I. Cohésion dès parties constituantes du corps
1° Nous trouvons en elles tous les degrés possibles de cohésion , et , sous ce rapport , elles forment une série non interrompue, qui s'étend depuis l'émail des dents jusqu'au véritaMe gaz, en nous présentant successivement les os, les ongles, les cartilages, les tendons , les muscles , les glandes, les'membrunes muqueuses , les membranes séreuses , la neurine, le tissu cellulaire, le mucus, la graisse, la bile, la salive, les larmes , la sérosité et la vapeur aqueuse. Les extrêmes' de celte série marquent un degré inférieur de vitalité , et confinent aux corps inorganiques. Toute partie solidifiée est une existence repliée sur elle-même, n'ayant plus de titres qu'à la particularité , et peu propre à entrer en conflit avec
d'autres, à réagir sur elles ; mais , dans tout ce qui a la forme de gaz, l'expansion prédomine à tel point, qu'il n'y a plus de limites propres, que l'existence n'a plus qu'un caractère purement général , et qu'elle est transitoire. Les degrés intermédiaires de la cohésion annoncent des relations plus multipliées et une vie plus active ; le liquide , qui est plus général que le solide , et plus particulier que le gaz , devient le moyen d'union entre .ce qui a des bornes fixes et ce qui n'a point de limites : c'est donc lui qui sert surtout à l'œuvre de la formation , tandis que le mou , alliant la permanence et la parlicularisation de la forme avec la mutabilité et l'activité , occupe le plus haut degré de l'échelle , et se trouve mis en réserve pour la vitalité intérieure (§ 660 ). Plus la vie de l'organisme est élevée , plus ces antagonismes ou contrastes sont développés , et plus aussi est grande la diversité de la cohésion; de même que la liquidité l'emporte chez l'embryon et la solidité chez le vieillard , de même aussi c'est tantôt l'une et tantôt l'autre qui prédomine dans les organismes inférieurs.
2° Il faut distinguer de ces divers degrés de la cohésion , indiquant la plus ou moins grande aptitude des parties à se détacher les unes xles autres , la faculté qu'elles ont de se déplacer et de revenir ensuite au lieu qu'elles occupaient auparavant. La compressibilité , ou la faculté de céder à une pression qui s'exerce de tous les côtés à la fois, et l'élasticité, un celle de s'épandre quand la compression cesse , ne sont fortement prononcées que dans les gaz, parce que l'expansion prédomine en eux ; cette faculté est si faible déjà dans l'eau que , d'après Dalton (1) , une pression de deux atmosphères ne fait pas perdre à ce liquide plus de 0,000046 de son volume. Or, en admettant que le corps humain soit dans le cas de l'eau sous ce rapport, si nous évaluons son volume à quatre mille cinq cents pouces cubes, le poids de deux atmosphères ne le comprimera que d'environ 0,207 pouce cube; il peut donc très -bien supporter la pression de l'atmosphère, qui n'est que de quinze livres et demie à peu près par pouce carré,
(4) Bibliothèque universelle de Genève, t. LIV, p. 139.
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de sorte qu'elle s'élève à \ingt-sept mille livres pour sa surface entière de douze pieds carrés. L'expansibilité, ou la faculté d'acquérir un plus grand volume par l'action d'une cause mécanique , et de se resserrer ensuite sur soi-même , appartient en propre aux parties solides du corps , et dépend surtout de l'eau qu'elles contiennent , tandis que le défaut d'expansibilité se rattache principalement à la constitution terreuse. Les liqueurs filantes, et après elles les parties molles , sont susceptibles de Rallonger , c'est-à-dire que leurs extrémités, leurs surfaces ou leurs bords peuvent s'éloigner les uns des autres , changement dans lequel un diamètre s'agrandit toujours aux dépens d'un autre. Cette faculté, unie à celle de reprendre ses proportions précédentes , c'est-à-dire à la conlractilité , appartient spécialement à la peau , au tissu érectile , par exemple, à la rate (§ 782, 16°), et ensuite au tissu cellulaire ; elle est moins prononcée dans le tissu musculaire , et moins encore dans le tissu scléreux. La contractilité manque lorsque la rigidité est extrême , comme dans l'ivoire , ou la mollesse excessive , comme dans la neurine. A un certain degré de rigidité , l'extensibilité et la contractilité sont favorisées par la gracilité ; ,ainsi , au dire de Weber, un cheveu peut s'étendre d'un tiers environ de sa longueur , et revenir ensuite assez sur lui-même pour ne demeurer que d'un dix-septième plus long qu'il ne l'était auparavant : dans les os , l'expansion et la contraction n'ont lieu que d'une manière insensible et graduelle. Elles y sont plutôt l'effet d'un changement de direction qu'a subi la formation.
Lorsque les parties solides n'éprouvent de pression que d'un seul côté, elles fuient et s'étendent dans un autre sens, de manière que l'élasticité , qui paraît ici sous l'aspect de ce qu'on nomme le ressort , n'est à proprement parler qu'une forme de la contractilité. La mollesse , ou l'aptitude à recevoir une impression mécanique , appartient à tous les systèmes plastiques; elle accompagne le ressort dans les muscles, elle existe sans lui dans la neurine. La dureté est propre au tissu osseux et au tissu corné. La flexibilité , ou la possibilité de rapprocher les bouts ou les bords opposés , n'est pas toujours en raison directe de la mollesse ; on la rencontre aussi, avec
peu de mollesse, dans le tissu scléreux , où elle est portée à un haut degré , et avec une contractililité considérable , non seulement dans les cartilages , mais encore dans les poils et les ongles ; car le diamètre est ici une chose qu'on doit prendre aussi en considération. L'inflexibilité ou la rigidité caractérise les os.
3° Le corps humain est moins pesant , ou même plus léger que l'eau. D'après des expériences faites par Robertson, sur dix hommes , trois avaient la même pesanteur spécifique que l'eau , un était un peu plus lourd , et six étaient plus légers. L'un de ces derniers , du poids de cent quarante-six livres , occupait autant d'espace que quatre mille cinq cents pouces cubes d'eau. Or si, en adoptant les poids et mesures de l'Angleterre, nous admettons, comme l'ont fait Allen et Pepys (1) , qu'une livre d'eau occupe 28,875 pouces cubes , l'homme du poids de cent quarante-six livres remplissaitautantd'espace que cent cinquante-cinq livres d'eau , de sorte que sa pesanteur spécifique était à celle de cette dernière dans la proportiou de 942 ; 4000. Mais, pris chacun à part, tous les solides, les poumons exceptés, à cause de l'air qu'ils contiennent , et tous les liquides du corps humain, à l'exception de la graisse, sont plus pesans que l'eau. Nous allons présenter le tableau des recherches qui ont été faites à ce sujet •) à l'exception de deux , toutes les indications ont été fournies par Schubler et Kapff (2) , sur des parties humaines , et, quand plusieurs observations se rapportaient à une seule , on a pris la moyenne.
Dents . 2192 Cartilage 1159
Fémur 1791 Synovie (de Cheval) . . 1099
Os temporal 1613 Tendons 1091
Rocher 1501 Cristallin (Chenevix) . . 1079
Tète du fémur 1267 Thyroïde 1078"
Cheveux 1257 Muscles. ....... 1073
Ongles 1191 Cœur 1069
(d) Philos. Trans., 1809, p. 44 J.
^ (2) Untersuchumjcn ueber dos specifische Gcwicld thierischer Sut i slunzen. Tubinge , 4832 , in-8°.