‹ Traité physiologie considérée comme science d'observation (volume 4)Chapitre 33 sur 81 · II · texte numérisé non relu

II

Quant aux forces qui accomplissent l'éjaculation du sperme ( 5°-7° ) , on peut les rapporter aux suivantes :

5° La contraction des testicules, à laquelle la structure vasculairc de ces organes permet de s'effectuer sans assistance extérieure. Le testicule , parvenu à un plus haut degré de développement , n'a d'autre muscle propre à le resserrer que celui qu'on appelle crémaster. L'action de ce muscle est surtout très-sensible chez les animaux privés de vésicules séminales, et dont la plupart l'ont très-développé. De Graaf lia les conduits déférens d'un Chien avant l'accouplement ; celuici terminé , les conduits séminaux regorgeaient tellement de sperme , que le testicule s'était gonflé en une masse énorme (1).

6° Étant des conduits excréteurs produits par une membrane muqueuse , les canaux déférens et les vésicules séminales sont doués d'une force musculaire qui leur permet de darder le liquide contenu dans leur intérieur. Les vésicules séminales agissent surtout chez les Mammifères dont les testicules sont situés dans la cavité abdominale pendant le rut, et par conséquent éprouvent moins de pression de la part des objets extérieurs : presque tous ces animaux , à l'exception des Monotrèmes , des Cétacés et des Phoques , ont des vésicules séminales, qui souvent sont fort développées. L'urètre peut également exécuter de vives contractions , puisque , comme Home l'a démontré , il possède des fibres musculaires nombreuses dans la couche extérieure de ses parois.

7° Enfin , différens muscles soumis à la volonté viennent au secours de l'éjaculation. Les muscles abdominaux agissent principalement chez les animaux dont les testicules sont logés dans la cavité abdominale. Les élévateurs de l'anus et les transverses du périnée pressent les vésicules séminales et la prostate contre la vessie urinaire; les bulbo-caverneux aident à l'action musculaire de l'urètre , et sont par cela même , lorsque le passage du sperme à travers ce canal présente des difficultés , ou plus développés, comme dans le Verrat, dont le bulbe urétral forme un sac profond , ou plus étendus

(1) De virorum or y. gênerai, intervient. , p. 53.

d'avant en arrière, comme dans la Taupe et le Lapin (1). Les ischio-caverneux exercent également une action expulsive sur l'urètre , dont ils augmentent en même temps la tension. Pendant que tous ces muscles agissent, ceux qui se rendent du bassin aux lombes , à la poitrine et aux cuisses, exécutent des mouvemens en sens inverse de leur direction ordinaire , puisque Iè bassin devient alors la partie mobile , et qu'il se porte par saccades en avant pour effectuer l'éjaculatiort , à laquelle les psoas peuvent contribuer jusqu'à un certain point en comprimant les canaux dérerehs.

S° Chez l'homme , le sperme est lance à quelques pouces, ei à une distance d'autant plus grande que l'érection est plus forte , la distension des voies séminales par le liquide plus considérable , et l'activité musculaire pliis énergique. Lû prostate et les glandes de Cowper versent également leur liquide, parce qu'elles sont comprimées par les muscles qui viennent d'être nommés : cependant Villeneuve prétend (2) que la liqueur prostatique coule seulement goutte à goutte , lorsqu'elle sort seule. La quantité de liquidé évacuée s'élève à environ quelques gros (3).

9° Le vagin embrasse plus étroitement le pénis , en raison de sa turgescence, et par faction de son sphincter ; les plis turgescens augmentent les points de contact , et la sécrétion muqueuse s'accroît en outre par l'effet du frottement , à tel point qu'elle s'échappe même quelquefois par un jet soudain, ce qu'on prétend avoir lieu aussi dans la masturbation. Du reste, tous les organes génitaux de la femme entrent dans un état d'éréthisme et de turgescence. Bond (4), en ouvrant le corps d'une jeune femme qui avait passé la plus grande partie de la nuit avec un homme , et qui s'était empoisonnée le matin en prenant de l'opium , trouva les points du vagin auxquels adhérait encore du sperme d'un rouge vif et plus vasculeux qu'à l'ordinaire ; les oviductes contenaient davantage de sang , ils avaient une apparence charnue , et étaient con-

(1) Cnvier, Anal, comp., t. Y, p. 9S.

(2) Dict. des se. métl., t. XI.

(3) Haller, loc cit., t. VII, p. 570.

(4; Froiiep , Notisen, t. XL, p. 327.

tournés sur eux-mêmes ; les ovaires présentaient des traces de la même turgescence, et étaient plus rapprochés de la matrice : on y apercevait quelques grosses vésicules contenant un liquide légèrement trouble , et d'autres plus petites , qui tenaient à des pédicules.

i. Etat de la vie pendant V accouplement .

§ 283. Etudions maintenant Y état de la vie pendant l'accouplement.'

1° Le sentiment intérieur est singulièrement mis en jeu par la plus forte de toutes les excitations que puissent ressentir les organes les plus sensibles du corps. L'animal femelle éprouve souvent des douleurs causées par les stimulations préliminaires ( § 277 ) , par la position ( § 279 ) , par les moyens qui servent à le retenir ( § 280 ) , par la déchirure de l'hymen ( § 281 ) , et fréquemment aussi par la forme du pénis. Le gland des Planorbes est cartilagineux et en forme d'agaric , de sorte qu'il a de la peine à sortir. Il ressemble également à un champignon chez le Rhinocéros , le Sapajou et autres Singes. Dans l'Agouti , il porte des papilles dures et pointues , ainsi que deux petites plaques osseuses , au bord aigu et dentelé desquelles se trouvent des dents dirigées en avant. Il est garni de soies dures dans quelques Chéiroptères, de saillies et de renflemens dans le Cheval. Celui du Chameau, de l'Ichneumon et des Tortues est courbé en crochet. Des épines et des espèces de hameçons le hérissent dans le Chat , le Lion , le Tigre , la Hyène, la Martre , le Castor , le Cochon d'Inde, la Gerboise, le Macaque, et les Serpens, de même que chez quelques Phalènes. Chez la femme, la paroi antérieure du vagin est la plus sensible , et c'est avec elle aussi que le gland entre surtout en contact.

C'est précisément cette alliance toute particulière de plaisir et de douleur qui constitue la volupté. Plusieurs animaux , tels que les Chattes , les Lionnes, les femelles des Loris, etc., expriment ces sensations !par un cri plaintif. La Grenouille femelle pousse, lorsque les œufs sortent, un pelit cri, que le mâle accompagne d'une espèce de cri interrompu (4).

(i) Spallanzani , loc. cit., p. 10.

MODALITÉ DE l' ACCOUPLEMENT. 1 65

Le mâle du Crapaud fait entendre un grognement particulier , qu'il n'a point dans d'autres momens , et qui devient plus fort à l'approche d'un autre Crapaud, ou quand on cherche à lui ravir sa femelle.

2° L'acte est accompagné d'un accroissement de chaleur. Le cœur peut à peine maîtriser le flot du sang, et bat à coups redoublés. La respiration est accélérée , et le sang se porte à la tête. Suivant Gaspard, la tête et le cou du Limaçon même deviennent le siège d'un gonflement bleuâtre. Aussi la mort arrive-t-elle souvent dans l'acte vénérien ou à sa suite , surtout chez l'homme, qui en éprouve de plus fortes secousses , et principalement chez les sujets attaqués d'affections du cœur et des organes respiratoires, ou prédisposés à l'apoplexie, ou enfin accablés d'une débilité [générale , dont ils cherchent à triompher par des excitations contre nature.

3° L'animal femelle se comporte , en général , d'une manière purement passive , de manière que la copulation paraît être une fonction à proprement parler masculine. Les Pucerons femelles demeurent dans une immobilité absolue pendant que les mâles se livrent aux plus violens mouvemens. Les Papillons femelles se traînent de tous côtés , et la Grenouille se plonge dans l'eau , puis revient à la surface , pour y humer de l'air. A peine remarque-t-on la moindre expression de volupté chez les femelles des Mammifères , si ce n'est néanmoins dans l'attitude qu'elles prennent.

4° Au moment de l'éjaculation, l'homme reçoit une secousse générale et pénétrante; il éprouve un anéantissement total, et la femme elle-même est saisie d'un frisson. Tous les autres sens sont frappés d'une paralysie momentanée. La vie entière est absorbée dans la nouvelle direction qu'elle a prise , et qui est aussi celle par laquelle elle arrive à son plus haut degré d'exaltation. Chez les animaux , cet état s'exprime quelquefois par des phénomènes surprenans ; les Limaçons laissent pendre leurs tentacules , et sont presque absolument insensibles (1). Rien ne saurait déranger les Hémiptères et les Coléoptères accouplés; les Tortues se laissent prendre aisé-

(1) Haller, loc. cit., t. YIII, p. 263.

ment (1); on peut saisir les Tritons, et les poser sur sa main, sans qu'ils s'en aperçoivent; le Scarabée nasicorne se laisserait plutôt hacher en morceaux que de quitter sa femelle (2) , et les Phalènes ne se séparent pas même lorsqu'on les transperce ensemble d'une épingle. Rœsel arracha les pattes de derrière à une Grenouille , qui ne lâcha cependant pas sa femelle (3) ; Spallanzani suspendit un Crapaud par une patte qu'il avait attachée à un fil, il le piqua en diflérens endroits, lui enleva plusieurs lambeaux de chair et lui coupa une cuisse; mais cet animal n'abandonna sa femelle qu'au bout de treize heures, avec la vie. Un autre féconda les œufs pendant trois heures encore , quoique ses deux cuisses eussent été coupées (4). Une Grenouille mâle, à laquelle il avait coupé la tête , ne détacha pas ses bras de la femelle , et ne cessa de féconder les œufs que quand celle-ci eut cessé d'en pondre ; la ponte et la fécondation ne furent point interrompues par la décapitation des deux individus (5) ; d'autres supportère-:it qu'il leur brûlât les jambes , et ne se détachèrent que quand le feu gagna la cuisse , mais s'accouplèrent de nouveau après avoir été remis dans l'eau (6). Le sentiment intérieur est complètement détourné de l'individualité, et dirigé tout entier vers l'espèce ; car on observe alors une insensibilité absolue. Après que le mâle de la Salamnndra platycauda a battu sa femelle, il s'éloigne un peu d'elle, et tombe dans unesorte.de stupeur pendant laquelle il s'étend sans faire aucun mouvement, et éjacule son sperme au milieu de légères convulsions du tronc et de la queue (7). Les Chauve-souiis se laissent aussi tomber à terre pendant l'accouplement.

Mais , comme la vie animale revêt toutes les formes imaginables , il y a aussi des animaux qui demeurent parfaitement tranquilles pendant la copulation , et que la moindre cause suffit pour déranger; tels sont certains Lépidoptères.

(1) Spallanzani , loc. cit., p. 83.

(2) Swanunenlam , Bibol der Natur, p. 126.

(3) Natur ijeschichtc der Frœsche , p. 5.

(4) Loc. cit., p. 86.

(5) Loc. cit., p. 2S9.

(7) Rusconi, Amours des Salamandres . pl 33.

k. Durée et fréquence de l'accouplement.

§ 284. L'accouplement ne dure qu'un instant chez les Ephémères , les Cousins , les Monoculus pulesa , etc. Il a aussi une durée fort courte chez les Lézards (1) , et chez certains Mammifères, l'Élan, par exemple. Chez la plupart des Oiseaux, il est court et fréquent ; cependant celui des Cygnes et des Autruches dure plus long-temps et se répète moins souvent. Il ne dure que cinq à six minutes chez les Limaçons des vignes , après que les deux animaux se sont tenus quelques jours enlacés. Dans les Chiens , les Loups et les Renards , sa durée est de plus d'un quart d'heure, ces animaux restant attachés l'un à l'autre à cause du renflement du gland et de l'étroitesse du vagin , ce qui tient peut-être à ce que l'absence des vésicules séminales ralentit l'émission du sperme. Certains Insectes , par exemple le Meloe vesicatorius , restent également accouplés pendant plusieurs jours , les têtes à l'opposé l'une de l'autre. L'accouplement dure très-long-temps chez les Grenouilles et les Crapauds , quoique la fécondation proprement dite soit l'affaire d'un instant ; sa durée est de dix , douze , quatorze et même vingt jours dans le Crapaud commun (2). La chaleur exerce à cet égard une influence incontestable : ainsi l'accouplement de la Grenouille verte dure quatre à cinq jours quand le temps est chaud, et huit à dix lorsqu'il est froid ; quelques heures suffisent à celui de la Rainette en Lombardie , tandis qu'il exige un à trois jours en Allemagne.

La fréquence est presque toujours en raison inverse de la durée. Les Papillons diurnes, par exemple, restent unis fort peu de temps, mais répètent souvent l'acte , tandis que l'accouplement est long chez les Coléoptères, qui ne l'accomplissent qu'une seule fois. Certains mâles, comme l'Ours noir, s'accouplent plusieurs fois l'une après l'autre, sans changer de situation. La femelle de l'Elan s'accouple deux à trois fois dans l'espace d'une heure , et la Yache quatre à six ; après

(1) Spallanzani , loc. cit., p. 57. J

(2) Spallanzani, loc. cit., p. 31,

quoi elle est fécondée. Le Coq répèle l'acte jusqu'à cinquante fois par jour; le Moineau, la Bergeronnette, etc., douze à vingt fois par heure.

Dans l'espèce humaine , l'accouplement normal se réitère en général deux fois par semaine (1). Un intervalle de huit jouçs avait été prescrit par Mahomet, de neuf par Zoroastre, et de dix par Solon.'

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