X. Commencement de l'incubation
I. La première période comprend dix semaines , ou le premier quart de la grossesse. Pendant sa durée, les deux extrémités de l'appareil génital, qui ont été les acteurs principaux durant la fécondation, possèdent encore un excès de vitalité, qui , peu à peu, se concentre sur l'organe intermédiaire, la matrice.
l°Les ovaires, dont la tuméfaction et la pléthore avait alleint leur plus haut degré à l'époque de la rupture d'une vésicule , un ou deux jours environ après la fécondation (§ 299, 6°)
■ (1) Faber, loc. cit., p. 4lJi, 2) loc. cit., p, 138,
continuent de recevoir une plus grande quantité de sang pendant tout le temps nécessaire à leur cicatrisation (§ 300, 2°) , et même quelques jours encore après , c'est-à-dire durant environ trois semaines. Un ou quelques jours après la fécondation, les oviductes commencent à entrer en turgescence (§ 328 ) ; ils reçoivent ensuite l'œuf , l'enveloppent d'un liquide albumineux , qu'ils sécrètent en abondance , et le conduisent vers la matrice , dans laquelle ils le déposent à peu près pendant la troisième semaine ( § 329 , 2° ) , après quoi leur vitalité rentre dans ses limites ordinaires.
2° Si nous pouvons comparer l'ovaire fécondé à un organe affecté d'une manière spécifique par un principe contagieux , la sphère extérieure de l'appareil génital chez la femme doit être considérée comme la partie qui reçoit immédiatement l'impression de ce principe et qui entre la première en contact avec lui. En effet , on y remarque encore de la turgescence pendant les quatre premières semaines ; les grandes lèvres, et surtout les nymphes, sont pleines , épaisses , rouges , gorgées de sang et chaudes ; la vulve est béante, le vagin plus mou, plus ample et plus chaud qu'auparavant.
3° La matrice entre en turgescence de très-bonne heure, et avant que l'œuf soit parvenu dans son intérieur (1). Pendant les premiers quinze jours se développe la membrane nidulante, qui, dans le cours de la troisième semaine à peu près , reçoit l'œuf en se renversant sur elle-même. C'est de la sixième à la huitième semaine que la partie renversée possède le plus de vitalité, tandis que la portion extérieure commence déjà à perdre de la sienne. Vers la neuvième semaine environ se forme le placenta, à l'apparition duquel la membrane caduque s'affaiblit et reçoit moins de liquides. La matrice se distend alors dans toutes ses directions , et elle acquiert enfin une longueur d'environ quatre pouces , sur une largeur de trois à pèu près. Les faces internes de ses parois, qui jusqu'alors étaient courbes seulement, deviennent concaves, en sorte que sa cavité s'agrandit et s'arrondit.
(1) Ruysch, Thes. anatom. , thes. VI, § 5, 32. — Harvey , toc. cit.î p. 307. — Wolstein , Uelwr das Paarw der Mcnschen, t. III, p. 85.
4° En se développant ainsi , la matrice descend de plus en plus dans le petit bassin, de sorte que c'est pendant la dixième semaine qu'elle est située le plus bas. Aussi la région hypogastrique est-elle plus aplatie qu'auparavant et même presque enfoncée , le vagin plus court et parfois garni de rides transversales , l'orifice de la matrice plus rapproché de la vulve. Cette descente est évidemment le résultat de la congestion et de la turgescence, puisqu'elle a lieu aussi, quoiqu'à un moindre degré , non seulement pendant la menstruation (§ 164, 1°), mais encore vers le soir, quand la femme s'est livrée à des travaux pénibles pendant la journée (4). Cependant le mécanisme en vertu duquel elle s'opère n'est point encore bien connu ; car la plus grande surface que le fond de la matrice présente aux viscères (2) ne suffit pas pour expliquer le phénomène.
5° La portion de la matrice qui fait saillie dans l'intérieur du vagin est plus chaude et moins facile à déplacer qu'à l'ordinaire ; on a plus de peine à la faire changer de situation et à la soulever, parce que la turgescence des vaisseaux et le gonflement de l'utérus la rendent moins mobile dans l'espace, devenu ainsi plus étroit, qu'elle occupe. En introduisant le doigt dans la rainure qui sépare le col du vagin , on sent une partie du corps de la matrice, vers la fin de cette période, parce que l'organe s'est déjà étendu un peu en largeur ; le col aussi est déjà un peu plus court , et élargi à sa partie supérieure , de manière qu'il commence à n'y plus faire qu'une cavité commune avec le corps. Les lèvres de l'ouverture se renflent un peu et prennent l'apparence de bourrelets ; elles sont ramollies aussi à leur surface. Vers la fin de la période, la lèvre postérieure se développe davantage, de sorte que sa longueur devient égale à celle de l'antérieure, qui jusque-là l'avait dépassée. La fente transversale se convertit, surtout pendant la première grossesse, en une petite ouverture à bord circulaire et lisse, tandis qu'après des grossesses répétées, elle est un peu plus grande et tuberculeuse à son pourtour. Du reste, la matrice
(1) Haller, Elan, phys., t. VII , <?. II J p. S3.
(2) Barns , The analomy of Ihe yravid ifterw, p. 15.
est close par le mucus gélatiniforme qui se sécrète de trèsbonne heure dans son col.
0° Les seins deviennent un peu plus saillans, plus pleins et plus rénitens ; les mamelons s'allongent ; les aréoles prennent une teinte plus foncée, de rouge sale ou de brun ; les vaisseaux sanguins qui s'y rendent regorgent de sang; les Lymphatiques se développent un peu aussi, et les glandes axillaires se tuméfient quelquefois. En même temps, les seins deviennent plus sensibles , et certaines femmes y éprouvent de la tension, des picotemens et des chatouillemens.
II. La formation d'un fruit est jusqu'à un certain point une scission de la vie en deux vies individuelles. Durant la première période, pendant le cours de laquelle le nouvel individu se détache de l'organisme qui l'a produit, et une vie indépendante commence à s'établir au dedans d'une autre, la vie de la mère doit éprouver une secousse qui retentit jusque dans ses replis les plus cachés ; elle doit être affectée comme par l'aclion d'une puissance étrangère. Aussi, indépendamment des sensations qui accompagnent la fécondation elle-même (§ 297 ), survient-il des symptômes sympathiques qui dépendent d'une perversion de la sensibilité , et qui, par conséquent, s'annoncent non seulement par des phénomènes très- variables en raison des individualités, mais encore par une grande versatilité sans cause apparente chezjin même individu. Ces phénomènes manquent souvent; ils sont au moins peu prononcés chez les femmes douées d'une bonne santé et d'une constitution normale ; lorsqu'ils acquièrent une certaine intensité , ils se rapprochent de l'état morbide, et supposent déjà que la sensibilité est sortie de sou assiette ordinaire. On range parmi eux l'agitation, le malaise, la mauvaise humeur, la versatilité du caractère, la susceptibilité, les caprices, la mélancolie , la propension aux syncopes, les vertiges, les maux de tête, les douleurs de dents , l'agitation pendant le sommeil , les bàillemens, l'abattement et la perle de l'éclat des yeux , le resserrement des pupilles, les bourdonnemens d'oreilles, la dureté de l'ouïe. Quelquefois on observe les plus singulières idiosyncrasies par rapport aux sens de l'odorat et du goût. Certaines femmes éprouvent de la répugnance pour les
INCUBATION. 455 odeurs qui leur plaisaient le plus, recherchent celles qu'elles ne pouvaient souffrir, et sont tellement affectées par d'autres qui leur avaient été indifférentes jusqu'alors, qu'elles tombent en défaillance. Quelques unes ont du dégoût pour des alimens qui flattaient leur sensualité , et surtout , d'après la remarque d'Osiander(l), pour ceux qu'elle sont pris peu de temps avant la fécondation, qui se trouvaient encore alors dans leur estomac ; ou bien elles ont envie de choses qui leur avaient toujours répugné , comme de harengs , d'eau-de-vie ou autres semblables ; ou enfin elles mangent avec délices des substances incapables de les nourrir et dégoûtantes, telles que de la chaux, du plâtre, de la tourbe, de la cire à cacheter, du charbon, de la suie, de la cendre , du linge, de la soie, du cuir, des cheveux, des araignées , des lézards , etc., et ces substances leur font presque toujours du bien , tandis que, quand on les leur refuse, elles éprouvent des accidens nerveux , de l'anxiété , des spasmes, des syncopes (2). Si ces phénomènes, qui confinent à l'hyslérie, sont assez rares, le dégoût, les nausées et les vomissemens sont , au contraire , des accidens très-communs , qui- commencent la plupart du temps huit jours après la fécondation, surviennent le matin surtout, et cessent ou diminuent vers la fin de la première période. Suivant Roose (3), ils dépendent d'un afflux plus considérable du sang vers l'estomac , circonstance à l'appui de laquelle d'Outrepont fait valoir futilité bien connue des saignées et des sangsues. Les vomissemens ne consistent presque jamais qu'en un suc gastrique clair et limpide ; souvent les boissons favorites, le café par exemple, sont ce qui détermine surtout les envies de vomir, tandis que l'estomac supporte fort bien des alimens moins recherchés, du pain sec, des pommes déterre, etc. Quelquefois il survient de la soif, de la chaleur le long de l'œsophage, ou un flux de salive épaisse, ou des rapports acides et nidoreux. Dans certains cas , la thyroïde se tuméfie, ou le timbre de la voix change. Fréquemment le teint perd sa fraîcheur, les
(1) Wagner, Comm. de fœminarum. in yravidilato mutationihu.i, p. 50.
(2) Vogel, dans Rust, Mayuzin fuerdie yesammie Hcilkunde, t. XII p. 23.
, (3) NeueZeitschrift fuer Goburlskundc , t. IV, p. 287.
joues pâlissent ou se couvrent d'une rougeur circonscrite, les paupières se flétrissent, s'affaissent et prennent une teinte jaunâtre ou bleuâtre ; parfois il monte des bouffées de chaleur au visage, au cou et à la poitrine, qui rougissent alors. Souvent , durant la seconde moitié de cette période , la pression que la matrice exerce sur la vessie, en s'enfonçantdans le petit bassin et se développant surtout par sa face antérieure, détermine des envies fréquentes d'uriner, qui se font principalement sentir le matin à la sortie du lit, parce que la rectitude du corps accroît alors la pression, ou même la détermine et la rend quelquefois douloureuse. On voit des femmes chez lesquelles l'urine change d'aspect et devient claire comme de l'eau , ou cilrine , avec un nuage blanchâtre , ou trouble et épaisse, avec un sédiment pulvérulent.