CIRCONSTANCES FA.VORMU.ES
avec la laitance d'une Carpe morte depuis quatre joui s. Le sperme des Batraciens , six heures après son émission , fécondait tout aussi bien que celui qui venait de couler-, il était moins eflicace au bout de sept heures, et n'avait plus aucune vertu au bout de neuf (4). Il ne conservait pas plus long-temps sa faculté dans des flacons bouchés , et sous une couche d'huile ou de cire , qu'au grand air (2).
4° Lorsqu'une reine Abeille est morte sans avoir produit de Bourdons , les ouvrières pondent des œufs de Bourdons. Ces femelles incomplètes, qui ne sont, à proprement parler, destinées qu'au soin de la progéniture (§ 333, I), deviennent donc aptes à procréer lorsqu'elles manquent de l'objet sur lequel leur instinct tend à s'exercer , de même qu'en pareille circonstance la faculté procréairice s'exalte chez les Oiseaux (§ 299, 5°). Cet éveil ou celte exaltation de la faculté procréatrice ne peut être déterminé que par des influences morales; aussi ces dernières ont-elles une action très-prononcée sur la propagation de l'homme. A la vérité , il y a des femmes qui sont fécondées sans nulle participation de l'âme ; on en a vu qui étaient devenues enceintes sans avoir éprouvé de sensations agréables, au milieu des douleurs, à la suite d'un viol , dans les bras d'un homme qui leur inspirait de la répugnance, même pendant le sommeil et la syncope (3) , de sorte qu'on peut dire que la fécondation est possible sans désirs , comme la digestion sans appétit (4). Mais nous devons ajouter que les deux fonctions s'accomplissent d'une manière plus parfaite lorsque l'âme y prend part, que même , quoique nul penchant n'y porte d'abord, quoique les sensations agréables qui s'y rattachent soient obscurcies par des seniimens opposés, cependant il est difficile de croire à une absence totale de ce penchant et de ces sensations. On sait que la masturbation fait souvent naître des corps jaunes et des œufs incomplets (§ 45) : or si une exciiation extérieure et mécanique produit de tels effets , en déterminant un éré-
(1) Rid., p, 148, 150.
(3) Osiander, loc. cit., 1. 1, p. 285.
(4) Schweighœuser, Sur quelques points de physiologie, p. 4.
lliisme dans les organes génitaux, nous devons présumer qu'ils peuvent aussi résulter d'un éréthisme anormal , provoqué par la seule imagination , et sans nulle stimulation extérieure. Ainsi Blumenbach a remarqué (1) que la plupart des exemples connus de corps jaunes chez des vierges avaient été observés en Italie , où les femmes ont un tempérament plus ardent et une imagination plus échauffée. La tendance des vésicules à crever étant identique avec la maturité et avec l'aptitude à la fécondation , l'imagination doit par conséquent favoriser cette dernière. En effet, l'expérience nous apprend que la pensée du but est , chez La femme , une circonstance qui contribue à la rendre féconde. Nous avons des exemples de femmes qui , désirant avec ardeur des enfans , sont devenues enceintes quoique l'homme fût valétudinaire ou débile , et quelles-mêmes présentassent, dans leur propre organisation , des particularités qui mettaient obstacle à la fécondalion ( § 293 , 6°). Mais , tandis que le sentiment naturel de la femme est en harmonie avec la fonction et la favorise , la réflexion de l'homme peut y porter le trouble ; il y a des cas, rares à la vérité, mais incontestables, où un homme, fort énergique d'ailleurs et éminemment apte à la reproduction , mais doué de sentimens très-délicats , et habitué à vaincre en lui , par la clarté de l'intuition , tout ce qui porte le cachet de l'animalité , n'a pu remplir ses devoirs pendant les premières années du mariage , uniquement parce que la pensée de leur caractère d'animalité portail en lui le trouble et le désordre.
5° Le repos de l'âme et du corps , immédiatement après la copulation , favorise la fécondation ; car celle-ci peut être troublée , dans les premiers momens , par des excitations d'une autre nature. Ainsi la satiété des désirs est un des moyens qui contribuent à assurer la fécondation (§ 267, 2°) parce que la vitalité des organes génitaux internes s'exalte à proportion du retour des organes externes dans les bornes de leur sphère habituelle. On a remarqué , à Naples, que beaucoup de filles publiques deviennent enceintes pendant les tremblemens de terre, la crainte de la mort diminuant beau-
(i ) Kleine Schriften , p, 17.
S>.24' CIRCONST. BÀVQBÀB. A I.A FÉCONDATION.
coup les feux de la volupté (1). C'est a une 'cause analogue qu'il faut rapporter l'influence des coups et des afi'usions d'eau froide pour assurer la conception chez les Anesses qui viennent de recevoir le mâle (2).
G0 Quant à l'influence de la duplicité des organes, elle varie.
Dans certains cas, l'un des côtés agit indépendamment de l'autre. Tiedemann (3) a décrit une femme dont la matrice et le vagin étaient doubles ; l'accouplement avait eu lieu des deux côtés ; mais la matrice gauche seule était à l'état de gestation , et huit fois plus grosse que la droite ; l'ovaire gauche surpassait également l'autre en volume. Chez une autre , qui avait mis au monde onze enfans, Grandville (4) ne trouva que les organes génitaux du côté droit développés ; la moitié gauche de la matrice n'était point distendue; on n'apercevait, de l'oviducte et de l'ovaire gauches, que des rudimens racornis, occupant la partie inférieure de la cavité pelvienne.
Dans d'autres circonstances, on observe une sympathie entre les deux côtés. Lorsque Haighton coupait l'un des oviductes d'une Lapine immédiatement après la copulation , aucune vésicule ne crevait ni dans l'un ni dans l'autre ovaire (6j , et quand Blundell (6) avait coupé l'une des cornes de la matrice , un nombre égal de vésicules crevaient dans les deux ovaires.
7° Des jumeaux peuvent être engendrés dans le même ovaire. La femme observée par Grandville, et dont il a été parlé plus haut, accoucha une fois de deux jumeaux ; cependant il n'y avait chez elle qu'un seul ovaire qui remplit ses fonctions. Une Truie à laquelle Hunter avait enlevé un des ovaires , n'en mit pas moins bas le même nombre de petits qu'à l'ordinaire ; mais eUe devint stérile de meilleure heure , de sorte qu'elle ne produisit en tout que soixante-seize petits,
(4) Osiander, loc. cit., t. I, p. 279.
(2) Bechstein, Gemcinnuetzigc Natwgcschichtc , 1. 1, p. 289.
(3) Meckcl , Detitschcs Archiv., t. V, p. 43i.
(4) Philos. Trans., 4S18, p. 308.
(5) Poid., 1797, p. 176.
(6) Researchos , p. 30, 39.
EFFETS DE IA FÉCONDATION. 225 tandis qu'une autre de même taille , qui n'avait subi aucune opération, en donna cent soixante-deux pendant le cours de sa vie (1). Mais, dans d'autres cas, l'un des jumeaux tire son origine d'un ovaire, et l'autre de l'ovaire du côté opposé. Gœssmann a trouvé (2)', chez une femme primipare , l'ovaire gauche distendu en un sac qui contenait un embryon ; cette femme était accouchée d'un enfant qui n'avait pu être engendré que dans l'autre ovaire. Virey (3) présume que les deux ovaires produisent un égal nombre d'œufs chez les animaux multipares, parce qu'il est plus commun que leurs petits soient en nombre pair qu'en nombre impair.
e. Effets de la fécondation.
* Effets de la fécondation sur l'être procréateur.
§ 297. Les effets de la fécondation se manifestent de la manière suivante chez la femme.
1° Les femmes éprouvent d'abord une sensation particiP lière , mêlée de plaisir et de peine , qui ressemble à un accès de défaillance, et annonce un changement profond dans l'organisme. Chez quelques unes, celles surtout qui deviennent enceintes pour la première fois , il survient des frissons qui partent du dos. D'autres ressentent une douleur à la région ombilicale , une sorte de mouvement dans le bas-ventre , un chatouillement dans les aines, etc. (4). Ces sensations, au moment de l'acte vénérien , que nous considérons comme appartenant à la fécondation ( § 294) , non seulement varient en raison des individualités, mais encore manquent fréquemment, surtout lorsque la sensibilité est obtuse, ou l'ardeur pour le plaisir trop vive. En général , la femme éprouve de la lassitude et des envies de dormir après l'acte vénérien. Du reste , il résulte des expériences faites sur les animaux, notamment par Graaf, que l'état de congestion et d'éréthisme provoqué
cl) Home, Lectures on comp. anut., 1. 111, p. 298.
(2) De conceptione duplici , p. 41-16.
(3) Dict. des se. médic, t. XVIII, p. 36.
(4) Haller, Elcm. physiot,, t. YJH, p. 24.
IL iS
par la copulation dans les organes génitaux femelles (§ 282, 9°), persiste ou même s'exalte encore après la fécondation.
2° Les jours suivans , la femme est avertie de son nouvel état par une sensation générale, étrange et toute particulière. En même temps, elle éprouve tantôt un sentiment de chaleur, de plénitude et de pesanteur dans le bas-ventre , avec tendance à croiser les cuisses, tantôt un mouvement fébrile , de légers frissons et des bouffées de chaleur. Celte manifestation d'un état général de turgescence donne quelque fondement à l'opinion des anciens , qui regardaient le gonflement du cou comme une preuve de conception chez les nouvelles mariées. Si la femme devenue enceinte allaite, son lait change de nature, et le nourrisson refuse ordinairement de prendre le sein. On remarque aussi un changement dans le mode de la nutrition , chez les Brebis et les Vaches , dont la viande perd de sa saveur.
3° Spallanzani (1) a reconnu que l'accouplement extérieur des Grenouilles n'épuisait pas la vertu prolifique du sperme ; ayant mêlé trois grains de ce sperme avec une livre d'eau, il y laissa plongés pendant une minute autant d'œufs que le liquide put en contenir; plusieurs milliers de ces œufs se développèrent; il en remit d'autres ensuite dans le même liquide, et répéta ainsi l'opération jusqu'à cinquante fois de suite : tous les œufs sans exception furent aussi bien fécondés les uns que les autres. L'eau dans laquelle des Grenouilles s'étaient accouplées pouvait également servir à féconder d'autres œufs (2).
** Effets de la fécondation sur l'enibryotrophe.
§ 298. La fécondation fait subir des changemens à l'œuf.
1° D'abord ces changemens sont purement intérieurs. Dans les premiers momens on n'en peut apercevoir aucun ni dans les œufs des Grenouilles et des Poissons , ni dans l'ovaire des Mammifères , et cependant il a dû s'en opérer un , puisque les phénomènes qui ne tardent pas à se manifester annoncent une grande différence entre l'œuf fécondé et celui qui ne l'a point
(1) Loc. dt.; p. 190.
(2) Loc. cit., p. 298.
été. Le changement intérieur qui s'est elfectué ne peut pas non plus être chimique ; il ne peut être que dynamique , car l'œuf fécondé de Poule ne diffère pas, pour la saveur, de celui qui n'a point été l'écondé , quoique l'organe du goût aperçoive dos nuances de composition qui sont inappréciables par les moyens d'analyse dont le chimiste dispose.
2U Le mucus des œufs non fécondés de Grenouilles absorbe l'eau; il en est saturé au bout de sept heures, et commence ensuite à se liquéfier ; on voit alors paraître des taches blanches sur les œufs; un liquide transparent et quelques bulles d'air se manifestent à l'endroit de la cicatricule; au bout de deux à trois semaines le jaune est converti en un liquide limpide , parsemé de quelques flocons , et il entre en putréfaction. Dans les œufs fécondés, au contraire, un nouvel ordre de choses commence déjà au bout d'une heure à s'établir, et le premier indice de ce changement est. la manifestation d'une apparence de sillon (1). Parmentier a reconnu aussi que les œufs de Poule non fécondés se conservaient mieux que ceux qui ne l'avaient point été : ils pouvaient supporter une chaleur de trente-deux degrés pendant trente ou quarante jours , tandis que ceux qui avaient subi la fécondation entraient bientôt en putréfaction (2). Si l'on tue le germe avant qu'il ait commencé à se développer, ou, en d'autres termes, si l'on détruit les effets de la fécondation , tant qu'ils sont encore purement dynamiques (1°) , en plongeant l'œuf pendant quelques minutes dans de l'eau bouillante, celui-ci se conserve plus long-temps ; mais si le germe a déjà commencé à se développer par l'application d'un certain degré de chaleur , et qu'on arrête sa marche, c'est-à-dire qu'on le tue , par exemple, quand on donne à une Poule plus d'œufs qu'elle n'en peut couver , ou lorsqu'on les expose aux secousses d'une voilure , la putréfaction ne tarde pas à se développer. Les œufs pondus en automne sont moins propres à l'incubation et se conservent par cela même plus long-temps que ceux qui ont été pondus au printemps , la température étant d'ailleurs la même. La
(1) Annales des se. nat., t. II, p. 107.
(2) Bulletin de la Soc. philom., 88" cali., p. 213.
fécondation détermine donc une plus grande propension à se décomposer, dont le résultat est d'accélérer les changemens qui doivent survenir dans la substance prolifique-, mais la décomposition qu'elle provoque est telle que , si les circonstances sont favorables , elle peut prendre les caractères d'une formation vivante.
3° Le premier effet de la fécondation est d'accroître et de faire gonfler la substance procréatrice. L'ovaire se tuméfie , devient plus spongieux et plus rempli de sucs , et les membranes de ses vésicules s'épaississent. Les œufs des Limaçons, qui étaient arrondis et un peu anguleux avant la fécondation, deviennent ovales et plus ronds après l'avoir subie. Ceux des Grenouilles absorbent l'eau, se gonflent, et deviennent plus mous. La cicatricule de l'œuf des Oiseaux devient un peu plus étendue , plus épaisse et plus pleine ; elle prend une forme plus régulièrement ronde. Prévost et Dumas ont trouvé que les vésicules ovariennes des Chiennes en chaleur ne sont pas plus volumineuses qu'en tout autre temps , mais qu'après la fécondation elles triplent ou quadruplent de grosseur en peu de jours (1). Les vésicules qui, chez la Brebis, commencent à s'enfler quarante-cinq minutes après la fécondation, sont tellement volumineuses, au bout d'une heure et demie, qu'elles font saillie à la surface de l'ovaire (2). La même particularité a été observée par Grasmeyer sur des Vaches (3) , par Haighton sur des Lapines , etc. Des effets analogues peuvent être produits par différens moyens ; l'œuf des animaux dont l'accouplement est extérieur, absorbe de l'eau, dont une partie délaie la substance procréatrice , mais dont trèsprobablement aussi une partie se décompose et sert de nourriture ; l'œuf pondu après un accouplement intérieur a son blanc, qui vraisemblablement remplit envers lui le même office que l'eau envers celui qui précède; l'ovaire attire une plus grande quantité de sucs du reste de la plante ; enfin l'ovaire des Mammifères appelle le sang en plus grande abondance ,
(1) Annales des se. nat., t. II, p. 499.
(2) Haller, Elem. physiol., t. YIU, p. 29.
(3) De conceptione , p. 15 ; 22.
ce qui fait qu'on le trouve gonflé , rouge et turgescent , et l'état inflammatoire qui avait commencé à se développer en lui pendant le rut, devient plus prononcé (1).
4° Un phénomène général est le trouble de la liqueur, qui jusqu'alors avait été limpide. Ce trouble est le premier indice de la décomposition qui va s'opérer. Dans l'Échinorhynque , les plus petits œufs sont parfaitement transparens , mais les gros œufs qui ont été fécondés sont opaques et blancs (2). Chez l'Ecrevisse , on trouve les œufs transparens dans les ovaires , et opaques dans les oviductes (3). Dans le Ver à soie, ils sont jaunes avant et violets après la fécondation (4). Chez les Poissons , ils commencent par acquérir une plus grande transparence; mais, à dater du second jour, le liquide intérieur se trouble (5). Si l'on plonge dans l'alcool un œuf non fécondé de Poule , la cicatricule reste transparente , tandis qu'elle devient opaque lorsque l'œuf a été fécondé (6). Graaf et Haighton (7) ont vu, chez les Lapines, le liquide des vésicules ovariennes fécondées devenir épais et visqueux et perdre sa transparence six à douze heures après la copulation. Dans les Brebis, Kuhlemann a trouvé ce liquide plus épais et plus visqueux déjà au bout de trois quarts d'heure ; mais sa densité et son trouble avaient encore augmenté après un laps de temps plus considérable (8).
5° Pendant que la vésicule de l'ovaire est épuisée et amaigrie , chez les animaux ovipares , par la formation d'un jaune capable de suffire à la durée entière de la vie embryonnaire , elle regorge encore de liquides chez les Mammifères, attendu que l'œuf n'a reçu d'elle qu'une petite quantité de substance nutritive, et qu'une source plus riche, en même temps que continuelle , de cette substance se trouve dans la matrice.
(1) Haller, loc. cit., t. VIII, p. 29.
(2) J. Cloquet, Anat. des vers intest., p. 98.
(3) Mayazin fuer die neuesten Entdeckungen , t. II , p. 89.
(4) Spallanzani, loc. cit., p. 223.
(5) Guersent, dans Dict. des se. médic., t. XVI, p. 556. (6; Grasmeyer, De conceptione , p. 10.
(7) Philos. Trans., 1797, p. 164.
(8) Loc. cit., p. 17.
Ajissi la vésicule ovarienne des Mammifères s'épaissit-elle à sa face interne par l'addition d'un liquide épais qui y adhère, et prend-elle en cet endroit l'apparence rougeàtre et charnue que Graaf, Baer (1) et Valentin (2) ont observée.
6° L'œuf lui-même subit, dans ses parties essentielles, un changement dont le résultat est la formation du blastoderme, qui doit servir de base au nouvel individu. La vésicule proligère, qui a toujours été en se rapprochant de la périphérie de l'œuf, et qui s'est appliquée à la couche proligère, disparaît enfin; elle crève, sans nul doute, et son liquide s'épanche dans la couche proligère , où il donne lieu à la formation du blastoderme. Ainsi Purkinje a observé, sur l'o ul des Oiseaux, quand le pavillon de l'oviducte lavait reçu , que la vésicule proligère avait disparu, que le cumulus était effacé en grande partie , avec son ouverture , mais qu'à mesure que l'œuf continuait de cheminer dans l'oviducte, le cumulus se dissolvait complètement, que les grains serrés dans sa substance s'écartaient les uns des autres , et qu'à sa place on voyait paraître le blastoderme homogène, dense et demi-transparent. Des observations ultérieures ont appris que la vésicule proligère disparaît aussi avant l'apparition du blastoderme chez tous les autres animaux, de manière qu'on peut la considérer, avec Purkinje et Baer , comme le support ou la souche de la faculté procréatrice femelle. Mais les causes qui déterminent sa rupture! sont encore ensevelies dans l'obscurité. Baer assure qu'elle a déjà disparu avant la fécondation dans l'œuf de Grenouille contenu dans l'oviducte, et dans l'œuf non fécondé d'Oiseau quand il est pondu (3). Coste,au contraire, l'a encore trouvée après la fécondation, chez les Lapines, tout que l'œuf était contenu dans l'ovaire : mais il ne l'a plus vue dès que ce même œuf s'était détaché de l'ovaire (4). Il paraîtrait donc que ce n'est pas la fécondation , mais le détachement de l'œuf et son cheminement dans l'oviducte qui déterminent la rupture de la vésicule proligère , peut-être par
(1) De uvi mammalium ijenesi , p. 21.
(2) Handbuch der Entwickelunysgeschichic des Menschcn, p. 40.
(3) Loc. cit., 'p. 2S.
(4) Recherches sur la génération , p. 29.
suite de la compression que celle-ci éprouve. Mais Baer a trouvé que , chez les Insectes , elle disparaît déjà dans l'ovaire, lorsque les œufs sont mûrs, sans être encore fécondés, et une fois aussi il n'a pas pu la rencontrer dans un œuf d'Oiseau à maturité , qui se trouvait encore dans l'ovaire.
7° L'œuf fécondé de la Grenouille subit un changement remarquable , que Dumas et Prévost ont décrit les premiers , mais que Baer a étudié avec plus de soin (1). Lorsque l'eau mêlée avec le sperme a pénétré l'enduit muqueux et la membrane vitelline , cette dernière se détache du jaune , et celuici se divise , en même temps que la couche proligère , en une multitude de particules distinctes, entre lesquelles s'accumule uu liquide albumineux , probablement mêlé de sperme. Environ cinq heures après la fécondation , la sphère vitelline commence à se partager, par le moyen d'un sillon longitudinal partant du centre de la moitié opaque de l'œaf, en deux globes , qui cependant restent appliqués l'un contre l'autre , mais qu'un second sillon longitudinal divise à leur tour chacun en deux, et qu'un troisième sillon transversal partage encore, de manière à produire huit segmens de sphère en triangles rectilignes : la scission continuant toujours, la sphère vitelline se divise en seize, puis en trente-deux et en soixantequatre masses. Pendant que ces scissions centripètes s'effectuent, il sur vient aussi d'autres scissions concentriques, qui partagent chaque segment de sphère en une portion située à la périphérie et une autre portion placée au4centre , de sorte que , comme les deux modes Lde scission se répètent sans cesse , la sphère vitelline est partagée , vingt-quatre heures après la fécondation , en environ trois mille masses , et que sa surface, qui, après les premières divisions , ressemblait à une mûre, finit par prendre l'aspect du chagrin, et paraît formée de grains aussi fins que ceux du grès. Ensuite elle redevient lisse , tandis que la division des masses en plusieurs milliers de granules de plus en plus fins continue de s'opérer, après quoi le blastoderme apparaît constituant un organe séparé et distinct du jaune. Ici donc le sperme, qui a été absorbé avec
(1) Muller, Archiv fuer Anatomic, 1. 1 , p/502.
de l'eau et avec une liqueur albumineuse , détermine une résolution de la masse vitelline, d'où le germe apte à vivre sort ensuite sous la forme d'un tout à part et distinct del'embryotrophe.
On peut présumer, comme le pense Baer (1) que ce phénomène n'est point isolé dans la nature, mais qu'il a lieu aussi, quoique d'une manière moins visible , dans les œufs des autres animaux, après la fécondation. Déjà, en effet , Ralhke a observé une scission analogue dans des œufs fécondés de Palœmon.
§ 299. Le détachement de l'œuf s'opère de plusieurs manières diverses.
1° Lorsque l'ovaire est creux , et que sa cavité communique immédiatement avec celle de l'oviducte , il chasse l'œuf, ou le pousse en avant : comme il est plus étroit dans son culde-sac , où l'œuf a pris naissance , celui-ci , en s'accroissant, est obligé d'avancer vers la partie plus large de l'oviducte , mouvement auquel ce dernier organe contribue par sa contractilité.
2° Quand , au contraire , l'œuf se forme dans des espaces clos , il ne peut devenir libre qu'en distendant peu à peu la membrane de l'ovaire, à mesure qu'il augmente de volume, et la faisant enfin éclater. Cette rupture par suite d'une turgescence a été parfaitement comparée par Blumenbach (2) à l'ouverture d'un abcès , qui résulte en partie de la pression occasionée par la masse accumulée dans la tumeur, en partie aussi de la résorption des parois environnantes que cette pression détermine.
Chez les Mammifères , l'œuf à sa maturité nage tellement dans le liquide qui l'entoure qu'on ne tarde pas à le voir apparaître au dehors, quelque point de la surface d'une vésicule qu'on vienne à piquer ; mais celle-ci se déchire lorsque l'accroissement du liquide (§ 239 , 3° ; 298 , 3° ) qu'elle renferme, l'hypertrophie qui survient à sa face interne (§ 298, 5°) et l'accroissement de l'œuf, la distendent à tel point, du
(1) Jbid., p. 50i>.
(2) Kleine Schriften , p. 13.
côté où sa surface est libre , et amincissent tellement ses parois, par l'effet de la résorption , qu'elle devient incapable de céder davantage.
Lorsque les vésicules ovariennes ne sont point plongées , comme celles des Mammifères, dans un tissu cellulaire parenchvmateux , ainsi qu'il arrive par exemple chez les Oiseaux , ou quand les œufs se forment dans la couche de tissu cellulaire située au dessous de la membrane muqueuse (§ 56), par exemple chez les Poissons, l'œuf distend seulement , par son accroissement , les membranes qui le recouvrent, et forme avec elles une saillie globuleuse à la surface de l'organe , en sorte qu'un moment arrive où ces membranes ne tiennent plus à l'ovaire que par un pédoncule très-délié , tandis que, les vaisseaux n'arrivant plus jusqu'au côté opposé, celui-ci s'amincit , crève enfin , et laisse échapper l'œuf.
Dans les plantes , l'œuf se détache par l'oblitération et la flétrissure des vaisseaux qui l'unissaient au corps maternel ; dans celles à graines nues, cette séparation a lieu d'une manière immédiate, mais dans celles dont les graines sont couvertes d'une enveloppe extérieure, le pédicule du fruit se détache aussi.
Mais, dans ces formes principales , nous distinguons encore quatre degrés ( 3°-6° ), eu égard aux circonstances accessoires.
3° Dans la génération sexuelle, la séparation a lieu sans cause extérieure qui la détermine. C'est par la force propre de l'individu que se détache l'œuf , duquel, si les circonstances sont favorables , un nouvel individu doit se développer, sans que rien de plus soit nécessaire.
4° Dans la fécondation extérieure , l'œuf se détache de l'ovaire, pour être pondu et ensuite fécondé, mais les œufs ne se détachent point de l'ovaire , chez les Batraciens , quand il n'y a pas de mâle au voisinage. Une impression faite sur les sens extérieurs paraît donc influer ici sur la séparation. Mais une fois les œufs détachés , ils sont également pondus.
5° Dans la fécondation intérieure , avec incubation extérieure , l'œuf sort généralement après la fécondation , et même en l'absence de cette dernière. Ainsi les Pigeons (1) et
(1) Home , Lectures on comparative anatomy, t. III , p. 306.
les Poules (1) auxquels on ne permet pas de s'accoupler pon dent autant d'œufs que les mêmes animaux fécondés ,~mais avec plus de lenteur, et pendant tont l'été , au lieu de ne s'en débarrasser qu'au printemps seulement. L'individu femelle suffit donc , à lui seul , pour porter l'embryotrophe dont un nombre déterminé de petits a besoin jusqu'au degré de maturité nécessaire pour qu'il puisse être fécondé ; dans l'état contre nature , la génération redescend à la forme du degré placé au dessous ; il donne à l'œuf les conditions extérieures du développement ; mais cet œuf ne reçoit que la forme extérieure et non le contenu d'un véritable œuf.
Ici encore nous retrouvons l'influence de l'âme animale sur le détachement des œufs de l'ovaire, par conséquent aussi sur leur maturation, puisque celle-ci est une condition de leur détachement. Chaque Oiseau pond un nombre déterminé d'œufs ; si chaque jour on en retire un de son nid , il en pond journellement davantage , jusqu'à ce que le nombre soit complet. Lister a fait pondre ainsi dix neuf œufs aune Hirondelle, c'est-à-dire treize de plus qu'elle n'en aurait donné si l'on n'avait point usé de ce stratagème avec elle.
L'unité des diffêrens actes de la fonciion procréatrice se manifeste également ici ; car l'Oiseau ne remplace guère les œufs qu'on lui enlève que quand il n'a point encore commencé de couver ; il y attache moins d'importance pendant l'incubation , et ne répare plus les soustractions quand il a déjà des petits ailés (2).
6° Chez les Mammifères enfin , la vésicule ne crève généralement point avant la puberté. Bertrandi, Brugnone et Home(3) n'ont point trouvé de corps jaunes chez les sujets qui n'étaient pas arrivés à cette époque de la vie. D'après Cruikshank (4) et Blundell (5), les vésicules ne crèvent point avant le rut chez les Lapines , ni même pendant que la femelle est en chaleur ,
(1) Parmentier, dans le Bnllet. de la Soc. philora., SSe*cah., p. 213.
(2) Faner , Uoher das Loben der hochnordischen Vœyel , p. 166.
(3) Loc. cit., t. III, p. 303.
(4) Cruikshank, dans Philos. Trcms., 1797, p. 162. J
(5) Besearches , p, 46%
EFFETS DE LA FÉCONDATION. i35
selon Kuhlemann (1), qui assure qu'il en est de même aussi après un accouplement stérile , tel que celui d'une Brebis arec un Mouton (2). Nous pouvons donc admettre que , dans l'état normal , leur rupture n'a lieu non plus qu'à la suite de la copulation chez les femelles des Mammifères et chez la femme. Mais fréquemment aussi nous trouvons ici des retours vers une forme inférieure , des cas dans lesquels une vésicule épanche sans fécondation son contenu, qui ensuite est résorbé et disparaît, ou se développe en membranes, en os, en dents , dans l'intérieur de l'ovaire , ou parvient dans la matrice , et se coagule en une masse irrégulière , ou enfin forme un œuf clair (§ 45). Ce phénomène peut arriver, dans l'accouplement non fécond , en vertu de l'excitation que l'union des s"exes détermine ; dans le cas de rut non satisfait , comme chez les Truies , où il est commun suivant Hausmann, qui prétend seulement qu'alors les corps jaunes sont plus petits qu'après la fécondation ; dans certains cas où l'imagination déploie une grande activité ; dans d'autres enfin où une congestion contre nature détermine un développement trop précoce et anormal. Ainsi des corps jaunes ont été vus par Yallisneri et Malpighi sur de très-jeunes femelles de Mammifères , par Yallisneri , Santorini , Bertrandi , Meckel , Home , Blundell et autres, chez des vierges. Du reste, la vésicule ne crève que quelque temps après la fécondation, et lorsqu'elle s'est tuméfiée par l'effet de cette dernière. Kuhlemann ne l'a trouvée qu'une seule fois crevée au bout d'une heure et demie , dans la Brebis, et cette fois l'animal avait reçu huit mâles diftérens dans l'espace de cinq minutes. Chez les animaux multipares , il crève aussi plusieurs vésicules , mais dont la rupture s'opère en des instans différens ; chez les Lapines, les premières crè • vent deux heures déjà après la fécondation (3), et les dernières le second (4) ou le troisième (5) jour. Dans la Truie, suivant
(1) Loc. cit., p. n;, 14 , 15, 31.
(2) Ibid., p. H.
(3) Cruikshank , dans Philos. Trans., 1797, p. 200.
(4) Haighton, ibid., p. 165.
(5) Graaf , loc. cit., p. 348.
Hausmann, aucune vésicule n'est encore crevée vin^t minutes après l'accouplement , mais presque toutes le sont au bout de dix-sept heures. Dans la Chienne , il s'écoule au moins deux jours, quelquefois aussi huit à neuf, avant qu'elles le soient toutes (1).
Au reste, Osiander a émis une opinion en contradiction manifeste avec les faits, lorsqu'il a prétendu (2) que les vésicules ovariennes n'épanchent point leur liquide , mais qu'après la fécondation la surface de l'ovaire se couvre d'une éruption d'ampoules remplies d'un liquide clair et blanc , auquel il donne le nom d'exanthème des œufs (exanthema ovorum).
§ 300. Après l'expulsion de l'œuf, l'ovaire revient peu à peu à son état primitif.
1° Il y revient par contraction et par absorption. Chez les Poissons, les plis que laisse le départ des œufs restent sous la forme de poches vides , et se resserrent peu à peu sur euxmêmes (3). Dans la Lamproie, on aperçoit, au bord libre des lames, les trous par lesquels les œufs mûrs se sont frayé une issue (4). Chez les Urodèles, l'œuf mûr a distendu la membrane en un calice pédicule, qui fait saillie dans la cavité; une fois le calice crevé, il est promptement résorbé, avec son pédicule (5). De même, chez les Chéloniens, la membrane crevée de l'ovaire reste sous la forme d'une poche vide, qui peu à peu revient sur elle-même et disparaît (6). De même aussi , chez les Oiseaux , après la sortie de l'œuf ou de la sphère vitelline , la membrane de l'ovaire , auparavant dilatée et alors déchirée , reste formant un calice vide , qui s'efface dans l'espace de dix jours. A mesure que le jaune s'accroît et distend la membrane de l'ovaire en manière de sphère , les vaisseaux résistent à cette distension ; c'est pour cela qu'on aperçoit à la surface libre de la sphère une tache blanche ,
(1) Annal, des se. nat., 1. 1, p. 406.
(2) Loc. cit., t. I, p. 193.
(3) Rathke , Beitrœtje zur Geschichto der Thicrwclt , t. II , p. 170.
(4) Rathke, Bemcrkunijen uebor don innern Bau der Pricke, p. 57.
(5) Rathke, Beitrceyc sur Geschichte der Thierwelt , t. I, p. 29.
(6) Haller, Elément, physiol., t. VIII, p. 40.
dépourvue de vaisseaux , et comme la rupture s'effectue en cet endroit , elle a lieu sans hémorrhagie.
2° Les choses se passent autrement chez les Mammifères et la femme. Ici la rupture n'est pas occasionée par l'accroissement de l'œuf, mais par l'augmentation du liquide qui l'entoure , et par les espèces de fongosités qui naissent à la surface interne delà vésicule ovarienne, c'est-à-dire , en général, par un alllux plus considérable du sang; aussi s'accompagnet-elle d'une certaine hémorrhagie. Le vide se remplit , dans la vésicule crevée , par des granulations qu'ont préparées les espèces de fongosités qui s'étaient développées auparavant (§ 298, 5°). D'après les observations de Kuhlemann (1) et de Haller (2) , cette cicatrisation s'opère de la manière suivante : cinq heures après la fécondation , la vésicule avait un trou rond , elle présentait les traces d'une légère inflammation à sa face interne , ses parois étaient un peu épaissies , et elle contenait dans sa cavité une certaine quantité de sang épanché, mais présentait dans son fond quelques petites villosités ou de légers flocons. Au bout de vingt-deux heures , la paroi était plus enflammée et plus épaissie , et la déchirure plus petite ; les flocons du fond de la cavité avaient augmenté de volume , et leur forme s'était rapprochée davantage de celle d'une grappe. Cette substance nouvelle était devenue, au boutde quarante-huit heures, grenue et d'un rouge de sang, comme de la chair nouvelle ; il y avait encore un peu de sérosité et quelques caillots de sang dans l'excavation. Le quatrième jour , cette substance de nouvelle formation , ayant la forme de granulations d'un rouge pâle et d'apparence glandulaire , à grain fin, remplissait une grande partie delà cavité , dont la fissure était déjà fermée. Elle devenait peu à peu plus ferme et plus pâle , remplissait , au huitième jour , la cavité entière , et s'élevait à une telle masse, que l'ovaire dans lequel elle se trouvait pesait vingt-deux grains , tandis que le poids de l'autre ovaire , non fécondé , n'était que de huit grains. Telle est la manière dont se développe le corps jaune , masse un peu
(4) hoc. cit , p. 48.
(2) Lot; cit., t. VUI,p.30.
dure , qu'on peut retirer de l'ovaire par enucléation , et qui se compose de petits grains unis par du tissu cellulaire et pourvus de vaisseaux sanguins. Plus tard , ce corps devient jaunâtre , diminue peu à peu de volume , et se retire davantage sous la membrane de l'ovaire. Au bout de deux années, il n'en reste plus, la plupart du temps , qu'un corpuscule de la grosseur d'un grain de millet , ou une tache brune ou noirâtre.
Chez les Chiennes, la cavité est remplie vers le quinzième ou dix-septième jour à peu près ; déjà auparavant la déchirure s'est cicatrisée , et la cavité , dont les parois orn ent des plis saillans en dedans , s'est remplie de sérosité (1).
Dans les Lapines , la cavité est déjà presque entièrement remplie au cinquième jour , et les parois rentrées en dedans lui donnent une apparence étoilée (2).
Dans les Vaches , la cavité avait encore la grandeur d'un pois au bout de douze jours, et sa paroi était d'un jaune rouge et floconneuse (3).
D'après les observations de Hausmann , chez la Truie, les parois des cavités sont boursouflées et parsemées en dedans de bourgeons charnus rouges ; mais les déchirures se trouvent réduites à de très-petites ouvertures rouges : au bout de quatre jours les bourgeons charnus qui faisaient saillie à l'extérieur, se sont affaissés ; le sixième jour, la cavité est oblitérée, et le corps jaune commence à se retirer sous la membrane de l'ovaire ; au bout de treize jours , il est complètement enveloppé par cette membrane , jaune et petit ; au bout de trois semaines, il est plus petit encore , moins pourvu de vaisseaux, et ne se dénote plus à l'extérieur que par une petite saillie dans l'endroit où la rupture s'était opérée.
Enfin, chez la femme, on aperçoit d'abord une cavité pleine de sang coagulé, dont le bord est jaune et déchiqueté (4) ; lorsque cette cavité se remplit , dans le premier mois de la
(1) Froiiep , Notizon , t. IX , p. 177. — Haller, loc. cit., t. VIII , p. 31.
(2) Haighton, Philos. Trans., 1797, p. 165. — Blundcll, Researches , p. 44.
(3) Grasmeyer, De conceptione , p. 7.
(4) Home, Lectures, t. III, p. 289.
grossesse , la substance de nouvelle formation paraît d'un jaune rougeàtre, et à l'endroit de la déchirure, la membrane reste pendant quelque temps plus mince et d'un bleu rougeàtre ; au bout d'un an , c'est un corps arrondi , jaune , semblable à une glande , riche en vaisseaux , qui se réduit enfin à une petite nodosité dure , rude , jaunâtre à l'extérieur et brunâtre en dedans (1).
Tels sont les résultats des observations qui ont été faites par Graaf sur cent Lapines et quarante Brebis, par Haller sur quarante Brebis , trente Chiennes , des Chèvres , des Vaches des1 Truies, des Rats, des Lapines, et sept femmes enceintes ou en couches (2) , par Kuhlemann sur des Brebis, par Haighton sur des Lapines , par Hausmann sUr des Truies , par Prévost et Dumas sur des Chiennes et des Lapines (3). Aucun de ces observateurs n'a trouvé de corps jaunes avant la fécondation ; mais , après chaque fécondation , il y en avait , et généralement autant que d'embryons , par exemple un chez la femme et la Brebis , deux chez une Chèvre' qui avait mis bas deux petits, quatre à huit chez des Chiennes (4).
Le corps jaune doit donc son origine à la régénération de la vésicule qui s'est déchirée et vidée par suite de la fécondation. Cette origine est attestée par l'observation directe, à l'appui de laquelle vient encore l'analogie tant des phénomènes qui signalent la cicatrisation de l'ovaire des animaux inférieurs , que de ceux qu'on observe dans toute plaie qui guérit par formation d'une nouvelle substance organique , ou comme on dit par un développement de bourgeons charnus. Ce serait hasarder une hypothèse contraire à la nature que d'admettre qu'il ne survient pas d'anomalies à cet égard, et de prétendre qu'il ne peut point se produire de corps jaunes sans fécondation. La possibilité de celte formation est au contraire démontrée, puisque nous avons fait voir qu'elle appartient à la catégorie de ces retours vers des formes inférieures dont on trouve des exemples dans toutes les sphères de la vie. Cependant
(1) Haller, loc. cit., t. VIII , p. 34.
(2) Haller, loc. cit., t. VIII, p. 32.
(3) Annales des se. nat., t. II, p. 199.
(4) Haller, loc. cit., i./VUI, p. 37.
quelques physiologistes ont été conduits par ces observations à imaginer d'autres hypothèses. Suivant Vallisneri , les corps jaunes existent originairement et sont creux : ils sécrètent l'œuf , le conservent en eux et l'expulsent. D'après Heinlein (1), ce sont des glandes qui coexistent avec les vésicules, en métamorphosent le suc, le rendent apte à être fécondé, le mêlent intimement avec le sperme , et amènent enfin ce mélange à maturité. Home (2) les regarde aussi comme des corps solides, glanduliformes, creux, qui naissent à l'époque de la puberté , forment l'œuf dans leur intérieur , se renversent de dedans en dehors pendant la fécondation , exposent ainsi l'œuf à nu à l'influence du sperme , l'expulsent et ensuite reviennent sur eux-mêmes ; leur cavité se remplit de sang , qui se coagule en une masse solide et blanche , et au bout d'une année ils ont disparu , tandis que de nouveaux se sont formés. Jœrg les considère comme des œufs dégénérés, et il a raison, sous ce point de vue que les organisations anormales qui se développent dans l'ovaire peuvent assurément prendre quelquefois cette forme.
*** Effets de la fécondation sur le produit de la génération.
§ 301. L'essence de la fécondation se révèle à nous dans les effets qu'elle produit sur la constitution particulière du produit de la génération. Si cette dernière, considérée en général , n'a qu'un but d'avenir, c'est-à-dire la production de nouveaux individus, la fécondation ne se borne pas à l'avenir le plus prochain , mais étend ses effets jusque sur des temps plus éloignés.
t Influence de la fécondation sur les procréations subséquentes.
1° La fécondation agit d'abord sur plusieurs générations.
Dans les Pucerons et les Entomostracés , on voit alterner ensemble la génération asexuelle et la génération sexuelle. Pendant l'été , les femelles se propagent par génération soli-
(1) Heinlein , Commentatio de fœcundaiiove et concepfione , Eilangue , J793 , in-8°.
(2) Lectures, t. III , p. *?94,303.
EFFETS DE IA PÉCONDATtOX. s>41
taire , attendu que , provenant elles-mêmes de spores , elles mettent au monde des petits vivons ; elles meurent en hiver, mais auparavant elles pondent des œufs, qui passent la mauvaise saison et conservent l'espèce pour l'année suivante. Mais» pour pouvoir pondre des œufs, il faut qu'elles s'accouplent, et , pour que l'accouplement devienne possible , il faut qu'elles produisent des individus mâles vers l'automne. L'apparitiou des mâles en cette saison peut dépendre de ce que les chaleurs de l'été ont exalté la force procréatrice jusqu'au point de développer la sexualité. Mais ce qui rend vraisemblable que les individus provenant d'œufs sont redevables du pouvoir de se propager sans sexe à l'accouplement duquel euxmêmes doivent leur origine , c'est que leur propagation demeure toujours bornée à un certain nombre de générations , même lorsqu'on les met à l'abri du froid de l'hiver et qu'on leur fournit de la nourriture en abondance. Nous devons donc admettre, avec Bonnet, que l'accouplement unique qui a lieu en automne prolonge ses effets chez les femelles qui naissent pendant l'été suivant, et que, de celte manière, le Puceron conserve sa fécondité durant onze générations, d'après Duveau , la Daphia longispina durant douze , selon Ramdohr (1) , et le Monoculus pulex durant quinze , suivant Jurine (2). 2° La fécondation étend ses effets sur plusieurs portées. Des œufs qui , au moment de l'accouplement , ne sont pas mûrs pour la fécondation, qui même ne sont pas encore formés, peuvent cependant être fécondés. Réaumur a trouvé que la reine Abeille pondait des œufs fécondés pendant toute une année après la copulation (3).
3° La fécondation étend ses effets jusqu'à la portée suivante. Quand une Poule a fini de couver, elle peut, sans s'accoupler de nouveau , pondre d'autres œufs fécondés (4). Ordinairement elle pond une vingtaine d'œufs en cinq semaines, après l'accouplement; tous ces œufs n'étaient pas mûrs en même
(1) Beitrœije sur Nuturijcschichlo oiniyer Monoculnsarten , p. 27 ;
(2) Bullet. de la Soc. philom., t. III , p. 33.
(3) Hallcr, loc. cit., t. YIII, p. 264.
(4) Hareey, hc. rit... p. 446.
">.t\2 EFFETS DE LA. FÉCONDATION.
temps lorsqu'elle a reçu le mâle ; il suflit , pour s'en convaincre , de jeter les yeux sur l'ovaire lui-même , et de considérer que la ponte n'est point simultanée. Maintenant , nous savons , d'après les expériences sur l'accouplement extérieur, qu'il n'y a que l'œuf à maturité qui soit apte à recevoir la fécondation (§ 288, 1°); donc, quand bien même deux à quatre œufs seraient mûrs au moment de la copulation , il faut que les seize ou dix-huit autres , qui ne mûrissent que peu à peu , soient fécondés aussi par suite de cette copulation.
4° Comme il est supposable , d'après ces faits , que , même chez les Mammifères, la fécondation s'étend aux vésicules qui ne sont point encore mûres à l'époque de l'accouplement, peut-être trouvons-nous en cela la solution du problème de la fécondation du Chevreuil. Lorsque cet animal s'accouple dès les mois de juillet et d'août, que cependant il ne porte point encore d'embryon en janvier, et qu'il ne met bas qu'en mai , la vésicule de l'ovaire , qui n'était point encore mûre à l'époque de la copulation , peut avoir été fécondée par celle ci plus tard et après qu'elle était arrivée à maturité (*). Peut-être quelque chose d'analogue a- t-il lieu dans le Renard femelle , puisque , d'après Hausmann , aucun embryon n'existe encore chez cet animal au mois de mars, quoiqu'il se soit accouplé dès le mois de janvier : du moins est-il contraire à toute analogie que l'embryon apparaisse si tard.
Si , dans les faits qui viennent d'être allégués , la fécondité se propage au-delà du présent immédiat , elle ne montre pas moins de latitude dans ses effets par rapport aux qualités du fruit.
5° La première fécondation détermine le caractère du second fruit produit par un accouplement subséquent. Lorsqu'une Jument s'est accouplée avec un Ane et a mis au monde un Mulet , mais que , plus tard , elle vient à être fécondée par un Étalon . le Cheval qu'elle met bas cette fois a encore quelques traits de ressemblance avec l'Ane (1). Une Jument an-
(*) Consultez à cet égard Pockels dans Muller, Archiv fuer Anatomic d836, p. 193.
(1) Haller, loc cit., t. VIII , p. 401.
glaise, qui, en 1815, s'accoupla une seule fois avec un Couagga , espèce d'Ane moucheté d'Afrique , produisit ainsi un Mulet marqué de taches , et ne revit plus ce premier mâle depuis 1816; fécondée, en 1817, 1818 et 1823, par trois Etalons arabes, elle mit au monde trois poulains bruns, qui tous étaient tachetés comme le' Couagga, portaient même des taches plus marquées que le premier Mulet , et avaient en outre une crinière noire , avec une raie longitudinale foncée sur le dos , et des bandes transversales sur le haut des jambes de devant et sur les jambes de derrière (1). Une Truie , qui avait produit avec un Sanglier des petits chez quelques uns desquels dominait la couleur brune du père , s'accoupla , long-temps après la mort de celui-ci , avec des Verrats domestiques ; parmi les petits de la seconde et de la troisième portée , il s'en trouva plusieurs ayant des taches de la même couleur que celles du Sanglier (2). Quand une Chienne a été fécondée une première fois par un Chien de race étrangère , toutes les fois ensuite qu'elle met bas , chacune de ses portées offre un petit appartenant à cette race étrangère , quoiqu'elle n'ait été couverte depuis que par des mâles de la sienne (3). De même, dans l'espèce humaine, nous voyons quelquefois les enfans d'un second lit ressembler au premier époux mort depuis long-temps, et avoir plus de rapport avec lui, même au moral, qu'avec leur véritable père (4).
Comme le premier accouplement donne une direction déterminée aux produits futurs , ou leur imprime un caractère particulier, de même aussi il paraît agir pendant tout le temps que la femelle reste en chaleur. Une Chienne s'accouple souvent avec vingt Chiens différens, et cependant, d'après Hausmann , elle ne met bas , la plupart du temps , peut-être même toujours , que des petits de deux sortes , qui , presque tous , souvent même tous, ne ressemblent qu'au premier Chien avec lequel la mère s'est unie.
(1) Home , Lectures, t. III, p. 307.
(2) Meckel, Deutsches Archiv , t. VIII , p. 478.
(3) Stark , Beitrœge zut psychiichan'A/ithropolngie , p. 2S9.
(4) Osiander, loc. cit., 1. 1 , p. 257.
6° Le caractère de l'être qui procrée se propage à des générations entières, et souvent se manifeste moins dans ses propres produits que dans ceux de sa progéniture.
Girou (1) a observé ce fait sur des animaux domestiques. Des animaux blancs font souvent des petits mouchetés, parce que leurs parens l'étaient, et ce phénomène est assez commun pour qu'on l'ait exprimé dans quelques langues par un terme particulier (2). Il est plus sensible encore dans l'espèce humaine : les enfans ont souvent plus de ressemblance physique et morale avec leurs aïeux qu'avec leurs parens (Comp. § 304 , 2° ; 30G , 44°). Lorsqu'un animal , né de parens d'une grande taille , est demeuré petit par défaut de nourriture , les petits qu'il produit acquièrent une taille qui dépasse la sienne (3). Dans l'espèce chevaline , les taches et les marques se transmettent d'autant plus sûrement, par voie d'hérita;;e, qu'elles étaient déjà plus communes chez les générations antérieures (4).
[ tt Influence de la fécondation sur la procréation immédiate.
§ 302. La propagation est la production d'un être semblable à soi. Mais le fruit ressemble-t-il parfaitement à l'organisme d'où il provient , et n'en est-il qu'une simple répétition?
1° Dans la monogénie , ce cas a lieu. Le drageon, la marcotte, la bouture ne se développent pas seulement en un individu de la même espèce, mais acquièrent encore les qualités non essentielles que la culture et autres circonstances extérieures avaient développées dans la plante mère , sous le rapport de la couleur, de la forme , de la grosseur et de la saveur des fruits. Dans la génération sexuelle , au contraire , il n'y a que les qualités essentielles qui se propagent, ei c'est moins l'individu tque l'espèce qui se répète dans le fruit; en
(1) De la génération , Paris 4828 , in -8°, p. 448.
(2) On l'appelle Ruckschlay en allemand. — Hofacker, Ueber die Eigenschaften , welchc sich bei Menschen und Tliieren von den Eltern avf die Nachkommen vererben , p. 42.
(3) Hofacker, loc. cit., p. 3.
(4) lbid.;\) A0.
effet,' comme celui-ci est le produit de deux individus, il exprime ce que ces individus ont de commun ensemble , c'està-dire l'idée de l'espèce.
2° Dans la propagation par scission , par gemmes et par spores, le fruit n'a pas d'autres organes que ceux du corps maternel. Dans celle par œufs, il acquiert des organes particuliers , des enveloppes de l'œuf, des vaisseaux ombilicaux , un placenta, une vésicule ombilicale , un thymus, un canal pulmo-aortique , etc.
3° Dans la génération hermaphrodite , un individu ressemble à l'autre , et le fruit ressemble à tous deux. Dans la génération sexuelle , le fruit, en vertu du caractère de sexualité qu'il porte, ne peut ressembler qu'au père ou à la mère.
4° L'idée de l'espèce se reproduit dans le fruit , et lui donne des organes qui manquaient au père ou à la mère. Les monorchides font des garçons pourvus de deux testicules , et le prépuce , que certains peuples détruisent depuis des milliers d'années, continue toujours de se reproduire. Une Chienne , à laquelle on avait extirpé la rate , fit des petits qui avaient une rate , et une autre , privée des pattes de devant , mit au monde six petits chiens bien conformés.
5° Comme l'espèce tend ici à maintenir son type, elle cherche aussi à le réaliser complètement , et produit de cette manière une infinie diversité d'individus , surtout dans l'espèce humaine. Souvent les parens ont des facultés intellectuelles très-bornées, et tous leurs enfans annoncent les plus heureuses dispositions. C'est fréquemment de parens simples que sortent ces hommes supérieurs , ces esprits dont l'influence se fait sentir pendant des milliers d'années , et dont la présence était un besoin pour l'humanité , au moment où ils sont entrés dans la vie. Les plus grands hommes appartenaient à des familles vulgaires , pauvres ou inconnues.
6° Mais, à côté de cette tendance à multiplier les individus pour réaliser aussi complètement que possible le type de l'espèce, il y a nécessairement aussi des dégradations, des retours vers les formes inférieures et moins parfaites. Car l'espèce n'est pas ce qu'il y a de plus élevé ; elle se perd dans l'idée de genre, dans celle d'ordre, etc. Certains individus
s'écartent de l'espèce. Par exemple des animaux de couleur foncée, comme les Souris, les Taupes , les Lièvres, les Moineaux, les Corneilles, les Hirondelles, les Alouettes, ont parfois des petits blancs (1). C'est ainsi qu'on voit des enfans chez lesquels le caractère de l'humanité est plus ou moins altéré sous le rapport des facultés intellectuelles , des qualités morales , ou de la constitution , sans qu'on en puisse découvrir la cause ni dans le physique ou le moral , ni dans le genre de vie de ceux qui leur ont donné le jour. Ce malheur , dont les parens portent le fardeau sans l'avoir mérité , a sa cause dans l'ordre de l'univers. Et cependant, c'est sur des individus déterminés que pèse une si déplorable calamité : Flachsland rapporte que deux époux bien constitués mirent au monde trois enfans sans avant-bras ni jambes ; d'autres , dont parle Schmucker, n'eurent que des enfans munis de douze doigts et de douze orteils ; d'un troisième mariage sortirent trois enfans, tous atteintsd'atrésie de l'anus (2), etc. On voit quelquefois, dans ces unions malheureuses , les produits normaux alterner avec les produits anormaux : Yan Dœveren parle d'une famille de huit enfans , dont trois étaient atteints de spina bifida. Lorsque les chefs de ces familles viennent à se reproduire autrement qu'entre eux , on reconnaît alors jusqu'à un certain point que la source de l'anomalie réside tantôt dans la mère et tantôt dans le père. Une Chienne mit bas quatre fois, et chaque fois, parmi ses petits , il s'en trouva quelques uns atteints d'un bec.-de-lièvre et privés de pattes antérieures. Un homme bien constitué eut d'un second comme d'un premier mariage des enfans sexdigitaires à chaque main. Souvent on remarque une proportion inverse entre la qualité et la quantité des produits de la génération; ainsi, pour ne citer qu'un seul exemple , les femmes qui produisent des monstres acéphales sont généralement très-fécondes (3).
Il y a des cas aussi où l'anomalie des produits d'un mariage varie sous le rapport de la forme , et suit à cet égard une
(1) Frisch, dans Der Naturforscher, t. II, p. 24.
(2) Meckel, Handbuch der patholotjischcn Anatomic, 1. 1, p. 16.
(3) Tiedcniann, Anatomic der hopfloscn Missgeburtcn , p. 48.
marche progressive. Kuhn a connu deux époux grands, robustes, intelligens et rangés , issus de familles bien constituées, et eux-mêmes pourvus d'organes génitaux bien développés , qui étaient arrivés en temps convenable à la puberté, et qui avaient contracté les liens du mariage à l'époque de leur pleine vigueur ; jamais ils ne s'étaient écartés des lois de la nature dans leurs relations intimes, jamais non plus ils n'avaient fait usage d'alimens extraordinaires ou de mauvaise qualité : toutes les grossesses et les parturitions de la femme avaient été normales, et elle avait allaité ses enfans jusqu'à l'âge de deux ans; le fils aîné , âgé de vingt-quatre ans, intelligent, mais haut seulement de trois pieds deux pouces, avait le menton dépourvu de barbe et les organes génitaux très-peu développés; il n'éprouvait aucun désir, et était sujet à des accès de catalepsie ; un autre fils de vingt-un ans ressemblait à son frère sous le rapport de l'apparence génitale , mais il était grand , fort , robuste et doué d'une voix mâle, du reste peu spirituel, arrogant, opiniâtre, méchant ; une fille de seize ans avait trois pieds de haut , sans aucune apparence de puberté , elle était idiote et hors d'état de parler convenablement ; une autre fille de dix ans et un garçon de sept étaient complètement imbéciles et incapables de parler, ayant une langue si épaisse ; si informe, qu'ils ne pouvaient la tirer (1). Des imperfections si notables sont aussi rares que de grandes perfections , et presque jamais nous ne pouvons découvrir la cause ni des unes ni des autres. Les enfans nés avec des dispositions extraordinaires , sont considérés comme un bienfait du ciel ; car le génie paraît dans le monde comme une révélation de la Divinité , pour imprimer , de sa miraculeuse puissance, une impulsion nouvelle à la vie languissante, et déployer son immense énergie dans de vastes créations. De même , la monstruosité est regardée comme un malheur dont le ciel frappe les parens ; car la superstition a vu dans les monstres, tantôt des présages de calamités générales, tantôt une punition de méfaits particuliers, et elle a même été
(i) Schriften der Berlin. Gesellschaft naturforschendcr]Fi cundo , 1. 1, p. 367.
jusqu'à les vénérer comme des êtres saints, parce "que leur apparition faisait sentir plus vivement à l'âme que tout est soumis à une force naturelle supérieure , que toutes les individualités sont dépendantes de l'ordre qui règne dans l'univers entier. Au reste , plus une force dépasse le terme moyen et se met en antagonisme avec les autres forces , plus aussi elle est anormale : de là vient qu'on trouve quelquefois un talent extraordinaire associé à une anomalie héréditaire de conformation. Colburn, qui s'est rendu si célèbre par son étonnant génie pour les calculs , appartient à une famille dans laquelle on trouve fréquemment des doigts et des orteils surnuméraires, et il est lui-même atteint de cette difformité ( § 304, 1° ), comme si elle devait être , en quelque sorte , chez lui le représentant de l'aptitude à combiner les nombres.
§ 303. Si les êtres procréateurs ne se répètent point en entier dans leur fruit , ils ont cependant de l'influence sur sa constitution. Les parens transmettent avec la vie, non pas seulement l'idée de leur espèce , mais encore une partie de la direction spéciale que leur propre individualité imprime à cette vie. Helvélius , Weikard et autres croyaient que la ressemblance des enfans avec leurs parens dépendait moins de l'hérédité que de l'éducation, de l'imitation et autres circonstances extérieures analogues; mais, avec l'excellente intention démontrer à l'homme qu'il est libre en tout et de l'engager à faire usage de sa liberté , on s'est éloigné par trop de la vérité en hasardant cette hypothèse , car l'hérédité a réellement plus d'empire sur notre constitution et notre caractère que toutes les influences du dehors , physiques et morales. Comme les enfans issus d'un mariage diffèrent souvent tout-à-fait les uns des autres , eu égard à la constitution , aux inclinations et aux penchans, quoique ayant tous été élevés au milieu d'influences identiques , de même on voit fréquemment se transmettre des particularités dont les parens connaissent bien l'existence en eux-mêmes, mais qu'ils s'efforcent de laisser ignorer à leurs enfans , ou dont ils cherchent à les préserver.
1° Ce qui se transmet d'abord , par la voie de l'hérédité , c'est le caractère physique , la conformation extérieure , les traits du visage, la taille, la couleur. De là résultent desres-
semblances de famille, surtout lorsque les mariages ont lieu fréquemment entre proches parens. Sur deux cent seize couples de Chevaux dû même poil , deux cent cinq donnèrent des poulains de même couleur, et onze seulement des poulains d'une teinte différente de la leur (1). Hofacker assure que la couleur blanche est celle qui se transmet le plus facilement par hérédité chez nos animaux domestiques (2).
2° Le caractère général de la vie , désigné sous le nom de constitution et de complexion , se transmet par hérédité, ainsi que les particularités relatives à la santé et à la durée de l'existence qui en découlent. L'expectative la mieux fondée d'une longue vie est celle qui repose sur la descendance d'une famille dans laquelle on parvient à un âge avancé. Dans certaines familles, une mort précoce est si ordinaire qu'il n'y a qu'un petit nombre d'individus qui puissent s'y soustraire à force de précautions. Hofacker (3) a démontré l'hérédité , chez nos animaux domestiques, des caractères spéciaux de la charpente osseuse et de la force ou de l'adresse musculaire, non seulement en général, mais encore jusque dans leurs moindres détails, par exemple celle de l'aptitude au trait ou à la course chez les Chevaux. On voit également se transmettre la proportion dans le développement de certaines parties ; ainsi Blackwell est parvenu à obtenir une race de bœufs qui ont le dos très-large , long et plat, les os grêles, et les jambes courtes et fines. Il en est de même pour l'aptitude à engraisser, qui repose elle-même sur l'état des forces digestives, de la complexion et du tempérament, pour la nature des poils, pour la vigueur des facultés génitales, etc.
3° Il y a des familles qui comptent plusieurs hommes d'un esprit supérieur, qui ont fourni des hommes d'état, des écrivains, des artistes célèbres. Dans d'autres, au contraire, l'imbécillité et l'idiotisme passent de génération en génération (4).
4° Ce ne sont pas tant les maladies elles-mêmes que les pré-
(1) Hofacker, loc. cit., p. 10.
(2) Ibid., p. 17.
(3) Ibid., p. 25.
(4) Haller, loc. cit., t. VIII , p. 92.
25o EFFETS DE LA FECONDATION.
dispositions aux maladies, qui se transmettent par voie d'hérédité. Ainsi, par exemple, les enfans atteints d'aflections syphilitiques viennent au monde, non pas frappés de la syphilis, mais débiles et prédisposés à une foule de maladies qui altèrent le travail de la nutrition. Il s'établit, dans la structure et la vitalité du fruit , une proportion semblable à celle des parens, qui se rapproche de telle ou telle anomalie, et qui, sous l'influence de certaines circonstances ou causes occasionelles favorables , dégénère en telle ou telle maladie. Cette prédisposition héréditaire n'est donc qu'une tendance, que les circonstances peuvent restreindre ou développer. Ordinairement elle ne dépasse pas les bornes d'un certain âge de la vie qui imprime à l'organisme le caractère précisément en rapport avec l'anomalie pour laquelle il existe une propension héréditaire. Ainsi , nous verrons dans la suite que les scrofules et le rachitisme éclatent dans l'enfance , les maladies du cœur et de la poitrine dans la jeunesse , la goutte , le rhumatisme , les calculs vésicaux, les hémorrhoïdes, l'hypochondrie et la mélancolie dans l'âge mûr , le squirrhe et l'apoplexie dans la vieillesse , lorsque les parens ont transmis la prédisposition- Mais souvent aussi ces maladies apparaissent plus tôt. Voilà pourquoi, en général, le plein et entier développement de la puberté met à l'abri de la plupart des maladies héréditaires, comme le fait remarquer Adams, qui, du reste, nomme aussi des familles dans lesquelles la disposition à la surdité ou à la cécité se transmettait par voie héréditaire (1). Ainsi donc , même sous le rapport des maladies , les parens donnent moins à leurs enfans ce qu'eux-mêmes sont que la disposition à devenir ce qu'eux-mêmes sont devenus.
5° Les monstruosités primordiales se transmettent souvent. Anna rapporte le cas d'un père et d'un fils qui avaient tous deux douze doigts et douze orteils (2). Van Derbach parle d'une famille espagnole dont quarante membres étaient porteurs de doigts surnuméraires (3). Cette observation a été ré-
(1) A philosophical dissertation on the hereditary peculiarities of the human constitution , p. 12.
(2) Salzb. med. chirunj. Zeituttg, 1805 , t. IV, p. 212.
(3) Meckel , Deutschcs Archiv , t. VIII, p 181.
EFFETS DE LA FÉCONDATION. û5l
pétée plusieurs fois (1). Marc connaît une famille dans laquelle les hernies ombilicales sont héréditaires depuis trois générations (2). Des faits analogues se présentent aussi chez les animaux ; il est une forêt où Ton a remarqué , pendant une série d'années, des Cerfs qui n'avaient point encore de bois dans la première année de leur vie , et qui, plus tard, n'acquéraient qu'une dague (3).
Mais les dispositions primordiales ne sont pas les seules qui se transmettent par hérédité ; la même chose arrive également à celles qui sont survenues accidentellement , ou qui ont été amenées par la volonté (6°-8°).
6° Les mutilations nous en donnent la preuve la plus évidente. Il n'est pas rare de voir des Mâtins (4) et des Chiens couchans venir au monde avec la queue écourtée. Langsdorf nous apprend que ce phénomène a surtout lieu fréquemment au Kamtchatka , où l'on est dans l'usage de couper la queue aux Chiens qui servent à tirer les traîneaux. Un homme , dont le petit doigt de la main droite avait été en partie abattu et remis de travers , engendra , au rapport de Blumenbach (5) , plusieurs fils qui avaient le petitjdoigt de la main droite tors. Un autre , dont parle Hohl (6) , dont l'iris de l'œil droit était peu mobile et portait une tache brune, le tout provoqué par un accident survenu pendant son enfance , transmit complètement cette difformité à son premier né , tandis que , parmi ses autres enfans, les premiers l'eurent à un degré moins fort, et les derniers n'en présentèrent, aucune trace. Une femme qui avait déjà mis au monde plusieurs enfans, fut affectée d'un violent panaris , qui laissa une difformité considérable du doigt; deux enfans dont elle accoucha depuis offrirent la même difformité, à ce qu'assure Voisin (7).
(1) Froriep, Notizen, t. XLI, p. 40. — Gerson, Magasin des auslœndùchen Literatur, t. XXVI , p. 257.
(2) Dict. des se. médic., t. VI, p. 527.
(3) Neujahr.Kjesch.enk fuer Jaydlicbhaber, p. 73.
(4) Der Naturforscher, t. XV, p. 25.
(5) Treviranus , Biologie , t. III , p. 452.
| (6) Meckel , Archiv fuer Anatomie , 1828 , p. 184. (7) Gerson, loc. cit., t. XXVI, p. 258.
202 EFFETS t»E LA FECOi\DATION.
7° Un accident qui arrive aux parens peut déterminer une idiosyncrasie chez les enfans. La fille d'une femme chez laquelle une saignée avait entraîné des suites fâcheuses, ne pouvait se faire la plus légère égratignure à la peau , sans éprouver aussitôt une très-forte hémorrhagie , accompagnée de faiblesse excessive. Elle transmit celte idiosyncrasie à ses fils (1).
8° Les effets de l'éducation se transmettent aussi. Les chasseurs ont tous reconnu que quand un Chien est bien dressé, les petits qu'il donne , notamment ceux qui lui ressemblent le plus au physique , sont très-faciles à dresser aussi (2). Cette transmissibilité s'étend même au mode particulier d'aptitude que l'éducation a développé : on consacre , en général , les jeunes Chiens au même genre de chasse que leurs parens , parce qu'il est plus facile de les y dresser, et qu'ils s'y montrent plus portés par leurs dispositions naturelles (3). Les Chiens couchans sont dressés à aller à l'eau , et plus l'eau est devenue leur élément, plus leurs petits témoignent de penchant naturel à s'y jeter : un Chien de cette espèce s'était accouplé avec un Chien de berger, et les petits qui naquirent de cette union conservèrent pendant plusieurs générations le talent d'arrêter le gibier (4). Les Chiens américains appartenant à la race que les premiers Européens ont transportée dans le Nouveau-Monde , héritent de l'aptitude à chasser le Pécari , de manière que , sans instruction préliminaire , ils savent exécuter cette chasse, et se garantir des dangers qu'elle présente (5). Les Chevaux dont les parens ont été montés par d'habiles cavaliers , s'instruisent plus aisément que les autres au manège (6). Suivant F. Cuvier (7), les jeunes Renards, dans les pays où l'on dresse fréquemment des pièges à leur espèce , déploient plus de prudence , dès leur première
(1) Dict. des se. médic., t. IV, p. 190.
(2) Der Naturforschcr, t. XV, p. 34
(3) Bechstein, Gemeinnuetsige Naturgeschichte , t. I, p. 585.
(4) Baer, Entwickelungsgeschichte der Thierc , p. 35.
(5) Froriep , Notizen , t. XXV, p. 185.
(6) Hofacker, loc. cit., p. 34.
(7) Annales du Muséum , t. XI, p. 4(15.
sortie du terrier, que n'en témoignent les vieux dans des coin trées où l'on n'a pas coutume de les persécuter. L'espèce humaine est également susceptible de se perfectionner ; le développement des facultés intellectuelles chez les parens , rend les enfans plus aptes à profiter des bienfaits de l'éducation. Les jeunes Sauvages , à de rares exceptions près , se prêtent peu à la civilisation européenne , ou n'en prennent que les dehors , et se sentent malheureux d'y être assujettis. Et de même que nous avons vu la circonspection passée en habitude se transmettre par hérédité chez les animaux, de même aussi des dispositions particulières de l'esprit et du caractère passent aux enfans. Mais l'homme a de plus sa conscience et sa liberté , qui lui permettent de perfectionner ce qu'il a reçu; s'il peut combattre une prédisposition héréditaire à la maladie par une conduite habilement calculée, comme dans le cas cité précédemment , où l'idiosyncrasie hémorrhagique fut détruite par l'usage du sulfate de soude , il peut aussi reconnaître quelles sont parmi ses inclinations celles qu'il tient de ses parens , et combattre celles d'entre elles qui lui semblent incompatibles avec sa conscience plus éclairée.
§ 304. La nature revient de l'extraordinaire à l'ordinaire. Au milieu des anomalies que présentent certains individus , elle tend à maintenir l'espèce conforme à son type idéal.
1° La transmission héréditaire ne s'étend , la plupart du temps, qu'à quelques uns des enfans provenant du mariage. C'est ce qu'on voit dans les cas de prédisposition héréditaire aux maladies , où , suivant la remarque d'Adams , les enfans qui viennent à être atteints plus tard de la même affection , ont aussi des traits de ressemblance les uns avec les autres. C'est ce qui a lieu également pour les monstruosités , quelques membres de la famille conservant la disposilion normale. Carlisle adonné (1) la généalogie suivante deColburn ,dans laquelle les générations sont indiquées par des chiffres romains, les enfans d'une même génération par des chiffres arabes, dont la série indique aussi leur succession, le sexe masculin par la lettre M , le sexe féminin par la lettre F , et la confor-
Ci) Philos. Tram., 4814, p. 94.
malion des doigts et orteils par les lettres minuscules a-/", a désignant douze doigts et douze orteils , h douze doigts et onze orteils , c onze doigts et douze orteils , 3, onze doigts et onze orteils, e dix doigts et onze orteils, enfin /"l'état normal.
h II. III. IV.
Si nous apprécions l'anomalie d'après le nombre des doigts surnuméraires, nous voyons que, quoiqu'elle soit plus prononcée chez quelques individus de la troisième génération que chez ceux de la seconde, cependant elle a été, somme totale ,en diminuant, et que plus tard elle a fini par s'éteindre tout-àfait. En effet, la normalité est à l'anormalité, dans la première génération I '. 1 ! 35 ; dans la seconde ." \1 * 14 , dans la troisième : : i : 3,75.
2° Quelquefois l'hérédité transmet seulement la prédisposition à une qualité qui n'apparaît elle-même que dans la génération suivante. Celte qualité manque donc pendant une génération, durant laquelle sa prédisposition demeure latente , et se montre de nouveau à la génération qui suit , de manière que les enfans ressemblent , non à leurs parens , mais à leurs grands parens. Nous en avons un exemple dans la généalogie suivante de Gratio Kalleja (1).
(1) Clcichen, Abhandhwj ueler die Saamenthicrchen, p. 52.