V ), puisque les rameaux gastriques de l'artère splénique ne fournissent du sang qu'à une partie de l'estomac , et que le canal digestif envoie aussi du sang au foie pour la formation de la bile.
2° Déjà autrefois on admettait que la rate sécrète un liquide qui passe dans les vaisseaux lymphatiques , ou que les
(4) Haller, Inc. cit., t. VI, p. 422. — Assolant, loc. cit., p. 51.
(2) Heusinger, Ueber den Bau und die ferrichtuiujen der MHz, p. 23.
veines mènent au foie, et qui contribue à l'hématose (1). Plusieurs physiologistes modernes pensent également , avec Tiedemann , que la lymphe de la rate cuncourtà l'assimilation. Celte opinion a pour elle la remarque, faite par Hewson (2), que. la lymphe splénique diffère de celle des autres parties du corps, chez les Bœufs et chez les Chiens, par sa couleur rouge cl par une plus grande coagulabilité. Tiedemann a observé la même chose chez les Chevaux et les Chiens, Huiler (3) , chez les bêtes à cornes. Mais Monro a reconnu que la lymphe de la rate est transparente pendant la vie des animaux , et que ce n'est qu'après son exposition a l'air qu'elle rougit; Leuret et Lassaigne (4) disent aussi qu'elle n'aeqtiiert cette teinte que par l'effet de la fièvre ou des tortures de la -vivisection. Seiler (5) a trouvé également qu'elle ne rougit en général qu'au contact de l'air. Magendie et Tiedemann ayant établi qu'on ne la voit guère rouge que chez les animaux qui ont été privés de nourriture pendant long-temps , ce phénomène nous paraît n'avoir rien de particulier, el n'est que la conséquence de la propriété dévolue à toute lymphe (§ 959, 4°, 5°), propriété qui seulement se prononcerait ici d'une manière plus sensible.
3° Ainsi , les rapports qu'on avait supposés entre la rate et l'hématose paraissent n'avoir rien de réel. Hewson croyait avoir vu des globules du sang dans la lymphe de cet organe; il admettait (6) que les noyaux de ces globules , formés dans le thymus et les ganglions lymphatiques, acquièrent, dans les cellules de la rate , la substance colorée sécrétée par les artères spléniques, que, de celte manière, ils se trouvent pourvus d'une enveloppe et portés au terme de leur développement , et qu'ensuite les vaisseaux lymphatiques de la rate , jouant le rôle de conduits excréteurs , les conduisent dans le canal thoracique et delà dans le sang. Voilà pourquoi , sui-
(1) Hnller, Elem. physiol., t. VI, p. 423.
(2) Expérimental inquiries, t. III, p. 410.
(3 Handbuch der Physiologie, t. I, p. 245.
(4) Rech. sur la digestion, p. 93.
(5) Zeitschrift fuer Natvr-und Hcilkundo, t. II, p. 353, 394.
(6) Loc. cit„ p. 131 137.
DE LA. RESPIRATION. 687 vanl lui , le sang veineux de la rate n'est point coagulable , et ne contieni pas de globules. Mais, la plupart du temps, l'hématose n'est pas troublée le moins du monde par l'extirpation de la rate; les globules du sang sont, comme l'avait déjà fait remarquer Monro, constitués de la môme manière dans les veines de la rate que dans les artères , et ceux qu'on a trouvés dans la lymphe rougie de cet organe, ne diffèrent vraisemblablement pas de ceux qu'on observe dans toute autre lymphe devenue rouge. Arnold (1) prétend que la lymphe splénique, même à l'état incolore , contient, outre les globules lymphatiques, une multitude de corpuscules tout à fait semblables aux globules du sang pour la forme et le volume, et qu'en conséquence il se produit réellement des globules du sang dans la rate. Schullz admet (2) que les globules de obvie entrés dans le sang se déposent et se transforment dans la raie, parce que, suivant lui, la lymphe splénique ne contient presque pas de globules lymphatiques , mais seulement des globules du sang en train de se produire. Ces deux théories sont encore fort douteuses, par les mêmes' motifs qui militent contre celle d'Hewson.
III. Pour ce qui concerne les autres ganglions sanguins , on ne connaît nullement la nature de leur sang veineux, et l'on connaît fort peu leur lymphe : on a seulement observé le liquide interstitiel qui s'y rencontre , mais sans pouvoir tirer de là aucune induction , de sorte que toutes les opinions qui ont été émises sur les fonctions de ces organes se réduisent à de pures hypothèses.
1 Hewson (3) croyait avoir trouvé des noyaux de globules du sang dans le liqaide interstitiel du thymus et dans les vaisseaux lymphatiques qui partent de ce corps ; en conséquence, il admettait qu'il s'en (orme là comme dans les ganglions lymphatiques , et que les lymphatiques les transmettent ensuite au sang, mais que, pendant les premières périodes de la vie , oii l'accroissement marche avec le plus de rapidité, l'action
(1) Lehrbuch der Physiologie, t. II, p. 164. (2; Bas Sij.Hem der Circulation, p. 47. (3; Loo. cit., t. m, p. 78, 128.
588 CONSIDERATIONS GÉNÉRALES
des ganglions lymphatiques serait insuffisante , si le thymus ne venait à son secours. Suivant Haugsted (1)', l'organe sert à l'assimilation du lait chez l'enfant à la mamelle , parce qu'à cet âge les glandes salivaires ne sont point encore complètement développées, non plus que les ganglions lymphatiques du mésentère. Arnold cherche à concilier ensemble les opinions de Hewson et de Haugsted (2).
2° Hofrichter (3) attribue pour usage à la thyroïde de donner au sang abondant qui y circule avec lenteur un caractère veineux dont le but est de le préparer à la respiration. Treviranus (4) pense qu'elle sert à l'assimilation du liquide absorbé par la peau de la tête , du cou et des membres pectoraux.
3* Ce physiologiste admet que les capsules surrénales remplissent le même office par rapport aux parties inférieures du corps (5). Arnold (6) les croit destinées d'une manière spéciale à l'assimilation de la lymphe qui vient des organes génitourinaires. Suivant Schmidl (7), la sécrétion qu'elles fournissent a pour usage de procurer au sang les qualités nécessaires pour exciter convenablement le cœur, qualités dont la sécrétion du suc intestinal , de la bile et de l'urine le dépouille.