AMOUR
§ 242. Le troisième moyen que la nature emploie pour déterminer les sexes à s'unir, est l1 Amour, ou l'état dans lequel l'âme s'attache intimement à un individu déterminé de l'autre sexe , et ne trouve de bonheur que dans cette union. L'instinct de la copulation fait aussi de ce rapprochement un besoin, mais seulement d'une manière secondaire et momentanée, de même qu'aux échelons inférieurs de la vie, la procréation en général n'est qu'un phénomène passager ( § 143 ), dans lequel l'autre individu ne sert que comme moyen de satisfaire le besoin du moment. L'amour , au contraire , est originairement dégagé de tout intérêt personnel et de tout besoin sensuel ; il ne repose que sur un sentiment profond et
(1) Meckel , loc. cit., t. II, p. 521.
(2) Jbid., t. VI, p. 52.
(3) Loc. cit., p. 26.
fi4 MOBILES MORAUX.
vivant des perfections particulières de l'autre individu. Aussi s'élève-t-il, par son essence , bien^u-delà des bornes du penchant à la conservation de soi-même , et doit-il par conséquent , comme l'instinct de la procréation ( § 230, 241 ), dériver d'une puissance supérieure, qui détermine l'individu à agir dans l'intérêt de son propre but , et se sert de lui , en quelque sorte , comme de moyen. L'amour apparaît donc chez les animaux ( § 253 ) comme un sentiment puissant, qui s'empare d'eux , et auquel ils s'abandonnent, sans en connaître l'origine ni le but. Mais il ne déploie toute sa puissance que dans l'espèce humaine , tant parce que la différence sexuelle y est devenue entièrement morale, que parce que la procréation, en général , s'idéalise toujours de plus en plus à mesure qu'on remonte l'échelle des êtres organisés. L'homme , quand l'amour s'allume dans son sein , a une conscience plus nette des motifs qui l'y font naître, puisque ce qui l'attire, beauté ou grâce, esprit ou moralité, est pour lui un objet d'intuition; par là il témoigne spontanéité et liberté , tout en suivant l'impulsion de la nature. Mais l'amour est d'autant plus ardent et plus durable qu'il se fonde non sur une seule circonstance , mais sur l'harmonie de plusieurs qualités, et qu'il apour objet, par exemple , les charmes du corps associés au développement de l'intelligence , l'esprit tempéré par la bienveillance, la vertu revêtue de formes gracieuses. En prenant ce caractère, il se montre de nouveau , non comme un sentiment dont nous soyons maîtres , mais comme un sentiment que nous recevons d'une puissance supérieure ; de là vient que , quoique l'estime soit la seule et unique base de l'amour , et la bienveillance sa manifestation la plus générale , cependant , lorsqu'il a jeté de profondes racines dans notre cœur, l'estime et la bienveillance peuvent s'anéantir , et l'amour marcher de front avec la colère , du moins pendant quelque temps. Mais sa haute origine ne se dévoile jamais mieux que quand il prend naissance par une sorte d'inspiration , et non par l'intuition de circonstances particulières ; alors un seul coup d'œil nous fait apercevoir dans la réalité le but véritable des désirs et des^ rêves qui nous avaient assiégés jusqu'alors; un monde nouveau se déroule devant nous comme par enchantement ; tout
MOT. ILES MOKAUX. a5
à coup , sans réflexion ni choix , nous sommes embrasés du plus brûlant amour, qui confond notre individualité dans celle de l'objet aimé. Ainsi, sous la plus élevée de ses formes, de même que sous la dernière, partout l'amour s'annonce comme une révélation d'une puissance supérieure.
La loi de l'amour est en rapport avec celle de l'instinct de la copulation ( § 240, 4° ). On peut la formuler ainsi : diffé • rence spéciale dans une harmonie générale. Plus l'homme est homme et plus la femme est femme, plus il y a de force dans l'amour qu'ils peuvent éprouver et inspirer. Déjà , chez les animaux , la femelle préfère le plus robuste d'entre les mâles qui se disputent sa possession , parce que l'espèce exige une procréation vigoureuse. De même, le cœur humain cherche son accord dans l'amour. L'homme violent choisit une femme douce , et l'homme doux se sent plus attiré par la femme dont le caractère annonce une certaine résolution.
Quant aux différentes espèces d'amour, celui qui repose uniquement sur la beauté du corps, quoique différent de l'instinct de la copulation, s'en rapproche beaucoup, et comme lui ne remplit qu'un instant rapide dans la vie. Car, tout ce qui tient au corps est en soi' pauvre et monotone ; les jouissances qui s'y rattachent amènent promptement la satiété , et laissent aprèsellesle dégoût, quand on enabuse. Cequi tient à l'esprit , au contraire , est riche et inépuisable ; s'exprimant par des productions et des formes à chaque instant nouvelles, il ouvre une source intarissable de plaisirs délicats. La stabilité règne ici dans l'essence, et là dans le phénomène seulement-, là c'est le phénomène et ici l'essence qui porte le caractère de l'éventualité passagère. « J'appelle homme vi- » cieux, dit Platon, cet amant populaire, qui aime le corps » plutôt que l'âme ; car son amour ne saurait être de durée , » puisqu'il aime une chose qui ne dure point ; dès que la fleur » de la beauté qu'il aimait est passée, vous le voyez qui s'en- » vole ailleurs , sans se souvenir de ses beaux discours et de » toutes ses belles promesses. Il n'en est pas ainsi de l'amant » d'une belle âme : il reste fidèle toute la vie, car ce qu'il "4aime ne change point (1). »
(1) Œuvres de Platon , trad, de Cousin , t. VI , p. 260.
Comme l'amour purement physique rapproche l'homme de l'animal , de même l'amour purement moral le transporte au-delà des bornes de l'humanité , et n'est par conséquent point conforme à la nature. Car l'infini ne se manifestant que dans le fini, l'homme ne peut;non plus trouver son existence dans le moral seulement. L'amour qu'on appelle à tort platonique , ne peut trouver place que là où des obstacles s'opposent à la réunion, et lui-même il est contraire au but de la nature. C'est donc une pure illusion , et le désillusiqnnement ne peut qu'être fort douloureux.
L'amour, considéré dans son essence, repose sur une idéalité, et c'est une assertion dénuée de fondement que celle qui lui donne la sensualité pour premier mobile. Chez l'homme non corrompu , chez celui dans l'âme duquel l'abrutissement n'a pas fait prédominer une sensualité grossière , le premier amour est entièrement idéal , et toutes les pensées qui ont trait à la jouissance physique blessent le sentiment. Il en est de même ensuite à chaque nouvel amour, pour quiconque n'a point été dégradé par le libertinage. Celui-là ne peut pas dire qu'il aime , qui , en éprouvant un nouveau sentiment , désire plus que l'estime et le cœur de sa maîtresse. Mais , dans la nature , le physique sert d'organe au moral , et la formation idéale doit se réaliser par l'organe qui lui correspond ; voilà pourquoi, dans la marche naturelle de la nature, l'amour devient momentanément l'instinct de la copulation , sans être complètement un avec lui , parce qu'il porte le cachet de la continuité. Voilà pourquoi aussi les progrès de l'âge le ramènent à sa véritable source : dans un âge avancé , où l'instinct dé la copulation disparaît, l'amour redevient purement idéal, tel qu'il était à son origine. Dès qu'on reconnaît que l'amour a son véritable germe dans l'idéalité, on peut dire, avec Sulzer, qu'il plonge les racines dans la chair et le sang du corps animal , mais que ses branches planent au dessus du monde matériel et amènent à maturité des fruits impérissables.
Voilà la manière dont se manifeste ici un cycle de la nature ; l'idéal est l'origine de tout, mais il s'abaisse jusqu'au monde physique , pour devenir phénomène , se matérialise et devient
objet extérieur; puis cet objet extérieur finit par rentrer dans l'intérieur et se spiritualiser. A l'idéalité donc appartient le caractère de la fixité et de la continuité , tandis que la matérialité de l'homme n'est qu'un point unique et transitoire.
ARTICLE II
Des mobiles indirects de la procréation.
§ 243. Les Mobiles indirects de la procréation ne font que mettre en jeu les forces procréatrices , et en favoriser l'activité. Ce sont, ou des forces générales, ou des forces organiques (§245).
1° La plus générale et la plus répandue de toutes les circonstances favorables à la procréation , est la chaleur. Aucun Infusoire ne se développe sous l'empire du froid, et quand la chaleur est très-forte , il ne se produit, dans une infusion quelconque , que des corpuscules arrondis , sans mouvement. Spallanzani établit comme condition de la production des Infusoires , une température qui permette à la substance qu'on fait infuser d'entrer en fermentation (1),, et , d'après Gruithuisen, cette température doit s'élever au plus de 80 à 96 degrés du thermomètre de Fahrenheit (2). De même , la chaleur favorise le développement des gemmes chez les Polypes; tandis que , dans le Polype à bras , elle exige cinq ou six semaines en hiver, elle ne demande que quinze jours durant un été médiocrement chaud , et vingt-quatre heures lui suffisent lorsque la chaleur est plus élevée. Quelques Entomostracés, qui sont dans l'usage de terminer l'acte de la génération par une ponte d'oeufs aux approches de l'hiver , les Daphnies , par exemple , mettent encore au monde à cette époque , quand le temps est doux , des petits vivans , qui continuent de se propager lorsqu'on les tient exposés à une chaleur ar-
(1) Opuscules de physique anini. et véget., 1. 1.
(2) Bcitrœyo sur Physioynosic , p. 298.
tificielle (1). Par un temps chaud, les étamines de la Rue accomplissent leurs mouvemens en deux ou trois jours, tandis que , par un air froid et dans une saison avancée, elles les ont à peine terminés en huit jours (2). La fécondation exige aussi une plus grande quantité de pollen dans ce dernier cas que dans l'autre (3).
2° La lumière du soleil est moins nécessaire pour la formation des Infusoires, cependant elle en favorise aussi je développement. Ces animalcules se forment d'une manière plus rapide et plus complète au soleil qu'à l'ombre , quoique beaucoup d'entre eux ne puissent pas continuer de vivre aux rayons de cet astre. La matière verte ne s'engendre qu'à la lumière; la Moisissure, au contraire, se développe mieux à l'ombre.
3° L 'électricité atmosphérique paraît ne point être sans influence. Suivant Gruithuisen , les animalcules infusoires paraissent plus rapidement par un temps mou , chaud et humide , que dans les jours chauds et sereins , et il leur sullit parfois alors de quelques heures pour se développer (4). Treviranus assure (5) que , sous l'influence du galvanisme , il se forme des Byssus dans des infusions qui , sans cette circonstance , ne donnent ordinairement que des Moisissures. L'apparition d'une espèce de Champignon sur le tan , annonce , en été, un changement de temps, et paraît dépendre d'un état de l'électricité atmosphérique. Volkmar a observé , dans une prairie, à la suite d'une pluie d>rage , deux de ces places où l'herbe est plus verte qu'ailleurs, et qu'on appelle cercles ou anneaux magiques; chacun de ces anneaux, qui étaient rapprochés l'un de l'autre , et n'existaient pointavant la pluie, présentait un Champignon dans son centre, et plusieurs autres semblables étaient disposés régulièrement à la périphérie (6).
(1) Ramdohr, Bcilrœge sur Naturgeschichto einiger deutschen Monoculusarten , p. 28.
(2) Kœlreuter, loc. cit., p. 19.
(3) Ibid., p. 10.
(4) Loc. cit., p. 114.
(5) Biologie , t. II, p. 327.
(6) Ibid., p. 361.
MOBILES INDIRECTS DE LA MO CRÉATION. 2Çf
De même, suivant Mœrklin (1), il n'est pas rare que le Nostoc apparaisse sur des pierres , immédiatement après des pluies dorage , sans avoir la moindre connexion avec le corps qui le supporte. Du reste , Dulrochet prétend (2) qu'à la place de ces cercles de Champignons il croît, l'année suivante, de nouveau gazon, et plus en dehors un autre cercle de Champignons, qui se sont développés du thalle des fdamens de l'année précédente étendus sous terre en forme de rayons concentriques.
L'influence de l'électricité sur les organismes supérieurs est infiniment plus problématique. Osiander veut (3) que l'instinct sexuel soit plus fort pendant les orages , et dans le premier quartier qu'à l'époque de la pleine lune, parce que, suivant lui , l'air possède alors une plus grande masse d'électricité; mais nous manquons encore trop d'observations exactes, pour pouvoir accueillir de pareilles assertions.
§ 244. La liaison de la pluralité et de l'unité dans la vie s'exprime sous la forme d'une périodicité assujettie à des lois. Dans la vie plastique et matérielle celte périodicité est soumise à des époques fixes ; elle affecte un rhythme, dont rien né peut jamais la dépouiller ; tout s'y succède dans un ordre invariable et revient après un laps de temps déterminé , tandis que , dans la vie morale , il y a bien aussi une certaine périodicité , mais les ^périodes sont déterminées par des circonstances intérieures et par la liberté , au lieu d'être , comme dans l'autre vie, en harmonie nécessaire avec les divisions du temps. La génération n'étant, chez les végétaux et les animaux , qu'une fonction purement matérielle , elle dépend davantage des saisons chez ces êtres , dont la floraison et le rut se manifestent à des époques déterminées par l'influence des forces générales delà nature. Dans l'homme, l'instinct de la procréation se rattache davantage au moral, et repose sur un amour réciproque ; il n'y a donc pas , chez lui , d'époque déterminée pour l'union des sexes ; car , tandis que cette fonction n'est, chez les animaux, comme la floraison dans les
(1) Betrachtungeri ueher die Ur for monder nicàcm Ortjanismen,^. 34. <2) Mémoires pour servir à l'histoire ana oniique et physiologique des végétaux et des animaux , Paris 4837 , in-S" , t. II , p. 173. (3) I/andOuch der Enll/indun yshunst , t. I, p. 275.
plantes , qu'un éclair passager d'une vie supérieure , la génération et la sexualité ont pénétré l'âme chez l'homme, et ont par cela môme acquis un caractère de pérennité. De là vient aussi qu'il n'est jamais dominé par l'instinct normal au point de ne pas pouvoir se soumettre à un principe supérieur , et , sous ce point de vue , sa liberté a pour auxiliaires la menstruation et les pollutions , qui préviennent la surabondance des matières plastiques.
1° Le printemps est l'époque à laquelle la terre reprend une nouvelle activité vitale , par les rapports plus intimes qui s'établissent alors entre elle et le soleil. Nous en avons la prouve directe dans la génération spontanée , qui n'est jamais plus active que pendant cette saison. En hiver, on ne peut obtenir qu'un petit nombre d'Infusoires, petits, faibles et languissans , dans des appartenons échauffés et éclairés par des moyens artificiels ; les mêmes infusions donnent , au printemps, un nombre incalculable d'animalcules plus gros et plus agiles. La cause déterminante n'est donc point la chaleur et la lumière en elles-mêmes , mais l'état du ciel , mais le rapport de notre planète avec elle-même et avec le soleil. C'est à cette époque aussi qu'il se forme partout des plantes infusoires , et que les Algues apparaissent de nouveau. La génération sexuelle est également plus féconde au printemps. La plupart des plantes , telles que les Liliacées , les Renonculacées , les Amenta- Cêeft , etc., fleurissent dans celte saison , mais surtout la majeure partie des végétaux vivaces, des arbres et des arbustes, qui se réveillent de leur sommeil d'hiver. Le plus grand nombre des Mollusques paraissent s'accoupler alors, par exemple les Lymnées au mois de mars , et les Limaçons au mois de mai. Il en est de même pour la plupart des Poissons ; en mars a lieu l'accouplement du Petromyzon fluviatilis , parmi les Cartilagineux; des Salmo eperlanus , Cobitisbarbatula^ Cyprinua jeses et aspius,et Cottus gohio, parmi les Osseux; en avril, celui de Y Jcipenser sturio , parmi les Cartilagineux , des Salmo thymallus , Cyprinus carpio , brama , erylhrophthalmus , nasus , balïerus et carassius, Gasterosteus aculcatus, Pa ca fluviatilis et lucioperca, parmi les Osseux ; en mai, celui de YAcipcnser ruthenus , parmi les Cartilagineux, des Salm»
MOBILES INDIRECTS DE LA PROCRÉATION. 5l
salar, Clupea alosa, Cobitisbarbatula, Cyprinus gibolio, barbus, rutilus, bipuncMus, alburnus, gobio etblicca, Ammodytes tobianus . Anarrhichas lupus, Gobius niger et Cottus cataphracfcuy parmi les Osseux. La plupart des ^Reptiles s'accouplent également au printemps ; d'abord , les Crapauds , puis en mars et en avril les Grenouilles et les Salamandres , en avril et mai, les Sauriens. Cette règle s'applique d'une manière plus rigoureuse encore aux Oiseaux; en mars s'accouplent, parmi les Rapaces , les Falco fulvus , palumharius , peregrinus et buteo , Strix bubo , aluco , otus et flammea ; parmi les Corvidés, le Corvus gland arius ; parmi les Passereaux, le Tur» dus merula\; parmi les Gallinacés , les Phasianus colchicus , Tetrao tetrix et bonasia , Otis tetrax et tarda ; parmi les Palmipèdes , le Colymbus cristatus ; en avril, les Falco nisus , ( 'or vus caryocatacies , Troglodytes parvus , Turdus musicus , Sylvia rubecula , suecica , curruca, cinerea , atricapilla, phcenicurus , tithys }trochilus , etc. ; en mai, les Falco apivorus, ru fus et pygargus , Oriolus galbula, Anthus campestris, Motacilla flava , saxicola, rupicola et rubetra, Muscicapa grisola , Sylvia risoria , hortensis , hippolus , palustris , phrag- „ii/is, cariceti , etc. Le rut, chez les Mammifères, se manifeste, au printemps principalement dans les Rongeurs; à peu près en mai dans la Belette , le Putois, la Taupe, le Souslic, le Lapin, le Lièvre, le Hamster, l'Écureuil, le Furet, le Rat, le Dromadaire et le Cochon ; en avril, dans le Hérisson, la Souris, le Mulot, le Rat d'eau, la Musaraigne, la Civette; en mai , dans la Chauve-souris, la Marmotte , le Loir, le Cheval , l'Ane , le Phoque , etc. Nous voyons donc qu'en général le printemps donne surtout l'éveil à l'instinct générateur chez les végétaux et les animaux qui sommeillent pendant l'hiver ., chez les Oiseaux de passage et chez les Animaux dont le cerveau , d'ailleurs incomplètement développé , a un très-gros v< lune eu égard au reste du corps, etçui par cela même jouissent d'une grande sensibilité. Il en est de même chez l'homme , celui de tous les êtres chez lequel la sensibilité centrale a pris le plus de développement; le printemps est pour lui plus particulièrement la saison de l'amour. C'est à cette époque et en été que l'union des sexes déploie le plus de fé-
condité , car les tables de naissance attestent qu'il vient au monde plus d'enfans pendant les trois premiers mois de l'année que pendant les autres. Ainsi les mois se succèdent de la manière suivante, par rapport au nombre des naissances, dans les relevés que Friedluencler a publiés de la population de Paris pendant six années; mars (55,000), janvier (53,000), février et avril (51,000), mai, août et octobre (49,000), septembre (48,000), juillet et novembre (40,000), juin (45,000), décembre ( 44,000). L'excès de fertilité au printemps et en été paraît dépendre surtout de la réceptivité plus marquée des femmes, puisqu'elles ont plus de sensibilité que l'homme , et que ces époques de l'année sont celles aussi où elles se montrent le plus accessibles à l'amour ( J) : une dame du grand monde a fait l'aveu qu'une fois le mois de mai passé , elle avait moins à se tenir sur ses gardes pour éviter les faux pas. Quelques médecins prétendent avoir remarqué que les enfans les plus robustes sont ceux qui viennent au monde dans les trois premiers mois de l'année.
2° Certaines générations spontanées semblent avoir lieu surtout en été. La Moisissure , par exemple, croît plus facilement et plus rapidement à celte époque qu'au commencement du printemps et en hiver. C'est en été que le nombre des plantes qui fleurissent , atteint la plus grande élévation ; on voit surtout alors la plupart des végétaux annuels étaler leurs fleurs. C'est également dans ce temps de l'année que s'accouplent la majeure partie des Annélides , par exemple les Vers de terre au mois de juillet; beaucoup de Poissons , comme les Cyprinus tinca , vimba et phoxinus , Scomber scomber , Trachinus draco , Gadus molva , etc. , quelques Reptiles, par exemple le Bufo igneus. Il n'y a qu'un petit nombre d'Oiseaux, par exemple, les Sylvia arundinacca et locustclla , chez lesquels l'accouplement ait lieu si tard. Le rut arrive à peu prgs en juin chez les bétes à cornes et l'Ours brun, en juillet chez le Phoque, en août chez l'Ours rouge et le Dauphin.
3° L'Anguille du vinaigre est spécialement un Infusoire (1) Yuey, Ilist, mil du genre humain , 1. 1 , p. .216.
d'automne ; elle supporte moins aussi la chaleur et la lumière solaire que les Infusoires développés au printemps. Les Champignons sont également des produits surtout de l'automne , époque de l'année durant laquelle le nombre des plantes phanérogames en fleurs va en diminuant , jusqu'à ce qu'il n'en reste plus que quelques unes très-tardives , par exemple le Colchique. C'est , au contraire , vers le commencement de l'automne que se propagent la plupart des Insectes, notamment ceux qui n'ont point encore accompli leurs métamorphoses en été ; quelques Poissons , comme les Salmo lacustris, fario et lavaretus, en septembre, les Salmo murœna ettrutta, en novembre ; enfin , plusieurs Mammifères , surtout Ruminans , comme la Brebis , la Chèvre , l'Aurochs , l'Elan , le Cerf, et l'Ours noir , en septembre ; le Renne , le Daim , l'Eléphant de mer , le Bouquetin, en octobre ; le Chevreuil, le Chamois , le Chameau, le Blaireau et 'le Castor en novembre. Chez ces animaux , dans la plupart desquels prédomine la plasticité, le rut paraît être déterminé par l'abondance plus considérable des alimens , puisque c'est précisément lorsqu'ils ont acquis le plus d'embonpoint qu'ils entrent en chaleur.
4° Pendant l'hiver, quand il est humide , on voit paraître des Lichens et des Mousses. Il n'y a que peu de plantes phanérogames qui fleurissent en cette saison, par exemple ÏHelleborus hiemalis , et Sur la fin le Galanthus nivalis. Parmi les animaux sans vertèbres , les Araignées s'accouplent en décembre et janvier; parmi les Poissons, les Gadus Iota et merlangus en décembre, les Gadus callarias, morhua et carhonarius en janvier, les Gadus œglefimis , Salmo alpinus et Esox lucius en février ; parmi les Oiseaux , la Loxia curvirostra en janvier, les Gypaetus barbatus , Corvus corax , corone , comix, frugilegus et pica en février ; parmi les Mammifères , le Sanglier en décembre , le Loup , le Chien , le Chat, le Chacal, le Glouton, en janvier ; le Renard, le Canis lagopus , la Marte , la Fouine , la Loutre, la Mustela lutreola, le Lynx, le Felis rufa , le Putois, en février. La plupart des animaux qui se propagent en hiver sont carnassiers, et, comme tels , doués d'une grande force musculaire ; chez eux donc le froid de l'hiver paraît amener le rut en exaltant l'ir- II. ' 5
rilabilité (1). De même aussi les hommes semblent être , généralement parlant, plus aptes à la génération pendant les hivers peu rigoureux. Peut-être cette circonstance entre-telle pour quelque chose dans les contrées où Ton produit plus d'enfans en hiver, quoique le genre de vie et les amusemens de cette saison y contribuent sans doute pour la plus grande part.
5° En général, nous remarquons que chaque être organisé devient habile à la génération lorsque les circonstances extérieures sont le plus favorables à sa nature , que lui-même est entièrement ce qu'il doit être , que par conséquent sa vie se déploie en pleine et entière liberté, et qu'elle a atteint son plus haut terme , quand la sensibilité de l'organisme sensible , la plasticité de l'organisme plastique , l'irritabilité de l'organisme irritable sont parvenues à un certain degré d'exaltation.
6° La force procréatrice et l'instinct de la procréation ne s'éteignent point sur la terre. Ils circulent dans le règne végétal et le règne animal, s' emparant tantôt de tel organisme, tantôt de tel autre, et, tandis qu'ils abandonnent un hémisphère, en n'y laissant pour ainsi dire que quelques représentai^ ils étalent toute leur puissance sur l'hémisphère opposé. Mais l'homme ressemble , sous ce point de vue, à un monde en miniature , où se trouve réuni tout ce qui est isolé dans le reste de l'univers , où la matière est ramenée à son origine idéale , et la momentanéité convertie en stabilité , puisque aucune saison n'éteint dans son cœur l'amour, qui sans cesse agit et crée.
7° L'époque de la copulation et la durée de l'incubation sont en rapport avec les besoins de l'individu futur, ainsi que nous le démontrerons plus loin. Les besoins de l'être qui procrée et ceux de l'être procréé harmonisent donc ensemble ; la réalité de l'individu est en accord avec la tendance de l'espèce.
8° La captivité agit diversement , suivant la nature des animaux. Elle rend plus féconds ceux en qui la sensibilité est
(1) Tiedemann, Zoologie, t. I, p. 2S2.
vive, et chez lesquels la plasticité prédomine dès le principe, ou devient prédominante par un concours de circonstances favorables. Ainsi , l'époque du rut est moins déterminée chez, les animaux domestiques , chez les Lapins et les Cochons d'Inde apprivoisés, parce qu'une alimentation abondante leur procure plus de chaleur, et que le rapprochement des individus , qui fait naître pour eux un nouvel ordre de choses , sollicite davantage l'instinct de la copulation. Ainsi, en Allemagne , où on ne le rencontre qu'à l'état de captivité , le Cerf d'Alexis est apte à procréer dans toutes les saisons , phénomène qu'on remarque fréquemment aussi chez les \ aehes qui sont nourries à l'étable , ou qui paissent toujours en compagnie du Taureau. Les animaux dont l'élément est la liberté , et que leur individualité puissamment développée ne permet pas d'apprivoiser, deviennent stériles ; les Oiseaux de proie ne s'accouplent presque jamais en captivité, et les Mammifères carnassiers ne le font que rarement , même dans les meilleures ménageries , tant qu'ils ne sont pas complètement apprivoisés. Il n'y a que l'animal devenu familier avec l'homme et accoutumé à vivre avec lui, qui, dans l'état de captivité , cherche à conserver son espèce : cependant il est fort rare de voir les Éléphans privés s'accoupler.
9° La Truie entre en chaleur quelques jours avant le mâle. L'inverse a lieu chez la plupart des autres animaux , qu'on peut comparer, sous ce rapport , aux plantes dichogames androgynes. Le mâle rencontre alors une résistance qui aiguillonne ses désirs, et rend la génération plus vigoureuse.
10° Les animaux avancés en âge entrent la plupart du temps en chaleur avant les autres , de sorte qu'il n'y a que ceux du même âge qui s'accouplent ensemble, et que les jeunes ne trouvent point de rivaux dans les vieux, qui les surpassent en force. Ainsi, le rut des vieux Cerfs arrive dans la seconde moitié de septembre , celui des Cerfs de moyenâge dans la première quinzaine d'octobre , et celui des jeunes vers la fin de ce dernier mois. La même chose s'observe chez quelques Oiseaux , par exemple les Faisans , et même chez certains Poissons, tels que les Cyprinus gibelio et brama0).
(1) Bloch , loc. cit., 1. 1 , p. 91.
11° La durée de la floraison varie beaucoup dans les végétaux. Elle ne dépasse pas quelques heures dans le Cactus grandi florns , tandis quelle est d'un jour dans V Hemerocallis fufoa, et d'environ trois semaines dans le Vaccinium oxycoccos. (Il faudrait, à proprement parler, distinguer le temps de la floraison de l'aptitude à la conception. Celle-ci n'a lieu qu'aussi long-temps que le stigmate fournit une sécrétion muqueuse ; elle cesse en général au moment où la fleur s'épanouit , souvent même un peu plus tôt, et ne dure, à ma connaissance, que quelques jours au plus , quoique beaucoup de fleurs , surtout parmi celles qui sont coriaces, conservent bien plus long-temps l'apparence de la fraîcheur) (1). Le temps du rut ne dure que vingt-quatre heures chez la Brebis , qui ne souffre plus ensuite les approches du Bélier, qu'elle soit ou non fécondée (2). Cette durée est de quelques jours pour les Vaches et les Jumens , de neuf à dix jours pour les Chiennes. Elle varie également chez les Poissons : par exemple , dans le genre Cyprinus , elle est de trois à quatre jours pour Yerythrophthalmus, de huit à neuf pour les brama et jeses, et d'un mois pour le gobio, qui ne pond pas tous ses œufs à la fois. On prétend qu'elle est de quinze jours dans le Cerf et le Cheval , d'un mois chez le Crapaud commun, le Cochon sauvage et le Renne , de six semaines dans les Araignées et l'Ou- , tarde , de deux mois dans le Faisan et le petit Tétras ; mais cette assertion n'est vraie qu'à l'égard ou des mâles seulement, ou de l'espèce entière , dont tous les individus n'entrent point simultanément en chaleur (10°). En effet, le rut des mâles dure en général plus long-temps , de sorte que les femelles qui n'ont pas été satisfaites la première fois , peuvent encore être fécondées la seconde (13°). De là vient que les mâles des animaux domestiques , les Taureaux , les Étalons , les Boucs, les Chiens, sont presque toujours disposés à s'accoupler, tandis que les femelles ne le sont qu'au moment du rut, de manière que, quand celles-ci entrent en chaleur à une époque inusitée (13»), les mâles sont prêts à s'unir à
(4) Addition d'E. Meyer.
(2) Kulilemann , Obscrvationcs qvœdtim circa neyoliitm ijenerutionis , p. 13.
elles , comme F. Cuvier (1) l'a observé aussi chez les animaux sauvages renfermés dans les ménageries. Chez la femme également , parce qu'elle se rapproche davantage de la plante (§ 170 ) , la périodicité est plus prononcée (§170 ) , et parce que c'est elle qui , à proprement parler, procrée (§ 212, 1°), l'appétit sexuel est plus promptement satisfait , c'est-à-dire qu'il y a en elle prédominance de l'instinct procréateur (§ 241) sur l'instinct sexuel (§ 240) , dont l'égoïsme fait la base: ■
12° Comme le temps du rut est court chez les petits animaux , ils peuvent produire plus d'une fois dans le cours d'uu été ; aussi la plupart d'entre eux se propagent-ils deux fois par an. C'est ce qui a lieu pour les Poissons et les Oiseaux de petite taille. Les Anthus pratensis , Motacilla alha , Cinclus aquaticus , Regulus flavicapillus et ignicapillus , Titrdus piloris, etc., s'accouplent une première fois en avril, et, après que leurs petits ont abandonné le nid , une seconde fois en juillet. Le Hamster et le Furet s'unissent la première fois en mars, la seconde à la lin de juin ou au commencement de juillet, et souvent encore une troisième fois. Le Souslic , la Souris , le Mulot , le Rat d'eau , la Musaraigne . le Lapin , le Cochon d'Inde , le Kanguroo se propagent trois'fois par an , et même davantage , quand les circonstances sont propices, de manière qu'ils s'accouplent de nouveau aussitôt après avoir mis bas. Des circonstances non moins favorables ont lieu à l'égard des animaux que l'homme entrelient pour son usage , et il paraît qu'on doit regarder comme un simple effet de la domesticité la faculté qu'ont de se propager parfois aussi la Chèvre en mai , le Cochon en automme , le Chat en janvier, mai et septembre. Chez certains animaux , le Faisan , par exemple . les secondes amours sont moins ardentes , et on pourrait les comparer à la seconde pousse de fleurs que les arbres donnent parfois en automne ; d'après Winkel, elles ne s'observent, dans le Colymbus cristatus, que chez les individus dont le premier accouplement n'a point été suivi de fécondation.
13° Chez beaucoup de Mammifères , les individus qui se
(i) Annales du Muséum d'hist. nat. , t. IX , p. 421.
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trouvent dans ce cas entrent périodiquement en rut pendant quelque temps ; ainsi , les Brebis non fécondées deviennent en chaleur tous les quinze jours pour vingt-quatre heures , depuis septembre jusqua la fin de décembre (1); les Truies tous les quinze à dix-huit jours ; les Vaches tous les mois (2) , ainsi que les Chevaux (3) , les Bullles, les Zèbres et les Singes (4). Une périodicité mensuelle ( § 170 ) semblerait donc régner également ici.
14° Ne serait-il pas possible qu'un premier rut fût nécessaire pour préparer les voies à la fécondation qui doit suivre? On a souvent observé que les Chevreuils, surtout ceux qui sont apprivoisés , s'accouplent dès le mois d'août (5) ; or, comme jamais encore on n'a découvert aucune trace d'embryon avant le mois de janvier, comme ils ne mettent bas qu'en mai , et qu'on les trouve aussi en chaleur dans le mois de novembre , ce dernier mois est incontestablement la véritable époque du rut pour eux, ainsi que l'a fait voir Winkel, et dès lors il ne reste plus qu'à déterminer si le rut auquel ils sont sujets au mois d'août , se manifeste exceptionnellement par l'effet d'une nourriture plus abondante , et ne produit aucun résultat, ou s'il est général et sert comme d'introduction ou de préliminaire à l'acte de la génération.
15° L'intervalle entre la chaleur des femelles et la parturition précédente dépend de la fréquence de la propagation , du développement plus ou moins rapide des petits , et de la durée de la gestation. Le Lièvre femelle entre de nouveau en chaleur six jours après avoir mis bas , la Lapine au bout de quinze jours, l'Anesse au bout de sept, la Jument au bout de neuf à onze , la Vache au bout de vingt , la Brebis et la Chèvre au bout de sept mois. Du reste, on remarque que la première chaleur qui succède à la parturition est l'époque la plus favorable pour l'accouplement , car il est rare qu'alors celuici ne soit pas suivi de la fécondation. Le moment où la femme
(1) Kulileniann , loc. cit., p. 13.
(2) Kahleis , dans Meckel , Deutsches Archiv , t. VIII , p. 434.
(3) Grève , ibid., t. VI , p. 52.
(4) F. Cuvier, loc. cit., t. IX , p. 120.
(5) Mcllin , clans Nevjahrsijcschcnk fiicr Jagdlicbhaber, 1794 , p. 89.
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conçoit le plus fréquemment, est l'intervalle d'un à trois mois qui s'écoule après qu'elle a sevré l'enfant précédemment mis au monde. Suivant Robertoh(l), sur cent soixante femmes qui avaient allaité , terme moyen, quinze mois et demi , soixante dix-neuf ne conçurent point pendant la durée de l'allaitement, quarante-deux conçurent après avoir allaité dix-neuf mois, et trente-neuf à une époque moins reculée.