IX. Union chimique
III. L'effet de l'affinité est porté plus loin quand il y a pénétration réciproque, c'est-à-dire lorsque deux substances hétérogènes s'unissent ensemble de manière qu'elles ne peuvent plus être distinguées l'une de l'autre , mais que cependant leur combinaison ne représente point un troisième corps tout nouveau, et conserve la forme d'une des substances constituantes, réunit les qualités des deux parties coropo-
UNION DES PARTIES ORGANIQUES. 5l
santés, et laisse apparaître celles-ci sans changement dès qu'elles viennent à être séparées. Ce qui caractérise l'organisme, c'est que les parties qui le constituent se pénètrent réciproquement avec leurs différentes formes de cohésion : le gaz contient de la substance liquide et de la substance solide , tout comme le liquide renferme de la substance gazeuse et de la substance solide , ou le solide de la substance gazeuse et de la substance liquide , non sous leurs formes particulières , mais sous la sienne propre , et par conséquent enchaînées ou latentes en lui. La physique mécanique regarde la matière comme absolument impénétrable ; elle croit impossible de concevoir la coexistence de deux matières dans un même espace , et elle soutient en conséquence que la pénétration est purement apparente , qu'elle ne consiste qu'en une agrégation, les uns auprès des autres, d'atomes invisibles, dans des vides également invisibles. Mais comme, dans les combinaisons dont nous parlons , on ne remarque aucune différence de substance , comme on ne voit pas que le solide y présente aucun vide , comme nos sens ne nous y font apercevoir nulle limitation du liquide , la physique empirique admet que des substances auparavant séparées dans l'espace se sont réunies là dans un espace commun, et elle laisse à des recherches ultérieures le soin de déterminer s'il y a ou non contradiction entre les données fournies par les sens et les lois rationnelles.
3° Une dissolution , mode de pénétration dans lequel une substance solide est prise par un liquide , ou une substance liquide par une autre gazeuse , a lieu pour tous les fluides sécrétoires. Le dissolvant le plus général de la subtance organique est l'eau : mais les alcalis et leurs sels sont les principaux agens qui favorisent ou rendent possible la dissolution , à laquelle les acides paraissent prendre moins de part. A son tour, l'eau détermine, du moins en partie, la dissolution de substances solides dans l'air. Enfin la stéarine est portée à l'état liquide par Maine , ou la graisse en général rendue soluble dans l'eau par la saponification.
4tt L'imbibilion , qui consiste en ce que le liquide est reçu dans un corps doué d'une cohésion supérieure à la sienne , est
commune à toutes les parties solides. Nous désignerons sous le nom d'affinité d'imbibition le rapport entre le liquide elle solide qui détermine ce mode de pénétration. Ainsi le phosphate calcaire de l'os est imbibé de gélatine, la fibre du muscle l'est de cruor , la substance cornée du poil l est de graisse , et dans toutes ces parties on n'aperçoit rien absolument d'où l'on puisse conclure que les deux substances se trouvent l'une à côté de l'autre seulement.
5° Le plus général de tous les modes est l'imbibition par de l'eau. La substance organique a de l'affinité adhésive pour l'eau , et cette affinité est plus forte en elle que dans la plupart des corps inorganiques. Aussi ne se contente-t-elle pas de s'imbiber lorsqu'elle s'y trouve plongée immédiatement , cas dans lequel, comme l'a fait voir Chevreul , elle peut quelquefois en absorber une quantité qui dépasse son propre poids du double ; mais encore elle l'attire de l'atmosphère , ou, en d'autres termes, elle exerce une action hygrométrique. Elle enchaîne cette eau de manière à ne plus paraître mouillée; l'albumine , par exemple, quand elle se coagule, admet en elle et rend latente, comme une sorte d'eau de cristallisation, l'eau dans le sein de laquelle elle était dissoute. Mais, de même que le mucus ou le globule du sang se gonfle dans l'eau , par imbibition , de même aussi la substance organique en général y augmente de volume , et comme cet accroissement devient surtout manifeste dans les substances sèches et filiformes , qu'il rend plus longues , les poils qui composent les aigrettes des Synantherées , les poils de l'homme et des animaux , ou les filamens de la substance appelée baleine , servent d'hygromètres , parce qu'ils s'étendent à proportion de l'eau dont est chargée l'atmosphère , à laquelle ils l'enlèvent. Mais l'eau ne se borne point à augmenter le volume ; elle procure encore les propriétés mécaniques, la mollesse, la flexibilité, l'extensibilité et l'élasticité qui caractérisent la substance organique, celle surtout du corps animal ; aussi les tendons et les cartilages, auxquels la dessiccation a fait perdre ces qualités, les recouvrent- ils dans l'eau, tandis que d'autres liquides, comme l'huile ou l'alcool , ne les leur rendent point. Le degré de l'imbibition aqueuse est déterminé par la capacité de
UNION DES TARÎIES ORGANIQUESv 33
la substance organique , par l'affinité adhésive des alentours pour l'eau , par la pression de l'atmosphère et pur la température. En effet, les divers'principesoonstituans et tissus organiques ont une capacité différente pour l'eau, de manière qu'ils en absorbent plus ou moins avant d'atteindre leur point de saturation, et qu'ils la retiennent avec plus ou moins de force : ainsi le tissu cellulaire est celui qui en prend le plus ; le muscle en absorbe moins , le tendon ou le cartilage moins encore , et la fibrine se dessèche plus promptement que l'albumine.
Les corps qui ont davantage d'affinité pour l'eau l'enlèvent à la substance organique , comme fait par exemple le papier gris à l'égard de la fibre musculaire : l'atmosphère se met dans une sorte d'équilibre avec le corps organique , sous le rapport de la quantité d'eau , de manière qu'elle en soustrait à ce corps , quand elle-même est sèche , ce qui n'empêche pas qu'à raison de son -affinité pour le liquide, celui-ci n'en retienne toujours une certaine quantité lorsque sa masse n'est point trop peu considérable proportionnellement à l'étendue de la surface mise en contact avec l'air. Ainsi Rumford (1) a trouvé qu'en se desséchant à l'air, le bois de Chêne conservait ordinairement 0,12 de son poids d'eau, et qu'il y en avait encore 0,07 dans du bois de cette espèce qui était cependant au sec depuis plus de cent ans.
La pression de l'atmosphère favorise l'imbibition ; de même qu'une ventouse, appliquée sur une plaie empoisonnée , empêche l'absorption du venin, qui dépend en grande partie de l'imbibition (§ 726, 7°), de même aussi la substance organique , placée sous le récipient de la machine pneumatique , s'y dessèche beaucoup plus tôt qu'à l'air , surtout lorsqu'il se trouve à côté d'elle un corps doué d'une grande affinité adhésive pour l'eau , tel que la potasse caustique ou le chlorure de calcium.
Enfin la chaleur triomphe de l'affinité adhésive et de l'imbibition , en volatilisant l'eau.
0° Il y a plusieurs corps inorganiques, notamment l'eau et
(I) roïgendorff, Annalen der Physik Und Chanta, t. XL, p. 10. VIII, 3
3/j. UNION DES TARTIES ORGANIQUES.
les terres , qui absorbent de l'air , parfois même en plus grande quantité que leur propre volume , qui par conséquent le rendent latent et le condensent. De même aussi la substance organique manifeste cette affinité pour l'air à un très-haut degré. Dallon (4) a prouvé de la manière suivante l'existence d'une quantité considérable d'air combiné dans le corps humain.
Les seuls espaces qui contiennent de l'air libre sont les poumons et l'estomac , ayant une capacité les premiers de cent et l'autre de cinquante pouces cubes; mais le volume du corps humain est d'environ quatre mille cinq cents pouces cubes ; après en avoir déduit ces cent cinquante pouces cubes d'air, il reste quatre mille trois cent cinquante pouces cubes de parties solides et liquides; maintenant, comme celles-ci ont , terme moyen , une pesanteur spécifique de 1050, leur poids, pour le volume indiqué, devrait être égal à celui de quatre mille cinq cent soixante-sept pouces cubes d'eau , c'est-à-dire s'élever à cent soixante et quatre livres ; cependant le poids réel d'un homme vivant du volume en question n'est que de cent quarante-six livres , c'est-à-dire égal à celui de quatre mille quarante-quatre pouces cubes d'eau ; par conséquent il faut que , pendant la vie , les parties solides et liquides soient pénétrées d'air, et qu'elles acquièrent ainsi une pesanteur spécifique inférieure à celle qu'elles ont, prises isolément , et après la mort , quand une partie de leur air s'est dégagée.
Dalton allègue encore , à l1 appui de ce raisonnement , qu'en appliquant la main à l'orifice du récipient d'une machine pneumatique , on sent qu'elle est attirée et qu'elle se gonfle, parce que l'air contenu en elle tend à s'échapper. Mais une preuve immédiate de l'existence d'air que la pression de l'at-v mosphère retient dans le corps organique , nous est fournie par le fait que toute partie quelconque de ce corps qu'on place sous le récipient de la pompe aspirante, en laisse échapper (2).
Les sécrétions des membranes muqueuses et des glandes ,
(1) Bibliothèque universelle de Genève , t. LIV, p, 430.
(2) Weber, Anatomie des Mcnschen, t. I, p. 58.
le mucus , la salive , la bile , l'urine , le lait , sont les produits organiques qui donnent le plus d'air. L'air qui s'en dégage les gonfle à tel point que la bile devient dix et la salive douze fois plus volumineuses qu'elles ne Tétaient auparavant. Il paraît ne point être venu du dehors , et s'être mêlé avec les liquides pendant l'acte même de leur formation , car le lait qu'on vient de tirer en donne beaucoup , et quand on le lui a enlevé, il n'en soutire point d'autre à l'atmosphère dans l'espace de six heures.
Gomme il ne peut pas manquer d'arriver qu'au milieu des nombreux déplacemens des organes les uns par rapport aux autres , il se forme çà et là des vides , ces espaces sont aussitôt remplis par des vapeurs ou des gaz qui se dégagent des parlies environnantes, solides ou liquides (§ 70!J, 6', 7°; 715; 814, I).
7° C'est aussi l'imbibition qui fait que les liquides ne se bornent point à pénétrer la substance organique , mais qu'encore ils la traversent , c'est-à-dire qu'après avoir été mis sur l'une des surfaces d'une partie membraneuse , ils apparaissent au bout de quelque temps sur là surface opposée , sans qu'il y ait de pores ou de canaux visibles. Cette perméabilité de la substance organique fut démontrée d'abord par Kaaw et Albinus, admise par Haller(l), mais conjointement avec des pores invisibles , adoptée ensuite par Wolff (2) , mais sans annexion de l'hypothèse des pores , constatée , dans ces derniers temps, par les expériences nombreuses de Lebkuchner (3) et de Foderà(4), enfin présentée parJDutrochet sous les noms d'endosmose et d'exosmose (*) , et étudiée depuis lors par divers physiciens.
Les parties du corps qui paraissent être le plus perméables, après le tissu cellulaire , sont les vaisseaux capillaires et les
(4) Elément, physiolog., t. I, p. 35.
(2) Abhandlungen ueher die Nulritionskraft , p. 18, 25.
(3) Archives générales , t. VII , p. 424.
(4) Recherches expérimentales sur l'absorption et l'exhalation. Paris 1824 , ïn-8°.
(*) Mémoires pour servir à l'histoire anatomique^et physiologique des végétaux et des animaux , Paris ^.837 , t. I , p. 1 et suiv.j
membranes séreuses ; viennent ensuite les membranes muqueuses.
8° Peu de temps après que les injections eurent été imaginées, on remarqua que les liquides poussés dans les artères transsudaient à travers les vaisseaux capillaires (1). Albinus, entre autres (2), qui avait observé le passage non interrompu du sang des artères dans les veines, demeura convaincu , par cette transsudation en forme de rosée , que les parois des vaisseaux étaient perméables , malgré leur densité. Il est surtout très-commun , comme l'a vu par exemple Mascagni, que, quand on injecte un cadavre , la portion liquide s'échappe , andis que la matière colorante qu'elle tenait en suspension demeure dans les vaisseaux. Legallois (3) fait remarquer que les capillaires sont les seuls dans lesquels cette pénétration ait lieu. Kaaw, Haies et Mascagni ont reconnu qu'elle s'opère surtout avec une grande facilité dans les capillaires de la trachée-artère, qu'elle est moins commune dans ceux de l'intestin, et moins encore dans ceux du tissu cellulaire (4). Les vaisseaux gorgés de sang sur lesquels on applique une double ligature , ne tardent pas à devenir flasques , et au bout de quelques heures ils ne contiennent plus qu'une petite quantité de sang coagulé , comme l'ont observé Mascagni et Ségalas (5). Emmert a vu du sang transsuder dans la cavité des intestins après la ligature d'une veine mésentérique (6). Suivant Andral (7), le cyanure de potassium, injecté dans un vaisseau d'un cadavre , apparaît, au bout de quelque temps, à la surface extérieure de celui-ci , et y décèle sa présence par la couleur bleue qu'il fait naître au contact d'une dissolution de sulfate de fer. Une veine de cadavre, qu'on a remplie d'a-
(1) Elément, physiolog., t. I, p. 35.
(2) Academ. annotationes , t. III , p. 47.
(3) Œuvres, t. II, p. 428.
(4) "Weber, Anatomie des Menschen , t. III , p. 52.
(5) Journal de Magendie, t. IV, p. 291.
(6) Tuebinycr Blœtter faer Naturwissenschaften und Arsneiknnde , t. I . p. 97.
(7) Trécis d'anatomie pathologique , 1. 1 , p. 63.
cide carbonique, trouble l'eau de chaux, selon Lebkuchner (1), non seulement dans le verre où on la plonge, mais même dans l'intérieur d'une autre veine qu'on met en contact avec elle. Foderà (2) a observé , sur des animaux vivans, que quand on injecte de l'extrait de noix vomique dans l'artère carotide embrassée par deux ligatures , l'empoisonnement a lieu au bout de quelque temps , et que les symptômes qui l'annoncent se manifestent en quatre à dix minutes lorsque, dans une plaie faite à un animal , on introduit un morceau de vaisseau sanguin d'un autre animal, plein d'une dissolution d'extrait de noix vomique , lié aux deux bouts et bien lavé au dehors.
9° Des substances étrangères parviennent également du dehors dans les vaisseaux sanguins. Prochaska (3) prit une artère pleine d'eau pure , et liée aux deux bouts , la plongea dans une dissolution de sel , et trouva , au bout de deux heures , que l'eau contenue dans son intérieur avait une salure égale à celle de l'eau du récipient. Foderà a remarqué le même phénomène (4), quand il avait plongé l'artère dans un acide affaibli. Suivant Autenrieth (5), l'acide nitrique qu'on passe légèrement sur une veine , détermine le sang contenu dans ce vaisseau à se former en un caillot de couleur terreuse. Foderà (6), ayant plongé une anse intestinale d'un Lapin vivant dans de l'acide sulfurique étendu , trouva , au bout de quelques instans, que le sang contenu dans les vaisseaux avait une couleur noire et était coagulé. Lorsqu'il avait complètement isolé une artère ou une veine , en ayant même soin de glisser dessous une petite planchette , et qu'il en frottait la surface libre avec une dissolution d'extrait de noix vomique , les symptômes de l'empoisonnement éclataient , et le sang
(1) Loc. cit., p. 436.
(2) Recherches sur l'absorption , p. 10.
(3) Bemerkumjen ueler den Organismus des monschliche» Kœrpers , p. 52.
(4) Loc. cit., p. 9.
(o) Handbuch der cmpirisch.cn Physiologie , t. II , p. 147. (6) Loc. cit., p. 30.
contenu dans le 'vaisseau acquérait une saveur amère (1). Lebkuchner (2) a constaté aussi que le cyanure de potassium , l'ammoniure de cuivre, l'essence de térébenthine, l'éméline et l'extrait de Causse angusture pénétraient tlans le sang des veines à la surface desquelles il étalait légèrement ces substances; il s'en est convaincu, tantôt par l'effet des réactifs, tantôt par l'odeur , ou par la manifestation consécutive des phénomènes de l'empoisonnement.
40° Les substances qu'on introduit dans la cavité de vésicules séreuses , se portent au dehors en traversant les parois de ces dernières. Lebkuchner (3) a fait plusieurs expériences sur le péritoine de Chats vivans , pour établir ce fait. Lorsqu'il avait injecté de la bile de Bœuf, au bout de douze minutes, il trouvait que la face externe du péritoine salissait'le papier et lui communiquait une saveur amère; sept minutes .'.près l'injection de l'encre, il voyait les muscles internes du bas-ventre présenter une teinte noirâtre ; du papier frotté contre la surface externe du péritoine , deux ou trois minutes après l'injection d'une dissolution de chlorure de fer dans la cavité abdominale, bleuissait par le cyanure de potassium, ou prenait cette teinte par le chlorure de fer, si l'injection avait été faite avec du cyanure de potassium. De même, suivant Mayo (4), une heure après avoir versé de l'encre dans la cavité pectorale d'un animal vivant , on trouve les muscles iutercostaux internes, le péricarde et la surface du cœur offrant une teinte noirâtre.
11° Les vésicules séreuses ne sont pas moins perméables de dehors en dedans. Lebkuchner (5) a constaté , au moyen des réactifs, que le cyanure de potassium ou l'ammoniure de cuivre, mis en contact avec la surface externe du péritoine, se retrouvait au bout de deux minutes dans la cavité de cette
(1) Loc. cit., p. 9.
(2) Loc. cit., p. 439.
(3) Meckel , Deutschcs Archiv , t. IV, p. 518.
(4) Outlines of liuman physiology , p. 98.
(5) Meckel, Deutsches Archiv, t. IV, p. 519.
membrane, et qu'il ne fallait non plus -que trois minutes au réactif pour traverser la plèvre.
12° A 1 égard des membranes muqueuses , Kaaw et autres observateurs avaient déjà prouvé que l'eau traverse les parois de l'estomac (1) et des intestins (2). Quand Mascagni poussait de l'eau dans le canal intestinal ou la vessie urinaire d'un animal qu'il venait de mettre à mort', il en transsudait un peu à la surface extérieure de ces organes , mais les matières colorantes mêlées avec le liquide restaient dans l'intérieur. Tiedemann et Gmelin (3) ont trouvé , chez un Cheval auquel ils avaient fait avaler de la teinture d'indigo , la membrane muqueuse de la moitié supérieure de l'intestin grêle entièrement imbibée de matière colorante; le tissu cellulaire unissant la tunique muqueuse à la tunique musculaire était également bleu, et tellement même,!que l'eau n'enlevait point la couleur. Chez des Lapins, au dire de Lebkuchner, du sulfate de fer ou du cyanure de potassium transsudait en huit minutes de l'intestin au dehors , et en seize minutés du dehors dans l'intestin ; l'ammoniure de cuivre sortait de l'intestin au bout de quelques heures, et l'encre au bout de trois. Foderà (4) fit sortir de l'abdomen d'un Lapin une anse intestinale longue de plusieurs pouces , la lia aux deux bouts, la détacha du mésentère, la remplit d'une dissolution d'extrait de noix vomique , la repoussa dans le ventre , et vit se manifester bientôt après les phénomènes ordinaires de l'empoisonnement. Lorsque Muller (5), après avoir introduit du cyanure de potassium dans un petit flacon, bouchait l'orifice très-étroit de ce dernier avec la vessie urinaire ou le poumon d'une Grenouille , frottait la surface supérieure de la membrane avec un pinceau trempé dans une dissolution de chlorure de fer , et renversait ensuite le flacon , il voyait
(1) Haller, Elément, physiolog., t. VI , p. 162.
(2) Uni., t. VU, p. 17.
(3) Recherches sih- la route que prennent diverses substances pour passer de l'estomac et du canal intestinal dans le sang , p. 25.
(4) Loc. cit., p. 10.
(5) Hmdbv.chJ.er Physiologie, t. I, p, 233,;
la couleur bleue se prononcer à l'extérieur au bout d'une seconde déjà. Enfin, J. Davy (1) a vu, sur un Chien, immédiatement après la mort duquel il avait poussé de l'air dans les poumons, cet air pénétrer à la surface de l'organe, en traversant la plèvre.
13° D'après les observations faites par Lebkuchnor sur des cadavres humains, le cyanure de potassium pénétrait en sept à huit heures de la face interne de la peau à l'externe , et en huit ou neuf heures de la face externe à l'interne ; sur des Lapins morts , la pénétration du dehors en dedans de la peau avait lieu en cinq héures pour le cyanure de potassium , en six pour l'acide sulfurique , en dix pour l'huile de térébenthine et le camphre , en vingt-quatre pour l'acide acétique , en quarante-huit pour l'ammoniure de cuivre. Chez des Lapins et des Chats vivans , sur les parties rasées de la peau desquels on avait fait des frictions avec l'acétate de plomb , le chlorure de barium , le tartre slibié , le cyanure de potassium, l'acide sulfurique , l'huile camphrée , l'essence de térébenthine , ces substances décelèrent au bout de quelque temps leur présence à la surface inférieure de la peau , ainsi que dans le pannicule adipeux sousjacent et la substance musculaire.
14° Selon Lebkuchner , les substances pénètrent avec plus de rapidité encore à travers les membranes scléreuses. Le cyanure de potassium traversa l'aponévrose crurale d'un cadavre humain en une heure , l'acide hydrochlorique en une demi-heure , le camphre en cinq minutes. Celle d'un Lapin vivant fut traversée en huit minutes par le cyanure de potassium. Eble fait remarquer (2) qu'on peut exprimer l'humeur aqueuse de l'œil, de manière à la faire suinter comme une rosée sur la surface extérieure de la cornée transparente.
15° Mayo cite, comme exemples de la perméabilité delà substance musculaire , que la viande qu'on immerge dans de l'eau salée ne tarde pas à s'en imprégner entièrement, et que
(d) Philos. Truns., 4823, p. 507.
(2) Uvber den Bau und die Krankheiten dey Bindehaut des Auyes , p. 28,61.
quand on a versé un acide étendu dans le péricarde d'un Chien mort, l'eau chaude qu'on fait couler par une artère coronaire dans l'oreillette droite , paraît acide au bout de quatre ou cinq minutes.
46° Tous ces faits , joints à d'autres qui ont déjà été rapportés précédemment ( § 461, II, 4°-12°; 634,10°) , mettent hors de doute la perméabilité générale de la substance organique. Elle se manifeste dans des points où l'on ne peut ni démontrer , ni concevoir de voies ouvertes , même assez longtemps après la mort , et par conséquent sans le moindre concours de l'activité vasculaire. Comme sa rapidité varie suivant les substances sur lesquelles on opère , et qu'en ce qui concerne les liquides organiques, elle n'a guère lieu qu'après la mort (§ 634) , il faut qu'elle dépende d'affinités sur lesquelles l'activité vitale peut exercer de l'influence.
L'affinité adhésive du liquide pour le solide , qui détermine une liqueur à se répandre dans des espaces étroits, même contre la loi de la pesanteur, et qu'on nomme capillarité, ne peut être considérée que comme un premier pas fait vers la pénétration dans la substance elle-même , c'est dire vers l'imbibition ; mais elle n'est point identique avec cette dernière , et moins encore avec la transsudation , ou l'apparition à l'autre surface de la substance. Aussi Dutrochet a-t-il pu trouver que la faculté de pénétrer à travers une substance organique , ou l'endosmose , est en raison directe de l'ascension dans les tubes capillaires pour les liquides huileux , en raison inverse pour les liqueurs salines , et que l'endosmose croît avec la température, tandis que la capillarité diminue. Lorsqu'un liquide a pénétré ou imbibé une partie organique , en vertu de son affinité , il ne la traverse , ou ne sort de l'autre côté, que quand il est ou poussé du côté par lequel il entre, ou attiré du côté par lequel il sort. Le premier cas peut avoir lieu, indépendamment de toute pression mécanique , lorsqu'il y a, entre les couches diverses de la substance organique , inégalité sous le point de vue de l'affinité et de la capacité d'imbibition. Il est plus général et plus certain que la pénétration soit déterminée par une autre substance organique, qui, pour arriver au même degré d'imbibition , soustrait à la sub-
stance déjà imbibée le liquide dont celle-ci s'est emparée : une vessie qui est pleine d'un liquide , et dont les parois sont imbibées de celui-ci, ne le laisse transsuder d'une manière sensible que quand elle se trouve , par sa surface extérieure , en contact avec un corps solide ou liquide, qui attire à lui soit la liqueur qu'elle renferme , soit la substance que cette liqueur tient en dissolution. Si donc une couche du corps organique s'est imbibée d'une dissolution, et que la couche sous-jacente tende à s'imbiber également soit de la dissolution entière, soit seulement du liquide dissolvant, ou bien si la liqueur placée au dessous tend à se charger, soit de la dissolution , soit de la substance dissoute , il faut ou que le liquide entier, ou qu'une de ses parties passe à l'autre surface de la première couche^
17° Cette attraction doit être accrue lorsqu'il y a antagonisme électrique entre le liquide placé au dehors et le liquide placé au dedans de la couche organique ainsi imbibée. Suivant Foderà (1), une dissolution de sulfate de fer ou de cyanure de potassium traversa une vessie en quelques minutes , même en quelques secondes , sous l'influence du galvanisme, tandis que, sans cette dernière, elle ne le faisait qu'en une demi-heure ou une heure et demie. Dans la première expérience de ce genre , faite par Wollaston , un tube de verre , fermé à sa partie inférieure par une vessie , fut empli d'une dissolution saline , dans laquelle plongeait un fil de zinc , et posé sur une pièce d'argent ; dès que cette dernière se trouva en contact avec le fil. de zinc , le liquide salin traversa la vessie et parut au dehors. Dans l'expérience que nous avons rapportée ailleurs (§ 461, 7°), Porret vit l'eau de la moitié du cylindre séparée de l'autre par une membrane tendue , et dans laquelle plongeait le conducteur du pôle négatif d'une pile galvanique , monter tellement , qu'elle dépassa enfin de trois quarts de pouce le niveau de l'autre moitié , mise en rapport avec le pôle positif , quoiqu'elle ne consistât d'abord qu'en quelques gouttes seulement. L'eau qui se trouvait au
(1) Loe. cit., p. 22. 1]
pôle positif avait donc passé à travers la membrane animale, parce que l'eau qui communiquait avec le pôle négatif l'avait attirée.
Maintenant on pourrait expliquer ce phénomène en disant que l'eau était dévenue oxygénée au pôle positif et hydrogénée au pôle négatif. C'est ce que semblent indiquer d'autres expériences , dans lesquelles des acides sont attirés par des bases , à travers une vessie. Ainsi , lorsque Fischer (1) emplissait en partie d'eau un tube fermé inférieurement par une vessie, sur laquelle reposait un fil de fer, etqu'il mettait ce tube dans un vase contenant une dissolution de sulfate de cuivre , il voyait l'eau monter dans le tube , le fil métallique qu'elle contenait s'oxider, et du cuivre se précipiter dans le vase. La même chose arrivait quand le vase contenait seulement de l'acide sans métal , ét l'eau s'élevait d'autant plus dans le tube que le métal formant le fil était électro-positif ou avait de l'affinité pour l'oxygène. Wach (2) a remarqué aussi que quand il prenait deux tubes en partie pleins d'eau et fermés en bas par une vessie , qu'il mettait dans l'un un morceau de zinc ) dans l'autre un morceau de cuivre , qu'il les plongeait tous deux dans une dissolution de cuivre , et qu'il faisait communiquer les métaux ensemble par le moyen d'un fil d'argent , l'eau montait dans le tube contenant du zinc et baissait dans celui qui contenait du cuivre. Il résulte également des expériences de Dulrochet qu'un intestinplongédans l'eau s'y gonfle s'il contient une dissolution d'alcali, et s'y vide, au contraire, s'il renferme un acide 3 d'où il suit que l'acide est attiré par l'eau et l'eau par l'alcali.
Cependant l'antagonisme chimique ne paraît point coïncider ici toujours avec l'antagonisme électrique. Lorsque Foderà (3) emplissait une vessie d'une dissolution de cyanure de potassium , la couvrait extérieurement d'un linge trempé dans une dissolution de sulfate de fer, introduisait le conducteur du pôle négatif d'une pile voltaïque dans la vessie , et mettait ce-
(1) Poggendorff , Ànnalcn der Physih , t. LXXII , p. 303.]
(2) Schweigger, Journal fuer Ckemie , t.LVIII, p. 33.
(3) Loc. cit., p. 22.
lui du pôle positif en contact avec le linge, il voyait paraître une couleur bleue dans la vessie, et c'était le linge qui bleuissait quand il renversait les pôles. De même, quand on a mêlé du suc de violette avec l'eau contenue dans deux espaces séparés par une vessie, l'eau qui monte au pôle négatif verdit, et celle qui baisse au pôle positif, rougit , de sorte qu'on ne voit point ici d'eau oxygénée se porter au pôle négatif.
18° Dutrochet a trouvé que la densité proportionnelle exerce de l'influence. L'eau est attirée à travers la vessie par une dissolution de gomme , de sucre ou de sel , et quand les deux liquides tiennent en dissolution la même substance , mais dans des proportions diverses , la dissolution la moins chargée est attirée par celle qui l'est davantage. Aussi Dutrochet expliqua-t-il lés phénomènes qui précèdent , en disant que l'eau perd de l'oxygène au pôle positif, qu'elle y devient plus chargée d'hydrogène, que, par conséquent, elle y acquiert une légèreté spécifique plus grande, particularités en raison desquelles elle est attirée par l'eau située au pôle négatif , qui est plus chargée d'oxygène et par conséquent plus dense (*).
Cependant la diflërence de densité paraît ne point être toujours déterminante. Suivant Faust (1) , une vessie à demi pleine d'air atmosphérique ou de gaz hydrogène , se gonfle dans du gaz acide carbonique , et une autre vessie pleine de ce dernier gaz en perd lorsqu'on la plonge dans de l'air at* mosphérique ou dans du gaz hydrogène. Ici donc c'est le gaz le plus dense qui est attiré par le moins dense.
19° De tous ces faits , il découle qu'en général l'hétérogénéité de deux liqueurs séparées par une membrane animale les détermine à traverser celte dernière , et que l'attraction est exercée tantôt par le liquide du pôle négatif sur celui du pôle positif , tantôt par la liqueur basique sur celle qui contient davantage d'oxygène, tantôt par la plus dense sur celle qui l'est moins.
Mais des recherches ultérieures ont appris qu'ici l'attraction n'est point unilatérale , qu'elle est mutuelle , au contraire , et
(*) Mémoires sur les végétaux et les animaux , t. II , p. 447. (1) Bulletin des sciences médicales , t. XXV, p. 303.
UNION DSS PARTIES ORGANIQUES. /fi
qu'il y a pénétration de part et d'autre, seulement à des degrés divers. Dutrochet, dans des expériences faites avec la pile galvanique , a reconnu qu'outre l'adfluxion plus forte vers le pôle négatif, il s'en opérait une aussi en sens inverse; il a trouvé qu'une certaine quantité de la liqueur la plus dense passait également dans celle qui l'était moins, et que quand on avait renfermé du gaz acide carbonique dans une vessie , celle-ci, au bout de quelque temps, avait perdu la plusgrande quantité de son acide, qui s'était échappé dans l'atmosphère, et que ce qu'elle en contenait encore était mêlé avec un peu d'air atmosphérique. Déjà Foderà (1) avait observé que la pénétration a lieu des deux côtés simultanément; lorsqu'il (2) avait empli une anse intestinale d'une dissolution de cyanure de potassium, et mis cette anse dans une capsule contenant une dissolution de chlorure de calcium , il trouvait , quelque temps après, du chlorure de calcium dans l'intestin et du cyanure de potassium dans la capsule ; la même chose avait lieu en opérant avec de l'acide sulfurique et de l'acide hydrochlorique , avec la teinture de tournesol et l'infusion de noix de galle ; du chlorure de barium ayant été introduit dans la veine pulmonaire d'une Brebis , et du cyanure de potassium dans sa trachée-artère , on retrouva le premier dans les bronches et le second dans la veine ; un peu de chaque liquide s'était donc porté vers l'autre.
D'après les observations de Graham (3), qui sont d'ailleurs en contradiction avec celles de Faust, la proportion de la pénétration réciproque est déterminée , à l'égard des gaz , par la densité : le gaz hydrogène attire , dans le réservoir qui le contient, l'air atmosphérique plus pesant que lui, mais il est attiré lui-même en plus grande quantité par ce dernier, de sorte que le réservoir se vide ; au contraire , l'acide carbonique, en vertu de sa pesanteur plus considérable , attire davantage l'air atmosphérique et s'échappe en moindre quantité
(d) Loc. cit., p. 28,
(2) Loc. cit., p. d8.
(3) Poggemlorff, Annulai der l'hytik und Chomie , t, CIV, p. 331.
dans l'atmosphère , de manière que le réservoir devient plus plein qu'il ne l'était auparavant.
Une affinité élective peut aussi s'exercer entre deux liquides qui contiennent des principes constiluans divers. D'après Staple (Ij, quand une anse intestinale, pleine d'une dissolution de gomme et de rhabarbarine , était plongée dans de l'eau, il pénétrait de cette dernière dans l'intestin, et de la rhabarbarine passait de l'intestin dans le liquide. Une autre portion diuteslin fut emplie d'une dissolution de sulfate deferet plongée dans de l'eau contenant du cyanure de potassium ; de l'eau seule pénétra dans l'intestin , mais le selde fer sortit en partie de ce dernier et colora l'eau extérieure en bleu.
20° Mais , de quelque côté qu'ait lieu l'attraction la plus forte, ce qu'il y a partout d'essentiel dans ces phénomènes, c'est la tendance des substances hétérogènes à rétablir l'homogénie. Magnus a observé que le liquide le plus deuse monte, c'est-à-dire attire, à travers la vessie, le liquide de même composition, mais moins chargé, jusqu'à ce qu'il soit parvenu au même degré de concentration, et que quand les deux liqueurs sont également concentrées , mais de composition diverse , la pénétration mutuelle a lieu jusqu'à ce que la nature chimique soit devenue la même de part et d'autre.
La pénétrabilité n'appartient exclusivement ni au corps vivant, ni même à la matière inorganique , et on la retrouve aussi dans le règne inorganique ; des corps poreux , tels que l'ardoise ou des cloches fêlées permettent un échange de substance. Cependant la pénétration ne se rattache pas uniquement à des circonstances mécaniques ; le carbonate calcaire ne donne lieu , suivant Dutrochet , à aucun phénomène d'endosmose, malgré sa grande capillarité.
Le même observateur a remarqué que l'albumine ne se mêle point avec l'eau située immédiatement au dessous d'elle, mais que , quand une vessie humide vient d'être interposée entre les deux liquides, le mélange s'effectue bientôt. La
(1) Kaslner, Archiv fuer die gemmmte Naturlehre , t. XXI , p, 282.
présence d'une cloison est donc une condition nécessaire ; il faut que cette cloison ait de l'allinilé avec les deux liquides entre lesquels elle est placée , et qu'elle s'en imbibe; lorsque tous deux viennent à se rencontrer en elle, aussitôt on voit s'éveiller la tendance au rétablissement de l'équilibre , sur laquelle reposent les phénomènes de la pénétration.
La substance organique est plus pénétrable que la substance inorganique , parce qu'elle a des affinités plus variées ; mais elle ne l'est certainement point au même degré sous toutes ses formes. Si , comme le dit Dutrochet , une dissolution de gélatine emploie quatre fois plus de temps que celle d'albumine à traverser la substance organique , on doit conclure de là, comme opinion très-probable, que chaque tissu non seulement est susceptible de se laisser pénétrer par d'autres substances en général , mais encore qu'il a , pour chaque espèce particulière de substance , un degré spécial de pénétrabilité.
IV. A l'égard de la combinaison chimique, la qualité d'une substance organique est déterminée , non pas seulement par la proportion de ses parties constituantes , mais encore par leur mode d'union. Or ce mode nous est totalement inconnu ; nous ignorons sous quelle forme le fer, le soufre , le phosphore , etc., sont contenus dans l'organisme vivant. En général , les principes constituans immédiats paraissent être si intimement unis ensemble, qu'à cette particularité seule se* rattache l'existence de la substance organique ; car nous pouvons extraire de l'eau , des sels , des terres , de la graisse , de l'osmazome et de la gélatine, de plusieurs tissus, sans que pour cela ils perdent leur cohérence.
ARTICLE II
De la proportion des parties constituantes de T organisme.
§ 834. Si maintenant nous portons nos regards sur la proportion des combinaisons ,