I. Et que d'abord nous l'examinions d'une manière générale
1° Nous reconnaissons qu'elle présente une infinie diversité , de sorte qu'il n'y a rien dans l'organisme qui ressemble parfaitement à autre chose. Chaque muscle a sa forme propre et un mode spécial de rapport, tant avec ses tendons qu'avec les os; la saveur diverse de chaque partie charnue d'un animal annonce aussi en elle un mode particulier de composition ; la graisse de l'orbite, des reins, du cœur et de la peau, l'humeur muqueuse des fosses nasales , des poumons , des organes digestifs et de chaque segment du canal intestinal, etc., ne présentent pas moins de nuances. De même, on obtient des espèces différentes de gélatine, suivant qu'on opère sur des os , de la peau ou des tendons. L'albumine , la matière caséeuse , etc., semblent ne pas être moins modifiées sur les divers points de l'économie. Enfin , la même substance varie dans les diverses espèces d'animaux , comme le mucus , la gomme ou les alcaloïdes dans chaque espèce de plante, ce qu'annonce clairement la saveur différente de la chair des divers animaux.
2° La substance solide du corps organique renferme des liquides qui lui donnent plus d'expansion qu'elle n'en aurait par elle-même , et le liquide est resserré par son entourage solide dans un espace plus étroit que celui qu'il occuperait s'il était seul. De là résulte la tension mécanique dont nous avons déjà parlé précédemment (§ 735, 2° ; 748, 1°), ou l'étal dans lequel les forces antagonistes agissent les unes sur les autres de manière à s'exciter mutuellement, sans pouvoir arriver à se manifester d une manière pleine et entière. Cet état fait que les parties molles sont plus turgides pendant la vie , parce qu'elles contiennentdavantage de liquides, et ceuxci plus dilatés qu'après la mort, de sorte, par exemple , que nous ne trouvons pas , dans les vivisections , les intestins vides aussi affaissés qu'ils le sont sur le cadavre. En effet, si, pendant la vie , toutes les formes de cohésion (§ 829 , l°-3«) coexistent, mais en se pénétrant réciproquement (§ 833), la mort , qui est l'extinction de l'unité vivante (§ 652), sépare les choses qui étaient unies ensemble, ;et réduit chacune à l'état d'isolement. Or , la tension entre solide et liquide, en sa qualité d'équilibre actif, est un caractère de la
vie et une condition du déploiement de ses manifestations (§ 74S , 1°) ; quand la cohésion et la contractilité des parties solides s'affaiblissent , les liquides acquièrent la prédominance, ils affluent, ils s'accumulent, ils troublent l'activité vitale d'une manière ou d'une autre, et lorsque l'expansion des liquides] diminue, les parties molles . se resserrent et * l'activité vitale baisse.
Il existe , entre les parties solides , une tension analogue , qui , par cela même qu'elle consiste en une liaison harmonique de forces mécaniques agissant les unes contre les autres , maintient la forme normale. Si ce qui se trouve au dessus presse sur ce qui est au dessous , en vertu des lois de la pesanteur, l'effet de cette dernière est contrebalancé , tantôt par la cohésion des parties inférieures, qui sont, ou solides, comme la base du crâne , ou fixées sur leur pourtour à des parties solides , comme le fond des cavités pectorale et abdominale ; tantôt par la connexion mécanique avec ce qui se trouve au dessus , comme au foie , par exemple , qui pèse sur les intestins, mais que le diaphragme attire vers le haut; quelquefois par la répartition uniforme de la pression , notamment sur les parois latérales, à cause de la réplétion de la cavité , comme il arrive , par exemple , à la cavité abdominale , en raison du volume et de l'expansion de son contenu ; ailleurs encore , par le changement de situation , comme on le voit dans les cartilages intervertébraux , qui , lorsqu'on est couché , échappant à la pression des parties supérieures du corps , ne s'étalent plus alors en largeur, ainsi qu'ils le faisaient sous l'influence de la pesanteur, mais se resserrent sur eux-mêmes , et acquièrent de cette manière plus de hauteur. La contraction des parties contractiles est arrêtée par la tension que leur font éprouver d'autres parties solides; ainsi la peau est distendue par la masse entière du corps , et quand elle éprouve une solution de continuité , elle se resserre sur ellemême , de manière que la plaie devient béante ; la tendance des muscles à se contracter est limitée par leur insertion aux os , et quand ceux-ci , ayant perdu leur rigidité ou leur continuité, par l'effet du ramollissement ou d'une fracture comminutive , n'opposent plus une résistance mécanique convenable, vin, A
le membre perd sa forme normale et la régularité de ses mouvemens , les muscles se contractant alors en raison de leur force différente , et môme tous à la fois , pour ainsi dire en bloc.
Les organes sont à l'état de tension mécanique avec la paroi des cavités qui les renferment ; le cerveau fait effort contre le crâne , dans ses mouvemens , et lui donne sa forme normale ; mais il est maintenu aussi par lui dans des limites normales , de manière que , quand; le crâne et la dure-mère ont été largement ouverts , il s'échappe au dehors , et produit une végétation en forme de chou-fleur , comme on voit les intestins sortir par une plaie faite aux parois du bas-ventre. En vertu du resserrement qu'elles éprouvent dans les cavités, lorsqu'elles sont à l'état turgide, les diverses parties exercent une pression les unes sur les autres (§ 726, 6°).
Enfin le corps organique est à l'état de tension "mécanique avec le monde extérieur. La pression de l'atmosphère est en harmonie avec l'organisation, dont elle maintient les proportions normales (§ 726, 7°).
3° Une tension pareille a lieu sous le rapport delà composition. Les différentes substances ne sont point combinées deux à deux , c'est-à-dire réunies par des antagonismes simples ; elles sont combinées plusieurs ensemble, et de manière que chacune d'elles peut exercer l'action chimique qui lui est propre. C'est cette diversité plus grande de principes constituans , favorisée par la différence de densité et de cohésion des substances combinées ensemble , qui , jointe à ce que les combinaisons ne vont pas jusqu'au point d'établir un équilibre parfait ou une saturation complète , fait que la substance organique a pour caractère une plus grande aptitude à changer et à se décomposer. Constamment elle est composée de carbone, d'hydrogène et d'oxygène ; lorsqu'à ces élémens se joint encore l'azote, la propension à se décomposer , notamment à subir la fermentation putride , augmente. Or il y a certainement tendance du carbone à former de l'acide carbonique avecl'oxygène, de l'hydrogène à produire de l'eau avec l'oxygène , et de l'azote à développer de l'ammoniaque avec l'hydrogène ; mais cette tendance ne se réalise que sur
PROPORTION DES MATÉRIAUX ORGANIQUES. 5l
les limites de l'organisme , dans les excrétions : encore même ne s'y fait-elle sentir que 'd'une manière imparfaite, car chaque substance est empêchée parla troisième de contracter avec l'autre une combinaison binaire complète. L'azote se comporte comme élément positif à l'égard de l'oxygène, négatif par rapport au carbone et à l'hydrogène ; le carbone est positif envers l'oxygène et l'azote , négatif par rapport à l'hydrogène.
4° Comme les substances sont combinées en des proportions diverses et variables , on ne remarque nulle part de proportions stœchiométriques fixes dans la substance organique ; et comme les formes organiques, notamment aux degrés supérieurs de l'échelle, sont telles aussi qu'on ne peut point les déterminer géométriquement , il suit de là que les mathématiques , en général , ne sauraient trouver ici aucune application.
II. Mais , quoique la proportion des substances entre elles ne soit point rigoureuse et invariable , cependant elle n'est pas non plus entièrement vague et illimitée. Elle ne suit point une ligne pure et simple , mais occupe, si l'on peut s'exprimer ainsi , une zone d'une certaine largeur, sans pour cela titre totalement dépourvue de limites. De même que , dans chaque espèce d'organisme , nous reconnaissons une taille moyenne , également éloignée des deux extrêmes qui constituent le géantisme et le nanisme , de même aussi nous devrions déduire une proportion moyenne d'élémens de toute une série d'analyses faites sur divers individus d'une même espèce , et , autant que possible , sur un même individu, à des époques différentes. Mais les chimistes ne nous ont encore fourni que peu ou point de données pour arriver à ce résultat. Nul même d'entre eux n'a eu l'idée d'analyser tous les tissus d'une manière comparative; chacun ne s'est attaché qu'à telle ou telle partie , prise tantôt sur un animal, tantôt sur un autre , et Berzelius lui-même , qui est cepen • dant celui à qui nous devons le plus d'analyses , a examiné les os et l'urine dans l'espèce humaine , les muscles et la bile dans l'espèce bovine. L'école d'Autenrieth est la seule d'où soit sortie , avec d'autres excellens travaux propres à répan-
dre du jour sur la chimie , une analyse comparative de pluseurs organes humains. En effet , Wienholt (1) a opéré pour cela sur le cadavre d'un homme bien portant , qui avait péri par l'action du froid ; cependant il ne réduisit les organes qu'en albumine non coagulée , matière extraclive aqueuse , et matière insoluble dans l'eau , qualifiée par lui de fibrine , sans noter les quantités d'extrait alcoolique mêlées avec chacune de ces substances , et sans distinguer ni la matière insoluble dans l'eau, ni les principes constituans inorganiques. Enfin les analyses que divers chimistes ont données ne peuvent point être mises en regard les unes des autres , chacun ayant suivi une méthode particulière ; or l'exemple de Gmelin et de Wienholt (2) montre combien une différence , même légère, dans la manière d'opérer, peut en apporter de grandes dans les résultats ; tous deux ont examiné le rein humain à peu près d'après la même méthode , seulement l'un se contenta de hacher l'organe et de l'épuiser avec de l'eau sur un linge, tandis que l'autre le pila et l'exprima dans un sac de toile ; or le premier obtint 0,0384 d'albumine et 0,0347 de fibrine, l'autre 0,1250 d'albumine et 0,0208 de fibrine.
Dans un tel état de choses, il serait imprudent de fixer d'une manière quelconque les proportions des parties consituantes de la substance organique , et le rapprochement des diverses analyses ne peut conduire à rien de satisfaisant. Nous ne devons cependant point l'omettre ici ( § 835 ) , puisqu'il faut commencer à tirer quelques résultats des observations éparses recueillies par les chimistes ; si ces résultats sont inexacts, si même ils sont monstrueux , ils indiquent au moins l'état présent de nos connaissances , et ils pourront faire naître des travaux conçus d'après un meilleur plan. ,
(1) Tuehinger Blcetter fuer Naturwissenschaften vnd Arzneikunde , t. I, p. 354.
(2) Ibid., p. 364.
PROPORTION DES ÉLÉMENS CHIMIQUES. 53 I. Froportion des principes constituans chimiques.
A. Proportion des èîémens chimiques.
§ S35. I. L'antagonisme, qu'on reconnaissait pour le principe de la chimie , fut cherché pendant long-temps , et surtout depuis Sylvius, dans l'acidité et l'alcalinité des substances organiques, que l'on avait même classées d'après cette considération. Dans ces derniers temps, Berzelius (1) a posé en principe que les produits sécrémentitiels , comme la bile , le sperme , la salive et le liquide des yeux , sont alcalins , tandis que les produits excrémentitiels, comme l'urine , la transpiration cutanée , le lait , contiennent de l'acide libre. Beaucoup d'auteurs ont admis cette distinction ; tel est , entre autres , Nauche , qui veut que la vapeur de la peau et la sécrétion de toutes les membranes muqueuses soient acides. Mais , outre que la division en produits ■sécrémentitiels et excrémentitiels est fort précaire , et que la bile , par exemple , qui est alcaline , ne peut être comptée parmi les liquides sécrémentitiels , beaucoup de faits démontrent que l'alcalinité, la neutralité et l'acidité ne sont point des caractères essentiels , et que nous ne pouvons pas juger du caractère chimique d'une substance organique d'après la proprité qu'elle possède ou dont elle est privée de rougir ou de verdir le sirop de violette. Dans plus'de cent expériences qu'a faites Schultze (2) , il a trouvé que les assertions de Berzelius n'étaient point exactes.
1° Le même liquide est tantôt neutre , tantôt acide ou alcalin. Schultze a trouvé la salive alcaline chez les enfans , neutre ou acide chez les adultes ; Milscherlich a constaté qu'elle était la plupart du temps neutre , souvent un peu acide , et rarement alcaline hors du temps des repas. D'après Tiedemann et Gmelin , le suc gastrique est neutre ou faiblement acide à jeun, tandis qu'il a une acidité très-prononcée
(1) Schweigger, Journal fuer Chcmie, t. X , p. 485.
(2) Systematisches Lehrbuch der venjleichendon Anatomio, p. 135
54 PROPORTION DES lîliSÏENS CHIMIQUES,
pendant la digestion. Le suc pancréatique est acide; mais il devient alcalescent durant le cours d'une vivisection. L'urine humaine est presque toujours acide, et cependant on la trouve assez souvent aussi neutre. Schultze a remarqué que la sérosité du tissu cellulaire était alcaline chez les enfans ou les jeunes gens, et acide chez les personnes âgées , que la bile et le lait des Lapins, là sérosité du péricarde chez les Chiens, et le sperme des Cochons d'Inde, étaient tantôt acides et tantôt alcalins , que la synovie et la sérosité péritonéale étaient tantôt neutres et tantôt alcalines.
2° Le même liquide présente des différences dans des points divers du corps. Schultze a trouvé le mucus acide dans la bouche , alcalin dans le nez , le rectum et l'urètre ; la sérosité alcaline dans la plèvre et le péricarde , acide dans les muscles et les nerfs ; il lui a même paru que les couches internes du cristallin de la Grenouille étaient acides , qt les couches externes alcalines.
3° Le même liquide varie chez des animaux différens.. L'urine est acide chez les Mammifères carnassiers , alcaline chez les Chevaux et les bêtes bovines. Suivant Schultze , la bile est acide dans les Chats et alcaline dans les Chiens -, la salive et la graisse du Lapin sont acides , celles du Cheval , alcalines.
II. Toute proportion de composition repose sur l'antagonisme fondamental d'oxygène et de base. Plus un corps est basique et opposé à l'oxygène, plus il a de tendance à se combiner avec ce dernier. Cet antagonisme coïncide avec celui de la polarité électrique , de manière que les métaux alcalins occupent le plus haut rang, tant sous le rapport de l'oxidabililé que sous celui de la polarité électro-positive. Cette coïncidence s'exprime surtout dans les différens corps d'une même classe ; ainsi les métaux forment une série dans laquelle le membre plus oxidable se comporte envers celui qui l'est moins de même qu'un corps animé de l'électricité positive à l'égard de celui qui possède l'électricité négative. Parmi les gaz, l'azote est le moins oxidable et le plus électronégatif , l'hydrogène le plus oxidable et le plus électro-positif. Mais d'autres circonstances semblent influer et déran-
ger cette coïncidence parmi les corps qui appartiennent à des classes différentes ; ainsi , par exemple , le soufre et le phosphore se comportent comme élément électro-négatif envers le silicium et l'or, quoiqu'ils aient infiniment plus d'affinité qu'eux pour l'oxygène. Tandis que tous les autres corps sont tantôt positifs et tantôt négatifs à l'égard les uns des autres , ils sont toujours positifs par rapport à l'oxygène et négatifs envers les métaux alcalisables ; l'oxygène est toujours négatif, et le métal alcalisable constamment positif, du moins si nous en jugeons d'après nos connaissances actuelles. L'oxygène , qui fait décidément antagonisme à toutes les autres substances , est gazeux à l'état de pureté , et parmi les gaz , l'hydrogène est le plus basique et le plus électro-positif; mais l'eau est la neutralité de tous deux , et elle se montre à plusieurs égards le plus neutre de tous les corps. Se fondant làdessus , Gay-Lussac et Thénard ont posé en principe , eu égard à la proportion des élémens dans les substances organiques, que celles qui contiennent de l'oxygène et de l'hydrogène dans les proportions nécessaires pour produire de l'eau ( = 889'. 111 ), sont neutres ou indifférentes, tandis que celles dans lesquelles l' oxygène se trouve en plus ou en moins grande 'quantité , doivent être considérées comme n'étant point neutres. En conséquence de ce principe , les substances végétales, par exemple, contiennent trois classes, relativement à la proportion de leurs élémens.
Carbone.
Oxygène.
Hydrogène.
( Acid.oxaliq.
— l tartrique ( — acélique
f Sncre S Gomme lAmidon
(Résine Cire
Uluile d'olive
Par conséquent
Eau.
Excès.
0,5056 oxyg.
0,2071 id.
0,0287 id.
0,0890 hydr.
0,1191 id.
0,1208 id.
Ce principe
a généralement
trouvé peu d'accueil. En effet,
56 proportion des élémens chimiques.
il s'accordait moins avec la théorie électro-chimique, devenue dominante , qu'avec la théorie antiphlogistique , qui semblait devenir surannée : d'ailleurs il ne s'appliquait point partout , en ce qui concerne l'acidité. Cependant il s'en faut de beaucoup que l'acidité exprime complètement le caractère chimique ; ainsi , par exemple , le sulfide hydrique doit être considéré comme basique , malgré Son acidité , parce qu'il résulte de deux substances combustibles , qu'il brûle avec flamme , qu'il est soluble dans l'alcool et les huiles , que les acides le décomposent,, et qu'en se combinant avec les alcalis, il produit des sels exerçant une réaction alcaline. Un plus haut degré de combustibilité appelle , par aflînité prédisposante , la forme opposée, comme on voit la graisse devenir acide par sa combinaison avec un alcali , ou le smegma cutané prendre le même caractère quand il est plus développé (§ 821, V.) Mais la proportion de l'oxygène et de l'hydrogène paraît être la circonstance la plus importante. Sous ce rapport , on peut classer les matières animales de la manière suivante , d'après les analyses connues jusqu'à ce jour, et dont les résultats sont indiqués ici en dix-millièmes.
Substances.
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