‹ Traité physiologie considérée comme science d'observation (volume 4)Chapitre 37 sur 81 · II · texte numérisé non relu

II

2° Mais la structure rend un tel mouvement fort peu probable. Si les Moules avaient réellement une fécondation réciproque, ce serait à la seule condition que le sperme touchât l'ouverture génitale externe de l'autre individu ; car on n'aperçoit pas comment il pourrait pénétrer jusqu'à l'ovaire (§ 08, 2°). On ne peut point admettre que les quelques gouttes de semence des Oiseaux arrivent jusqu'à l'ovaire en parcourant un oviducte long et replié sur lui-même (1). Le sperme éjaculé ne peut pas non plus franchir les longs oviductes arqués et contournés d'un grand nombre de Mammifères , par exemple des Cochons d'Inde. L'orifice de F oviducte est extrêmement petit, en partie fermé par des cotylédons, ou même, comme d'autres canaux excréteurs , par des valvules , de sorte que rien ne peut passer de la matrice dans la trompe , par exemple chez les Lapines, les Lièvres, les Truies (2) : Hausmann n'a même pas pu faire pénétrer l'air de la matrice dans la trompe, chez la Truie. D'ailleurs, la trompe n'est pas en ligne droite avec l'orifice vaginal de la matrice, mais forme un angle avec elle ; le sperme doit se perdre dans la matrice , ou redescendre vers son ouverture. La partie de l' oviducte qui se rapproche le plus de la matrice est moins large que celle qui regarde l'ovaire : c'est donc , suivant toutes les probabilités , de ce dernier seul que part le mouvement.

3 " Ni Hausmann , ni aucun autre observateur n'a trouvé de sperme dans les oviductes. Prévost et Dumas n'en ont pas rencontré , chez des Chiennes , pendant les premières .vingtquatre heures qui succédaient à l'accouplement ; trois ou quatre jours après, ils ont observé parfois quelques animalcules spermatiques , mais en petit nombre , et jamais aucun dans le voisinage de l'ovaire (3).

4° Comme il résulte des observations de Haighton ( § 291,4°) que la section des oviductes , faite quatre heures après l'accouplement, empêche la fécondation, il faudrait que le sperme pénétrât plus tard. Cruikshank (4) a aussi trouvé les

(1) Graaf , De mulier. or g. générât, inséraient., p. 347.

(2) Ibid., p. 346. — Oken , Vie Zeugung , p. 73.

(3) Froriep , ISotizen , t. XX <, p. 180.

(4) Philos. Trans., 1797 , p. 183. ;

MODE DE LA FÉCONDATION. 1q5

ovidiictes dans leur situation ordinaire , et sans mouvement , immédiatement après la copulation.

3° En supposant que le sperme traversât les oviductes, il faudrait, pour arriver jusqu'à l'œuf, qu'il transsudàt encore à travers le péritoine , la membrane de l'ovaire , et celle de sa vésicule , puisqu'il n'y a point là de voie qui lui soit ouverte. Home (1) admet bien une voie, en prétendant que le corps jaune est une substance glanduleuse qui forme Fceuf, s'ouvre à h maturité, et laisse cet œuf à découvert, de manière que le sperme peut arriver jusqu'à lui. Mais c'est là une hypothèse insoutenable , comme nous le Verrons ailleurs en étudiant le corps jaune.

Apercevant bien les obstacles qui empêchent le sperme d'arriver jusqu'à l'ovaire , mais persuadé néanmoins que la fécondation ne peut pas s'opérer ailleurs que dans cet organe, on eut recours , pour l'expliquer, à deimhypoihèses , celle' d'une aura et celle de l'absorption.

III. Suivant Schneegass (2) , il se dégage du mélange de sperme et de mucus utérin une aura seminaïis , qui monte le' long des oviductes, etqui , d'après Kuhlemann (3), pénètre à travers les membranes de l'ovaire. Parsons (4) pense aussi que le sperme s'écoule par le vagin , et que son aura seule arrive aux ovaires , comme chez les plantes à travers ïe pistil, qui ne peut non plus conduire aucune matière à l'ovaire végétal. Mais les observations rapportées précédemment (§ 290 , 1°) combattent cette hypothèse. Cependant ce n'est pas une véritable vapeur, c'est le véhicule inappréciable à nos sens d'une force agissante, qu'on se figure quand on prononce le mot (Xaura. On reconnaît un principe idéal , qui agit dans le monde phénoménal , et l'on croit pouvoir expliquer cette activité par le moyen d'une chose intermédiaire dont l'admission répugne à la raison , puisqu'elle doit être un corps non appréciable aux sens et un esprit matériel , puisque son existence ne peut point être démontrée par l'ob-

(1) Lectures on comparative anatomy , t. III, p. 294.

(2) Ucbev die Erzeui/unij , p. 117.

(3) Obs. quœdam. circa (jeneralionis ncyotittîn, p, 32.

(4) Philosophiez çbservatiQm , p. 60.

i g6 mode de la fécondation.

servation. Avec de pareilles hypothèses hyperphysiques , l'imagination a un champ libre, et il est permis à Millot, par exemple , de nous dire que Y aura seminalis est une émanation spiritueuse et éthérée du fluide nerveux (1). Quant ù l'expérience, on dit que Mondât a reçu le sperme de Chiens dans l'orifice d'un entonnoir recourbé, dont le tube , long de dix pouces , s'enfonçait de trois à quatre pouces dans le vagin de Chiennes en chaleur, et que , dix-huit fois sur trente , la fécondation a eu lieu (2) ; un tel fait est trop peu digne de foi pour qu'on s'y arrête.

IV. Gaspard Bartholin , Perrault et Sturm avaient déjà prétendu que le sperme passe dans le sang. Cette hypothèse a été développée , dans les temps modernes, par Grasmeyer surtout ; suivant lui , la partie volatile et essentielle de la semence est absorbée par les vaisseaux lymphatiques du vagin , qui n'a pas d'autre destination que [de remplir cet office (3) ; mêlée ensuite à la masse des humeurs, elle y déploie son activité , à la manière d'un principe contagieux qui rencontre un organisme prédisposé (4), et non seulement elle détermine un état fébrile, mais encore , en vertu des lois de l'affinité spécifique , elle se rend à l'ovaire par l'artère spermatique , à peu près comme le virus rubéolique se jette sur les poumons , ou celui de la scarlatine sur la gorge (5) ; enfin , en, se] mêlant avec la liqueur d'une vésicule , elle produit le germe du fruit (6). La même opinion a été émise par deux anonymes (7) et par Hcesch (8) ; ces écrivains alléguaient que le sperme s'annonce , chez l'homme lui-même , comme une substance trèspénétrante , que le vagin fait preuve , dans l'infection syphilitique , d'une grande force absorbante , favorisée encore par ses nombreux plis, et que la fécondation détermine

(1) Millot , l'Art de procréer les sexes à volonté , p. 69.

(2) Gerson , Magasin des auslœndischen Literature , t. III , p. 353.

(3) De conceptione et fœcundatione humana , p. 22. (lï) Ibid., p. 31.

(5) ll>id., p. 39.

(G) Ibid., p. 22.

(7) Bctraclituntjen veber die Schwœnyeruny. Zillau , 1791 , in-S°. — Einzi'j mœijlielie Zeuyviiystlworic. Berlin . 1792 , in 8°.

(8) Pcrsuch cincr iieucn Zevjumjstheorie. Lenigo, 4S0! , in-8°.

des changemens dans l'organisme entier. Mais il est contraire à tonte analogie qu'une substance qui exerce une action générale ne soit admise que par les vaisseaux lymphatiques d'un seul organe ; la section des oviductes ( § 291 , l°-3° ) ou de la matrice ( § "291 , III ) ne devrait point alors mettre obstacle à la fécondation; enfin il n'y a pas une seule preuve directe en faveur de l'absorption. Henschel a bien vu. des fruits se former sur une grappe de Ricinus communia dont il avait enlevé les fleurs mâles, et à la tige de laquelle il avait inoculé le pollen ; mais des fruits se développèrent également dans d'autres cas sans que cette espèce d'inoculation eût été pratiquée.

§ 293. Si, d'après tous ces faits, nous sommes obligés de renoncer à l'hypothèse que le sperme parvient à l'ovaire, l'analogie nous autorise à conjecturer que , dans la fécondation intérieure absolue, comme dans la fécondation extérieure ( § 274 , 1° ) , le produit de l'ovaire va au devant du sperme. La question alors est de savoir où ces deux substances se rencontrent dans l'intérieur du corps de la femelle.

I. On présume que la rencontre a lieu dans les réservoirs en forme de vésicules qui , chez beaucoup d'animaux peu avancés en organisation , s'ouvrent à la partie inférieure des organes génitaux. Ainsi , chez les Mollusques , celte vésicule pourrait être un réservoir pour la semence de l'autre individu, qui rencontrerait ensuite les œufs à leur sortie. Dumas a trouvé , en effet , des animalcules spermatiques clans la vésicule à long col des individus qui jouaient le rôle de femelle. Cependant la présence de ces Entozoaires dans un organe de Mollusques ne prouve rien ( § 68 , 1° ), et le réservoir dont il s'agit est la vessie urinaire, comme l'a démontré Treviranus(J). Swammerdam, Bonnet, Hérold(2) et autres ont soutenu que l'une des vésicules précédemment indiquées ( § 103 ), qu'on rencontre chez les femelles des Insectes, est un réservoir de sperme. Hunier, ayant pris les œufs de femelles qui ne s'étaient point encore accouplées , les toucha avec un pinceau trempé dans le liquide de la vésicule d'une

(1) Zeitschrift fuor Physiologie , t. I, p. 52.

(2) Entwickeluny.Kjeschichtc der .Schmettcrlin'jen , p. 7.

femelle qui avait reçu les approches du mâle , cl quelques uns d'entre eux se développèrent, quoique d'autres demeurassent infécondes (1). Meinecke allègue , en faveur de cette opinion (2), qu'après l'accouplement la vésicule contient toujours un liquide blanc et visqueux , qu'on ne rencontre pas auparavant, non plus qu'après la ponte ; cependant il ne put réussir à féconder avec son secours des œufs déjà parvenus dans l'ovicanal. Huber a trouvé, chez les Abeilles, que la portion rompue du pénis était logée dans la vésicule. Audouin prétend (3) que cette vésicule reçoit, chez les Insectes en général , le pénis , dont la partie cornée y reste , et que les œufs sont fécondés à mesure qu'ils passent devant son orifice. Il signale le développement considérable de cette vésicule, qui, dans le Drilus flavus , par exemple , est plus volumineuse que le mâle , et vingt fois plus grosse que le pénis (4). Quoi qu'il en soit, l'hypothèse elle-même est peu admissible; car

a. Les vésicules font presque toujours un angle avec l'ovicanal. Il paraît donc que le pénis n'y pourrait arriver qu'à la faveur du hasard, comme danslecasdontparle Mursinna(ojd'un homme qui , ne pouvant pénétrer dans le vagin , se fraya peu à peu une roule dans la vessie. Mais, une fois que le pénis d'un Insecte se serait fourvoyé dans la vésicule , il devrait , à cause du coude décrit par cette dernière, se briser dans les efforts de l'animal pour quitter la femelle. Il resterait donc encore à savoir si la vésicule de tous les Insectes femelles contient le pénis après l'accouplement , ou si ce n'est pas seulement dans quelques cas particuliers qu'on l'y rencontre. Enfin il faudrait être certain que ce qu'on trouve dans cet organe est bien réellement toujours une partie du mâle. Meckel y a rencontré quelquefois un corps solide qui pouvait n'être qu'un grumeau. Suivant Nilzsch (6) , la vésicule de là Je*

(lj Home, loc cit., t. III , p. 370.

(2) Der Naturforscher, t. IV, p. 115.

(3) Annales des se. nat., t. II , p. 281.

(4) Ibid., p. 454.

(5) Stark, Archiv fucr die Gc'ntrtshuclfa , t. V, p. 153. -

(6) Germai , ftlayazin der Entomologie , t. IV, p. 2S1.

MODE DE IA FÉCONDATION. igo,

nielle du Psoons pulsatorius contient des cryptes globuleuses, qui sécrètent un liquide blanchâtre, et versent cette humeur par d'étroits canaux excréteurs contournés sur euxmêmes , au moyen desquels elles tiennent au conduit de l'organe comme par autant de pédoncules. Cette intéressante découverte met dans le plus grand jour, la'destination'qu'ont à remplir les vésicules.

b. Chez plusieurs Insectes , les Abeilles et les Guêpes, par exemple , la vésicule naît d'un vaisseau terminé en cul-desac, et, à en juger d'après les règles de l'analogie, elle a tous les caractères du réservoir de l'humeur sécf étée dans ce vaisseau.

c. Voilà pourquoi on trouve quelquefois des vésicules analogues chez les mâles, par exemple dans le Carabus mo- ■nilis (1). .

d. Il s'en rencontre aussi chez des animaux qui n'ont qu'un accouplement extérieur, ou qui même ne s'accouplent pas, chez les Holothuries, les Lombrics, etc.

e. Dans certains Insectes, lajésicule est implantée à une grande hauteur des oviductes , de manière, que le pénis ne peut point y parvenir.

f. Chez d'autres, elle a un canal excréteur long et flexueux, à travers lequel il serait difficile au pénis de pénétrer.

g. Chez d'autres encore , par exemple le Syrphus tenax , elle manque entièrement, ou bien, comme dans les Phalènes, elle aboutira l'extérieur (2).

h. Quand bien même elle contiendrait de la semence , on ne s'expliquerait pas comment chaque œuf pourrait être 'fé • condé par cette dernière à son passage dans l'oviducte. Comment le sperme pourrait-il se diviser à tel point, que, sur quatre cents œufs , trois cents au moins entrassent , chemin faisant , en contact avec lui ?

i. Les observations d'Hegetschweiler nous apprennent que les œufs des Insectes ont déjà dans l'ovaire une coquille so-

(1) Piamdohr, dans Magasin fucr die ncuoston Enldcckiingon , t. I, p. 224.

(2) Nov. Act. Nat. Cur., {. XII , p. 621.

lide et coriace, de sorte qu'on entrevoit inoins encore, d'après cela, comment le sperme pourrait arriver dans leur intérieur.

Fabriçius attribuait la même fonction , chez les Oiseaux, à la bourse qui porte son nom , opinion que Harvey a déjà combattue. En ellet, cette bourse s'abouche dans le cloaque, et l'œuf, quand il arrive dans celui-ci , est déjà rendu impénétrable à la fécondation par la membrane lestacée et par la coquille calcaire. La bourse , en outre, est plus volumineuse chez les Oiseaux très-jeunes que chez ceux qui sont déjà propres à procréer, et plus aussi chez les mâles que chez les femelles (1). Elle ne fait donc point partie des organes génitaux (2), et l'on doit plutôt la considérer, avec Baër, comme le sommet de la vessie , d'autant mieux que Berthold (3) y a rencontré de l'urine.

II. On admet la plupart du temps que le sperme arrive , chez les Oiseaux , dans la partie inférieure de l'oviducte, qu'on appelle utérus , chez les Mammifères et chtiz la femme , dans la matrice, et que là il rencontre l'œuf ou la substance procréatrice de la femelle. Nous allons examiner d'abord s'il csL bien démontré que ce phénomène ait lieu ( 1° ) , ensuite s'il est possible qu'il arrive dans tous les cas où s'etFectue la fécondation ( 2°-6° ).

1° Ruysch a eu l'occasion de disséquer les cadavres de deux femmes qui avaient été assassinées peu de temps après l'acte vénérien. Chez l'une d'elles, il trouva la matrice fermée, et dans l'intérieur de cet organe, ainsi que dans les trompes , un liquide blanc , qu'il prit pour du sperme (4). Chez l'autre , la matrice et les trompes étaient en turgescence , et contenaient une liqueur ayant la couleur et l'apparence du sperme (5). Bond trouva (G) , chez une jeune femme qui s'était empoisonnée presqu'au sortir des bras d'un homme, une

(1) Spangenberg , loc. cit., p. 33.

(2) Meckel, Arcliio fuer Anatomie , 1829, p. 43.

(3) Nov. Jet. Nat. Cur., t. XIV, p. 911.

(4) sldversaria , t. VI, § 1.

(5) Thésaurus anulom. , I. VI , § 21.

(6) Fioriep, Nolizcn, t. XL , p. 327.

couche épaisse de semence a la paroi du col et du corps de la matrice. Verheyen observa, dans la matrice d'une Vache, un liquide qui ressemblait à du sperme. Ces observations sont en partie équivoques. Il était naturel d'admettre que le sperme pénètre dans la matrice; c'est avec l'esprit plein de cette supposition que tous lesanatomistes ontprocédé à leurs recherches, et elle les portait à considérer comme du sperme tout liquide blanc ou visqueux qu'ils trouvaient dans la matrice et les trompes /quoiqu'il eût fort bien pu y avoir été sécrété. .Mais ce qui rend ces observations plus douteuses encore, comme le fait remarquer Treviranus (1), c'est que Bartholin et Santorini disent avoir rencontré un liquide analogue à du sperme dans les trompes de femmes en couches.

De même que Leeuwenhoek, Prévost et Dumas (2) ont vu, dans la matrice de Lapines et de Chiennes, vingt-quatre heures après l'accouplement , des animalcules spermatiques , qui , du troisième au cinquième jour , existaient parfois aussi dans les trompes , quoiqu'en moins grand nombre , et diminuaient ensuite le sixième et le septième jours.

a. Treviranus rappelle que Bufl'on, Daubenton et Needham ont trouvé aussi des animalcules spermatiques dans la liqueur de femelles qui ne s'étaient point accouplées.

b. Le contraire est soutenu par d'autres observateurs. Harvey (3) fit accoupler plusieurs Cerfs , Chiens, Lapins et autres animaux, et, après avoir mis à mort quelques unes des femelles , ne trouva pas de sperme dans leur matrice , quoique les autres missent bas à l'époque ordinaire. Graaf (4) a vu la semence ressortir sur-le-champ du vagin des Lapines , quoiqu'elles fussent fécondées , et s'il en restait un peu , c'était en trop petite quantité pour qu'il fût possible de la recueillir. Haller (5) , dans ses nombreuses expériences , n'a pu qu'une seule fois voir du sperme dans la matrice, quarante-cinq minutes après l'accouplement. Kuhlemann en a trouvé , au bout de

(J) Biologie, t. III, p. 395.

(2) Froriep , Notizen , t. IX , p. 180.

(3) Excrcit. de ijeiicrut., p. 312.

(4) De muiier. or y. yenerat. inservie ut., p. 407, 411.

(5) Elément, yhijsioloij., t. VIII, p. 19.

trois quarts d'heure à une heure et demie , dans le vagin'et l'orifice de la matrice , mais non dans l'intérieur de ce viscère (1) ; plus tard même , il n'y en avait plus nulle part (2). Hausmann n'en a point rencontré dans la matrice de Truies qui avaient reçu le mâle après un laps de temps qui a varié , suivant les expériences, de douze , vingt et trente-cinq minutes à dix-sept heures.

c. Comme les Lapines, les Truies, etc., en chaleur, ont coutume d'être fécondées par chaque accouplement, nous devons admettre , d'après ces faits . que le sperme peut arriver dans la matrice , que probablement même il y pénètre d'ordinaire , mais que ce n'est point là une condition nécessaire de la fécondation.

Forts de ces résultats, passons à l'examen de la possibilité de l'hypothèse , et pesons d'abord les difficultés qui s'élèvent contre elle (2°-5°), puis relatons les cas où elle est absolument inadmissible (6°).

Le sperme peut être poussé immédiatement par l'acte de la copulation (2°-4°), ou pénétrer après cet acte dans les organes intérieurs (5°).

Le premier cas suppose , d'un côté , que le pénis atteint jusqu'à l'orifice de la matrice , et que l'éjaculation se fait avec assez de force pour darder le sperme au-delà du cloaque ou du vagin (2°), d'un autre côté, que les oviductes ou la matrice ont une direction telle (3°), ou une ouverture placée de manière (4°) que cette liqueur puisse s'y introduire.

2° Le pénis manque chez la plupart des Oiseaux : le sperme passe du cloaque du mâle dans celui de la femelle , c'est-à-dire qu'il arrive , non pas immédiatement dans un canal étroit , mais dans une cavité ample , et l'orifice de l'oviducte est tellement petit, qu'on a de la peine à y introduire une sonde. L'éjaculation paraît donc insuffisante pour darder le sperme jusque dans son intérieur (3). A la vérité , il peut arriver dans la partie inférieure de l'oviducte , lorsque celui-ci se renverse

(1) Obs. circu negotium générât, in ovibus , p. 17,

(2) Ibid., p. 19.

(3) Harvey, loc. cil., p. 22, 137.

MODE DE LA FÉCONDATION. 203 sur lui-même dans le cloaque pendant [l'accouplement ; mais la route qu'il suit pour gagner les œufs à féconder n'en demeure pas moins obscure.

Chez les Mammifères , le diamètre du vagin est en général plus proportionné au volume du fruit qu'à celui du pénis (1). Dans les Lièvres , les Lapines, etc., sa longueur n'a pas le moindre rapport avec celle de la verge , en sorte qu'il serait difficile au sperme d'arriver jusque dans la matrice par l'éjaculation. La même chose doit avoir lieu chez les animaux dépourvus de vésicules séminales , qui par cela même éjaculent avec moins de force.

Chez la femme, celte pénétration peut s'opérer. Comme le vagin et le pénis se correspondent sous le rapport de la longueur, et que l'éjaculation s'étend à quelques pouces, le sperme doit frapper l'orifice de la matrice avec une certaine force et y pénétrer, quand 11 est ouvert. Lorsque le membre viril est trop court et l'éjaculation trop faible, il n'y a ordinairement point de fécondation. Mais la brièveté du pénis paraît ne nuire à cette dernière que quand elle exprime peu d'aptitude à la génération, et pouvoir être compensée par la vigueur de l'éjaculation : car on a une foule d'exemples de femmes qui ont conçu quoique, par crainte de la grossesse ou en raison d'un obstacle quelconque , le membre viril n'eût pas été poussé au-delà du vestibule. Schuter , par exemple (2) , à observé un cas de ce genre chez une jeune fille de quatorze ans, qui, bien qu'enceinte , avait conservé l'hymen, dans l'ouverture duquel on aurait eu de la peine à introduire un tuyau de plume. Dans une autre circonstance, l'accoucheur trouva le vagin tellement étroit, qu'il ne put y faire passer le doigt qu'en causant de grandes douleurs à la femme (3). Une jeune femme avait l'orifice du vagin bouché par une membrane tellement épaisse et si solide , que le mari contracta un paraphimosis dans ses vains efforts pour la détruire, et cependant cette femme devint enceinte , mais elle ne put accoucher qu'après

(1) Cuvier, Anat. comp., t. V, p. 133.

(2) Kust, Mwjazin fucr dit; ijcsamnUe Heilkundc , \. XIX , p. 182. (3; Dict. des se. méd., t. IV, p. 160.

qu'on eut incisé la membrane (1). Waller a trouvé , chez une femme enceinte , des adhérences telles que le vagin n'admettait même pas le bout du petit doigt (2) ; chez une autre , l'entrée de ce canal était bouchée , au devant de l'hymen , par une membrane contre nature, qui ne permettait qu'avec peine d'introduire le bout du petit doi{;t , en le tournant de haut en bas et d'avant en arrière (3). Une femme à bassin mal conformé avait été si maltraitée dans un précédent accouchement, que son vagin était réduit à un canal admettant seulement une sonde de petit calibre ; cependant elle redevint enceinte , son mari ayant fini par se frayer une voie dans l'urètre (4). Dans un autre cas , l'accouchement ne fut praticable qu'après qu'on eut détruit les adhérences (5). Il fallut, au moment où une femme éprouvait les douleurs de l'enfantement , inciser l'hymen qui laissait à peine passer le doigt (6). Plusieurs cas semblables ont été rassemblés par Voigtel (7).

3° Il serait nécessaire , pour que l'injection pût avoir lieu , que l'orifice de la matrice fût en ligne droite avec celle du pénis. Mais , chez la femme , la matrice forme un angle avec le vagin r de sorte que le sperme est plutôt dardé sur les lèvres que sur l'ouverture. Ce cas arrive à bien plus forte raison encore lorsque la matrice est oblique ou inclinée en avant, lorsqu'elle fait prolapsus, lorsque des tumeurs qui en naissent pendent dans le vagin, etc., et cependant la grossesse n'est pas rare en pareilles circonstances (8). Chez une femme qui manquait de vulve , et dont le vagin s'ouvrait dans l'anus , c'est par cette ouverture qu'avaient lieu les règles, l'accouplement et la parturition (9). Des cas analogues ont été ob-

(1) Betrachtungen ueber die Geburtstheile des weiblichen Geschlechts , § 13.

(2) Abhundlungen der Schwedischen Akademie , t. XX , p. 480.

(3) Ibid., § 14.

(4) Mursinna, dansStavk , Archiv fùer die Geburtshuelfe , t. V, p. 149.

(5) Ibid., t. H, p. 71.

(6) Medicinisch-chirurgische Zeitung , 1S25, t. III, p. 163.

(7) Handbuch der pathologischen Anatomic , t. III, p. 433-437.

(8) Osiamler, Handbuch der Entbinâiingskunst , t. I, p. 2S0.

(9) Louis , De partium externurum generationi inservie?Uium. Paris , 1754 , in-4°.

servés par Huxham (1) et Rossi (2). Dans l'hypospadias et fépispadias, comme le sperme ne fait que couler à la surface du pénis, il ne peut ni atteindre le fond du vagin avec la force nécessaire, ni rencontrer l'ouverture de la matrice dans la direction convenable pour y pénétrer ; on connaît pourtant plusieurs exemples d'hommes atteints de ces infirmités qui sont devenus pères , et tous les doutes à cet égard cessent dans les cas au moins où le vice de conformation a été héréditaire (3).

Dans les Lapines, les Lièvres , etc., la matrice a deux ouvertures , et comme le pénis n'est point fendu , le sperme doit être lancé contre la paroi qui sépare ces deux orifices.

4° L'orifice de la matrice de l'Ours est entouré d'un cercle de plis du vagin qui ressemblent à des crêtes , et l'emboîtent presque, de manière que les plus grands obstacles s'opposent à la pénétration du sperme (4). Dans le Kanguroo , les orifices de la matrice proprement dite sont complètement fermés et imperceptibles avant la parturition , de manière que le sperme ne pourrait pénétrer que par les conduits latéraux (5) ; mais les ouvertures de ceux-ci traversent obliquement la paroi du vagin, comme les uretères celle de la vessie, de sorte qu'ils ne peuvent qu'expulser et non recevoir du dehors (6). En général , chez les Mammifères , par exemple les Brebis (7) et les Biches (8) , le col de la matrice est cartilagineux et l'ouverture tellement close qu'on ne peut y souffler de l'air. Il faudrait donc admettre que cet orifice s'ouvre par une activité propre. Ce qui semblerait l'annoncer, c'est l'écoulement muqueux qu'on observe quelquefois chez les femmes pendant une copulation féconde , et qui paraît venir de la matrice. Il

(1) Philos. Trans., n° 379, p. 408.

(2) Gerson , Mayazin des auslœndischen Literatur, t. XV, p. 703.

(3) Osiander, loc. cit., 1. 1 , p. 251. — Dict. des se. raéd., t. IV, p. 162 ; t. XXI, p. 112. — Hufeland, Journal der praktischen Heilkunde , t. XVII , p. 9.

(4) Cuvier, Anat. comp., t. V, p. 131.

(5) Home, Lectures on comparative anatomy , t. III , p. 347.

(6) Blainville, dans Bullet. de la Soc. philom., 1818, p. 25.

(7) Kulilemann , loc. cit., p. 7.

(8) Harvey, lue. cit., p. 299.

ne nous est pas possible d'acquérir des notions précises à cet égard ; comme on a observé une sensation particulière au moment de l'éjaculation, peut-être la fécondation tient-elle, ainsi que le pense Grasmeyer (1) , à la simultanéité de l'épanchement dans les deux sexes ; mais cette condition supposerait une harmonie dans le caractère intime de la vie des individus , qui peut-être expliquerait pourquoi l'on voit des personnes se montrer stériles dans certaines unions conjugales et dans certains temps , tandis qu'elles se propagent en d'autres momens et dans d'autres liens. Cependant il n'est point prouvé encore que toute fécondation doive s'accompagner d'un épanchement chez la femme.

Certaines femmes n'éprouvent rien de semblable , et l'on ne peut pas démontrer qu'il ait lieu sans se manifester par une sensation quelconque. On ne saurait supposer une ouverture permanente : car, comme le dit Hœsch , toutes les fois qu'on a disséqué la matrice avant et après la copulation , on l'a trouvée fermée , sans le moindre mouvement, sans le plus petit changement (2). L'épanchement en question ne peut donc tenir qu'à l'ouverture momentanée de l'orifice extérieur; mais , pendant que le mucus s'écoule de cette manière , le sperme ne peut point pénétrer, les deux liqueurs doivent se mêler ensemble dans le vagin ; une fois le moment passé , il n'y a plus de [force qui pousse le sperme, et déplus l'orifice s'est incontestablement refermé.

5° Il y a fort long-temps déjà qu'on a pensé qu'après l'accouplement la matrice s'emparait peu à peu du sperme , par une activité vitale qui lui est propre. Blundell (3) croit l'avoir démontré par l'observation ; il a reconnu que , chez les Lapines , la matrice et surtout le vagin sont agités d'un vil mouvement péristaltique , et que le vagin ne reste jamais en repos pendant le rut ; que sans cesse il se raccourcit et s'allonge , se dilate et se rétrécit ; qu'il s'applique quelquefois d une manière intime à l'orifice de la matrice , et que quand

(2) Versuch cincr neveu Zeuyungsthcorie , p. 87, 9(i,

(3) Researchcs physioloyical and putholoykul ' , p, 54.

MODE DE IA FÉCONDATION."' 207 une excitation extérieure agit sur lui , il éprouve une contraction assez forte pour se réduire aux deux tiers, de son diamètre ordinaire. Mais un pareil mouvement ne peut être admis que chez des animaux dont les organes auxquels il se rapporte ont la forme d'intestin et sont manifestement pourvus de fibres musculaires ; on ne saurait l'admettre chez la femme , dont la matrice ne déploie pas une activité vitale si prononcée avant la grossesse.

Il n'est pas vraisemblable non plus qu'une partie aussi volumineuse que le col utérin puisse absorber et faire cheminer quelques gouttes de sperme , tandis que partout ailleurs non seulement on voit régner une proportion entre la masse à mouvoir et le diamètre des canaux conducteurs , mais encore l'absorption ne s'exerce généralement "que sur des quantités notables de liquide. En outre, la fécondation s'opère dans des circonstances où. cette activité vitale n'a point lieu à la partie inférieure de la matrice , par exemple dans le cas de fissures au museau de tanche ou au col , produites par un accouchement antérieur , et encore à vif, ou cicatrisées , de même que dans ceux d'induration et de squirrhosité de ces parties (1).

Enfin si le sperme était absorbé par l'orifice de la matrice et conduit dans l'intérieur du viscère , celui-ci éprouverait directement aussi les efFets de l'infection syphilitique, et deviendrait le siège d'affections vénériennes primitives, ce qui n'a jamais lieu.

6° Mais il y a des cas aussi où la réception du sperme, soit dans la matrice, soit, chez les Oiseaux, dans la partie inférieure de l'oviducte, était absolument impossible , et où cependant la fécondation s'est opérée. Hausmann fit accoupler une Dinde qui avait déjà un œuf non fécondé dans ce qu'on appelle l'utérus ; cet œuf , qui se montra non fécondé , fut pondu au bout de vingt-quatre heures ; il avait dû s'opposer à l'entrée du sperme versé dans le cloaque , puisque tout œuf parvenu à maturité remplit complètement la portion de l'oviducte à laquelle on donne le nom d'utérus ; cependant la Dinde pondit,

(i) Osiancler, bc. cit., 1. 1, p. 281 .

2û8 MODE DE LA FÉCONDATION.

qùarante-huit heures après, un œuf fécondé, et, pendant l'espace de douze jours , elle en donna sept encore, également féconds. Une femme, qui souhaitait avec ardeur d'avoir un enfant , devint enceinte , quoique son vagin fût oblitéré par des adhérences au dessus de l'orifice de l'urètre; après trois jours de douleurs pour accoucher, l'adhérence se rompit , et l'accoucheur dilata la déchirure , ce qui produisit une forte hémorrhagie ; la parturition eut lieu , mais la femme succomba six heures après (1). Une autre , qui , pendant ses couches , avait été atteinte d'une inflammation de matrice , éprouvait depuis lors des douleurs à chaque époque des règles , qui ne consistaient plus qu'en quelques gouttes de sang; au bout de sept années, elle redevint enceinte; au moment d'accoucher, elle ressentait depuis trois jours des douleurs sans résultat , lorsqu'on découvrit que l'ouverture de la matrice était obstruée par des adhérences, qu'il fallut détruire avec l'instrument tranchant pour frayer un passage à l'enfant (2). Une femme , qui cependant était robuste et bien portante , n'avait eu ses règles que fort tard , et l'écoulement était fort peu abondant , car il consistait tout au plus en une dizaine de gouttes de sang ; après onze années de stérilité , dans les liens d'un premier mariage, celte femme devint enceinte la seconde année d'une seconde union ; au moment de la parturition , deux sages - femmes et deux accoucheurs , Dietrich et Bœnisch , trouvèrent le segment inférieur de la matrice saillant dans le vagin , sous la forme d'un corps globuleux et sans ouverture ; après quatre jours d'inutiles douleurs, s'étant bien convaincus par des explorations répétées, qu'il ne s'agissait pas seulement d'une obliquité de la matrice , les hommes de l'art pratiquèrent une incision à cet organe : il ne sortit d'abord que du sang pur, mais bientôt on vit saillir la poche des eaux, qu'il fallut ouvrir aussi ; l'ouverture pratiquée par l'instrument persista après la parturition , et les règles reprirent leur caractère normal (3). Dans un autre cas ,

(1) Philos. Tmns., t. XX , p. 56.

(2) Meissner, dans Siebold', Journal fuer Geburtshvelfo , t. IV, p, 3S5.

(3) Berger, Analecta ad theoriam Je fœtus ycveratiune , p. SJ

MODE DE LA FÉCONDATION- 20Q la forme totale de la matrice ne permettait pas de douter qu'elle ne fût originairement adhérente ; cependant la fécondation eut lieu , et l'enfant se développa dans la cavité abdominale, où on le trouva pétrifié après la mort, qui n'eut lieu que dans un âge avancé (A).

Breschet (2) et Carus (3) ont également observé des cas où les orifices utérins des trompes étaient oblitérés, quoique la grossesse eût eu lieu.

7° D'après tous ces faits réunis , il paraît donc être certain que le sperme peut arriver dans la matrice , mais que la condition indispensable de la fécondation est la simple rencontre du liquide avec la partie inférieure de l'organe qui fait saillie dans le vagin , et non sa pénétration dans la cavité même. On peut croire que , comme l'eau élémentaire (§ 287 , 4°) et le mucus organique (§ 290 , 3°) sont les conducteurs de la fécondation daps l'accouplement extérieur , de même aussi ce rôle est rempli par le mucus sécrété dans la matrice. A l'aide de cette hypothèse , on s'explique la fécondation de certains animaux inférieurs , par exemple des Lombrics , pendant l'accouplement desquels l'ouverture mâle d'un individu, celle par laquelle sort le sperme, se trouve à une grande distance de l'orifice desoviductes de l'autre individu , mais où l'on voit aussi se répandre sur la peau turgescente une mucosité blanche et écumeuse , qui peut servir de conducteur au sperme (4).

tt Epoque à laquelle s'opère la fécondation.

§ 294. Quant aux circonstances qui se rapportent au temps, deux cas sont possibles ; la fécondation a lieu au moment, de l'accouplement, et surtout de l'éjaculation du sperme, par suite de laquelle une des vésicules de l'ovaire crève ; ou bien elle s'opère plus tard , et d'une manière insensible , la substance procréatrice de la femelle venant au devant de la fécondation.

(1) Carus, Lehrhuch der Gynœkoloyic , 1. 1, p. 40y.

(2) Harles, Jàhrhieoher der teutschen Medicin , t. YIII, cah. 3, pi 64.

(3) Zur Lehre von Schwantjerschaft und Gchurt, t. I , p. 53.

(4) I.co , IHss. de structura himlrid terrestri." , p. 22.

if. j/,

I. La première opinion paraît être la plus conforme à la nature.

1° Elle a pour elle l'analogie de l'accouplement extérieur, puisquici la fécondation est l'œuvre de l'instant dans lequel le sperme vient à être éjaculé et à entrer en contact avec les œufs, de manière qu'on ne peut plus en détruire les eflfets par le lavage de ces derniers. La fécondation n'a lieu non plus que dans l'ovaire chez les plantes.

2° Cette hypothèse se concilie fort bien aussi avec nos idées générales sur la génération. La fécondation est une exaltation de l'activité dans la substance procréatrice , qui éveille en elle une vie indépendante ; c'est donc une métamorphose intérieure, un changement des rapports dynamiques, que le pro duit du mâle détermine dans celui de la femelle. Ces produits n'agissent que comme parties des organismes auxquels ils appartiennent , et en vertu de leur vitalité. Voilà pourquoi , à ce qu'il nous semble, l'exaltation de l'état intérieur de la substance procréatrice femelle par l'impression de celle du mâle , ne peut avoir lieu qu'au moment de la plus intime réunion et de l'exaltation la plus vive de la vie des deux individus procréateurs. Les sensations qui accompagnent l'union des sexes et l'émission de la semence paraissent avoir pour but d'exalter la vie au plus haut point-, elles seraient tout-àfait inutiles , et sans rapport aucun avec l'organisation , si la fécondation avait lieu plus tard seulement et d'une manière insensible.

3° L'observation vient aussi à l'appui de cette hypothèse. Nous n'avons que les sensations de la femme pour nous éclairer sur les phénomènes intérieurs et immédiats de la fécondation; mais cette sensation particulière, qui ébranle l'organisme tout entier, et qui donne à certaines femmes Tint mie conviction qu'elles sont fécondées , n'a lieu qu'au moment de l'union des sexes. C'est le sentiment d'une vie qui jusqu'alors avait fait partie de l'organisme , et qui s'embrase tout à coup, comme un éclair; c'est celui d'une résolution de sa propre vie en deux vies différentes l'une de l'autre.

4° Comme , d'après cette hypothèse , l'ovaire est le lieu où s'effectue la fécondation , c'est aussi dans cet organe qu'on en

MODE DE LA. FECONDATION. 211 aperçoit les premiers phénomènes sensibles, savoir, le gonflement et la rupture des vésicules.

5° INuck lia l'un des oviductes d'une Lapine après l'accouplement , et y trouva ensuite un embryon au dessus de la ligature. A la vérité , on a prétendu que cette expérience avait été inventée à plaisir, sans alléguer cependant d'autre motif qu'une opinion arrêtée d'avance ; mais les grossesses extrautérines sont des faits incontestables. La grossesse abdominale peut bien tenir à ce que l'œuf passe, avec le fruit, de la matrice dans la cavité jjéritonéale , par une déchirure du réservoir qui aurait dû le conserver ; mais , dans la plupart des cas, il n'y a eu ni aucune cause capable de déterminer une semblable déchirure , ni pendant la vie aucun des accidens qui ont coutume de l'accompagner, ni enfin après la mort aucune des traces qu'elle laisse à sa suite : cet état anormal doit donc dépendre de ce que l'œuf fécondé n'a point été reçu par l'oviducte. Il n'est pas rare non plus de trouver des fœtus dans l'ovaire, dans les trompes, dans les parois de la matrice, ce qui constitue les grossesses ovarienne, tubaire et interstitielle.

Ceux qui croient que la fécondation n'a lieu que dans la matrice, prétendent que, dans tous ces cas, l'anomalie provient de ce que, le sperme s'étant é;;aré dans les oviductes , la fécondation s'est opérée ailleurs qu'elle n'a coutume de le faire (d). Mais les causes et les phénomènes annoncent bien plutôt que c'est seulement un obstacle à l'entraînement de l'œuf qui a forcé l'embryon de se développer dans un lieu autre que celui qui lui est assigné par le cours naturel des choses. Dans plusieurs de ces cas, en effet, la cause se rattache évidemment à une disposition organique anormale ; tantôt , les oviductes sont incomplètement développés , courts et sans franges, de manière qu'ils ne peuvent s'emparer de l'œuf, qui reste dans l'ovaire et s'y développe (2) ; tantôt la frayeur a pu occasioner une paralysie des oviductes , ou une inflammation de l'ovaire , et faire naître ainsi un empêchement à l'admission de l'œuf dans l'oviducte.

(1) Oken, Vie Zcwjuny , p. 77.

(2) Gœssmann , De. concrpHonc duplici, p. 40.

2 1 2 MODE DE tA FÉCONDATION.

Une femme, par exemple, qui était très-ardente, fut surprise , immédiatement après avoir reçu les embrassemens de son époux, par l'arrivée soudaine d'un étranger; la révolution qu'elle éprouva fut long-temps à s'apaiser ; elle eut du malaise pendant la nuit , et , le lendemain , des coliques accompagnées d'une .douleur fixe dans l'aine gauche, avec émission de caillots de sang et écoulement d'une sérosité sanguinolente; elle tomba dans le marasme, au milieu de douleurs continuelles, et mourut à la fin du sixième mois; à l'ouverture du corps, on trouva dans l'ovaire gauche une tumeur, qui contenait un œuf, avec un embryon (1). Une autre, chez laquelle on observa une grossesse extra-utérjne , avait été effrayée, au moment où elle commettait un adultère, par le bruit d'une clef que quelqu'un tournait dans la serrure de la porte (2). La môme chose paraît pouvoir s'opérer chez les animaux : en ouvrant une Vache morte douze jours après avoir reçu un coup de corne dans le foie au moment où le mâle venait de la quitter, Grasmeyer (3) trouva dans l'ovaire gauche une tumeur contenant une vésicule implantée dans le parenchyme, et dont la membrane,' ferme et opaque, enveloppait un liquide trouble et puriforme.

IL L'hypothèse d'une fécondation opérée dans Ja matrice après l'accouplement, repose sur plusieurs argumens.

1° On s'est fondé sur ce que le sperme ne peut point pénétrer dans les vésicules de l'ovaire ; mais nous avons vu précédemment (§ 293 ) que cette circonstance ne saurait être considérée comme une preuve.

2° On a invqqué l'analogie avec la fécondation extérieure , dans laquelle les œufs vont au devant du sperme. Mais la succession des phénomènes n'est pas ce qu'il y a d'esseniirl dans la génération , et elle varie chez les différens êtres organisés.

3° On s'est appuyé sur ce que des vésicules ovariennes crèvent, même sans accouplement, chez les femelles en chaeur.

(1) Lallemand, Observations pathologiques, Paris 1825 , in-S°, p. 1.

(2) Dict. des se. méd., t. XIX, p. 399.

(3) De conceptione , p. VI. ^

Mais, d'abord, les animaux à rut périodique sont les seuls chez lesquels nous trouvions des vésicules qui mûrissent ainsi à une époque déterminée , parce que cette époque est celle aussi que la nature a fixée pour qu'elles reçussent la fécondation c'est un degré intermédiaire entre l'accouplement extérieur et celui de l'homme , qui n'est point assujetti à la condition du temps. La femme n'a que trente vésicules ; elle deviendrait bientôt stérile , si ces vésicules crevaient ordinairement par le seul fait de l'appétit vénérien et sans fécondation. Loin de là même , le détachement du liquide de la vésicule, dans l'état normal , paraît tenir à ce que la fécondation lui imprime un nouveau mode d'existence qui le met en possession d'une vie propre et indépendante (1). De même que dans toutes les autres fonctions, il y a également ici harmonie entre les divers momens entre lesquels la génération se partage ; chez les Oiseaux et les Mammifères , la vésicule doit être fécondée à une époque déterminée , puis crever ; si la fécondation vient à manquer, la rupture n'en, peut pas moins s'effectuer, parce que le cours normal de la vie y a déjà prédisposé la vésicule. De cette manière , la ponte d'eeufs stériles ou la rupture de vésicules non fécondées paraît être une rétrogradation anormale vers la forme de vie propre aux Poissons et aux Reptiles.

En/ second lieu, il est de fait que ^'accouplement suivi de fécondation favorise la rupture des vésicules (§ 299 , 6°). Le changement nécessaire pour que ce phénomène ait lieu , ne se passerait-il donc pas dans l'ovaire lui-même? D'après Oken (2), la rupture dépend de la sympathie qui unit l'ovaire à la matrice excitée par le sperme ; mais l'orgasme se manifeste d'abord dans l'ovaire et non dans la matrice. D'ailleurs, comment l'excitation secondaire, provenant de la sympathie, pourrait-elle être aussi forte ?

4° Prévost et Dumas (3) n'ont trouvé aucun changement encore dans l'ovaire des Lapines et des Chiennes , vingt-quatre

(1) Hauhrcy, loc. cit., p. 410.

(2) Die Zeu<jxm<j , p. 211, 214.

(3) Froricp , ^oiizçn , t. IX , p. 180.

2l4 MODE DE LA FÉCONDATION.

heures après l'accouplement , et ils concluent de là que la fécondation n'avait point encore eu lieu à cette époque. Mais pn n'aperçoit non plus aucun changement dans l'œuf de la Grenouille , pendant la première heure qui succède à la fécondation , quoiqu'il soit déjà bien plus avancé dans son développement que ne l'est la substance procréatrice des Mammifères.

5° Haighton empêchait la génération en coupant les oviducles quarante-huit heures après l'accouplement. Mais, si la fécondation consiste essentiellement en un changement intérieur, comme nous en avons la preuve directe dans l'œuf des Grenouilles , on conçoit sans peine que tout désordre survenu à cette époque dans l'activité vitale empêche la nouvelle vie de sortir de sa léthargie, et ne lui permette pas de se manifester par le produit qui annonce ordinairement son réveil.

6° Les ovaires sont très-longs et contournés chez certains animaux, sans doute afin que l'œuf fécondé séjourne dans leur intérieur et s'y perfectionne. Si la fécondation n'avait lieu que dans |a matrice , une pareille disposition ne ferait que la retarder, sans qu'on pût comprendre pourquoi.

7° Chez les Mammifères, l'œuf ne parvient dans la matrice qu'au bout de quatre à quatorze jours. Peut-on supposer qu'il soit demeuré complètement passif jusque-là , et qu'alors seulement une nouvelle vie s'éveille en lui? La Poule pond pendant quinze jours , après s'être accouplée ; est-il vraisemblable que le sperme reste si long -temps dans l'oviducte sans s'affaiblir, sans éprouver quelque transformation? peut-on admettre qu'aujourd'hui il féconde un œuf, puis un autre au bout de quelques jours, etc.?

8° La Chienne s'accouple avec une vingtaine de Chiens dans l'espace de sept jours. Si la fécondation était le résultat d'une rencontre qui aurait lieu plus tard entre la substance procréatrice et le sperme , dans la matrice , les spermes des divers mâles devraient se mêler ensemble ; cependant les petits qui naissent ne sont pas d'un sang mêlé , et la râpe à laquelle ils appartiennent est surtout déterminée par le premier mâle dont la mère a reçu les approches (§ 304, 6°).

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