‹ Traité physiologie considérée comme science d'observation (volume 4)Chapitre 4 sur 81 · MOBILES MÉCiKIQUES · texte numérisé non relu

MOBILES MÉCiKIQUES

§ 238. Dans beaucoup de plantes, la structure de la fleur est telle que la fécondation a besoin d'une force générale de l'univers pour s'effectuer. En effet, cette fleur affecte une position qui fait que l'étamine se trouve perpendiculaire au

(4) K. Sprengel , Von devi Bauo dor Geviœchso , t. I , p. 357.

(2) Vermischc ùotanische Schriften, t. I, p. 440.

(3) Loc. cit., p. 35.

dessus du stigmate , et que par conséquent le pollen , en obéissant aux lois de la pesanteur , tombe sur celui-ci. Telle est le cas des fleurs dressées dans lesquelles les étamines surpassent le pistil en longueur , et des fleurs penchées dont le pistil est plus long que les étamines ; ainsi la fleur de la Couronne impériale, de la Clématite, du Géranium, elc , n'est pendante que jusqu'à l'émission du pollen , et elle se redresse après la fécondation. Dans les plantes dont l'inflorescence est enthyrse, en épi, etc., le pollen d'une fleur supérieure peut féconder une fleur située au dessous. Dans les végétaux monoïques , la fleur femelle est généralement placée plus bas sur la tige , ou au dessous de la fleur mâle , de manière que, par exemple , dans le Blé de Turquie et la Larme de Job , elle reçoit perpendiculairement le pollen. Les fleurs mâles du Bouleau pendent en ligne verticale, et les femelles se recourbent de bas en haut ; mais , après la fécondation , celles-ci deviennent pendantes (1). Dans les plantes dioïques aussi, les fleurs femelles sont plus droites, et les mâles plus pendantes (2).

§ 239. Le rapprochement des organes génitaux des fleurs hermaphrodites est déterminé aussi par des mouvemens organiques. Dans certaines plantes, l'accroissement des étamines rapproche les anthères du stigmate , dont elles étaient d'abord éloignées; c'est ce qui a lieu, par exemple , dans les Scrofulaires et les Euphorbes (3). Les étamines des Kalmia, Zygophyllum et Fraxinella sont d'abord enveloppées, suivant Desfontaines (4), dans un enfoncement de la corolle , et font un angle droit avec le pistil; en se développant, elles se redressent et rapprochent l'anthère du stigmate. La même chose arrive dans la grande Consoude, les Saxifrages, les Stcllaria, etc. On aperçoit même quelquefois des mouvemens rapides et sensibles , qui ne peuvent point être communiqués

(1) Kœlreuter, loc. cit., p. 46.

(2) K. Sprengel, Nchc Entdeckumjcn , t. III, p. 345.

(3) Treviranus, Vermischtc Schriften , t. IV, p. 438.

(4) Hist, de l'Ac. des sciences , 47S7, p. 468.

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du dehors, mais s'élèvent dans l'organisme lui-même, et sont organiques et vitaux , de sorte qu'ils se manifestent sans aucune détermination extérieure , ou du moins que la cause du dehors agit seulement comme moyen d'excitation. Ce mouvement est un vestige de la forme motrice animale et libre , ou de l'irritabilité , un rapprochement entre la nature végétale et la nature animale. Il appartient à la classe des mouvemens provoqués par la plasticité , ce qui fait qu'il ne se manifeste qu'à une certaine époque déterminée par l'accroissement , et dépend en partie de l'élasticité et de lhygrométricité que celui-ci procure ; aussi est-il excité par tout ce qui met en jeu l'élasticité, par l'humidité ou la sécheresse de l'air , par la chaleur et la lumière. Mais il diffère des autres mouvemens végétaux, et se rapproche de ceux des animaux, en ce qu'il est, non pas continu, lent et insensible , mais momentané , rapide et visible , s'opère aussi en partie sans phénomènes d'élasticité , et suit plutôt les lois de l'excitabilité. En effet, il peut être excité par un attouchement mécanique, aussi bien que par la lumière concentrée et l'élasticité. II est plus facile à déterminer pendant la rosée du matin ou une pluie douce dans les plantes des contrées froides, sous l'influence d'un air sec et d'un temps serein dans celles des pays chauds. On peut le reproduire par des excitations extérieures, en laissant la fleur se reposer pendant quelque temps après chaque stimulation , mais la répétition trop fréquente épuise l'irritabilité (1). On remarque surtout cette irritabilité dans les fleurs qui ont un haut degré de développement, celles des Synanthérées , par exemple, et notamment dans celles de la polygamie égale, comme Carduus, Centaurea, Serratula , Carlina , Onopordum , Atractylis , Carthatnns , Echinops , Arctium. Les deux organes cylindriques , pistil et étamine, sont ceux qui se meuvent, de sorte qu'on pourrait jusqu'à un certain point les comparer aux oviductes et aux canaux déférens ; mais ils en diffèrent parce qu'ils ne charrient point les produits de l'ovaire et du testicule , et que leur destination consiste à mettre le testicule végétal lui-

(4) Treviranus, Bioloyic , t. IV, p. 204-242. '

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même en contact avec les parties femelles. Au reste , suivant la remarque de Desfontaines (I), ces mouvemens manquent partout où ils seraient inutiles, c'est-à-dire où la position des anthères sullit déjà pour assurer la fécondation; ils n'ont pas lieu non plus dans les plantes dioïques et monoïques , où ils seraient sans but.

4° Comme les rapports avec l'extérieur, le mouvement (§ 207) et l'animalité (§ 218), prédominent chez le sexe masculin en général , de même aussi les étamines sont principalement le support de la force motrice animale qui se développe au sein de la végétation. Cette force , qui a son fondement dans la nature du filet staminal, peut par conséquent paraître à la maturité du pollen , et se dissiper après sa dissémination , même dans des cas où l'on n'aperçoit aucune relation entre elle et la fécondation (2). Mais elle peut évidemment acquérir cette relation, et elle la prend en réalité , puisqu'elle a son siège proprement dit à la face interne du filet de l'étamine (3) , et se dirige précisément en dedans , vers le stigmate. Le filet staminal se rapproche du stigmate , et après que l'anthère a lancé son pollen , il revient à sa première situation , par exemple , dans les Cactus opuntia , Fri~ tillaria persica , Jfyoscyamus aureus , Poïygonum orientale, Tamarix gallica, Ruta graveolens ethalepensis , Zygophyllum fahago , Sedum telephium et reflexum, Saxifraga tridactylides, Geum urbanum , Agrimonia eupatoria, etc. (4).

Si le filet de l'étamine est plus long que le pistil , il s'incline vers le stigmate , comme dans le Pamassia palmtris , ou se recourbe de manière à devenir égal en longueur au pistil, comme dans le Marronier d'Inde (5). Lorsqu'on sépare les uns des autres les filets slaminaux du Centaurea calcitrapoides , et qu'on les touche isolément , ils se tordent en différens sens , à peu près comme un Polype le ferait avec ses bras ; mais , dans leur état naturel d'adhérence , leur mouve-

(2) Treviranus, Fermisclde Schriften, t. IV, p. 138.

(3) Treviranus, Biologie , t. V, p. 210.

(4) Ibid., t. III, p. 349.

(5) Willdenow, loc. cit., p. 410.

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ment a une direction déterminée , et lorsqu'on y touche sans les avoir séparés, ils se ploient de manière que les anthères effleurent le stigmate , et y laissent adhérer le pollen qu'elles renferment ; à l'époque de la parfaite maturité , ils exécutent ces mouvemens d'eux-mêmes, et dès-lors commencent à se flétrir (1). Si l'on passe la barbe d'une plume sur les filets des étamines du Cactus tuna, ils s'appliquent aussitôt sur le stigmate (2).

Si les filets des étamines sont moins longs , mais forment un angle avec le pistil , ils ne font que se redresser et prendre une direction pareille à celle du pistil , de manière que l'anthère se rapproche du stigmate. Ainsi les étamines de l'Épine- Vinette et de la Pariétaire se redressent brusquement dès qu'on y touche ; il suffit même de souffler sur celles des Cistes , pour déterminer le même phénomène (3).

Les étamines d'une fleur ne se comportent pas toutes de la même manière dans ces mouvemens. Dans les Lis , le Pâmassia palustris , etc., elles s'appliquent l'une après l'autre contre le stigmate , émettent leur pollen , puis se redressent et se rejettent en arrière (4). Dans le Buta hortensis , elles exécutent les mêmes mouvemens , mais en alternant , de manière à représenter la série suivante : 1, 3, 5, 7, 9, 2, 4, 6, 8, 10 (5). Celles du Tabac , au contraire , s'appliquent toutes à la fois contre le stigmate, suivant Desfontaines, de manière à former une couronne au dessus de lui , et elles reprennent leur position première après avoir laissé échapper le pollen.

Du reste, il est digne de remarque que, suivant les observations de Treviranusffij, le mouvement se trouve excité lorsqu'on met l'électricité positive en rapport avec l'intérieur du pédoncule, et la négative avec l'étamine , à travers l'extrémité du pétale qui est tournée vers le stigmate. Comme l'électricité négative n'agit jamais avec plus de force que quand on

(1) CotoIo , dans Der Naturferscher, t. VI, p. 226-232.

(2) Willtlenow, loc. cit., p. 413.

(3) Sprengel, y on dem Baue der Pflanzen, 1. 1, p. 334.

(4) Willdenow, loc. cit., p. 410.

(5) Kcelreuter, loc. cit., p. 19.

(6) Bioloyie , t. V, p. 214.

16 MORUES INTERNES DE LA PROCRÉATION, la met en contact avec un corps animé de l'électricité positive ce phénomène semble indiquer que l'organe mâle possède' 1 électricité positive, et l'organe femelle l'électricité négative (§91, 6»; 199). 8

2° Il est plus rare que le pistil se meuve vers les filamens ce qui arrive particulièrement lorsque sa longueur outrepasse celle de ces organes , et qu'il est obligé de se recourber pour mettre le stigmate à la môme hauteur que l'anthère, comme dans les Nigella sativa , Sida americana , Turnera ulmifolia, Cactus hexagonus et grandiflorus , Lilium superbum, Passiflora, OEnothera et Hibiscus (1).

3° Enfin les deux organes génitaux se rapprochent mutuellement l'un de l'autre dans les Malva , Althœa , Alcea et Lavatera.

4° Les mouvemens des filets séminaux ont lieu même après qu'on a enlevé les anthères et les pistils (2) , de sorte qu'ils ne dépendent point d'une attraction que le stigmate exercerait sur les anthères. La même observation s'applique aux mouvemens par lesquels l'anthère des Ophrys nidus avis et Satyrium repens doit tomber sur un nectaire particulier et glutineux , chargé de la conduire au stigmate. Mais il paraît y avoir attraction dans le Vallisneria spiralis , dont les fleurs femelles , portées sur des pédoncules en spirale , longs de deux à trois pieds , sortent de l'eau à l'époque de l'épanouissement ; les fleurs mâles sont réunies ensemble par une spathe, et fixées à un pédoncule commun , qui a un pied de long ; à l'époque de leur développement, elles se séparent les unes des autres , se détachent du pédoncule , flottent à la. surface de l'eau, et s'approchent de leurs femelles. Nuttall assure cependant (3) que ce n'est pas la fleur mâle tout entière , mais seulement le pollen, qui vient à la surface de l'eau. Une attraction analogue a lieu enfin dans la copulation des Conferves ; lorsque les spores passent d'une Conferve dans une autre , celte plante ne se resserre pas, mais au contraire se dilate (4),

(4) Trevininus , Biologie, t. III , p. 349.

(2) Kœlreuter, loc. cit., p. 49.

(3) Froricp , Nçtizen,t. IV, p. 308.

(4) Tievirnnus , Vcrmischtc Schriften ; t. H , p. 89.

de sorte que les spores ne sont point chassées au dehors ; si donc nous ne voulons pas admettre dans ces corpuscules reproducteurs un mobile intérieur qui les pousse au mouvement , nous sommes forcés de croire qu'ils sont attirés par l'autre Conferve.

B. Mobiles moraux.

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