Résultat de l'accouplement
§ 285. Les résultats de l'accouplement ne sont pas moins curieux à étudier.
1° Le premier consiste dans l'aversion des sexes l'un pour l'autre. Autant ils s'attiraient auparavant, autant ils se repoussent après. Un phénomène analogue se remarque déjà chez les plantes, où les étamines se fanent après l'évacuation des anthères , et la plupart du temps même s'éloignent du stigmate. Les Limaçons se retirent dans leur coquille, etse quittent l'un l'autre dès le lendemain. Le Lymnée mâle fuit la femelle avec toute la célérité dont il est capable (2). Les femelles des Araignées et des Gantharides dévorent fréquemment les mâles , aussitôt après l'accouplement , lorsqu'ils ne se retirent pas en toute diligence (3). Sans avoir rien de semblable à craindre , les Grenouilles s'éloignent promptement l'une de l'autre (4). La Chatte sauvage frappe le mâle à la face, quand il la quitte (5), et les Hamsters se battent ensemble. La femelle du Chevreuil fuit le mâle et va retrouver ses petits. Un Chamois femelle qui s'était accouplé en captivité témoigna , aussitôt après la fécondation , tant de répugnance pour le mâle, que, malgré toutes les précautions imaginables, il parvenait à s'échapper lorsqu'on les renfermait ensemble (6).
Chez l'homme , l'amour entretient la liaison , qui ne devient que plus intime encore par la connaissance de la gros-
(1) Haller, Elem. physiol., T. VII, p. 570.
(2) Stiebel , clans Meckel , Deutsches Archiv, 1. 1, p. 423.
(3) Fabiicius, Resultale nalurhistorischer Vorlesungen , p. 311.
(4) Rœsel , Naturgcscliichte der Frœsche , p. 14.
(5) Bechslein , Gemeinnuetzige Nattirgcsclricktc, 1. 1, p. 674.
(6) Neujahrsgcschcnk fucr Jagdliebhaber, 1324 , p. 165.
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sesse. La femme reproche rarement à l'homme , même lorsqu'elle s'est donnée à lui sans amour, la fécondité dont elle lui est redevable , et ce n'est qu'au milieu des douleurs de l'enfantement qu'on voit quelquefois se trahir cette répugnance purement animale. Mais il est bien plus ordinaire que l'homme se fatigue de la femme avec laquelle il épuise la coupe du plaisir , et les exemples en sont d'autant plus fréquens , que le voluptueux est indifférent pour les femmes , qu'il les méprise, et même qu'il les hait.
2° Le mâle est épuisé après l'accouplement ; car sa force , qui ne tend qu'à se développer au dehors , s'est manifestée dans la plus grande latitude et est arrivée au but. Pour la femelle, au contraire, c'est seulement après l'accouplement intérieur que commence réellement sa fonction génitale , et par conséquent sa vie plus relevée : chez elle , l'activité vitale diminue à la périphérie , mais n'en devient que plus exaltée à l'intérieur; car la prédominance des actes intérieurs est précisément ce qui fait l'essence du sexe féminin. Après la fécondation , toutes les parties extérieures de la fleur meurent ; les anthères , les étamines , la corolle se fanent ; le stigmate perd son humidité et son éclat (1) , et, s'il s'était étalé auparavant , il se resserre de nouveau (2) ; la corolle fanée et close le recouvre. La fleur est alors fermée pour toujours par l'effet de la contraction qui prédomine dans l'être femelle , et comme une vie plus énergique va désormais déployer son activité créatrice dans l'ovaire , la fleur femelle des Vallisneria , des Nymphcea , des Villarsia, etc., se replonge dans les eaux pour amener les fruits à maturité au sein de cet élément.
Chez les animaux mâles, et , à ce qu'il paraît, chez les femelles aussi dans les espèces dont l'accouplement est extérieur, le corps maigrit , et le besoin de nourriture devient plus vif. Les Poissons sont plus affamés après le frai , ce qui les rend plus aisés à prendre avec des appâts (3). L'Élan mâle n'a jamais plus d'embonpoint qu'avant le rut, au mois d'août,
(1) Kœlreuter, Fortsetzuny der vorlœufiyen Nachricht , t. III, p. 153.
(2) Treviranus, Bioloijie , t. V, p. 212.
(3) Bloch , loc. cit., t. II , p. 202.
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ni la femelle qu'après la fécondation , en octobre , époque à laquelle le premier, qui a perdu cinquante livres de son poids, est maigre et épuisé. On en peut dire autant du Cerf , qui , au sortir du rut , n'a plus ni courage ni graisse , et mange avec avidité. A cette époque aussi , la chair de presque tous les animaux est visqueuse, molle et insipide (1). C'est également vers ce temps qu'arrive en général la mue , surtout chez les mâles , tandis que les femelles ne l'éprouvent communément qu'après l'incubation ; le Paon perd sa queue , le Combattant les belles plumes de son cou, le Faisan une partie de son brillant plumage ; les couleurs des plumes deviennent plus ternes, et les crêtes plus pâles ; le Bouquetin , l'Élan , le Cerf , le Renne , jettent leur bois et prennent leur pelage d'hiver ; les Lampyres cessent de briller, etc.
Quand l'hiver n'est pas rigoureux , les Lièvres s'accouplent de meilleure heure et plus souvent, d'où résulte une plus grande mortalité parmi eux. Le mâle des Papillons , par exemple du Sphinx ocellata , ne peut plus se soutenir après les assauts répétés qu'il a soutenus ; il tombe de côté en battant des ailes , et ne tarde pas à périr : son corps est creux , son intestin a presque entièrement disparu , et , au bout d'une heure , son corps est déjà sec et dur (2). Les Bourdons périssent immédiatement après la copulation, et les Abeilles ouvrières , dont la vie ne commence réellement qu'alors à entrer en activité , accélèrent le cours de la nature en les reléguant dans un coin , pour les y laisser mourir de faim ou les tuer. On regarde comme un signe de fécondation que la Jument soit plus vive et plus active après avoir reçu le mâle (3). De même aussi les jeunes femmes profitent à vue d'œil quand elles usent modérément des plaisirs avec un époux qu'elles aiment ; elles deviennent plus grasses , leurs couleurs s'animent ; elles acquièrent plus de gaîté et d'aplomb; tout en elles annonce la satisfaction et le bonheur. L'acte vénérien influe davantage sur la santé de l'homme : aussi Alcméon et Platon ont-ils pu
(1) Haller, loc. cit., t. VII , p. 547.
(2) Dcr Naturforscher, t. IV, p. 414.
(3) Bechstcin, loc. cit., 1,1, p. 254.
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regarder le sperme l'un comme une goutte du cerveau , * l'autre comme une émanation de la moelle épinière. La perte de cette humeur peut réellement devenir mortelle au milieu de grands travaux mécaniques ou intellectuels , et c'est ce qui avait déterminé Moïse à interdire l'union des sexes pendant la guerre. Mais la condition de l'humanité prévient l'épuisement animal; lorsque ce n'est pas l'instinct animal , mais l'amour, qui y invite, cet acte exerce aussi sur l'homme une influence fortifiante et vivifiante. Il ne porte préjudice , comme l'avait déjà remarqué Sanctorius, que quand on s'y livre sans amour et sans modération. Les hommes , par exemple , qui , cédant à un faux point d'honneur , s'efforcent d'accomplir ce qu'on nomme les devoirs du mariage , épuisent rapidement leur vigueur et sont fort exposés aux maladies. De même, les jeunes femmes mariées à de vieux libertins se fanent de bonne heure , tant parce qu'elles s'abandonnent avec répugnance , que parce qu'elles n'éprouvent qu'une stimulation matérielle, sans fécondation, et parce qu'elles ont à supporter le souffle flétrissant d'une vie dont l'âge a miné les ressorts. L'abus des plaisirs sensuels entraîne , non pas tant par la perte du sperme que par l'ébranlement du système nerveux, l'atonie des organes génitaux , le flux de semence , la faiblesse de la vessie , l'atrophie de la moelle épinière, le tremblement, les convulsions, la paralysie, l'hébétement des traits du visage, la surdité , les vertiges , l'affaiblissement de la mémoire , l'impossibilité de suivre les travaux qui demandent de la contention d'esprit, la perte des sentimens purement humains , l'idiotisme et la démence (1). La plupart des prostituées, à part leur dégradation morale , ont une voix rauque , sont tourmentées par des phlegmasies et des ulcérations aux parties génitales, et meurent de la phthisie pulmonaire avant l'âge de trente ans ; plus elles se livrent de bonne neuve à leur profession, et plus elles en ressentent les funestes effets (2). L'acte vénérien souvent répété dans un trop court espace de temps , entraîne également les suites les plus déplorables. On a vu des hom-
(1) 'HalIer, loc cit., t. VII, p. 572.
(2) Dict. des se. méd., t. XLV, p. 491.
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mes , après une nuit de débauche , éprouver un priapisme sans éjaculation ou avec émission de sang , tomber dans le tétanos , blanchir tout à coup , ou même succomber (1) , et de malheureuses fdles périr au milieu même de leurs excès, ou être enlevées quelque temps après par une hémorrhagie (2).
3° La vie des individus , dans ses formes inférieures , est raccourcie par la génération. Comme elle n'a point encore acquis une véritable individualité intérieure , elle succombe entièrement sous la puissance de l'espèce ; et comme elle n'a encore d'autre tendance que celle de produire, c'est aussi dans l'acte générateur qu'elle atteint son but et qu'elle trouve sa fin , après avoir accompli la plus parfaite de ses formations. Les Cryptogames dans lesquelles on aperçoit des vestiges de sexualité , par exemple , les Mousses pourvues de paraphyses , sont les plus périssables de toutes ; les individus portant graine sont beaucoup plus délicats et plus faibles que les individus stériles ; ainsi les feuilles fertiles d' Acrostichum sont étroites , délicates et à bords lisses , tandis que les feuilles stériles sont plus larges et dentelées sur les bords ; les frondes stériles de l' Onoclea struthionis deviennent trois fois aussi grandes , et acquièrent un développement bien plus complet , que celles qui sont fécondes (3). Les plantes phanérogames annuelles du midi deviennent quelquefois vivaces dans le Nord, parce qu'elles y fleurissent plus lard et moins bien. Ainsi V Agave americana vit des siècles en Allemagne, parce qu'il y fleurit tard ou même jamais dans les jardins , tandis que, dans son pays natal , où ses fleurs se développent de bonne heure , il ne dure qu'une quinzaine d'années environ. Les Pucerons et Entomostracés sans sexes vivent plusieurs semaines ou mois; ceux qui s'accouplent périssent au bout de quelques jours ou de quelques semaines , surtout les mâles (§ 188 , 208). La plupart des Insectes meurent avant l'hiver, après s être accouplés et avoir mis au monde leur progéniture. Mais les Papillons qui sortent lard en automne de leur chrysalide , sur-
(1) Ibid., t. IV, p. 176.
(2) lbid,, t. XIV, p. 539.
(3) Schubert, Ahnduwjcn cincr alUjemeinen Gcxchichlc des Lcbcns^ p. 25.
vivent fréquemment l'hiver, dans les climats doux, lorsqu'ils ne peuvent point s'accoupler. Les animaux supérieurs sont les seuls à la vie desquels la génération ne porte pas autant d'atteinte , et c'est chez l'homme qu'elle se concilie le mieux avec l'individualité , parce qu'ici s'est développé un rapport idéal plus élevé , non pas seulement avec l'espèce , mais encore avec l'univers tout entier.