‹ Traité physiologie considérée comme science d'observation (volume 4)Chapitre 35 sur 81 · PÉCONDATION · texte numérisé non relu

PÉCONDATION

a. Conditions de la fécondation.

§ 286. La condition de la génération sexuelle est que le testicule ou son produit influe sur l'ovaire ou son produit.

1° Si l'on enlève les étamines ou le pistil d'une plante monocline, ou si l'on sépare l'un de l'autre les deux sexes, dans les plantes monoïques ou dioiques, de manière que le pollen ne puisse pas se transmettre, la génération n'a point heu. Les fleurs qui n'ont que des étamines ne portent jamais de fruit ; celles qui contiennent un ovaire n'en donnent qu'autant que du pollen arrive jusqu'à elles ; on peut même y faire parvenir cette poussière par des moyens artificiels , et l'on reconnaît que la fécondation s'est réellement opérée à ce que le fruit prend les qualités de la plante d'où le pollen a été tiré. Tels sont les faits que le génie de Linné sut féconder après Camerarius , et dont la vérité a été constatée mille fois depuis , par Desfontaines encore dans les temps modernes (1). Si nous comprenons dans son vrai sens la part que les sexes prennent à la génération , c'est-à-dire que la femelle forme la substance du fruit, mais ne peut l'amener à parfaite maturité , quand l'organisme occupe un haut échelon de la vie, qu'autant que le mâle vient exercer sur elle son influence, nous ne saurions douter de la sexualité des plantes. Cependant la doctrine de Linné paraissait être complètement établie, lorsque Schelver et son ingénieux successeur, Henschel , élevèrent des objections contre elle.

Ils rapportèrent d'abord des faits attestant que des fruits s'étaient formés sans influence du pollen. Mais la monogénie

(4) Froriep , Notizen, t, XXXYH, p. 113.

est hors de doute ; elle domine dans les derniers rangs du règne végétal , comme dans ceux du règne animal , et peut aussi se manifester exceptionnellement chez des êtres qui , d'après la règle, doivent être'produitsparla génération sexuelle. Donc , en prouvant la monogénie , on ne réfute pas la digénie, puisque la nature se déploie partout en formes variées , et qu'il lui arrive fréquemment, lorsque déjà elle est parvenue à l'un des échelons supérieurs, de redescendre à quelqu'un de ceux qui se trouvent au dessous.

En second lieu , Schelver et Henschel firent ressortir les difficultés que présente chaque mode de transmission du pollen au stigmate ; mais ils ne prouvèrent pour aucune plante que la transmission ne pût point avoir lieu d'une manière ou d'une autre. Par exemple, ils firent voir que, dans beaucoup de végétaux, la pesanteur du pollen s'oppose à ce qu'il arrive de lui-même au stigmate'-, mais ce qu'il aurait fallu démontrer, c'est que tout autre moyen quelconque d'y parvenir lui est également interdit dans ces plantes. De ce qu'un fait nous semble difficile à concevoir, ce n'est jamais une preuve qu'il ne soit point réel , pas plus ici qu'à l'égard de tout autre phénomène de la nature. L'absence d'une direction déterminée du pollen lient à celle de la Iocomotilité animale , et la surabondance de ce produit s'explique par la nature même de la plante , qui consiste uniquement à former , et en conséquence à produire en profusion (§ 235).

En troisième lieu , Schelver et Henschel ont appelé le raisonnement à leur secours. Chez les animaux, disent-ils , toutes les parties sont vivantes à la fois ; dans les plantes , au contraire, elles ne le sont que l'une après Vautre , puisque chacune d'elles se développe indépendamment de l'autre , la branche de la feuille , la fleur de la branche , et le fruit de la fleur (1). Mais ce n'est là qu'une différence relative, tenant à ce que l'unité qui caractérise toute vie quelconque est plus développée chez l'animal , en vertu de l'existence du système nerveux. Il n'est pas vrai d'ailleurs que, chez les plantes, une partie soit absolument indépendante d'une autre, etqu'elle vive

(1) Henschel , Fonder Sexualitœl der Pflanzen , p. 39.

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seule à une époque déterminée. Enfin, chez l'animal , il existe aussi des parties qui jouissent d'une certaine indépendance, et qui atteignent leur point culminant en des temps différens. Ainsi , par exemple , la vie tout entière est absorbée par la génération pendant le rut , dans les intervalles duquel elle se dirige vers la conservation de l'individualité.

Henschel considère le pollen comme la substance végétale soustraite à la puissance enchaînante de l'accroissement , comme un poison dirigé contre le progrès de la vie végétale , qui agit par infection sur le stigmate , et détermine ainsi la formation du fruit (1) ; mais comme il explique également la génération des animaux par une infection (2) , on doit conclure delà que lui-même reconnaît la nature procréatrice du pollen.

Au reste , quant à ce qui concerne la fécondation artificielle, il y a fort long-temps déjà que les Orientaux portent des fleurs mâles de Dattier sur les pieds femelles , en secouant la poussière des premières sur les seconds. Le Jardin des Plantes de Berlin possédait depuis trente ans un Chamœrops humilis femelle , qui n'avait jamais porté de fruits parfaits; Gleditsch le féconda avec du pollen que Kœlreuter lui avait envoyé de Carlsruhe, à cent soixante lieues de distance , et il en obtint ensuite des fruits complets. On a fait la même observation sur XAhroma, angusta (3), le Mastix et le Térébinthe (4). Les amateurs d'horticulture ont employé ce moyen pour produire différentes variétés d'œîllets et d'oreilles d'ours. Les gens de la campagne savaient aussi depuis longtemps qu'il ne faut point arracher les pieds stériles (mâles) du Chanvre, avant que les graines aient commencé à se développer sur les pieds fertiles (femelles).

2° La génération des animaux peut devenir le sujet d'observations immédiates lorsqu'elle s'effectue hors du corps de la femelle. Spallanzani, en saisissant celte idée , a enrichi la science des découvertes les plus précieuses , qui seront ici notre principal guide.

(1) Ibid., p. 431 et 435.

(2) lbid., p. 441.

(3) "VVilldenow, Grundriss der Krœutcrltunde , p. 413. (4; Treviranus, Biologie, t. ïïl, p. 346.

C'est d'après le résultat , et en voyant se développer des œufs, que Spallanzani jugeait qu'il y avait eu fécondation. H reconnut que les Reptiles sont dans le même cas que tous les autres animaux, c'est-à-dire qu'aucune génération n'a lieu chez eux quand on extirpe les ovaires ou les testicules , ou lorsqu'on empêche l'accouplement. Ayant ouvert cent cinquante-six grenouilles femelles accouplées, mais dont les mâles n'avaient point encore émis leur sperme , il vit tous les œufs se putréfier, sans que nul têtard s'y développât (1). Lorsqu'il habillait les mâles avec des caleçons de taffetas ciré, l'accouplement n'était pas suivi de fécondation (2). Baignait-il au contraire des œufs de Grenouille , de Crapaud ou de Salamandre, avec le sperme du mâle, ils se développaient d'une manière aussi rapide et aussi complète qu'après la fécondation naturelle (3). Duhamel et Jacobi (4) sont parvenus aussi à féconder artificiellement des œufs de Saumon , de Truite et de Carpe. L'expérience a cependant échoué entre les mains de Cavolini. Elle n'a pas réussi non plus à Spallanzani, avec les Vers à soie ordinaires (5) , quoiqu'il soit possible que ces animaux se trouvent dans le cas de la monogénie (§ 44). Spallanzani, ayant renfermé une Chienne, lui injecta, au vingt-troisième jour de la clôture et au treizième depuis la manifestation de la chaleur^, dix-neuf grains de sperme, qui fut lancé à l'aide d une seringue échauffée ; l'animal mit bas trois petits soixante-deux jours après l'injection (6). Cette expérience a été faite avec le même résultat par Rossi(7). Hunter, consulté par un homme atteint d'hypospadias , lui conseilla d'injecter sa propre semence au moyen d'une seringue échauffée, et sa femme devint enceinte (8) ; il ne dit pas que cette dernière ait été enfermée avant et après l'opération, mais on peut en douter.

(d) Spallanzani , Exp. sur la génération , p. 9.

(2) Ibid., p. 13.

(3) lbid., p. 142.

(4) Treviranus, loc. cit., t. III, p. 370.

(5) Spallanzani , loc. cit., p. 250.

(6) Ibid., p. 226.

(7) Ibid., p. 311.

(8) Home , Lectures on comparative anatovuj , t. HI , p, 315.

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3° On a pensé que là liqueur séminale du mâle pouvait être remplacée jusqu'à un certain point par d'autres substances chez les plantes et les animaux inférieurs; mais nous avons besoin encore de nouveaux faits pour admettre un tel phénomène, qui prouverait que celte liqueur n'agit pas d'une manière matérielle et chimique, mais d'une manière générale et dynamique. Henschel raconte (1) qu'après avoir saupoudré des stigmates de ricin , les uns avec de la magnésie , les autres avec de la poudre de lycopode , il vit les premiers donner quelques petites graines et les autres des semences plus gros= ses ; il ajoute que les arbres à fruits couverts de la poussière qui s'élève de la grande roule donnent les récoltes les plus abondantes, ce qui fait que les jardiniers des environs de Breslau sont dans l'habitude de saupoudrer les arbres en fleurs avec cette poussière. Des pieds de maïs, dont il avait coupé les épis mâles et couvert les stigmates avec de la magnésie, du soufre , du charbon , du lycopode , donnèrent des graines parfaitement mûrès (2). Mais ces graines se produisent aussi par monogénie , sans l'intervention de poussières étrangères , de manière qu'il n'est point prouvé que celles-ci exercent une influence fécondante. L'électricité, le sang, le vinaigre, l'alcool, les huiles essentielles n'ont pu servir à féconder des œufs de Batraciens (3) ; mais l'urine des mâles de Grenouilles , retirée de la vessie à l'aide d'une canule pointue , sans blesser les organes génitaux , a presque toujours opéré la fécondation (4). Cependant Prévost et Dumas (5) font remarquer que les canaux déférens de la Grenouille s'ouvrent dans les uretères, que ceux-ci forment une poche latérale , qui se gonfle beaucoup au temps des amours , que l'urine sert vraisemblablement à étendre le sperme, et qu'au printemps elle contient des animalcules spermatiques.

§ 287. Quant à la nature du sperme,

1° Le sperme tiré des vésicules séminales du Bufo calamita

(1) Henschel , loc. cit., p. 286.

(2) Schlesischo Provinzialblœtter, 4824 , p. 462.

(3) Spallanzani, loc. cit., p. 153 , 154 , 213.

(4) Ibid., p. 307.

(5) Annal, des se. nat., t. I, p. 278.

IL 1 -x

opéra la fécondation , et se montra plus actif que celui des testicules , mais ne conserva pas sa vertu fécondante 'aussi long- temps (1) ; il était donc plus pur, et par cela même plus décomposable. Chez les Mammifères qui ont des vésicules séminales , ces poches se vident aussi les premières pendant l'accouplement.

2° Le sperme exprimé des testicules est fécondant (2). Il doit couler de ces organes chez les Mammifères pourvus de vésicules séminales, dont l'accouplement dure long-temps, ou qui le répètent à de courts intervalles , et il ne peut venir d'ailleurs chez ceux qui n'ont point de vésicules.

3° Spallanzani (3) a vu deux fois du sperme qui ne contenait pas d'animalcules féconder tout aussi bien que l'autre. Une goutte de sperme , qui avait été tellement étendue d'eau qu'on n'y pouvait apercevoir aucun Spermatozoaire, opéra la fécondation , tout comme le sperme provenant d'animaux morts et dont les animalcules spermatiques ne vivaient également plus. Une goutte de sperme fut mise sous le microscope , et comme l'évaporation avait déterminé tous les Spermatozoaires à se réunir vers le centre, on prit une petite quantité de la liqueur placée sur les bords et qui ne contenait aucun animalcule; elle se montra parfaitement fécondante. Ces quatre faits prouvent que les Spermatozoaires ne sont point la cause de la faculté fécondante , qu'ils n'en sont qu'un phénomène concomitant. Prévost et Dumas (4) ont remarqué que le sperme avait perdu sa propriété fécondante au bout de trente-six heures , époque à laquelle les animalcules étaient morts , que l'électricité, qui tue ces petits êtres , la lui enlevait également, enfin qu'il la perdait après avoir traversé cinq filtres de papier joseph , à la sortie desquels il ne contenait non plus aucun Spermatozoaire ; mais ce ne sont point là des faits décisifs pour renverser l'opinion qui vient d'être émise.

4° La fécondation extérieure ne s'opère que dans l'eau

(1) Spallanzani, loc. cit., p. 136, 161.

(2) Ibid., p. 150.

(3) Ibid., p. 446.

(4) Loc. eit., t. II, p. 140.

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(§ 241 , 1°) , et celle-ci paraît en être l'indispensable condition. La semence pure des Salamandres ne féconda aucun œuf (1), tandis que, mêlée avec deux parties d'eau, elle produisit une fécondation complète ; trois grains de sperme , délayés dans une livre d'eau , fécondèrent les œufs , soit qu'on les tînt seulement à la surface , soit qu'on les plongeât au fond du liquide ; ainsi étendu ,1e sperme conserva sa faculté fécondante pendant trente-cinq heures à l'air, et pendant cinquante-sept dans une glacière , c'est-à-dire plus long-temps que la semence pure. Quand on en mêlait trois grains avec dix-huit onces d'eau, le mélange fécondait parfaitement ; l'effet était moins prononcé avec deux livres d'eau, et cependant , avec vingt-deux livres de ce liquide , on parvenait encore à féconder quelques œufs. Suivant Prévost et Dumas, la proportion des œufs fécondés aux œufs non fécondés était de 1 ; 8 dans un mélange de sperme et d'eau à parties égales ; de 1 ! 5 avec deux parties d'eau; de 1 ! 2, avec trois; de 2 1 2,5, avec quatre; de 2 '. 1, 'avec cinq; de 6 '. 1 , avec sept ; de 9 ; 1 , avec neuf ; de 10 '. 1 , avec douze à quarante-huit. L'eau sert donc d'intermédiaire à la fécondation chez les Batraciens , comme l'air chez les plantes ( § 236 ) ; le monde élémentaire joue partout un rôle dans cette fonction , tantôt sous une forme, et tantôt sous une autre. Chez la plupart des plantes l'eau s'oppose à la fécondation ; une forte pluie balaie le pollen, et cependant la majeure partie des fleurs sont disposées de manière à ce qu'il soit difficile que l'eau atmosphérique s'y introduise. Presque toutes les plantes aquatiques élèvent leurs fleurs au dessus de la surface des eaux , sous lesquelles il n'y en a qu'un petit nombre qui se fécondent, et celles-là ont un pollen visqueux (2).

5° Du sperme de Batraciens qui avait été abandonné une heure entière à l'air libre , et qui s'était évaporé en grande partie, opérait encore la fécondation (3) ; mais celui qui s'é

(1) Spallanzani , loc. cit., p. 456.

(2) Willdcnow, loc. cit., p. 415.

(3) Spallanzani , loc. cit., p. 300.

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tait desséché dans l'intérieur ou hors de la substance des testicules ne jouissait plus de cette faculté , même après avoir été humecté de nouveau (1).

G0 De violentes secousses imprimées au sperme mêlé avec de l'eau lui faisaient perdre sa faculté fécondante, même dans des vases hermétiquement clos (2).

» 7° Lorsqu'on filtrait le mélange à travers du papier joseph ployé en six , la liqueur filtrée ne conservait plus aucune trace de faculté fécondante (3).

8° Si l'on faisait évaporer le mélange , le résidu n'était plus propre à opérer la fécondation (4).

9° Le sperme mêlé avec du sang , de la bile, de la salive, de l'urine du même animal, ou avec de la salive humaine, fécondait tout aussi bien qu'avec de l'eau; mêlé même avec parties égales d'urine humaine ou de vinaigre, il fécondait le plus grand nombre des œufs ; mais il perdait toute faculté fécondante dès qu'on [portait plus loin la proportion de ces liquides étrangers (5). Le mélange de sperme et d'eau la conservait malgré l'addition de l'indigo , du petit-lait, du safran et de l'huile , mais la perdait par celle d'alcool, de sel marin ou d'encre (6). La fumée de papier ou de tabac détruisait aussi cette faculté (7).

10° L'analogie nous porte à présumer que le liquide sécrété par les vésicules séminales , la prostate et les glandes de Cowper, chez les animaux supérieurs, peut rendre le sperme plus actif, parle seul fait déjà de la dilution. Le même usage appartient peut être aussi aux glandes anales , dont le liquide gélatineux augmente considérablement le volume du sperme , chez les Urodèles, par exemple (8). La liqueur pro-

(1) Ibid., p. 302.

(2) Ibid., p. 309.

(3) Ibid., p. 310.

(4) Ibid., p. 302.

(5) Ibid., p. 153.

(6) Ibid., p. 305.

(7) Ibid., p. 309.

(8) Rathke , Beitrœye sur Geschichtc der Thierwelt , t. I, p. 91.

statique peut en outre contribuer à lubrifier l'urètre, ou même à le garantir d'une trop vive impression de la part du sperme, ou enfin servir de ^véhicule à ce dernier, comme le pensait déjà Graaf (1) , et lui fournir en quelque sorte son aliment.

§ 288. Les œufs doivent réunir certaines conditions pour être aptes à la fécondation.

1° Ils doivent être mûrs. Dans les expériences de Spallanzani, ceux qu'il retirait du cloaque des Crapauds ou des Tritons étaient fécondables, mais non ceux qui provenaient de l'ovaire ou de la partie supérieure des oviductes (2). La même obseN vation a été faite par Prévost et Dumas (3). Comme les œufs se recouvrent de "mucus dans les oviductes , il est vraisemblable que ce liquide est la condition de la fécondation (§ 290, 3°). Cependant les œufs des Tritons sont déjà enduits de mucus à la partie supérieure des oviductes , quoiqu' encore inaptes à être fécondés ; ils doivent donc subir aussi un changement intérieur.

2° Ce changement paraît ne point procéder du dedans au dehors et ne pas dépendre uniquement du temps, mais se rattacher à l'action vivante de la paroi animale. Quand on laisse les œufs à l'air pendant quelque temps , et qu'on les plonge ensuite dans de l'eau, ils ne sont plus aptes à recevoir la fécondation. La même chose arrive quand on les a laissés plus d'un quart d'heure dans l'eau avant qu'ils aient été touchés par le sperme , car ils ne l'absorbent plus alors , leur mucus étant imbibé d'autant de liquide qu'il en peut admettre (4). Aussi le mâle les féconde-t-il au moment même où ils sortent du corps de la femelle.

3° Dans l'accouplement interne absolu , la fécondation ne porte que sur les vésicules qui ont acquis le plus de volume et de maturité. Mais le développement de ces vésicules est en rapport avec l'instinct sexuel : en effet , on les trouve beaucoup plus grosses chez les femmes mortes de nymphoma-

(4) Do virorum or g. générât, inservient., p. 83.

(2) Spallanzani, loc, cit., p. 442-145.

(3) Loc. cit., t. IT, p. 4/19.

(4) Spallanzani , loc. cit. — Prévost cl Dumas , loc. cit., p. 434.

nie (1), que chez les autres , ce qui 'peut être tout aussi bien cause qu'effet de la maladie.

§ 2S9. En général, le mâle ne féconde qu'une femelle qui , sexualité à part, s'accorde avec lui à l'égard des caractères essentiels de l'organisation , c'est-à-dire qui appartient à la morne espèce. Les organes des deux sexes d'une espèce se correspondent, parce qu'ils ne sont que des expressions différentes d'une idée commune (§220).

1° Il n'est pas rare que les variétés d'une espèce s'accouplent ensemble , par exemple le Putois et le Furet, le Sanglier et le Cochon domestique. De là résultent les bâtards de races , qui sont le premier degré de l'hybridité.

2°. Dans certains cas il peut y avoir accouplement entre deux individus appartenant à des espèces qui , bien que différentes , ont cependant de l'affinité l'une avec l'autre. Or , on donne le nom de genres aux espèces qui se ressemblent le plus sous le rapport des traits essentiels. Il se produit donc fréquemment des bâtards d'espèces. Un Térébinthe femelle , qui fleurissait tous les ans dans le Jardin des plantes de Paris, sans donner de graines aptes à germer , devint fécond lorsque Duhamel et Jussieu eurent rapproché de lui un Pistachier mâle. Kœlreuter a fécondé un Nicotiana rustica avec un Nicotiana paniculata , et il a obtenu ainsi des graines qui lui ont fourni de jeunes plantes (2). Schieck a démontré, par de nombreuses observations , qu'une multitude de végétaux produisent ainsi des hybrides dans l'état de nature. On obtient aussi des bâtards, parmi les Insectes , des Papilio jurtina et janira, des Chrysomela œnea elalni, des Phalangium cornutum et opilio (3); parmi les Poissons, des Cyprinus carpio , carassias et gibelio (4); parmi les Oiseaux, des Fringil la carduelis et catiaria , des Phasianus gallus et colchicus, des Anas olor et anser (5), des Anas glaucion et querquedula (6)., des

(1) Schwcighœuser, sur quelques points de physiologie relatifs à la conception , p. 5.

(2) Vorlœufigcn Nachricht , p. 39.

(3) Trevirnnns, fermischte Schriften, t. I, p. 22.

(4) Bloch, Naturgeschichte der Fische , t. I, p. 124

(5) Annales du Muséum, t. XII, p. 119.

(6) Ibid.,X. VII, p. 222.

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Tetrao tetrix et urogallus (1)/ des Corvus corone et cornix ; parmi les Mammifères, des Felisleo et tigris (2), des Canis familiaris et lupus (3) OU vulpes(k), des Equus caballus et se&ra (5)', OU seèra et asinus (fi), des Capra hircus et *7>e# (7) , etc.

3° Mais un accouplement fécond peut avoir lieu aussi entre des individus appartenant à deux genres différens. Ici nous devons faire remarquer d'abord que la manière dont on détermine les genres dépend d'un jugement qui peut être plus ou moins juste. Des animaux qu'on regardait jadis comme espèces d'un même genre , sont considérés aujourd'hui comme des genres distincts, de sorte que si nous appelons maintenant bâtards de genres les petits, par exemple, qui naissent des Ranaet Bufo (8) OU de la Capra hircus et de l1 Antilope rupicapra (9) , ils ne passaient autrefois que pour des bâtards d'espèces : la différence , sous ce rapport, ne tient donc qu'aux changemens survenus dans les classifications. En second lieu, il faut avoir égard , non seulement aux particularités essentielles de l'organisme , mais encore à certaines circonstances qui n'ont qu'un degré secondaire d'importance , notamment à l'égalité de taille des individus : car , tandis que le Cervus elaphusjae peut point s'accoupler avec le Cervus capreolus, des exemples attestent qu'il s'est reproduit avec le Bos taurus (10), et avec YOvis aries. De même, les Cantharis melanura et Flater niger , lesMelolontha agricola et Cetonia hirta (11) s'accouplent ensemble. On ne saurait déterminer d'avance jusqu'à quel point il faut que les animaux aient de

(1) Neujahrsgcschenk fuer Jagdliebhaber , 1795 , p. 50.

(2) Froriep , Notizen, t. XXXIII , p. 24.

. (3) Der Naturforscher, t. XV, p. 24. — Annales du Muséum , t. IV, p. 102.

(4) Neujahrsgesckenk fuer Jagdliebliaber , 1795 , p. 108.

(5) Annales du Muséum, t. XI, p. 239.

(6) Ibid., p. 237.

(7) Neujuhrsgeschenk fuer Jaijdliebhaber , 1803 , p: 37.

(8) Blumenbach, Kleine Schriften , p. 132.

(9) Neujahrsrjeschenk fuer Jagdlicbhaber, 1803, p. 26; 1808, p. 168.

(10) Neujahr.igesch.enk fuer Jagdlicbhaber, 1820, p. 124 ; 1822, p. 156.

(11) Treviranus, Vermischte Schriften, t..I, p. 22.

l'analogie [entre eux pour pouvoir procréer ensemble; l'expérience seule décide à cet égard. Ainsi l'on pourrait douter, en théorie, que l'accouplement fût susceptible d'être fécond entre le Cerf et la Vache, et cependant le fait a été mis en pleine évidence par l'observation directe : on avait vu le Cerf, après la mort de sa femelle, errer dans le voisinage de Vaches, dont une mit au monde un veau qui avait le pelage plus clair, la queue courte et les jambes fines ; ce veau était en outre fort timide, il tressaillait au moindre bruit, détachait les quatre pieds de terre à la fois en sautant , et franchissait légèrement les fossés et les haies. Quelques écrivains prétendent qu' on trouve en Auvergne et dans le Piémont des Jumars, bâtards provenant du Taureau et de l'Anesse ; d'autres nient l'existence de ces hybrides , assurant que ce sont seulement des Mulets mal conformés et à grosse tête. Suivant Humphrey (1) , les Brebis du Massachussets ont mis au monde pendant quelques années, depuis 1791 , des agneaux d'une conformation particulière , ayant le torse allongé, les jambes courtes et arquées, et les pieds tournés en dedans, qui ne pouvaient ni courir ni sauter comme les Brebis, dont ils s'isolaient aussi pour vivre ensemble; ces animaux ont reçu le nom d'slncotis; vers l'époque où ils se montrèrent, on avait aperçu dans le canton des Loutres qui disparurent ensuite, et l'on crut que les Brebis s'étaient accouplées avec elles, ou du moins avaient eu l'imagination frappée de leur aspect. Haller a raconté d'autres fables de ce genre (2).

Mais, en général, nous voyons que la nature oppose des obstacles à la production des bâtards.

4° Les substances qui servent à la génération paraissent n'avoir aucune analogie ensemble dans les diverses espèces et les différens genres. Le nombre des plantes par le mélange desquelles on peut obtenir des bâtards est très-limité. Des spermes et des œufs de Poissons fort différens se trouvent dans une même eau , et ne se mêlent point. Il semble que chaque semence soit attirée d'une manière spécifique par les

(1) Philos. Traits., 4S13 , p. 58.

(2) Elan. physioL, l. VIII , p. 4U0.

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œufs provenant de la même espèce qu'elle (!)• Spallanzani a rapproché de toutes les manières imaginables des spermes et des œufs de Tritons et de Grenouilles, de Tritons et de Crapauds, de Crapauds et de Grenouilles, de Grenouilles et de Rainettes, sans jamais obtenir de fécondation. C'est en vain aussi qu'il essaya d'injecter le sperme d'un Chien dans le vagin d'une Chatte.

5° Les individus de la même espèce exercent aussi une attraction spécifique les uns sur les autres; Les Poissons mâles ne suivent que les femelles de leur espèce , quoiqu'ils n'aient pas de relations intimes avec elles, et jamais ils ne fécondent les œufs d'autres femelles (2). BufTon éleva de jeunes Loups et Renards parmi des Chiens , de manière que ces animaux s'accoutumèrent les uns avec les autres et vécurent en paix ensemble ; à l'époque où ils entrèrent en chaleur , il eut soin de mettre à part des couples d'espèces différentes; les mâles voulaient bien s'accoupler, mais les femelles témoignèrent une insurmontable répugnance , au point qu'elles finirent par se jeter avec rage sur les assaillans , et que la scène se termina par un combat dans lequel le plus fort tua le plus faible. La plupart du temps il faut employer la violence pour que la Jument reçoive l'Ane , malgré la lasciveté de cet animal et le soin qu'on prend de l'exciter encore ; on est obligé de lui bander les yeux. L'étalon ne monte une Anesse que quand il n'a point encore vu de Jumens. A l'état de liberté, des espèces différentes ne se mêlent ensemble que quand le mâle ne trouve aucune femelle de la sienne. Ainsi la production des bâtards paraît être le résultat d'une dégénération de l'instinct masculin, occasionée par des circonstances contraires au cours ordinaire des choses, et dans laquelle il faut que le mâle use de violence pour contraindre la femelle à lui céder. Il n'appartient qu'à la brutalité humaine, qui rend tout possible, de pouvoir se livrer à la sodomie non seulement avec des hommes , mais même avec des femmes.

(1) Dict. des se. méd., t. XVIII , p. 65.

(2) Haller, loc. cit., t. VIII, p. 16.

b. Mode de la fécondation.

§ 290. Cherchons maintenant de quelle manière la substance procréatrice du mâle et celle de la femelle parviennent à se rencontrer , ou quel est , eu égard à l'espace , le rapport qui doit exister entre elles pour qu'elles puissent agir l'une sur l'autre.

* Mode de la fécondation dans l'accouplement extérieur.

Interrogeons d'abord l'accouplement extérieur , pour obtenir quelques lumières à ce sujet.

1° On voit d'abord que la faculté fécondante du sperme réside dans toute sa substance , et non pas uniquement dans ses parties constituantes volatiles. Spallanzani mit onze grains de sperme de Crapaud dans un verre de montre, et couvrit celui-ci d'un autre verre à la partie concave duquel des œufs s'étaient attachés d'eux-mêmes par la viscosité de leur glu ; au bout de cinq heures, le sperme était diminué d'un grain et demi , et les œufs , quoique couverts d'humidité , n'étaient point fécondés. L'effet fut le même en augmentant la chaleur , en lutant hermétiquement les verres , en exposant les œufs à la vapeur sans les couvrir , et en ne les tenant qu'à une demi-ligne de distance du sperme (1). Prévost et Dumas (2) ont obtenu un résultat semblable en mettant du sperme dans une cornue et des œufs dans le récipient, de manière que ceux ci fussent baignés de tous côtés par la vapeur.

2° Les parties femelles semblent attirer le sperme par une affinité adhésive. Chez les Tritons , les anus des deux animaux restent toujours éloignés l'un de l'autre : cependant le sperme que le mâle lance dans l'eau, et qui se mêle avec elle , pénètre dans le cloaque de la femelle (3).

3° Le sperme ne touche pas l'œuf lui -même. Des œufs dépourvus (4) ou dépouillés (5) de leur enduit muqueux ne sont

(4) Loc. cit., p. 206.

(2) Loc. cit., t. II, p. 138.

(3) Spallanzani , loc. cit., p. 56.

(4) Spallanzani, loc. cit.,[^. 143.

(5) Prévost et Dumas, loc. cit., t. II, p.'136. ;

point fécondés par le contact immédiat de la semence. Prévost et Dumas prétendent qu'il faut en accuser quelque lésion que les œufs éprouvent lorsqu'on enlève leur glu ; mais , d'après ce qui précède, cette hypothèse est peu vraisemblable. Nous ne pouvons expliquer le phénomène que de deux manières : ou le mucus est le milieu dans lequel l'œuf vit et trouve les conditions nécessaires à son développement ; ou il sert de conducteur à la semence , dont il s'empare ; alors l'œuf ne serait point fécondé par le sperme , mais par le mucus pénétré de liqueur spermatique , et celle-ci aurait besoin d'être assimilée préalablement par l'enveloppe glaireuse des œufs. Cette faculté conductrice n'était pas demeurée inconnue à Spallanzani : lorsque deux ou trois œufs se trouvaient à côté les uns des autres dans l'eau, de manière à tenir ensemble par leur mucus , il suffisait d'en toucher un avec la pointe d'une épingle trempée dans la semence pour les féconder tous ; après avoir tiré le mucus d'un œuf en un fil ayant un pouce de long, il parvenait souvent à féconder l'œuf en touchant l'autre extrémité de ce fil ; en mettant cinquante œufs dans un tube de verre , et les couvrant d'une couche de mucus épaisse d'un pouce , il suffisait de répandre une goutte de sperme à la surface du tout , pour que la plupart des œufs fussent fécondés. Or ce qui prouve que le phénomène ne dépendait pas d'une pénétration mécanique , c'est que le blanc d'œuf d'Oiseau ne pouvait servir de conducteur à la fécondation. Le mucus des œufs de Grenouille a une affinité adhésive pour l'eau et pour le sperme , qu'il absorbe tous deux ; mais lorsqu'il s'est saturé d'eau pure , il n'attire plus la liqueur séminale.

P Mode de la fécondation dans l'accouplement intérieur.

§ 291. La fécondation intérieure exige que le vagin ou l'ovicanal qui reçoit le pénis soit continu avec l'ovaire. L'intégrité de foviducte et de la matrice en est donc la condition. Nous examinerons plus loin (§ 293) si cette condition est remplie d'une manière matérielle , si les organes intermédiaires ne sont nécessaires qu'en ce qu'ils fournissent au sperme et à la substance reproductive de la femelle les moyens de se ren-

contrer. Mais, avant tout, nous reconnaissons comme fait avéré, que les organes génitaux forment un tout dont les parties sont unies ensemble d'une manière dynamique et par les liens de la sympathie.

I. L'intégrité de l'ovaire est indispensable pour que la matrice puisse déployer son activité normale, c'est-à-dire pour que l'œuf et le fruit se développent. Si l'on enlève les ovaires à une Truie pleine , elle avorte , suivant Hausmann.

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