I. Commençons par écarter quelques opinions inadmissibles
1° La plante est , de sa nature , hermaphrodite , et la manifestation d'un sexe à part est déterminée par les circonstances au milieu desquelles elle se développe. D'après les recherches de Mauz, le développement du sexe masculin serait favorisé, chez les végétaux dioïques, par un sol sec, sablonneux et peu fumé , par un enfouissement peu profond des graines et par la libre action de la lumière solaire ; celui du sexe féminin, au contraire, par un terrain humide, une fumure abondante , un enfouissement profond des graines et le défaut de lumière (1). La plante femelle devenait quelquefois hermaphrodite (2) ou mâle, lorsqu'on faisait agir sur elle davantage de lumière et de chaleur, ou quand une chaleur sèche succédait à un temps humide et froid (3). Cependant le phénomène n'avait pas lieu constamment; car, lorsque Ton portait des pieds mâles dans une serre, à la sécheresse et à la lumière , il s'y développait des fleurs femelles (4). Dans les végétaux monoïques, la sécheresse et la lumière
(1) Sprengel , Noue Entdcckun<jen , t. III, p. 342.
(2) Ibid., p. 345.
(3) Ibid., p. 34S.
EFFETS DE LA FÉCONDATION. 27 l
étaient favorables au sexe masculin , la (ïumire et l'humidité au sexe féminin; là dichogamie gynandrique se manifestait surtout lorsqu'une forte chaleur succédait à la pluie ; la dichogamie androgynique et l'hermaphrodisme homogamique , au contraire , à l'ombre et à l'humidité. En général , le sexe féminin prédominait au milieu de l'hiver, la dioécie masculine au milieu de l'été, la dichogamie androgynique au commencement du printemps , la dichogamie gynandrique à la fin de l'automne , l'hermaphrodisme homogamique au commencement et à la fin de l'été (1). Knight a observé aussi que les melons d'eau ne portaient que des fleurs mâles quand la température était élevée , et les courges que des fleurs femelles , lorsqu'elle était basse. Ces faits sont eu harmonie avec nos vues sur le caractère sexuel , puisque nous pensons que l'accroissement de l'expansion et de la volatilisation appelle le sexe masculin , et celui de la contraction et de la plasticité intérieure , le sexe féminin ; mais , en général , ils prouvent combien peu la sexualité entre dans l'essence du végétal , en démontrant qu'elle n'est pour lui qu'un attribut accessoire et éventuel.
Au contraire , chez les animaux supérieurs et dans l'espèce humaine, le caractère sexuel a des racines trop profondes, il pénètre trop avant dans l'organisation , il tient à l'individualité par des liens trop intimes , pour que des circonstances extérieures puissent le déterminer, une fois que la vie individuelle a déjà commencé. Suivant Ackermann (2), l'embryon n'a d'abord pas de sexe proprement dit , ensuite il devient femelle lorsque l'embryotrophe est tellement abondant qu'il ne trouve pas assez d'oxygène pour se coaguler complètement , mâle , au contraire , quand un excès d'oxygène rend ce même embryotrophe plus dur et plus solide. Knox (3) pense que l'embryon contient les élémens des deux sexes, et que sa sexualité est déterminée par la prédominance qu'acquiert l'un des sexes -, mais il n'a pas cherché à nous faire savoir d'où, dépend
(1) VM , p. 351-336.
(2) Jnfantis androgyni historia , p. 53. Froriep , Notizen', t. XXIX , p. 339,
cette prédominance. Selon Geoffroy Saint-Hilaire la première branche de l'artère spermalique se rend à l'ovaire ou au testicule , et la seconde aux cornes de la matrice ou aux épididymes ; il pense que le sexe dépend de cette dernière branche; lorsqu'elle descend parallèlement à la première, et de compagnie avec elle, il se produit un épididyme, et l'ovaire devient testicule; quand, au contraire, les deux branches s'écartent l'une de l'autre à leur point de partage, de manière que la seconde aille se rendre , non comme dans le premier cas au commencement , mais à la fin de l'oviducte , il se forme des cornes de matrice (1). Dans celte théorie , la différence sexuelle dépendrait uniquement de ce qu'une artériole ferait un angle aigu ou un angle obtus avec une autre artériole voisine !
2° Dans l'antiquité on admettait que l'homme détermine le sexe , que le testicule droit forme la semence destinée aux mâles , et le gauche celle qui doit produire les femelles. Galien assigne pour cause que l'artère spermatique gauche, naissant de la rénale , donne par cela même un sperme plus aqueux , tandis que celle du cqté droit est plus échauffée , eu raison du voisinage du foie. Mais le fait n'est pas plus exact que la conclusion n'est juste. On a plusieurs exemples d'hommes munis d'un seul testicule qui ont engendré tant des garçons que des filles (2) , et Graaf cite celui d'un homme qui , privé du testicule gauche , qu'on lui avait extirpé , donna le jour à des filles (3).
3° Suivant d'autres , les enfans seraient mâles quand la semence arriverait dans le côté droit de la matrice , et femelles quand elle parviendrait au côté gauche. Mais, chez les animaux à matrice divisée, on trouve des embryons, sans distinction de sexes, dans les deux cornes. Henke (4) et Millot (5) prétendaient que l'ovaire droit contenait les germes mâles , et le
(1) Philos, anat., t. II. Des Monstruosités hum., Paris 1823 , p. 359.
(2) Haller, loc. cit., t. VIII, p. 79.
(4) Vœlliij entdecktes Geheimniss der Natur in Erzeuyung des Mcnschen. Bronswick , 1786 , in-8.
(5) L'art de procréer les sexes à volonté , p. 282.
gauohe les germes femelles, dé sorte que , d'après la position prise par une femme, le sperme produirait un garçon ou une fille suivant le côté vers lequel il s'épancherait. De telles assertions méritent à peine une réfutation sérieuse ; cependant on peut leur opposer le fait cité par Dubois (1) d'une femme qui eut sept garçons , sans filles, et d'une autre qui mit au monde cinq filles , sans garçons ; l'oVaire droit était malade chez la première, et le gauche chez la seconde. Et il ne faudrait pas qu'un second Millotcrût expliquer le fait en'disant qu'en France les embryons mâles ont cédé la place d'honneur aux embryons femelles , car Jadelot (2) et Granville (3) ont vu des femmes atteintes de désorganisation d'un ovaire produire des enfans des deux sexes , même dans une seule grossesse. Hufeland (4 veut que la femme détermine le sexe de la progéniture, parce que , chez les Poissons , les œufs fécondés avec la même laitance donnent des mâles et des femelles ; mais les œufs n'offrent pas plus que le sperme de différences relatives au sexe, et si l'on en admet une insensible pour eux , on est tout aussi fondé à en supposer une semblable dans la laitance. Sinclair, qui adopte la même manière de voir , se fonde sur ce que certaines femmes font plus de filles et d'autres plus de garçons , tandis qu'on n'observe rien de pareil à l'égard des hommes ; mais déjà Gleichen (5) avait fait remarquer que certains étalons engendrent presque toujours des mâles, et d'autres des femelles , et la même observation a été faite aussi sur des hommes.
II. Le sexe de l'enfant peut dépendre de ce que le père ou la mère exerce une influence prépondérante sur sa formation. Réunissons d'abord les faits relatifs à la proportion respective des deux sexes. En général , il naît 104 à 106 hommes pour 100 femmes. Suivant Poisson (6), il est né en France, de 1817 à 1826, 4,675,574 filles et 4,981,566 garçons, ce qui
(1) Dict. des se. médic., t. XXXIX, p. 9.
(2) Ibid., p. 40.
(3) Philos. Trans., 1848, p. 308.
(4) Journal der praktischen Ileilhundo , 4.820 , call. I.
(5) Loc. tit., p. 45.
(6) Annuaire de 1829, p. 400.
fait une proportion de 100 : 106,55 (*) - parmi les quatorze millions et demi d'enfans venus au monde de 1817 à 1831 la proportion a été de 100 : 106,38 (1). Dans la monarchie prussienne, il est né , de 1820 à 1829, 2,202,086 filles et
2,332,916garçons,d'oùrésultelaproportiondel00;i05,94(2). En parcourant les tables de naissance depuis 1773 jusqu'en 1814, j'ai trouvé qu'il était venu [au monde, dans la Prusse orientale, 420,349 filles et 455, 177 garçons , ce qui donne une proportion de 100 : 105,90. Quant à ce qui concerne d'autres états ou provinces , nous trouvons (3) que la proportion des naissances de filles à celles de garçons est comme 100 à 108,91 en Russie, 107,61 dans la province de Milan, 107,07 dans le Mecklembourg , 106,44 dans les Pays-Bas , 106,27 dans le Brandebourg et la Poméranie , 106,18 en Sicile , 106,10 dans la monarchie autrichienne, 106,05 en Saxe eten Silésie , 105,86 en Westphalie et dans les provinces rhénanes, 105,69 dans le royaume de Wurtemberg , 105,38 en Bohême, 104,75 dans la Grande-Bretagne , 104,62 en Suède.
1° On ne peut méconnaître ici l'influence du climat (**), mais la race des peuples pourrait fort bien aussi entrer pour quelque chose dans la variété des proportions. Parmi les habitans israélites de la monarchie prussienne , les naissances de mâles sont beaucoup plus nombreuses. Bicker (4) assure que leur nombre est de 5,318 et celui des naissances de filles de 4,682 , d'où résulte la proportion de 100 *. 113; en 1827, il naquit 2,624 filles et 2,956 garçons = 100 : 111 ; à Breslau , la proportion, depuis 1782 jusqu'en 1800, a été de 400 : 114(5) ;
(*) De 4817 à 4834 , il est né en France 8,983,755 garçons et 8,443,072 filles , ce qui fait à peu près 47 ; 16. ( Annuaire de 4837, p. 436. ) (4) Quetelet, Sur l'homme et le développement de ses facullés, 1. 1, p 44.
(2) Henke , Zeitschrift fuer die Staatsarsneikunde, t. X XXIII, p. 52.
(3) Quetelet, loc. cit., p. 43.
(**) En France, de 4847 à 4834, cette influence n'a point été sensible; car les naissances d'une trentaine de départemens méridionaux ont donné 2,552,492 garçons et 2,395,347 filles , ce qui fait presque la proportion de 17 ; 46, comme pour la France entière. (Annuaire de 4837, p. 437.)
(4) Henke, loc. cit., t. XI, p. 230.
(5) Corresponde hz der Schlesischen Gesellschaft fuer vaterlcendische Cnitur, 1. 1 , p. 58.
à Berlin , suivant Hufeland, de 100 : 208. Valentin fixe également la proportion à 100 ! 120, parmi les juifs de Livourne, tandis qu elle n'est que de 100 ! 104 parmi les chrétiens de cette ville.
2° On tient pour certain que les hommes robustes engendrent généralement plus de garçons : une femme eut d'un homme phthisique cinq enfans , qui tous étaient des filles (l),retc. On prétend aussi que la polygynie épuise l'homme et multiplie les naissances féminines ; mais cette assertion a été réfutée par Meiners (2). Hurat recommandait à l'homme qui veut avoir des garçons l'usage des alimens chauds et secs, l'habitude de l'exercice et la modération dans les plaisirs de l'amour ; Venette insista également sur ces préceptes , et Hœsch (3) y ajouta la nécessité de soumettre la femme à un régime débilitant. Cependant il n'est pas rare de voir un homme chétif engendrer des garçons, et nous ne pouvons considérer le plus ou moins de vigueur des parens comme la cause unique de la différence du sexe, parce qu'il arrive souvent que les jumeaux ne se ressemblent pas sous ce rapport.
3° Peut-être n'est-ce pas tant la force vitale en général, que le développement de la sexualité , qui agit ici comme cause déterminante (4). Un homme qui a des traits féminins engendre plus particulièrement des filles avec une femme qui présente au plus haut degré les attributs de son sexe , tandis que celui chez lequel la masculinité est plus fortement prononcée , procrée plus spécialement des garçons avec une femme qui se rapproche du caractère masculin (5). D'après Girou, les femelles des animaux domestiques donnent plus de petits femelles quand on leur prodigue la nourriture et le repos , et plus de mâles lorsqu'elles sont nourries moins abondamment et soumises à un travail pénible. Cependant cette assertion ne s'accorde point avec le fait observé par lui que les mâles à
(1) Osiander, loc. cit., t. I, p. 318.
(2) Gœtlinijitches historisches Mayazin, t. II, p. 417.
(3) Cersuch einer ncuen Zcuyunijstheorie , p. 121.
(4) Oken , Die Zéugung , p. 138.
(5) Wolstein, Unber dn.i Puaren und fcrprioren des McmnliMi , p, 2f,
grosse tcle font plus de femelles , et que ceux à petite tète , à bassin large et à ventre spacieux , produisent plus de mâles (4). On remarque aussi que les femmes plus fécondes , celles par conséquent chez lesquelles la sexualité est le plus développée , sont précisément celles qui mettent au monde le plus de garçons. On en cite une qui accoucha de vingt-six garçons et de six filles (2) ; une autre eut d'un premier mariage vingt-sept garçons et trois filles , et d'un second quatorze garçons , sans filles (3) ; une troisième produisit trente-huit garçons et quinze filles (4).
4° L'âge des parens paraît avoir de l'influence. On pourrait dire que les Pucerons engendrent des femelles pendant leur jeunesse , au printemps , qu'ils donnent des femelles et des mâles dans leur âge mûr , en automne , mais que les œufs qu'ils pondent sur la fin de leur vie ne produisent que des femelles. Huber assure que l'Abeille qui s'accouple de bonne heure , pond d'abord des œufs de femelles , puis des œufs de mâles,'mais que, quand elle n'est fécondée qu'au bout de dix à vingt jours , elle ne donne que des œufs de Bourdons. Suivant Girou , parmi nos animaux domestiques , les mâles trop jeunes ou trop vieux donnent plus de femelles , et les femelles trop jeunes ou trop âgées davantage de femelles ; une Brebis qui n'est fécondée qu'à l'âge de deux ans et demi , produit plus de mâles que de femelles ; à l'âge de quatre ans et demi , lorsqu'elle a pris tout son développement , les sexes se font équilibre parmi ses produits , et, dans un âge avancé, elle donne d'autant plus sûrement des mâles que ses forces sont plus épuisées.
5° Girou ajoute que ce dernier cas a lieu particulièrement lorsque des Brebis trop jeunes ou trop âgées s'accouplent avec des Béliers vigoureux de moyen âge (5).
Hofacker s'est surtout attaché à bien faire connaître cette
(d) De la génération , p. 133 et suiv.
(2) Osiander. loc. cit., 1. 1 , p. 316.
(3) Ibid., p. 319.
(4) lbid., p. 320.
<5) Journal de Magendie , t. VIII, p. i0.
influence de l'âge relatif (1). Les états civils de la ville de Tubingue lui ont fourni , sur 2000 enfans, nés pendant le mariage, quand le père était
plus jeune que la mère 29S filles 270 garçons =100 *. 90,6. du même âge qu'elle 75 70 =100 : 93,3.
plus âgé d'un à trois ans 163 190 = 100 1 3 16,5.
— de trois à six ans 229 237 = 100 ,! 103,4.
— de six à neuf ans 85 106 =100 ! 124,7.
— de neuf à douze ans 112 161 =100 1143,7. Dans un village près de Tubingue, sur 279 enfans légitimes,
il y eut 103 filles et 83 garçons = 100 '. 80 provenant de mariages où le mari était plus jeune que la femme , tandis que d'autres mariages , dans lesquels l'âge du mari dépassait celui de la femme , donnèrent 37 filles et 56 garçons = 100 151.
Sadler (2) est arrivé aux mêmes résultats en compulsant les registres de naissance des pairs d'Angleterre. Il sortit, en effet, des mariages dans lesquels le mari était plus jeune que la femme 141 filles 122 garçons = 100 ; 86. du même âge qu'elle 57 54 = 100 I 94.
plus âgé d'un a six ans 353 366 = 100 : 103.
— de six à onze ans 258 327 = 100 : 126.
— de onze à seize ans 97 143 == 100 : 147.
— de plus de seize ans 67 93 = 100 *. 163. Il faut remarquer qu'en vertu de la progression plus rapide
de la sexualité féminine parmi les époux qui sont du même âge eu égard au nombre des années , la femme est alors réel lement plus âgée que l'homme , et comme, dans la plupart des mariages, l'âge de l'homme dépasse celui delà femme de plusieurs années , on peut dériver de là , au moins en partie , le nombre plus considérable des naissances masculines.
6° Plus la femme est étrangère au commerce des hommes , plus aussi elle produit d' enfans de son sexe, et vice versa. Suivant Girou , les Brebis donnent plus de femelles que de mâles après leur premier accouplement; un troupeau qui n'avait rien produit l'année précédente , donna 53 femelles et 36
(1) Lot. cit., p. 51.
(2) Qudelet, loc. cit., t. I,rp. 53.
mâles — 100 ; 67, tandis qu'un autre qui avait produit Tannée précédente , fournit 86 femelles et 90 mâles = 100 : 104 (1). Dans l'espèce humaine aussi , la majorité des premiers nés appartient au sexe féminin (2). Buek (3) a trouvé , dans 100 familles , 65 premiers nés du sexe féminin et 35 du sexe masculin = 100 I 53. S'il était vrai qu'il naquît plus de filles que de garçons dans la polygynie, ce phénomène pourrait tenir à ce qu'ici les femmes ont moins souvent commerce avec les hommes. Le nombre des naissances masculines augmente , au contraire, dans les cas de grands rassemblemens d'hommes, comme en temps de guerre et pendant les revues.
7° Le nombre des naissances masculines est moins considérable parmi les enfans naturels. La proportion des filles aux garçons a été
Enfans naturel». Enfans légitime». .
France , de 1817 à 1826 (*) 100 : 104. 100 ! 106 (4).
Paris, de 1815 à 1827 100 \ 103. 100 : 104 (5).
Prusse , de 1820 à 1829 100 : 102. 100 ; 106 (6).
Hambourg, de 1817 à 1827 100 \ 94. 100 \ 105 (7).
Naples 100 : 103. 100 : 104 (8).
-Montpellier 100 : 100,8. 100 : 107.
Les proportions des âges ne peuvent être la cause qui fait qu'il y a moins de garçons parmi les enfans naturels. On ne saurait non plus partager l'opinion deGirou, qui attribue celte différence à la pauvreté et à la jeunesse des mères (9) , ni celle de Bicker(10),qui l'explique par la crainte des femmes et Var-
(1) Annales des se. nat., t. VIII , p. 408.
(2) Carus , Lehrbuch der Gynœkologie , t. II , p. 85.
(3) Gerson , Magazin des auslœndischen Literatur, t. XV, p. 602.
(*) En France, de 1847 à 4834 , les naissances des garçons et des filles ont été entre elles comme 46 et 45 pour les enfans légitimes, comme 23 et 22 pour les enfans naturels. (Annuaire de 4837, p. 439.)
(4) Annuaire pour 4829 , p. 400.
(5) Gerson, Magazin, t. XX, p. 270.
(6) Henke, Zcitschrift , t. XXIII, p. 52.
(7) Gerson , Magazin , t. XV, p. 602.
(8) Quetelet, loc. cit., 1. 1 , p. 48.
(9) Gerson, Magazin, t. XXVII, p. 459.
(10) Henke , Zeitschrift , t. XXIII , p. 6. (
deur passionnée'des hommes. Il faut bien plutôt la faire dépendre de ce que les rapprochemens complets sont plus rares dans les unions illégitimes, et de ce qu'il se trouve proportionnellement plus de premiers nés parmi les enfans naturels.
8° Il naît un peu moins de garçons dans les villes , et surtout dans les grandes , que dans les campagjnes. Ainsi , en Belgique , de 1815 à 1824 , la proportion des filles aux garçons fut de 100 : 106,6 dans les villes ; de 100 : 106,9 dans les campagnes; de 1825 à 1829, elle [fut de 100 ! 105,2, dans les villes, et de 100 *. 106,1, dans les campagnes. Dans l'espace de quarante-deux années, il naquit à Kœnigsberg 31,958 filles et 33,819 garçons — 100 : 105,8 , tandis que les petites villes et les campagnes de la Prusse orientale donnèrent 388,391 filles et 411,358 garçons = 100 I 105,9. Le nombre plus considérable des enfans naturels dans les villes peut bien contribuer à cette différence , mais il n'en est certainement pas l'unique cause. Girou (1) fait remarquer qu'il naît moins de garçons dans les départemens de France où le commerce et les manufactures sont le principal aliment de la population , que dans ceux où l'on s'occupe surtout d'agriculture. Au Cap de Bonne-Espérance, depuis 1813 jusqu'en 1820, il naquit, parmi les Européens, 6,789 filles et 6,604 garçons = 100 : 97; parmi les esclaves 2,826 filles et 2,936 garçons == 100 \ 103 (2). Dans les nouveaux états de l'Amérique du nord (Alabama, Mississipi, etc.), on a compté 70,038 filles pour 76,067 garçons = 100 \ 108 , tandis que les anciens états ont donné 153,384 filles et 158,113 garçons = 1001103 , et les six grandes villes 38,223 filles et 38,319 garçons = 100 : 100,2. Il paraîtrait donc que ce n'est pas seulement la diminution des forces physiques , mais encore le progrès delà civilisation, qui restreint le nombre des naissances masculines.
9° Les circonstances momentanées de la génération peuvent avoir de l'influence. L'individu qui, pendant qu'il accomplit l'acte vénérien , déploie le plus d'énergie , tant sous le rapport du physique que sous celui de l'imagination , donne son
(1) Bulletin des se. médic, t. XVI, p. 403.
(2) Quetelet , loc cit., 1. 1 , p. 44.
a80 EFFETS DE LA FECONDATION.
sexe à l'être qu'il procrée (1). Cependant nous avons affaire ici à des quantités incommensurables, et nous ne pouvons nous permettre que fort peu de conclusions. Suivant Girou les Brebis qui sont entrées en chaleur de,bonne heure donnent plus de femelles, et celles -qui y sont entrées lard, seulement d'après les instances du Bélier , produisent plus de mâles ; mais, dans l'espèce du Cerf et chez d'autres animaux polygynes,le mâle entre en rut le premier, et ressent les ardeurs de l'amour d'une manière bien plus impétueuse que la femelle , ce qui n'empêche pas que le nombre des femelles produites surpasse celui des mâles. Le Chevreuil mâle est également bien plus vigoureux et plus ardent que sa femelle ; cependant celle-ci met bas ordinairement un mâle et une femelle. Osiander prétend qu'il s'engendre plus de filles pendant les premiers quinze jours qui succèdent à la [menstruation et durant la pleine lune , davantage de garçons , au contraire , pendant la nouvelle lune et la dernière quinzaine de la période menstruelle. Venette, de son côté, veut qu'il se produise un plus grand nombre de garçons pendant la pleine lune. Bailly assure avoir calculé , d'après cent années des actes de naissance en France (2) , qu'il s'engendre plus de garçons en hiver et au printemps , époque où les femmes sont le plus fécondes, qu'en mars, qui est un temps de jeûne , et en juillet, où la chaleur diminue la fécondité. Suivant Kiecke (3) , mai et les trois derniers mois de l'année furent ceux dans lesquels on procréa le plus de garçons en Wurtemberg, de 4821 à 1825; août et les quatre premiers mois ceux où il yen eut le moins d'engendrés. Fourier nie l'influence des époques de l'année en général (4).
10° Chacune des circonstances qui viennent d'être indiquées peut exercer de l'influence dans certains cas , et cependant toutes, prises ensemble, sont insuffisantes pour expliquer le fait que chaque espèce produit en général le nombre d'individus des deux sexes nécessaire à sa conservation.
(1) Schneegass, Uebcr die Erzeugutty , p. 434.
(2) Annales des se. nat., t. V, p. 47.
(3) Hofackcr, loc. cit., p. 457.
(4) Annal, des se. nat., t. V, p. 26.
Nous n'en pouvons trouver d'autre cause qu'une disposition générale de l'organisation. Dans le règne végétal , l'apparition du mâle parait être sollicitée par la non-satisfaction , accidentelle elle-même, des besoins de la femelle; les pieds femelles des espèces dioïques développent quelquefois des fleurs mâles quand on les élève sans pieds mâles dans nos serres, de manière qu'ils parviennent à se féconder euxmêmes (1). Volta a observé aussi que les pieds femelles suppléent parfois au défaut des mâles par des moyens pour ainsi dire surérogatoires : il a vu un pied solitaire de chanvre dont Je côté extérieur du calice était couvert d'un enduit trèsblanc, semblable au pollen et composé de globules, vers lequel les pistils s'inclinaient , après quoi l'ovaire formait des semences susceptibles de germer, qui ne se produisaient pas lorsqu'il enlevait l'enduit. Swarz a également remarqué qu'après l'excision des fleurs mâles du Cucurbita pepo , les rudimens d'étaurines des fleurs mâles se remplissaient de pollen (2).
Il y a des mariages qui ne produisent que des garçons, et d'autres qui ne donnent que des filles ; telle famille compte plus de garçons, et telle autre plus de filles. Mais on peut établir par des chiffres qu'on n'arrive" à connaître la véritable loi qu'en faisant abstraction des cas particuliers , et s'élevant à des vues générales, ne fût-ce même qu'arithmétiquement parlant. En effet, lorsqu'on opère sur de grands nombres, ces anomalies disparaissent, comme l'ont démontré les premiers Graunt et Sussmilch (3). Peu importe qu'on prenne une faible population et qu'on multiplie le nombre des naissances en additionnant celles d'un grand nombre d'années, ou qu'on embrasse des 'populations considérables en se restreignant à des périodes plus courtes ; le résultat est toujours le même , savoir, que les uaissances de filles sont à celles de garçons dans la proportion à peu près de 100 : 105 (*). Suivant Hu-
(1) Dict. des se. méd., t. XIV , p. 481.
12, Treviranns, Fcrmisclile Schriften , t. IV, p. 109, 112
(3) Sussmilch, Gœltliche Orduvny in don Perœnderungen des mensc?ilichcn Geschlechts, t. II, p. 241.
(*) D'après les relevés des naissances en France , de 1817 à 1S34 , elle n été de 100 * 106 13/16, On a constaté aussi que les décès masculins sut-
feland (1), cette proportion règne pendant une quinzaine d'années dans un village , pendant un an dans une ville médiocre , pendant quatre mois dans une cité de cinquante mille habitans , pendant une semaine dans une ville de deux cent mille âmes, et pendant un jour dans un état peuplé de dix millions d'habitans. Ainsi , le 1" août 1816, il est né, dans la monarchie prussienne, 556 filles et 587 garçons, ce qui fait 4 ! 1,0557. Comme on compte à peu près six cent trentetrois millions d'habilans sur la terre , et qu'à chaque seconde il naît à peu près cinquante et un hommes , on peut évaluer le nombre des filles qui viennent au monde dans ce dernier laps de temps à vingt-cinq et celui des garçons à vingt-six. De cette façon nous nous représentons d'une manière accessible aux sens l'harmonie qui règne dans l'ensemble du genre humain , la loi qui veut que chaque existence individuelle soit déterminée par ses rapports avec le tout, enfin la scission de l'espèce en deux sexes , qui s'appellent réciproquement. On pourrait dire que ce nombre ressort d'une espèce de calcul des probabilités , de même qu'au jeu de dés, quelque heureux ou malheureux que soient les coups considérés en particulier, on finit cependant toujours par arriver à ,un terme moyen , lorsqu'on multiplie assez le nombre de ces coups. Mais, outre que le calcul des probabilités repose lui-même sur un principe plus élevé , qui se trouve en dehors du calcul ordinaire, on ne peut pas l'appliquer ici parce que le nombre des individus des deux sexes n'est point égal dans l'espèce humaine , où l'on compte cent cinq garçons pour cent filles, et que chaque espèce d'animal a saproportion particulière, qui estpar exemple de trois femelles pour quatre mâles chez les Perdrix , de douze pour un dans l'espèce du Coq domestique, etc. (comp. § 204). Si la cause de la sexualité individuelle tient à ce que l'idée de l'espèce se réalise sous la forme d'un antagonisme semblable à celui de la polarité , de manière qu'une proportion déterminée se maintienne au fond, quoiqu'ellepuisse être peu appréciable sur certains points ou à certaines époques ,
passent les décès féminins; les premiers étant représentés par 55, les autres le sont par 54. (Annuaire de 4837, p. 139. )
(1) Journal der praktischen lieilkundc , 4820 , p. 4. ;',
et si ce n'est point une illusion que les circonstances relatives à l'individualité (4°-10°) exercent de l'influence sur la détermination du sexe , il résulte nécessairement de là que les individualités elles-mêmes sont l'effet d'une condition organique de l'espèce , et que par conséquent les hommes considérés comme individus sont des organes de l'humanité.