‹ Traité physiologie considérée comme science d'observation (volume 5)Chapitre 30 sur 94 · II. À l'égard des circonstances locales · texte numérisé non relu

II. À l'égard des circonstances locales

5° L'influence que l'activité vitale d'un organe exerce sur sa formation n'est nulle part plus sensible que dans les membranes muqueuses enflammées. Ici la sécrétion commence par devenir plus abondante , puis elle diminue , et quand la phlegmasie arrive à son point culminant , elle cesse tout-àfait , pour reprendre aussitôt que l'inflammation décroît.

6° La quantité de la sécrétion est déterminée en partie par celle du produit sécrétoire antérieurement produit. Edwards (1) a trouvé que les animaux transpiraient d'autant moins qu'il les avait tenus plus long-temps renfermés pour observer leur transpiration. On en jugera d'après le tableau suivant (2).

Durée de

Quantité

de la

Proportion entre la

l'obser-

transpiration

Poids du corps

transpiration journa-

vation en

en

en

lière et le poids du

heures.

' grammes.

grammes.

corps.

Il 9,85

Cette diminution de la transpiration était facile à expliquer ; une Grenouille , livrée à elle-même , entre de temps en temps dans l'eau; mais, après avoir fait un long séjour à l'air, elle avait perdu tant d'eau par la transpiration , qu'elle ne pouvait plus transpirer autant qu'auparavant. Quelque chose d'analogue a lieu cependant aussi chez des animaux qui se tiennent

(1) De l'influence des agens physiques sur la vie, p. 88.

(2) Ibid., p. 583.

INFLUENCE DE L'ÉTAT DE LA VIEr I /|.5

toujours dans l'air. Quatre Cochons d'Inde (1), pesant ensemble sept cent vingt-six grammes, transpirèrent, terme moyen, 2,79 grammes en une heure; 4,80 en deux heures, ce qui n'en fait que 2,40 par heure ; 14,39 en six heures , ce qui ne donne que 2,3S pour chaque heure. La circonstance qu'il ne leur fut point donné de nourriture pendant l'expérience ne put pas contribuer beaucoup à la diminution de la transpiration , qui commença au bout de deux heures à devenir sensible ; mais ce qui y prit une part plus efficace , ce fut l'eau exhalée dont l'air se satura (§ 839 , 2° ). Nous devons donc croire que si la quantité d'acide carbonique expiré va toujours en diminuant lorsqu'on respire le même air ( § 841 , 3° ) , c'est parce que les respirations antérieures ont tellement chargé de cet acide l'air qui pénètre dans les poumons, qu'il n'en peut plus prendre qu'une proportion moins considérable. Cependant Treviranus (2),' a remarqué que, quand il faisait absorber l'acide carbonique expiré par de la potasse caustique , l'expiration subséquente de ce gaz ne devenait pas pour cela plus abondante. Il faut donc qu'à la cause dont nous venons de parler se joigne encore cette circonstance , que la respiration prolongée d'un air qui ne correspond point aux besoins de l'organisme diminue l'activité vitale des organes respiratoires et par suite leur sécrétion gazeuse. Or il est possible qu'à la même cause se rattache aussi la diminution de la transpiration observée chez les animaux qu'on privait simultanément, de nourriture.

Au reste , d'autres organes sécrétoirès agissent également avec moins d'énergie quelque temps après avoir redoublé d'action sous l'influence d'une cause vitale quelconque. En effet , Mitscherlich (3) a remarqué que la sécrétion salivaire est moins abondante à la fin du repas qu'au commencement, et qu'elle diminue d'autant plus qu'on mange plus long-temps ; elle n'était que de tr eize à quinze grains par minute lorsque le repas durait vingt à trente minutes, tandis que quand la durée de

(1) Loc. cit., p. 637.

(2) Zeit.ichrift fuer Phynoloijio , t. IV, p. 30. •'■

(3) Rust, Muij((zin fuer die yesammtc Ileilkunde , t. XXXVIII, p. 498.

1/$ INFLUENCE DE t'ÉTAT DE IA. VIE.

celui-ci ne dépassait pas dix à douze minutes, elle s'élevait jusqu'à trente-trois grains par minute.

7° L'accomplissement de ses fonctions est pour chaque organe une condition de sa nutrition et de son maintien (§ 477, 2°). Sa masse augmente et diminue avec son activité vitale. C'est ce que nous voyons surtout dans les organes du mouvement ; les bras sont mieux nourris chez les boulangers et les maîtres d'armes, les épaules chez les porte-faix , les mollets chez les danseurs ; les muscles perdent de leur volume quand ils restent long-temps sans agir , par exemple dans les fractures , et lorsqu'un membre est devenu incapable de se mouvoir par line circonstance quelconque , telle que plaie à l'articulation , ankylose , ou rupture d'un tendon , il s'atrophie ; le squelette lui-même se ressent de cette inertie, et les os amincis des délinquans témoignent de la lenteur du cours de lajustice. Vetter (1) a remarqué qu'un obstacle permanent à la sortie du sang hors des ventricules entraînait l'hypertrophie du cœur , à cause des efforts que l'organe exécute pour triompher de l'obstacle ; aussi cette hypertrophie s' observe -t-elle surtout dans les maladies qui produisent une forte dyspnée et qui durent long-temps (2). Il n'est pas rare non plus de trouver le coeur plus gros qu'à l'ordinaire chez les hommes qui ont beaucoup couru , ou éprouvé de fréquentes émotions morales. Les vaisseaux sur lesquels on applique une ligature s'atrophient. Chez les polyphages , non seulement l'estomac s'agrandit , mais encore il acquiert des parois plus épaisses et plus masculeuses. Baillie assure que la tunique musculeuse de l'urètre se développe davantage chez les hommes atteints d'un rétrécissement organique du canal ou d'un squirrhe de la prostate. Iln'yapas jusqu'à l'activité non matérielle des organes de la sensibilité qui influe sur leur nutrition et sur les sécrétions fournies par eux : dans la paralysie du nerf optique , l'humeur des chambres de l'œil est souvent sécrétée en si petite quantité que la cornée transparente s'affaisse sur elle-même , et quand l'état anormal des parties périphériques empêche la lumière d'arriver jus-

(1) Aphorismen mis der pathologischen Anatomie , p. 100.

(2) Laennec , Traité de l'auscultation médiate , t, III , p. 376,

INFLUENCE DE L'ÉTAT DE LA VIE. l/j^

qu'à la rétine, on voit fréquemment survenir une atrophie soit du globe oculaire tout entier , soit du nerf optique -, ainsi le nerf optique d'Oiseaux dont Magendie (d) avait rendu la cornée opaque , était déjà maigri et dégénéré au bout de trois à quatre semaines.

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