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IIX. Fin de l'incubation

§ 350. Pendant la troisième période ou le dernier quart de la grossesse, la mère et le fruit se préparent à se séparer l'un de l'autre. Le fœtus marche à l'indépendance , la vitalité de ses organes embryonnaires faiblit peu à peu , l'espace qui le renferme devient trop resserré pour lui , et sa vie individuelle cause à celle de la mère une gêne qui s'annonce par l'altération des traits pendant les dernières semaines. La distension de la matrice, parvenue alors au plus haut point, détermine des incommodités diverses, et comme cet organe fait ses préparatifs pour l'acte de la parturition , l'exaltation vitale dont il devient le siège se propage aussi à la sphère extérieure des organes génitaux (1).

I. Examinons d'abord ce qui arrive dans les organes de la génération.

1° Au neuvième mois , la matrice , qui n'a pas cessé un seul instant de se développer , et qui par cela même a continué toujours de monter, atteint jusqu'à la région du creux de l'estomac , qu'elle aplatit, ou même rend proéminente , tandis que son orifice est fort élevé dans le bassin , où on le trouve fort en arrière et la plupart du temps un peu à gauche, en même temps que le vagin est devenu très-long. Au dixième mois , la matrice , distendue autant que possible , a douze pouces de long , sur neuf de large, et forme une cavité ovoïde, attendu que son col ne constitue plus une partie distincte , et qu'il finit même par n'être indiqué que par un rebord mince , mou et renflé.

(1) Mme Boivin et A. Dugès , Traité pratique des maladies de l'utérus, t. I, p. 33.

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2J Dans cet état, la matrice descend, de manière que son fond se retrouve entre l'ombilic et le creux de l'estomac ; t omme au huitième mois , mais que son orifice vient à être situé plus bas encore que pendant la dixième semaine : la ré' gion épigastrique s'aplatit de nouveau , la tuméfaction du bas-ventre augmente encore, le vagin se raccourcit et se plisse en travers. Le segment de sphère inférieur de la matrice s'en-1gage dans le détroit du petit bassin , et comme ses parois sont devenues plus molles et un peu plus minces , elles permettent de sentir la tête du fœtus , comme aussi le bout du doigt arrive jusqu'à l'œuf à travers l'orifice , qui ne s'ouvre qu'à cette époque chez les primipares, mais dont l'ouverture a eu lieu un peu plus tôt chez les femmes qui ont eu déjà plusieurs grossesses.

3° L'abaissement de la matrice est dû en partie à des causes mécaniques; car le col ramolli et distendu ne peut plus soutenir le poids- considérablement accru de l'organe, et l'amincissement des parois du segment inférieur de ce dernier fait qu'elles s'affaissent en quelque sorte sur elles-mêmes. Mais , dun autre côté , l'activité vitale paraît contribuer aussi à cette dépression ; car on observe alors , comme pendant le premier mois , une congestion sanguine vers la sphère extérieure des organes génitaux : le vagin est dilaté , chaud et mou , il sécrète, beaucoup de mucosités, et les lèvres, tant grandes que petites, sont gonflées, gorgées de sang, chaudes et rouges.

4° Les seins continuent toujours de se tuméfier, et deviennent même quelquefois douloureux. Les vaisseaux lactifères roulent sous les doigts , comme des filamens , et un liquide lactescent s'échappe de temps en temps, soit de lui-même, soit par la pression ou la succion.

II. Les effets mécaniques de la distension de l'utérus, qui se manifestent surtout à cette époque, ne consistent la plupart du temps qu'en des incommodités passagères, et il ne survient pas de trouble proprement dit dans la santé , tant parce que la distension a lieu d'une manière lente et progressive , que parce que l'organisation tout entière ' de la femme est calculée en conséquence. D'ailleurs, à plus de douceur (§197, 1°), la femme joint encore une patience plus

grande (§ 198, 3°), que les incommodités ordinaires de la menstruation lui fournissent des occasions fréquentes d'exercer, et qui peut d'autant mieux se déployer ici que la tendance prédominante chez le sexe féminin (§157, 241) se trouve satisfaite pendant la grossesse.

1° Les parties du corps de la femme ayant plus de mollesse et de flexibilité (§ 185) , elles cèdent sans peine à la pression exercée par la matrice ; les parois de l'abdomen se laissent aisément distendre au point de n'avoir plus qu'à peine trois lignes d'épaisseur (1), et les veines dilatées s'aperçoivent à travers leur tissu , comme autant de cordons d'une teinte sale. Il est extrêmement rare que l'anneau de l'ombilic s'agrandisse, et donne lieu ainsi à une hernie ombilicale.

2° Le bas-ventre ayant plus de capacité (§ 158), et les organes digestifs moins de volume (§ 177, 1°), ces derniers sont, proportion gardée , moins troublés dans leurs fonctions. Le foie est refoulé de bas en haut, et l'estomac reporté vers le diaphragme , ce qui fait qu'il acquiert une direction plus horizontale, et que sa grande courbure se porte en avant (2). Il résulte de là un peu de gêne après les repas, et parfois aussi des vomissemens ; mais les inconvéniens seraient bien autrement graves , si les hypochondres et la région épigastrique avaient moins de mollesse et d'extensibilité (§ 178, 11°). Le paquet intestinal est rejeté sur les côtés et en arrière, et le colon transverse obligé de se porter plus haut ; la pression exercée sur le colon et le rectum occasione fréquemment la constipation; mais l'énergie musculaire moins considérable de l'intestin (§ 177, 2°) rend déjà la femme plus sujette que l'homme à cet accident , qui a d'ailleurs des suites moins graves chez elle , parce que les parois du ventre ;cèdent davantage , et que les vaisseaux lymphatiques agissent avec plus de force.

3° L'ampleur du bassin (§ 161), la petitesse de la vessie et le peu d'abondance de la sécrétion animale (§ 181) , font que la vessie souffre moins de la pression : la femme enceinte

(1) Schlegel , Sylloge oporum minorum prœstuntiorum ad artem ohstetritiam speclantium , t. II , p. 267.

• (2) Ibid., t. H, p. 59.

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éprouve seulement des envies d'uriner plus fréquentes , mais elle est rarement atteinte de rétention d'urine.

4° L'ampliation de la matrice refoule le diaphragme en baut et l'empêche de s'abaisser ; mais comme ce muscle est primordialement situé plus haut et moins actif chez la femme (§ 17S, 5°); comme en outre la mobilité plus grande des côtes (§ 47S, 1°, 3°) et du sternum (§178, 4°, 9°) permet à la respiration de s'effectuer davantage par la dilatation horizontale de la poitrine (§ 178, 13°) ; comme enfin la matrice ne comprime guère que la partie antérieure du diaphragme, et que la partie postérieure de la poitrine, dans laquelle les poumons se trouvent refoulés par-là, a plus d'ampleur chez la femme , la respiration éprouve proportionnellement peu de gêne. D'ailleurs , quand bien même elle deviendrait plus faible , plus courte , et par conséquent plus fréquente , la femme en souffrirait peu , parce que le besoin de la respiration est, en général, moins impérieux chez elle ( § 178, 8°).

5° La pression sur les troncs veineux du bassin occasione souvent des varices aux jambes et des maux de reins, plus rarement, et seulement lorsqu'il y a une prédisposition spéciale, des hémorrhoïdes. La compression des plexus lymphatiques détermine aussi parfois un gonflement œdémateux des mem-j bres inférieurs ou des grandes lèvres. La pression sur la veine cave inférieure amène , chez certaines femmes , des irrégularités de la circulation , le gonflement des veines du cou , des battemens de cœur , l'anxiété et l'insomnie ; mais la dilatabilité plus grande des vaisseaux (§ 180, 1°), et l'habitude des variations de la circulation (§ 180, 2°), diminuent ies inconvéniens qui pourraient résulter de ces divers effets. Au reste, la matrice distendue parle produit de la conception est tellement molle , qu'elle cède à toute pression un peu forte, pour s'agrandir dans les points où elle rencontre moins de résistance , et , en effet, on aperçoit sur elle des traces qu'y laissent les troncs vasculaires , de sorte qu'en général ceux-ci ne doivent pas éprouver une compression bien considérable de sa part. Suivant Mawfell (1), le pouls est accéléré pendant

(1) Froriep , ISotizen , t, XXXIX, p. S8;

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les deux derniers mois de la grossesse , et l'on compte alors plus de cent pulsations par minute.

C° Les mouvemens des femmes enceintes sont plus difficiles ; la pression que la matrice exerce, chez elles, sur les plexus nerveux du bassin, détermine de la douleur, une sensation d'engourdissement et de fourmillement dans les cuisses, qui se meuvent avec difficulté. Comme la femme a , en général, moins de force musculaire , et qu'elle n'est point organisée pour les grands déploiemens d'énergie physique (§ 190), ces circonstances entraînent des changemens assez peu prononcés dans ses habitudes. La tuméfaction du bas-ventre fait acquérir un excès de poids à la partie antérieure du corps , qui, par compensation, est obligé de s'arquer en arrière ; mais la situation des cavités cotyloïdes (§ 191 , 2°, 11°) et la puissance des muscles lombaires (191, 11°) lui permettent de prendre cette disposition.

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