VI
ff-
Anna parle (1) d'un homme bien conformé parmi les parens duquel s'en trouvaient deux atteints du bec-de-lièvre , qui eut , d'une première femme , onze enfans , dont deux avec un bec-de-lièvre, et d'une seconde deux, présentant la même difformité. Deux époux , dont les pères étaient roux', mais qui n'avaient pas les cheveux de cette couleur, mirent au monde quatre fils roux , et trois filles dont la chevelure avait une autre teinte (2).
3° Peu à peu l'anomalie s'éteint et la nature revient à l'état normal. On trouve, parmi les Limaçons, des individus dont la coquille s'enroule à gauche , et dont les sacs génitaux , comme tous les autres organes , sont situés au côté gauche , au lieu de se trouvera droite. Ces individus ne peuvent s'accoupler avec ceux dont la coquille tourne à droite ; l'accouplement n'est praticable pour eux qu'avec d'autres individus à coquille également senestre ; cependant ils. produisent des petits conformés comme à l'ordinaire (3).
La nature tend partout à l'harmonie , de sorte qu'elle se complaît à un terme moyen de forces dans ses produits. Aussi, après avoir pris un plus grand élan chez certains individus , revient-elle promptement à sa mesure ordinaire. Le vrai génie est toujours isolé , et ne se réveille point dans sa pos-
(1) Salzb. med. chir. Zeitunij , 4805 , t. IV, p. 212.
(2) Siebold, Journal fuer Gehurtshuclfe , t. I, p. 26G.
(3) ChemniU , dans Der Natwforsdier, t. YIII , p. 163 ; t. XYII, p. 9,
térité ; les talens meurent dans une famille , à laquelle il ne reste plus qu'à vivre de la gloire de ses ancêtres ; et tandis que les anciennes races s'abâtardissent , il s'en élève de nouvelles, ce qui rétablit l'équilibre.
4° Un caractère étranger ne peut se maintenir dans une espèce ou une race qu'à la condition que la génération sera continuellement opérée par l'espèce ou la race étrangère à laquelle ce caractère appartient. Il s'opère donc alors jusqu'à un certain point un passage d'une espèce ou d'une race à l'autre. Lorsque Kœlreuter fécondait le stigmate du Nicotiana rustica avec le pollen du Nicotiana paniculala , répétait la même opération sur les plantes nées des graines , et continuait ainsi pendant quelques générations , il obtenait des plantes qui ressemblaient de plus en plus au Nicotiana paniculata , et qui finissaient même par appartenir entièrement à cette espèce (1). L'accouplement avec un Faisan du bâtard produit par la Poule domestique et le Faisan, reproduit des Faisans purs. On ne parvient à rendre, permanentes les races perfectionnées de Chevaux et de Brebis qu'en ayant soin, pendant au moins six générations, de n'employer à la propagation que des animaux de la race plus noble, des étalons arabes , anglais ou espagnols, et des Béliers d Espagne. De même , la race des Turcs et des Persans n'a gagné du côlé de la beauté que parce qu'elle se mêle depuis des siècles avec des femmes de la Mingrélie et delà Circassie. En Amérique, les mulâtres retournent à leur race primitive dès la troisième génération , lorsqu'ils s'unissent à des individus de cette race, et même , suivant quelques auteurs , quand ils se propagent dans leur propre caste (2).
5° La nature met obstacle à ce que les anomalies se conservent. La majeure partie des monstres manquent des conditions nécessaires pour vivre ; les géans et les nains sont en général inhabiles à se reproduire. La plupart des bâtards d'espèce sont tout-à-fait impuissans , ou du moins ils ne peuvent se reproduire entre eux, et ne deviennent féconds qu'avec
(4) Kœlreuter, Fortsetsung , t. III, p. 54. (2) Dict. des se. méd XXXIV, p. 522.
EFFETS DE LA FÉCONDATION". 25^ les individus des espèces primitives, auxquelles leur postérité ne tarde pas à retourner. Dans les végétaux hybrides , tout est d'ordinaire parfaitement développé , au pollen près , qui ne consiste qu'en utricules vides, de sorte que les fleurs ne donnent point de graines (1) ; cependant il peuvent être fécondés parle pollen du père et de la mère , quoique même alors ils portent moins de graines que les plantes normales (2) . Quand les bâtards du Faisan et de la Poule domestique , ou ceux du Chardonneret et du Serin, s'accouplent ensemble, ils pondent bien des œufs, mais ou ils ne couvent pas, ou leurs œufs n'éclosent point (3). On assure que les Mulets n'ont pas d'animalcules spermatiques , et que les ovaires et la matrice sont moins développés dans les Mules ; le Mulet est beaucoup plus ardent que le Cheval , ce qui fait qu'on a coutume de le châtrer (4) , mais cette circonstance n'empêche pas qu'il ne soit en général inhabile à se reproduire. Le Bardeau et le Mulet engendrent avec le Cheval ou l'Ane , mais souvent les petits qui proviennent de ces unions sont faibles et meurent peu de temps après leur naissance (5). Tout ce qu'on a dit de la fécondité des bâtards du Serin et du Chardonneret , du Renard et du Chien, du Chien et du Loup, etc. (6), se rapportait probablement à des cas dans lesquels il y avait eu accouplement de ces métis avec des individus d'une des deux races mères. On connaît des exemples , chez les végétaux , d'hybrides qui se sont propagés sous leur forme ; mais , d'un côté , il est plus commun que les plantes provenant de là ressemblent davantage à l'une ou l'autre des deux souches (7), et d'un autre côté ces hybrides sont peu féconds , ils ont des grains de pollen plus petits et moins riches en substance combustible , et leurs anthères, tantôt ne s'ouvrent jamais, tantôt s'ouvrent peu et seulement à l'époque où déjà les fleurs coui-
(d) Kœlreuter, ferlœufiye Nachricht , p. 39.
(2) lbid., p. 42.
(3) Der Naturforschcr, t. VII , p. 56.
(4) Bechstein , loc. cit., t. I , p. 293.
(5) Gleichen, loc. cit., p. 25.
(6) Treviranus , Biologie , t. III , p. 443.
(7) Kœlreuter, Fortsetznmj , t. I, p. ii.
mencent à se faner (1). Au reste, on remarque une Grande variété à cet égard suivant les espèces ; les hybrides des Nicotiana major etylutinosa étaientabsolument inféconds; ceux des Nicotiana riistica et paniculata se laissaient féconder par le pollen 'de l'une des espèces mères, tandis que le leur propre n'avait pas la moindre vertu ; ceux des Dianthus chinensis et carthainus étaient un peu aptes à la reproduction , tant du côté du mâle que du côté de la femelle (2).
Au total la nature ne conserve que ce qui est en harmonie avec elle. Ce qui s'est formé à rencontre de ses lois, porte avec soi, en arrivant à l'être, le cachet d'une inévitable ruine.
§ 305. Les principales circonstances qui déterminent les qualités de la progéniture sont :
1° L'harmonie entre les individus qui accomplissent la génération. Parmi les animaux domestiques, oh choisit pour la monte les plus beaux individus , ceux qui se portent le mieux, ceux entre lesquels il y a le plus d'analogie sous le rapport de la taille, de la couleur, etc. Quand la dissemblance est trop grande entre le mâle et la femelle, il y a dégénérescence, et Wolstein donne le nom de bâtards aux produits (3). Mais l'harmonie la plus pénétrante est un amour réciproque ; si les parens éprouvent de l'aversion l'un pour l'autre , ils produisent des formes désagréables , des enfans moins vifs et moins dispos. Les enfans de l'amour ont plus d'esprit, de beauté et de santé ; cependant il ne faut pas , par un euphémisme absurde , réserver surtout celte épithète aux enfans nés hors mariage, car l'expérience établit le contraire à l'égard de ces derniers
2° Chez les animaux , la propagation dans une même famille a de bons résultats. C'est elle qui assure la beauté des Chevaux arabes et anglais, des Brebis espagnoles, etc. Bojanus fait remarquer que le mélange des différentes races, lorsqu'il se prolonge pendant quelque temps , amène une dégénérescence générale dans l'espèce chevaline. Le fait peut être vrai aussi
(1) lbid.,t. II, p. 39.
(2) Ibid., t. I, p. 49.
(3) Ueber dos Paarcn und] Ferpaaren der Mensthen und Thiert , p. 18,21.
EFFETS DE LA FÉCONDATION. 25g
pour l'homme , en ce qui concerne le physique ; mais, quand la propagation est renfermée chez lui dans les limites d'un cercle qu'elle ne peut franchir, le développement des facultés intellectuelles s'en ressent presque toujours. L'alliance entre proches parens est contraire à la nature dans l'espèce humaine; il faut que ce qui est séparé se réunisse, et il n'y a qu'une telle réunion qui rende possible un amour chaud et une progéniture vigoureuse. Aussi les mariages entre proches, quoiqu'admis dans l'antiquité reculée, ont été rangés au nombre des ciimes'par tous les peuples ennoblis qui ont considéré les liens de famille comme une chose sacrée. Chez les Mahométans, au contraire, l'inceste n'est point sévèrement puni, et il a lieu fréquemment chez les Caraïbes, auxquels il ne répugne pas d'épouser leurs filles ou leurs sœurs. De pareilles unions sont impossibles parmi plusieurs espèces d'animaux , comme le Cerf, le Chevreuil, etc., parce qu'il n'y a que des individus du même âge qui entrent ensemble en chaleur.
3° La débauche et l'immoralité n'engendrent la plupart du temps que desenfans faibles de corps et d'esprit. L'état physique au moment de la génération exerce aussi une influence considérable. Les enfans procréés pendant l'ivresse n'ont souvent qu'une sensibilité obtuse , ou même sont lout-à-fait idiots (1). ' 1
4° L'âge des parens détermine les qualités de la progéniture. Les œufs des poulettes sont plus petits de moitié que ceux des Poules, et les petits qu'une Chienne met bas après sa première fécondation , n'acquièrent presque jamais une grande taille (*2). Lorsque l'Elan commence à se reproduire dans la troisième année , parce qu'il a trouvé une nourriture abondante, ses petits sont chétifs (3). Le Cerf qui provient depa rens âgés acquiert plus promplement son bots, celui ci devient plus beau, et lui-même entre en chaleur quelques semaines avant les autres (4). De même aussi, dans l'espèce
(1) Hofacker, loc. cit., p. 401 .
(2) Bechstein , loc. cit., t. I , p. 585.
(3) Schriften dcr Bcrlincr Gcscllichajft , elfe., t. ï , p. 32. <d) Wevjnhrtrjeschcnli fucr Jmjdliehhahcr , 179R, p. 4*7,
26o EFFETS DE LA FÉCONDATION.
humaine, les premiers-nés sont fréquemment plus délicats et plus faibles , parce que c'était la première fois que la for plastique suivait celte direction, et que, là comme ailleurs, elle a besoin d'exercice pour acquérir de l'énergie. Plusieurs instituteurs ont remarqué aussi que les aînés sont fort souvent surpassés en talens et en aptitude par leur cadets.
Les enfans procréés dans un âge trop avancé sont sujets à devenir rachitiques , les maladies hémorrhoïdaires se développent chez eux de bonne heure, et ils ont quelque chose de morne ou de mélancolique qui n'appartient point à l'enfance.
Lorsqu'il existe une différence d'âge entre les parens , la progéniture est plus vigoureuse si l'âge de l'homme dépasse celui de la femme que dans le cas contraire.
§ 306. Quelles sont les qualités qui se propagent, et du père, et de la mère, à l'enfant? Une réponse précise à cette question nous ferait connaître quelle part chaque sexe prendl à la procréation. Cependant nous ne tarderons pas à nous convaincre qu'il n'y a rien d'absolu non plus sous ce rapport, que tout est possible , et qu'il se trouve seulement des phénomènes qu'on observe plus souvent que d'autres.
1° En général , le bâtard réunit les qualités du père et de la mère. Mais trois cas sont possibles : ou le bâtard ressemble au père sous le rapport de certains organes , de certaines qualités, et à la mère sous celui d'autres organes et qualités, de sorte qu'il réunit en lui des qualités qui appartiennent à ses deux parens ; ou bien les qualités des parens se neutralisent en quelque sorte , et le produit ne tient ni de l'un ni de l'autre ; ou enfin les qualités d'un des deux parens prédominent en lui. La couleur de la peau nous fournit des exemples frappans de ces trois nuances. Quelquefois le petit porte à la fois les couleurs de ses deux parens ; il est ce qu'on appelle pie , dans les bêtes à cornes et surtout dans l'espèce chevaline, lorsque les couleurs des parens étaient opposées ou au moins fort dissemblables. Dans d'autres circonstances , les couleurs des deux parens se fondent en une seule, par exemple le blanc et le noir en gris, dans les Oies , les Bœufs , les Chevaux. Girou de Buzareingues prétend qu'il y a d'autant moins
fusion que les couleurs des parens sont plus contrastantes, les forces motrices de l'animal plus grandes , et l'insertion des poils plus profonde ; il soutient qu'elle cesse principalement sur les points les plus éloignés du foyer principal de la vie intérieure , tels que les parties antérieures de la tête ou les extrémités des membres (1). Dans le troisième cas, il n'y a que l'une ou l'autre des deux couleurs qui se prononce sur les petits; les agneaux des Brebis noires et blanches sont , la plupart du temps, ou entièrement noirs , ou totalement blancs; les petits des Souris blanches et grises sont toujours, d'après Colladon, ou blancs ou gris en totalité; les faons des Cerfs blancs et bruns ne sont jamais mouchetés, mais blancs ou bruns (2).
Suivant Kœlreuter (3) le mélange ou la fusion des qualités qui appartiennent aux parens a lieu principalement dans les cas où il se produit des hybrides stériles, tandis que la prédominance des qualités propres à l'une des deux races procréatrices s'observe dans ceux qui conservent encore quel que fécondité.
2° Il paraît que c'est en partie la nature des espèces qui fait que le produit ressemble davantage ou au père ou à la mère. Quand le Nicotiana paniculata avait été fécondé avec le pollen du Nicotiana rustica, et qu'ensuite on fécondait les hybrides provenant de ce mélange avec le pollen du Nicotiana paniculata , les plantes ressemblaient au Nicotiana rustica mâle ; venait-on , au contraire , à féconder le Nicotiana rustica avec le Nicotiana paniculata y et les hybrides avec le pollen de cette dernière , la plante ressemblait au Nicotiana rustica femelle, de sorte que celui-ci avait partout la prépondérance (4). Que Knight prît plus ou moins de pollen d'autres variétés de Pommier pour féconder ceux de Sibérie ou d'Angleterre , les bâtards ressemblaient toujours à la variété mère (5); lorsqu'au contraire il répandait le pollen d'un
(1) De la génération , p. 124 , 125.1
(2) Ncujahrsijeschenli fuer Jagdliebhaber , 4818, p. 165.
(3) Kœlreuter, Fortsetzumj , t. III, p. 107.
(4) Jbid., 1. 1, p. 45.
(5) Keil , Archiv fuer die Physiologie , t. XII , p. 97.
r-*62 ' EFFETS DE LA FECONDATION.
Amandier sur des Heurs de Pêcher , il obtenait des pêches du noyau desquelles naissaient des pêchers (I). Un habile jardinier de Kœnigsberg, Senll", féconda les fleurs du calville rouge d'été avec le pollen de cinq variétés diverses de Pommier ; les fruits des arbres bâtards qu'il obtint ainsi furent très-diflérens; ceux de la variété dite Winierkurzstidchen avaient la consistance et le goût de la mère; ceux de la royale d'Angleterre réunissaient la couleur et la forme de la mère à la consistance et à la saveur du père ; enfin ceux de VHolzapfd tenaient davantage de la mère, tant sous le rapport de la forme que sous celui de la saveur. On a trouvé plus de ressemblance avec le père chez les bâtards du Chardonneret et du Serin, du Chardonneret et du Verdet (2), du Putois et du Furet, selon Lewis; du Bouquetin et de la Chèvre, suivant Wattewyl ; davantage avec la mère chez ceux du Cygne chanteur et de l'Oie (3) , du Bouc et de la Brebis mérinos , d'après Ribbe, etc. Cependant ce ne sont là que des faits isolés, et il semble que , chez les animaux, la nature des individus procréateurs exerce une influence plus prononcée sur la détermination des qualités du petit. Humphreys a remarqué que les petits de l'Ancon ressemblaient tantôt plus au père et tantôt plus à la mère , qu'un Ancon mâle se fût accouplé avec une Brebis , ou un Ancon femelle avec un Bélier (4). Les bâtards qu'une Chienne produit avec un Loup ont plus de| ressemblance tantôt avec la mère (5) , tantôt avec le père (6). Cependant l'individualité n'est pas toujours non plus le principe déterminant, car on rencontre quelquefois des variétés différentes dans une même portée; ainsi, des cinq petits produits par un Corbeau et une Corneille mantelée , deux étaient noirs comme le père , deux gris comme la mère , et un de couleur mélangée (7). Humphreys a vu aussi que, de deux
(4) Nouv. Bull, de ta Soc. pliil., 4820, p. 90.
(2) Dict. des se. raéd., t. XXXII , p. 264.
(3) Annales du Muséum , t. XII , p. 1-19.
(4) Philos. Trans., 4SI 3 , p. 88.
(5) Masch , dans Dcr Naturforsclier, t. XV, p. 32.
(6) Geoffroy Saint-Hilaire , dans Annal, du Muséum , t. IV, p. 402.
(7) Naumann , Nuturyescliichie der Vœgcl , t. II , p. 63.
petits d'un Ancon, l'un ressemblait plus au père, et l'autre davantage à la mère. Dans l'espèce chevaline, le poulain a plus de ressemblance avec le père , mais seulement lorsque celui-ci est de race pure (^). Suivant Klaprolh , lorsque les races mongole et caucasique se mêlent ensemble , les enfans portent toujours le caractère de la première , que ce soit le père ou la mère qui y appartienne.
3° Sous le rapport de la forme , il y a plus de ressemblance entre le petit et le père dans les bâtards du Faisan et de la Poule (2) , du petit Tétras et du Coq de bruyère (3), du Chamois etdelaChèvre(4). De même, la race est ennoblie parles étalons arabes, espagnols, anglais. Mais plus fréquemment encore la forme et la taille sont déterminées par la mère : c'est ce qui arrive dans les Mulets et les Bardeaux, dans les bâtards de l'Ane et du Zèbre (5), du Chien et de la femelle du Renard (6). Tandis que , dans les Chevaux (7) et chez les bâtards du petit Tétras et duCoq de bruyère, le père détermine la forme, c'est la mère qui donne la taille. Parmi les Persans, les disciples de Zoroastre, qui ne se mêlent qu'entre eux , sont bruns et laids , au lieu que les grands , qui tirent leurs femmes de la Circassie et du pays de Cachemire, ont des formes plus belles (8).
4° La forme des membres est déterminée plus particulièrement par le père chez nos animaux domestiques et chez les bâtards des Anas glaucion et querqueditla , du Bouc et de la Brebis mérinos, du Chien et de la femelle du Renard , du Chevreuil et de la Chèvre, du Cerf et de la Vache (9); mais plus par la mère dans les bâtards de l'Ane et du Zèbre (10), du Bélier
(4) Hofacker, loc. cit., p. 93.
(2) Haller, loc. cit., t. VIII, p. 402.
(3) Nevjahrsijeschenk fuer Juydliebkaber , 4795 , p. 50.
(4) Mi., 4803 , p. 26.
(5) Annal, du Muséum , t. IX , p. 225.
(6) !Seujahrs<jeiclienk fuer Jaydlicbhaber , 4795 , p. 408.
(7) Bechstein , loc. cit., 1. 1, p. 252.
(8) Virey, Hist. nat. du génie humain , 1. 1, p. 492.-
(9) Hofacker, loc. cit., p. 90.
(40) Annales du Muséum, t. IX, p. 225.
et du Chamois, du Coq et de la Cane (1). La propagation de doigts et orteils surnuméraires du côté de la mère se voit en partie dans les généalogies qui ont été rapportées plus haut ( § 303 ); elle a été observée enduire par Morand (2), Witgens et autres. Le Mulet a la croupe plus allongée que celle du Cheval , et six vertèbres lombaires comme lui , mais quelquefois aussi il n'en a que cinq , comme l'Ane.
5° La queue ressemble à celle du père dans le Mulet et dans les bâtards du Faisan et de la Poule (3) , des Anas glaucion et querquedula (i), du Chien et de la Louve (5), de l'Ours et de la Chienne (6) ; à celle de la mère dans le Bardeau , et le bâtard du Bélier et de la Chèvre (7). Dans le bâtard du Chien et de la Louve, elle est à l'état neutre , c'est-à-dire ni retroussée, comme chez le Chien, ni pendante, comme chez le Loup , mais presque toujours étendue en droite ligne (8).
6° Quant à la locomotilité, le Mulet tient de sou père l'aptitude à supporter la fatigue et la sûreté de la démarche. Le bâtard du Chamois et de la Chèvre a également plus de force musculaire et gravit sur les rochers les plus escarpés ; celui des Anas glaucion et querquedula est tout aussi dépourvu de motilité sur terre et tout aussi bon nageur que son père.
7° Le Mulet a la voix et le hennissement du père , et le Bardeau le braiment de l'Ane. Au contraire , les bâtards du Clùen et de la Louve n'aboient point. Ici on remarque quelquefois une sorte de mélange ; les bâtards du Chien et de la femelle du Renard aboient , mais d'une voix plus enrouée, et hurlent comme les Loups , quand ils ressentent de la dou leur (9); un bâtard d'Ours et de . Chienne aboyait et grognait (40).
(1) Hofacker, loc. cit., p. 90.
(2) Hist. de l'Aç. des se, 1770.
(3) Frisch , dans Dor Naturforscher, t. VII, p. 156.
(4) Annales du Muséum , t. VII, p. 222.
(5) Pallas , dans Dcr Naturforscher, t. XV, p. 25.
(6) Bcclistein , loc. cit., t. I , p. 702.
(7) Ibid., p. 427.
(S) Mascli , dans Der Naturforscher, t. XV, p. 25.
(9) Nctijahrsjcschciik fucr Ja'jdlicbhabcr , 1795 , p. 40$
(10) Bechstein, loc. cit., t. I , p. 702.
EFFETS DE IA FÉCONDATION. ' 265 8° La couleur de la peau du père passe souvent en héritage , chez les Pigeons , les Lapins, les Brebis , les Chiens , et chez quelques bâtards, par exemple celui dupetit Tétras et du Coq de bruyère. La couleur de la mère est transmise dans le Mulet, ainsi que dans les bâtards du Cheval et du Zèbre, du Cliien et du Renard femelle (1), du Chamois et de la Chèvre (2). Le bâtard de l'Ane et du Zèbre a la couleur grise et la raie noire le long de la colonne vertébrale qui appartiennent au père , et les raies transversales , surtout aux cuisses , au garot et à la tête , qui caractérisent la mère. Dans l'espèce chevaline , la couleur du père et celle de la mère se transmettent aussi fréquemment l'une que l'autre aux poulains (3). L'anomalie cutanée particulière à la famille Lambert, et qui rappelait la conformation du Porc-Épic , ne se transmettait qu'aux individus mâles.
9° La nature et surtout la finesse du poil sont déterminées principalement par le père. Ainsi , le pelage de nos Chèvres et de nos Brebis indigènes est infiniment plus ennobli par.les Boucs d'Angora ou par les Béliers mérinos , que par les individus femelles de ces deux races. Le poil du bâtard de l'Ours et de la Chienne ressemble également à celui du père. Mais le pelage , surtout en ce qui regarde sa longueur, a plus d'analogie avec celui de la mère dans le bâtard du Bélier et de^ la Chèvre (4) , dans celui du Chien et de la femelle du Renard, dans le Mulet et dans le Bardeau. Suivant Ribbe , le bâtard du Bouc et de la Brebis mérinos a la laine du cou , de la poitrine , du dos et des flancs semblable à celle de la mère , tandis que , sur le devant de la tête , au sacrum , aux cuisses et à la queue , elle est mêlée de poils.
10° La forme de la tête , qui , chez les animaux , est déterminée principalement par la proportion des organes manducatoires et olfactifs , se propage surtout par le père. C'est ce qu'on voit chez les animaux domestiques en général, chez les bâtards du Faisan et de la Poule, de la Pintade et
(1) Neujahrsijeschcnh fuer Ju<jdliehhaher , 1795, p. 108.
(2) Uid., 1803, p. 26.
(3) Hofackcr, Inc. cit., p. 97.
(â) Bechstein , loc. cit., t. I , p. 427.
de la Cane , des Auas glaucion et querqiicdula , de l'Ane et du Zèbre (1) , du Cheval et du Zèbre , du Chien et de la Louve , du Chien et du Renard, du Bouc et de la Brebis mérinos ' enfin dans les Muîels. Cependant Masch a vu la tête conformée comme celle de la mère chez un bâtard de Chien et de Louve. Le bec ressemble à celui du père dans les bâtards de Pintade et de Cane , et à celui de la mère dans ceux du Chardonneret et de la Linotte (2). Les oreilles sont la plupart du temps comme celles du père, surtout dans le Mulet et dans les bâtards d'Ane et de Zèbre, de Cheval et de Zèbre, de Bouc et de Brebis mérinos, de Chien et de femelle de Renard ; elles ressemblent à celles de la mère dans le bâtard de l'Ane et du Zèbre , et tiennent le milieu dans le Bardeau.
11° Sous le rapport moral , l'influence de la mère prédomine. Le Mulet a la vivacité de la mère , qui le rend susceptible de déployer momentanément plus de force que l'Ane, dont il partage d'ailleurs la constance à supporter les fatigues. De même, le Bardeau est lourd et lent, le bâtard de l'Ane et du Zèbre fort indocile, celui du Chien et de la Louve non susceptible d'être apprivoisé (Pallas). Il y a des langues où cette provenance des facultés morales semble avoir été consacrée par l'usage; telle est, entre autres, celle des Allemands, dans laquelle le bon sens s'exprime par le mot de Mutterwits (esprit maternel). Sinclair nomme quelques femmes d'esprit qui ont rendu les facultés intellectuelles plus actives dans les familles auxquelles elles se sont alliées, et il fait entre autres remonter à une femme les talens qui distinguèrent celle des Pitt. Quelquefois les bâtards des animaux ressemblent davantage au père sous ce rapport ; ceux de Chien et Louve , que Marolle a observés , étaient maniables comme des Chiens , et ne laissaient percer des traces de sauvagerie que dans leur voracité pour la viande. Dans d'autres circonstances , on trouve simultanément les deux rapports ; suivant Masch , de six petits qu'un Sanglier produisit avec une Truie , cinq avaient la tête et la peau de leur père , fuyaient les hommes , dédai-
(1) Annales du Muséum , t. XI, p. 237.
(2) Dict. des se. médic., t. XXXII , p. 264.
gnaient l'orbe, mangeaient de l'herbe et des feuilles, se tenaient ensemble et vivaient à part des Cochons apprivoisés; le sixième était blanc comme un Cochon domestique , n'avait point peur des hommes , aimait l'orge et restait mêlé au troupeau.
12° La même qualité peut donc être déterminée tantôt par le père et tantôt par la mère , et Ton ne saurait rien établir de général à cet égard. Cependant , somme totale , le mâle exerce plus d'influence sur l'irritabilité , et la femelle davantage sur la sensibilité. Fabricius ne s'est donc pas trop éloigné de la vérité (1) en disant qu'on hérite de son père la goutte et les cachexies , de sa mère les spasmes , la mélancolie , la vivacité et les facultés intellectuelles ; ou Gleichen (2) , en assurant que le mâle détermine la charpente osseuse et la femelle les yeux. Suivant Linné, dans les hybrides des végétaux, les parties sexuelles ressemblent davantage à la mère , la corolle et en général les parties extérieures au père. De même, d'après les observations de Senff , jardinier de Kœnigsberg , les feuilles tiennent plus du père que les fruits. Girou a dit que la mère influe davantage sur la plasticité, et le père sur la vitalité extérieure (3) ; cette assertion ne repose pas sur des preuves suffisantes. Nous avons besoin de nouveaux faits encore pour pouvoir affirmer que la mère détermine plus les viscères , comme Vicq d'Azyr prétend l'avoir remarqué , et que c'est elle principalement qui assure la longévité , comme le dit Sinclair.
13° Enfin , nous avons encore à examiner l'influence du père et de la mère par rapport au sexe de l'enfant. Chez certains animaux, les sexes pareils influent l'un sur l'autre; le jeune mâle ressemble davantage au père , et la jeune femelle à la mère. Ce phénomène a lieu chez la plupart des Oiseaux , et, suivant Hausmann , dans l'espèce chevaline. Girou prétend qu'il est surtout vrai , chez nos animaux domestiques , en ce qui concerne la taille, la longueur du poil, l'ampleur du
(4) Besultate naturhistorischer Porlcsungen, p. 60.
(2) Ucler die Suamenthicrchen , p. 43.
(3) De la génération , p. 429.
bassin', en un mot les circonstances de la vie plastique , et que cette analogie devient plus prononcée par les progrès de l'âge qu'elle ne l'était dans les commencemens. Les Taureaux noirs produisent souvent avec les Vaches rousses les Veaux qui sont roux à l'époque de leur naissance , mais qui deviennent noirs avec le temps; dans les circonstances inverses, les jeunes mâles sont d'abord noirs et rougissent en grandissant (1).
Il paraît être plus commun encore que les parens agissent sur le sexe opposé au leur du produit de la génération (2). L'une des Colburn (§ 303 , 1°, II) mit au monde trois garçons et deux filles , et propagea son infirmité à tous les garçons , mais à une fille seulement; le second fils de Gratio Kalleja ( § 303 , 2°, II ) eut un fils bien conformé , et trois filles attaquées de l'infirmité héréditaire : la fille ne propagea l'anomalie qu'à un de ses garçons , et non à ses filles. Un homme qui avait le palais mal conformé , engendra quatre fils bien constitués, et trois filles atteintes de bec-de-lièvre et de scission du voile du palais , de même que la sœur de sa mère eut cinq filles bien conformées et cinq fils avec des becs-de -lièvre (3). Une femme, tenant à une famille dans laquelle il y avait eu plusieurs hypospadias, mit au monde deux fils affectés de cette difformité (4). Une autre femme , d'un esprit borné et dont la famille renfermait plusieurs membres atteints de dureté d'oreille et d'idiotisme, accoucha de deux garçons sourds-muets , dont un était en outre imbécille , de deux filles bien portantes, et enfin d'un garçon qui jouissait également d'une bonne santé (5). Un nègre de Berlin produisit avec une femme blanche sept filles mulâtres et quatre fils blancs (6). Des observations analogues ont été faites sur des bâtards d'animaux ; parmi les poulains de la Jument dont il est parlé plus haut (§ 301, 5°), qui avait été fécondée auparavant par un Couagga , les femelles ressemblaient plus que les mâles
(1) De la génération , p. 124.
(2) Haller, loc. cit., t. VIII , p. 99. — Hofacker, loc. cit., p. 98.
(3) Nov. Act. Nat. Cur., 1. 1 , p. 445.
(4) Meckel , Handbuch der patholoyischen Anatomie , t. I, p. 20.
(5) Meckel , Archiv fucr Anatomie , 1828 , p. 186.
(6) Siebold , Journal fucr Geburtshuclfc , t. VII , p. 2.
à leur mère pour la couleur du pelage. Des bâtards d'un Chien et d'une Louve, les deux mâles ressemblaient au Loup , quant à la l'orme , aux mouvemens , à l'aversion pour les hommes, à la défiance et à l'éloignement pour les Chiens , tandis que la femelle avait la tête d'un Chien , ne trottait pas comme le Loup, se plaisait avec les Chiens, et témoignait moins d'aversion pour les hommes (1).
Girou assure que les mêmes phénomènes ont lieu dans la génération ordinaire par rapport à la conformation de la tète et des membres , à la couleur et au naturel , par conséquent , en général , à la sensibilité et à l'irritabilité ; il fait remarquer que les Mules ont les crins plus longs , le bassin plus large , qu'elles sont plus têtues et plus vicieuses, qu'elles ressemblent par conséquent davantage à leur père que les Mulets , et que ces derniers ont beaucoup plus fréquemment le poil coloré de leur mère (2). 11 ajoute que le Chien mâle ressemble davantage à la mère, et la femelle au père ; qu'une Jument rase mit bus trois Jumens pourvues de poils et un poulain mâle ras ; qu'une Yache au poil blanc semé de taches rousses produisit quatre mâles qui luisressemblaient par le fond de la couleur et la distribution des taches, et une femelle semblable au Taureau ; enfin, que la même chose arrive chez les Brebis et les Chats (3).
14° Le même écrivain dit que, quand ce rapport a lieu, les petits ressemblent à leurs aïeux du même sexe (4) ; que, par conséquent , un jeune mâle , dont le père ressemblait à sa mère , a de la ressemblance avec le père de son père , ou , pour rendre la filiation plus facile à saisir, Première génération : grand-père, grand'-mère; grand-père, gvand'-inère. Seconde génération : père , mère.
Troisième génération : fils, fille; fils, file.
Osiander avait déjà remarqué quelque chose d'analogue (5). Ainsi donc, en général , c'est ce qui diffère , tout en avant
(1) Mas ch. , dans Der Naturforscher, t.XV, p. 25.
(2) De la génération , p. 119.
(3) De la génération , p. 120 . 121.
(4) De la génération , p. 123.
(5) Loc. cit., t. I, p. 634.
cependant de l'alïinilé , qui exerce la plus forte influence , et nous retrouvons en cela des traces de la loi , différence dans l'identité; la fdle ressemble au père, parce que c'est de lui quelle se rapproche le plus dans son origine, mais elle s'éloigne de lui par sa sexualité; le fils a de la ressemblance avec le grand père , parce qu'il se rapproche de lui par sa sexualité, et qu'il en est plus éloigné quant à son origine. Si la manière dont nous avons expliqué précédemment (§ 35, 3") la découverte faite par Chamisso est exacte , ce rapport est poussé aussi loin que possible dans les Biphores, où le mode de reproduction varie suivant les générations , et où les petits ne sont jamais procréés comme leurs parens , mais comme leurs grands parens.
§ 307. La détermination du sexe mérite avant tout de fixer notre attention.