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C. Influence de l'activité plastique

§ 846. I. 1° Nous avons vu que chaque formation , dans la vie , a lieu indépendamment des autres (§ 478, 5°) , attendu qu'elle est donnée par l'idée même de l'organisme tendant à se réaliser (§474). Elle peut aussi se maintenir ou se modifier avec une certaine indépendance , sans êire déterminée par l'état d'autres formations , ou sans influer sur cet état. Ainsi nous observons fréquemment une sécrétion d'une abondance extraordinaire , par exemple ce qu'on nomme une salivation spontanée , sans que nul changement dans d'autres sécrétions ait précédé ou s'ensuive. De même, le membre essentiel d'un système peut s'effacer sans que la nutrition des parties subordonnées subisse de modifications ; Cooper , par exemple , a vu, dans un cas d'atrophie du testicule , la vésicule séminale correspondante conserver les mêmes dimensions que celle du côté opposé. Mais l'unité, qui n'est pas moins essentielle à la vie que la diversité , et qui se manifeste dès sa première apparition (§ 475), fait aussi qu'une formation peut être déterminée par une autre.

2° La condition générale de toute mutualité d'action , de tout exercice d'une influence déterminante réciproque , consiste en ce qu'il y ait différence quant aux traits particuliers, mais rapport ou harmonie quant aux traits généraux (§ 240 , 4°; 242). C'est là précisément ce qui fait l'essence de la polarité ; car nord et sud , positif et négatif, expriment les diirérences spéciales de l'état général magnétique ou électrique. Or, dans l'organisme , les formations qui agissent

(1) Journal de physiologie , t. III , p. 376.

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les unes sur les autres sont celles entre lesquelles il règne un rapport de polarité.

3° La variabilité incalculable du cours de la vie fait non seulement que les activités plastiques sont tantôt indépendantes et tantôt dépendantes les unes des autres (1°) , mais encore que , quand elles exercent une influence déterminante mutuelle , elles agissent tantôt de concert et tantôt à la manière de forces antagonistes. Nous en avons déjà eu la preuve (§ 521) dans les rapports de polarité qui existent entre les glandes mammaires et la matrice , en leur qualité d'organes nourriciers externe et interne de l'individu procréé ; nous avons vu également que la formation est en raison directe (§845, 1°) ou inverse (§ 845 , 2°, 3°) de l'activité vitale.

4° Dans les effets de l'un et l'autre genre , on aperçoit une tendance à l'harmonie par compensation (§ 844, 2°). Lorsqu'il y a concert, l'inégalité de deux formations se trouve effacée par là ; mais l'antagonisme fait cesser l'inégalité que l'accroissement ou la diminution d'une formation produit dans l'ensemble de la vie. C'est donc surtout par l'antagonisme des formations que se manifeste la tendance de l'organisme à rétablir l'équilibre troublé parla maladie, ou ce qu'on nomme la force médicatrice de la nature, attendu que l'accroissement d'une activité plastique détermine la crise tanlôten réduisant une autre activité qui porte préjudice à l'organisme (dérivation ) , tantôt en rétablissant une autre activité qui était supprimée et débarrassant l'économie d'une substance qui se trouvait retenue dans son intérieur. La sécrétion , comme formation d'un produit mobile , s'accomplit et varie avec plus de rapidité que la nutrition, qui est une formation de produits fixes -, aussi est-elle la voie que prennent de préférence les crises. Mais, sous ce rapport, le premier rang appartient aux sécrétions les plus abondantes , c'est-à-dire à celles des reins, de l'intestin et surtout de la peau ; car la peau , en sa qualité d'organe limitateur externe général , est celui qui fait le plus antagonisme à tous les organes internes , sur l'état de la vie desquels elle exerce une influence égale à celle qu'elle reçoit de leur part. Mais , d'un autre côté, l'antagonisme peut déterminer des troubles considérables dans l'organisme, lors-

INFLUENCE DE l'ÉTAT DE LA VIE. l^Q

que la nouvelle activité vilale mise en jeu porte le désordre dans une autre , ou que la suppression soudaine de l'une élève l'autre à un état anormal d'exaltation.

5° Le rapport mutuel des activités vitales diverses n'est pas fixe au point qu'une formation ne puisse jamais être consensuelle ou antagoniste qu'à telle ou telle, autre. Toutes , au contraire, peuvent, suivant les circonstances, agir de con~ cert , ou en sens inverse les unes des autres , car chacune , quoique différente des autres , a cependant de l'affinité avec elles sous un certain point de vue, de manière qu'entre elles toutes il existe un véritable rapport de polarité. Il ne s'agit donc pour nous que de bien apprécier les phénomènes de sympathie et d'antagonisme dans chaque cas donné , et de reconnaître quelle est la relation qui exerce réellement une influence déterminante. Malheureusement nous manquons souvent pour cela des données nécessaires , et surtout des notions indispensables sur les proportions des principes constituans qui entrent dans les divers tissus : la même sécrétion peut prendre telle ou telle qualité qui nous est encore inconnue , suivant qu'elle est déterminée par telle ou telle condition de la formation organique. Il peut souvent aussi y avoir pour nous plus d'intérêt à étudier l'intensité de la formation et la masse du produit que la qualité de l'organe producteur et de la substance à laquelle il donne naissance ; ainsi, par exemple, si, comme le dit Lanoix (4) , la coupe des cheveux pendant la convalescence du typhus entraîne souvent une mort subite , cet effet paraît tenir à ce qu'en pareil cas il faut que l'élimination des" substances morbides ait lieu librement par toutes les voies, même par celle des cheveux , sans quoi la vie se trouve mise en danger ; de même, d'un autre côté, certaines maladies du poumon diminuent sous l'influence d'un accroissement de sécrétion , par quelque organe que s'effectue cette dernière.

Maintenant que nous avons la conscience des lacunes qui existent dans notre savoir, mais en même temps la conviction de l'exactitude du principe en général, essayons de présenter

(1) Mémoires de la Société médicale d'émulation , 1. 1 , p, d.

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sous quelques points de vue généraux les plus connus d'entre les faits qui sont relatifs à la sympathie et à l'antagonisme. Pour cela , nous profiterons surtout du travail de ilensinger (1).

II. Les diverses sécrétions d'un seul et même organe sont fréquemment en antagonisme les unes avec les autres. Nous en avons la preuve dans les faits recueillis à l'égard de la peau. Abernelhy (2) a trouvé que l'exhalation de gaz augmentait quand la circulation acquérait un degré modéré d'accélération, et qu'elle diminuait, au contraire, lorsque le mouvement du corps rendait la transpiration aqueuse plus abondante. La même remarque a été faite par Collard de Martigny (3). Gë dernier expérimentateur dit même qu'on voit prédominer dans le gaz cutané tantôt l'acide carbonique, tantôt l'azote , et que quand la peau du visage est rendue très-luisante par une sécrétion sébacée copieuse, elle sue généralement moins. Il paraît aussi y avoir souvent antagonisme entre les sécrétions de mucus, de sérosité et de gaz, à la membrane muqueuse. D'après cela, ce n'est pas seulement l'activité plastique en général d'un organe qu'on doit considérer ; il faut aussi avoir égard à la direction spéciale de cette activité.

III. Des parties similaires sont en antagonisme les unes avec les autres à l'égard de leur situation et de leur direction. Les organes pairs se développent d'une manière égale , par sympathie (§459 , 6° ) ; mais un rapport d'antagonisme a fréquemment lieu aussi entre eux ; on voit dans beaucoup de cas où l'une des mains porte un doigt surnuméraire , celle du côlé opposé en avoir un de moins (4) ; si l'un des reins manque , ou s'il est trop petit , l'autre présente un volume considérable (5) ; si la respiration ne peut point se faire dans l'un des poumons , elle redouble d'activité dans l'autre (6) ; après l extirpation d'une parotide ou d'un testicule, on a trouvé l'or-

(4) Zeitschrift fucr die organische Physik , t. I , p. 33.

(2) Chirunjische und physiologische V ersuche , p. 112.

(3) Journal de Magendie, t. X, p. 166.

(4) Meckel , Handbuch der pathologischen Anatomie , t. II , p. 38.

(5) Andral , Précis d'anatomie pathologique , t. II , p. 621.

(6) Ibid., p. 615.

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gane correspondant du côté opposé accru de volume ; lorsque l'une des couches optiques s'est atrophiée par suite de la perte d'un œil , l'autre devient souvent plus grosse que dans l'état normal, et la force visuelle de l'œil sain semble augmenter (1). La sympathie de la parotide avec les autres glandes salivaires s'est montrée dans le cas observé par Mitscherlich (2) , où le canal de Stenon était oblitéré , et où la glande communiquait avec l'extérieur de la joue par une ouverture fistuleuse ; lorsque le sujet mangeait ou buvait , sa salive coulait en plus grande quantité par la fistule , quoique la parotide ne communiquât plus avec la membrane muqueuse de la bouche. La sécrétion du pigment marche ordinairement d'une manière concordante dans l'œil , la peau et les poils ; chez les Nègres , ces parties sont toujours également noires ; chez les personnes blondes ou rousses , qui , pour la plupart , ont les yeux bleus, la peau est très-blanche , mais le pigment s'y réunit souvent en amas épars , qui constituent les taches de rousseur ; chez les hommes et les animaux qui n'ont point de pigment oculaire , de sorte que l'intérieur de leur œil paraît rouge à cause du sang qui perce à travers la choroïde , la peau présente une teinte blanche particulière , nuancée de rougeâtre, et les cheveux ont une couleur de blanc jaunâtre ; l'ardeur même du soleil ne cause point de taches de rousseur chez ces Albinos , mais seulement une inflammation érysipélateuse , et quoique l'absence du pouvoir de produire aucun pigment doive faire présumer un mode particulier de composition chimique , cependant Sachs n'a pu rien découvrir de spécial , à l'égard du carbone , soit dans les autres sécrétions, soit dans le sang. Du reste, chez les Mammifères , la peau a la même couleur que les poils , tandis que , chez les Oiseaux , elle est décolorée dans les parties couvertes de plumes.

Un antagonisme de sécrétions séreuses s'annonce par le changement assez fréquent de siège que subissent les épanchemens de sérosité. Ainsi , par exemple, on voit l'œdème disparaître et l'hydrothorax se manifester.^

(1) Mcckel, Handbuch der pathologischen Anatomie , t. II, p. 320.

(2) Rust , Maijazin fuer die 'jesanmte Heilkunde, t. XXXYIII, p. 498.

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VI. Les diverses parties d'un appareil organique se comportent comme pôles à l'égard les unes des autres.

Ce rapport de polarité existe d'abord entre une glande et son conduit excréteur, ou l'orifice de ce dernier, ou enfin la membrane muqueuse à laquelle il aboutit : la glande et son canal excréteur ne font qu'un ; lorsque l'évacuation est abondante, la sécrétion le devient également. Ainsi les alimens et les boissons introduits dans la bouche stimulent la sécrétion salivaire. Desault (1) a vu deux onces de salive s'écouler, par une fistule , pendant un repas dont la durée était de dix minutes, et cet effet ne dépend point du mouvement musculaire, car Mitscherlich (2) a observé que la lecture à voix basse , continuée pendant une heure, ne faisait pas couler plus de cinq à huit grains de salive par la fistule , tandis que la quantité de ce liquide s'élevait à quatre-vingt ou quatre-vingt-dix grains quand le sujet prenait du thé, et depuis une jusqu'à deux onces pendant un repas; quand l'orifice de la fistule était bouché, dès que l'homme se mettait à manger, il ressentait dans la parotide une sensation d'ardeur, qui ne tardait point à dégénérer en une douleur violente (3). On observe également une augmentation de la sécrétion salivaire quand la bouche est enflammée. Dès que Leuret et Lassaigne mettaient du vinaigre étendu d'eau en contact avec l'orifice du conduit biliaire (4), ils voyaient la bile couler pendant quelques minutes. Ce liquide afflue également en plus grande quantité dans le duodénum durant le travail de la digestion. Schultz (5) a trouvé, dans la vésicule biliaire du Bœuf, douze à seize onces débile concentrée quand les animaux étaient à jeun, tandis qu'après l'achèvementde la digestion stomacale, elle ne contenait que deux à quatre onces d'une bile liquide ; les Chiens lui en ont offert deux à cinq gros dans le premier cas , et un gros et demi seulement dans le second ; les Co-

(1) Magendie , Précis élémentaire , t. II , p. 52.

(2) Loc. cit., p. 499 , 503.

(3) Ibid., p. 495.

(4) Recherches physiologiques et chimiques sur la digestion, p. 141.

(5) J)o alimentorum concoclione , p. 6S,

clions, dix gros dans le premier, quatre dans le second. L'inflammation du duodénum accroît aussi la sécrétion de la bile. . Nous avons vu que , dans le cas observé par Mitscherlich , la sympathie se manifestait malgré l'oblitération du canal de Stenon. On l'observe également, dans l'état normal, là où il n'y a point de connexion immédiate entre la glande et son conduit excréteur. La sécrétion lacrymale est accrue non seulement par la fumée mise en contact avec la conjonctive , mais encore par l'ammoniaque introduite dans la cavité nasale, et même par le raifort porté dans le pharynx. Les ovaires sont unis par des liens de sympathie non seulement avec les trompes (§ 291),' mais encore avec la matrice et le vagin. L'estomac sympathise non seulement avec la membrane muqueuse de la cavité orale , ce qui fait qu'il se sécrète une plus grande quantité de mucus sur la langue lorsque la digestion vient à être dérangée , mais encore avec le système des glandes salivaires; dans l'inflammation de l'estomac , la sécrétion de la salive et celle du suc gastrique sont suspendues ; il y a , au contraire , accroissement de la sécrétion salivaire dans le vomissement , le soda , les crampes d'estomac , le squirrhe de ce viscère et les affections vermineuses. Ce qui prouve que lçs connexions mécaniques ne sont point ici la cause déterminante , c'est que , dans un cas observé par Gairdner (i) , où l'œsophage avait été coupé en travers, on voyait fluer cinq à huit onces de salive dans la bouche, toutes les fois qu'on injectait du bouillon dans l'estomac (2).

Des phénomènes analogues ont lieu également sous le point de vue de la nutrition. L'atrophie du nerf optique qui est la conséquence de la perte des fonctions visuelles d'un œil , s'étend jusqu'à la couche optique, et celle qui part du cerveau se propage de proche en proche dans la direction inverse. L'hypertrophie du foie est souvent accompagnée d'un accroissement du volume de la rate ; mais parfois aussi ce dernier organe se trouve alors dans un état d'atrophie (3).

(1) Gerson , Magazin der auslœndischen Lileratur, 1. 1 , p. 142.

(2) Mayo, Outlincs of human physiolotjtj , p. 110.

(3) Journal de Magendie , t. II , p, 302.

On observe le même antagonisme dans les sécrétions du canal digestif, de manière que l'admission d'alimens dans l'estomac et la sécrétion de suc gastrique qui en est la conséquence, arrêtent la sécrétion du suc intestinal dans un point du tube intestinal actuellement occupé à remplir ses fonctions, et troublent de cette manière la digestion (1).

V. Les parties qui appartiennent à la même classe se développent ordinairement d'une manière sympathique -, mais il y a antagonisme entre elles sous le rapport du développement, dès que les choses s'éloignent de l'état normal. La plupart des monopodes offrent des vertèbres ou des côtes surnuméraires , par antagonisme avec la formation incomplète des os de l'extrémité inférieure. Lorsqu'il n'existe pas d'épigloite , les cartilages aryténoïdes en tiennent lieu, tant par leurs dimensions plus considérables, que par leur situation, de manière que la disposition des parties devient analogue à celle qu'on rencontre chez les Oiseaux et les Reptiles (2). 11 y a souvent sympathie entre les tissus stratifiés ; les cheveux et les dents se flétrissent simultanément avec l'âge , se reproduisent quelquefois en même temps chez les vieillards , et manquent ensemble au début de la vie (3). Fréquemment aussi ils sont en antagonisme les uns avec les autres : on ne voit pas de poils à la paume des mains, ni à la plante des pieds , où l'épidémie est plus développé ; le jeune Éléphant a des poils , qu'il perd quand il acquiert son épiderme calleux ; les poils épars à la surface du test mou de quelques jeunes Crustacés et Gastéropodes , tombe lorsque des sels calcaires commencent à se déposer dans le tissu de cette enveloppe extérieure du corps (4).

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