VI. Quant à ce qui concerne les sécrétions aqueuses
1° La peau et les poumons ont de commun ensemble d'en produire ; mais ils sont également en antagonisme sous ce
(1) Schultz, De alimentorum concoctione , p. 88.
(2) Meckel, Handbuch der pathologischen Anatomio , 1. 1, p. 483.
(3) Ibid., p. 411.
(4) Heusinger, Untersuchungen ueber die anomale Kohlcn-und figvicntbildung in dem menschUchen Jiœrper, p. 28.
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rapport, attendu que la peau, qui est plus extérieure quand ou la compare aux poumons , a des usages plus mécaniques , sert moins à la plasticité et davantage à la sensibilité , se comporte moins comme organe d'ingestion que comme organe éliminatoire, et exhale moins de gaz, mais davantage d'eau. L'activité de la peau est plus indépendante de la chaleur que celle des poumons, qui ressent moins l'influence immédiate de la température , extérieure , d'où ih suit que la suppression des fonctions de cet organe par l'effet du refroidisse ment est fort sujette à faire naître des symptômes inflammatoires dans les poumons. La membrane muqueuse de la cavité nasale et par elle la conjonctive font pour ainsi dire corps avec les poumons ; delà vient que la suppression subite de la transpiration cutanée , par exemple à la suite d'un coup d'air , entraîne fréquemment un coryza et une ophthalmie catarrhale, dont le principal moyen curatif consiste dans les soins apportés à rétablir les fonctions des tégumens communs. Les hommes et les animaux originaires d'un pays chaud sont fort sujets à la phthisie pulmonaire quand on les transporte dans un climat froid , ce qui arrive également à ceux chez lesquels des éruptions cutanées viennent à se supprimer ; mais les phthisiques trouvent en général du soulagement sous un ciel plus doux. Bertholdavu un cas dans lequel la suppression d'une sueur des pieds fut suivie d'une fétidité de l'haleine , qui disparut après le rétablissement de la sueur.
7° La peau et les reins excrètent de l'eau ; mais la première l'exhale sous forme de vapeur, mêlée avec des gaz , et sous la dépendance du milieu extérieur , tandis, que celle dont les reins procurent l'élimination est liquide , chargée d'une multitude de substances solides , et , proportion gardée , plus déterminée par l'état particulier de l'organisme. Chez les animaux , le volume des reins est , généralement parlant , en raison inverse de l'abondance de la transpiration cutanée (1) ; c'est cette dernière qui prédomine pendant le moyen âge , et la sécrétion urinaire, au contraire , chez les enfans et les vieillards; la première l'emporte dans un air sec et chaud, la
(1) Tiedemann , Zooh'jie , X, II , p, 541,;
seconde dans une atmosphère froide et humide (§ 619 , 5° ; 839, 6°); car ici la proportion de l'urine est de 3 " 1, 'tandis que là elle est de 1 ; 3 ; on rencontre plus de maladies des organes urinaires dans les contrées froides et humides , au lieu qu'il y a davantage de maladies cutanées et point (*) de calculs urinaires dans les régions intertropicales ; les Chevaux et les Brebis des pays humides sont fort sujets au diabète ; la sécrétion urinaire est moins abondante pendant la sueur, et elle devient rare ou même se supprime tout-à-fait aux approches d'une crise par des sueurs ; l'urine acquiert parfois une odeur désagréable après la suppression de la sueur aux pieds -, lorsque la sécrétion urinaire diminue chez les enfans nouveau-nés et chez les vieillards, il survient souvent des éruptions ou des ulcères à la peau , et tous les exanthèmes chroniques , quels qu'ils soient, diminuent ou disparaissent lorsque l'urine coule en plus grande abondance. Sanctorius a remarqué que les personnes qui rendent une quantité d'urine supérieure à celle des boissons qu'elles prennent , transpirent peu ; en elfet, dans le diabète , la peau est sèche , râpeuse , écailleuse , et l'on se trouve souvent fort bien alors de mettre en usage les diaphorétiques.
8° La peau et les organes digestifs fournissent une sécrétion aqueuse qui, aux tégumens , se mêle avec la sécrétion sébacée et arrive immédiatement au dehors, tandis que , dans le canal alimentaire , elle s'exhale au dedans , unie avec du mucus , et sert à l'assimilation. Le consensus entre les deux organes se manifeste surtout dans les relations [spécifiques des exanthèmes avec telle ou telle partie de l'appareil digestif; le pharynx est affecté dans la scarlatine , l'estomac dans l'érysipèle , la membrane muqueuse intestinale dans la variole , de même qu'on trouve l'intestin rouge lorsque la peau a été le siège d'une brûlure fort étendue. Pendant les premières heures qui succèdent au repas , lorsque l'estomac , rempli surtout d'alimens difficiles à digérer, fournit une sécrétion abondante , la transpiration est ordinairement dimi-
(*) Cetle assertion est fausse ; les calculs urinaires ne sont même point rares dans les contrées tropicales.
miée (1), ce qui n'a pas lieu néanmoins d'une manière constante (2). Collard de Martigny (3) assure que la sécrétion gazeuse elle-même de la peau diminue pendant cette période, qu'il lui arrive fréquemment de cesser tout-à-fait après un repas copieux , et qu'elle n'atteint son maximum que quand on n'a rien mangé depuis douze à quinze heures. La digestion a plus d'énergie en hiver, lorsque le froid diminue la transpiration cutanée ; un bain pris pendant la digestion la trouble , mais un bain tiède fait cesser le vomissement spasmodique. La transpiration cutanée s'arrête ou augmente aussitôt après la prise d'une boisson très-froide ou fort chaude. Lorsque Seguin s'était attiré une indigestion (4) , ce qui diminuait sa transpiration , il éprouvait au bout de quelques jours une forte évacuation alvine , qui ramenait le poids de son corps aux proportions normales. De même , la diarrhée survient après la suppression de la perspiration cutanée, et à la suite des maladies de peau on rend souvent des masses de mucosités par l'anus. Aussi , des déjections al vines plus copieuses sont-elles nécessaires, pendant la convalescence de tous les exanthèmes, pour consolider la guérison. La diarrhée diminue la transpiration , et la sueur fait cesser la diarrhée ; elle détermine même la constipation , lorsqu'elle dure long-temps.
9° Enfin la transpiration cutanée est souvent en antagonisme avec la sécrétion séréuse du tissu cellulaire et des vésicules séreuses , attendu que la première est une déposition purement éliminatoire , tandis que l'autre au contraire en est une purement intérieure. La suppression de la transpiration par le froid humide , par exemple pendant la desquamation et la convalescence de la scarlatine , occasione l'anasarque ; l'hydropisie est accompagnée d'une sécheresse opiniâtre de la peau , et peut céder au rétablissement de la transpiration;
10° Les reins et les poumons se ressemblent sous le point
(4) Haller, Elem. physiol., t. V, p. 73.
(2) Reil, AtcUv, t. VII , p. 371. — Legallois , Œuvres , 1. 1 , p. 318.
(3) Journal de Magendie, t. X, p. 166.
(4) Meckel, Deutschos Àrchiv , t. III, p. 603.
de vue de la sécrétion aqueuse, comme à l'égard de leur voisinage du diaphragme , de leur duplicité , enfin de la réunion des branches par un tronc impair situé sur la ligne médiane ; mais les reins envoient leur produit vers le bas, et sont en rapport avec des organes de pure éjection , tandis que les poumons se portent vers le haut , et fixent leur tronc à l'organe d'ingestion; de même aussi les premiers fournissent une sécrétion liquide , chargée de substances grossières , terreuses surtout, acidifiées et azotées, au lieu que la sécrétion des poumons est aqueuse et imprégnée de substances plus volatiles , spécialement d'acide carbonique. Les reins sont plus volumineux , comparés au corps , chez les animaux aquatiques que chez les animaux qui vivent exclusivement dans l'air ; parmi les Mammifères , chez les Amphibies et les Cétacés ; parmi les Oiseaux , chez les Echassiers et les Palmipèdes. Il arrive souvent , lorsque les poumons sont en suppuration, qu'on trouve les reins plus développés que de coutume (1), et la pellicule grasse qu'on aperçoit alors sur l'urine , annonce que , dans cette maladie, ils sécrètent davantage de carbone, afin de suppléer les poumons. L'urine a coutume aussi d'être trouble et fétide dans la cyanopathie. Coindet assure que les malades atteints du diabète sucré expirent moins de carbone et davantage d'azote; or l'urine contient un excès du premier de ces deux principes , tandis que l'autre y manque ; et comme l'expiration du gaz acide carbonique diminue partout pendant la nuit , c'est aussi à cette époque de la journée que l'urine est le plus chargée de sucre. Du reste , il arrive fréquemment que les poumons des diabétiques soient remplis de tubercules atteints de phleg masie ou en suppuration. La péripneumonie se juge souvent par des urines sédimenteuses , et l'hémoptysie par un pissement de sang. Une sécrétion d'urine trop peu abondante est la cause de l'asthme , chez beaucoup de vieillards , ou communique une odeur urineuse à l'haleine , comme l'a observé Berlhold.
11° L'urine, sécrétion excrémentitielle et chargée d'a-
(1) Meckel, Handbuch der patholoyischcn Anatomie , t. I, p. 613.
INFLUENCE DE L'ÉTAT DE LA VIE. l5g
zote , fait antagonisme à la sécrétion aqueuse du canal intestinal , qui est destinée à l'assimilation et à la résorption. Elle devient plus abondante dans la constipation , et plus rare dans la diarrhée. Sa suppression détermine quelquefois la manifestation d'une diarrhée séreuse.
12° Elle fait également antagonisme à la sécrétion séreuse, tant interstitielle que vésiculaire. L'hydropisie succède fréquemment à la diminution de la sécrétion urinaire-, elle est toujours accompagnée d'une excrétion peu abondante d'urine, et l'un des moyens les plus sûrs de la fjuérir est d'activer la sécrétion de ce dernier liquide. Galvani (1) a vu la ligature des uretères , chez des Oiseaux , être suivie d'un dépôt de matière calcaire sur des membranes séreuses. VII. Parmi les sécrétions chargées de carbone , 13° Celles des poumons et du foie sont opposées l'une à l'autre par un antagonisme de polarité , attendu que l'organe pulmonaire expulse le carbone sous forme inorganique , à l'état de gaz et immédiatement, tandis que le foie le dépose dans les organes digestifs sous forme concrète , à l'état de combinaison organique et comme moyen d'assimilation. Nous trouvons les organes aériens et les organes biliaires consensuellement plus développés chez les Oiseaux que chez les Mammifères. Cependant le foie est plus volumineux aussi , proportion gardée , chez les Oiseaux aquatiques , les Phoques et les Cétacés, que chez les animaux aériens de ces deux classes. En général, d'ailleurs, plus on descend l'échelle animale, plus la sécrétion biliaire devient prédominante , et plus la respiration perd de son importance (2) ; tout comme nous voyons, chez l'homme, le foie être en raison inverse des poumons, à tous les âges de la vie, depuis l'état embryonnaire (§439, 8°; 532, 535, 550, 2°, 8°; 555, 4°; 556, 1"; 584, 1°; 587, 8°). Toutes les fois que la respiration est troublée, par exemple dans la cyanopathie , le foie a plus de développement ; il est souvent , chez les phthisiques , fort gros et
(1) Tiedemann, Zoologie, t. II, p. 553.
(2;.Iiedemann et Gmelin , ttecliçrches expérimentales sur la digestion. I, II , p. 60.
l6t) INFLUENCE DE L'ÉTAT DE LA VIE.
chargé de graisse, tel qu'on le trouve chez les Oiseaux aquatiques ; il acquiert également plus de volume dans les contrées marécageuses, où l'on expire moins de gaz acide carbonique, et les maladies de cet organe, comme aussi les fièvres intermiitentes , se voient plus fréquemment dans ces régions , tandis que les tubercules pulmonaires y sont plus rares.
14° Le carbone combiné avec de l'oxygène, qu'on expire, fait antagonisme au carbone combiné avec de 1 hydrogène , qui se dépose dans l'organisme sous la forme de graisse. Lorsque la respiration acquiert plus d'énergie , il se produit moins de graisse. Les animaux qui vivent dans l'eau ou dans les marécages sont plus gras que ceux qui se tiennent à l'air libre ou sur les montagnes. La femme a plus d'embonpoint que l'homme , et l'enfant que le jeune homme.
15° L'acide carbonique volatilisé dans la respiration fait antagonisme au carbone fixé dans le pigment. Lorsque la quantité expirée d'acide carbonique est moins considérable , comme dans les contrées chaudes et marécageuses , ou chez les personnes atteintes de tubercules pulmonaires, la peau a une couleur plus foncée, et des taches hépatiques ou même la jaunisse se voient fréquemment.
16° La bile renferme , comme la graisse , du carbone en excès ; mais elle est excrémentitielle , elle a une composition chimique plus complexe , et elle est prédisposée à prendre le caractère résineux. Il est ordinaire d'observer une formation excessive de graisse dans diverses maladies du foie , notamment dans sa suppuration et ses autres désorganisations ; les personnes qui sécrètent beaucoup de bile sont ordinairement maigres , et les diarrhées bilieuses font maigrir avec promptitude; la sécrétion de la bile est en général copieuse dans le marasme, ce qui entraîne un appétit plus vif; enfin , lorsque le foie lui-même est très-gras, la bile est plus aqueuse.
17° La bile fait également antagonisme au pigment cutané. La peau a presque toujours une teinte brunâtre chez les personnes dont la sécrétion biliaire est abondante. Les taches hépatiques annoncent une maladie de l'organe dont elles por-
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tent le nom. Lorsque la production et l'écoulement de la bile ont lieu en (rop grande quantité , ou subissent quelque trouble, on voit survenir la jaunisse , et Lorry rapporte des observations d'hommes dont la peau était alternativement jaune et blanche , suivant qu'ils étaient à jeun ou qu'ils avaient pris de la nourriture. Dans les maladies profondes du foie, les tégumens extérieurs passent du jaune à une teinte verdâlre ou noirâtre.
18° La graisse produite dans des vésicules et susceptible de se transformer en d'autres substances organiques, fait antagonisme au pigment interstitiel , dépôt plus chargé de carbone et qui n'est point propre à la réassimilation. La peau est plus foncée chez les personnes maigres, plus blanche chez celles qui ont de l'embonpoint (1) ; les animaux des contrées polaires sont gras et peu colorés; il se dépose quelquefois, chez les Poissons et les Oiseaux , autour des membranes séreuses et du périoste , un pigment qui , chez d'autres animaux, est remplacé par de la graisse (2) ; lorsque la formation du pigment devient plus abondante , dans l'ictère et le mélœna, le malade maigrit d'une manière rapide.
La graisse déposée à l'intérieur se comporte presque toujours d'une manière consensuelle avec le smegma cutané sécrété à la superficie du corps. La peau est luisante chez les personnes grasses , et râpeuse chez les sujets maigres ; et, si les productions connues sous le nom de comedones sont plus communes chez ces dernières , cet effet paraît tenir à ce que la sécrétion des follicules cutanés est plutôt albumineuse que grasse.
19° Les tissus cornés en général, et les poils en particulier, ont beaucoup d'affinité avec la graisse , le pigment et le smegma cutané ; aussi font-ils déjà, par leur forme organique, antagonisme à ces sécrétions , tandis que le caractère de substance carbonée s'efface en même temps davantage en eux.
(4) Sœmmcrring , Ueber die kœrperliche Ferscliicdenheit des Neyers Tt/m Europœer, p. 48.
(2) Hensin<rer, Ueler die anoéiilc Kohlcn-wnd PiymentcnhUdunç} in dern menichlichnii fîwrper, \>. 24.
vni. îi
D'après les vues de Heusinger (4) , les poils doivent naissance à des grains de pigment , et la formation du pigment doit être considérée comme une formation pileuse arrêtée (2). On remarque , comme phénomènes consensuels , qu'il pousse souvent des poils sur des taches brunes ou jaunes , et que les albinos ont des poils très-fins et secs. C'est par un effet d'antagonisme que la formation pileuse est peu développée chez les Nègres , qu'ils ont la barbe clairsemée , et le reste du corps à peu près glabre , de même que , dans les Poules dites négresses , qui ont la peau noire , les plumes sont développées d'une manière incomplète (3) , et qu'en général , chez les Oiseaux , il n'y a de colorées que les parties nues du corps , toutes celles qui sont chargées de plumes étant incolores. Chez les Mammifères aussi, la peau est presque toujours incolore sous un pelage long, tandis que, quand les poils sont courts ou qu'ils manquent totalement , comme chez les Eléphans et les Cétacés , elle est riche en pigment , qui , chez les Chevaux grisonnans , s'amasse aussi dans les parties nues (4).
20° Quoique les poils aient coutume de plonger leurs racines dans la graisse , on en trouve cependant sur des points du corps où il n'y a point de graisse , tels que le scrotum , les paupières, le cartilage de l'oreille et celui du nez, tandis que les fesses et les mollets , parties si chargées de graisse , sont peu ou point velues. D'un autre côté , on rencontre des productions simultanées de graisse et de poils dans certaines tumeurs des ovaires ; les loupes de naissance sont ordinairement couvertes de poils (5) , et le corps entier est très -velu dans les cas d'embonpoint excessif (6); d'un autre côté, c'est surtout chez les hommes gras qu'on observe la calvitie , et Eble a remarqué qu'il y avait toujours plus de graisse
(1) Loc. cit., p. 25.
(2) Meckel , Dcutsch.es Archiv , t. VII , p. 415.
(3) Heusinger, loc. cit., p. 26.
(4) Froriep , Notisen , t. XV, p. 166.
(5) Heusinger, loc. cit., p. 62.
(6) Meckel , Handbuch der pciiholotjischcn Anatonio, 1. 1 , p.
qtt'à l'ordinaire dans les régions de la peau d'où les poils s'étaient détachés (1).
21° Le sang menstruel , chargé de carbone , et le sperme , éminemment basique , l'ont antagonisme aussi aux sécrétions carbonées , surtout à celle de la graisse (§ 563 , I -, 584, 2° ) , comme produit de la tendance à la conservation individuelle : aussi le corps adipeux des Insectes , dans lequel tous les organes sécrétoires prenaient auparavant leurs racines , disparaît-il à l'époque du développement des organes de la génération. Ils font également antagonisme au smegma cutané (§ 247, 4° ) et au pigment (§ 247, 3°) ; en effet, avant l'apparition* des menstrues , ou lorsqu'elles s'arrêtent pendant la grossesse (§ 347, 3°), ou après leur cessation totale , on voit les taches de rousseur devenir plus prononcées, et parfois s'en manifester d'autres jaunes, brunes ou noires (2). Enfin, ils font antagonisme aux poils (§ 563, 11° ) , qui , entre autres , croissent avec plus de force pendant les dérangemens ou à la cessation du flux menstruel.
VIII. Il y a aussi un rapport de consensus ou d'antagonisme entre la formation carbonée et une autre formation basique, ou moins carbonée, ou plus indifférente}
22° Un rapport de ce genre existe entre la bile carbonée et l'urine azotée et chargée d'eau. On a trouvé, après l'extirpation des reins , le foie gorgé de sang et la bile fort abondante. Simon , ayant lié le conduit biliaire , chez des Oiseaux , rencontra beaucoup de substance verte déposée dans le cloaque. Coindet fait remarquer que , dans l'hépatite , l'urine contient, au lieu d'urée, une substance qui ressemble à la matière biliaire. Le foie et les reins paraissent être quelquefois confondus ensemble chez les Acéphales (3) , ce qui fait penser à Meckel (4) qu'il n'est pas hors de vraisemblance que les canaux existant chez les Insectes , auxquels on donnait autre-
(J) Die Leh.ro von den Haarenin der gesammten organischen Natur t. II , p. 76.
(2) Heusinger, loc. cit., p. 50.;
(3) Meckel , Ilandluch der pathologischcn Anatomie , 1. 1, p, 183.
(4) Archiv fucr Anatomie , 1826 , p. 27.
fois le nom de conduits biliaires, et que les modernes appellent urinaires , remplissent à la fois les deux fonctions.
23° Lorsqu'il survient des maladies bilieuses ou une inflammation du foie, à la suite d'un refroidissement, surtout en automne , on doit en accuser la suppression de l'excrétion d'acide carbonique, et sans doute aussi de celle d'eau.
24° Si l'hydropisie est plus commune chez les sujets atteints de maladies du foie que chez d'autres , il faut s'en prendre principalement , sans pour cela nier l'influence des causes mécaniques, à l'antagonisme qui, après la suppression de la formation des substances carbonées, imprime une activité plus grande à la sécrétion séreuse. C'est ainsi également qu'il est commun de voir, dans les cas de formation incomplète de la bile , les sujets , surtout quand ils sont à jeun , vomir sans effort , et comme par une sorte de regorgement , une quantité considérable de suc gastrique insipide.
25° Le même antagonisme se prononce entre la formation de la graisse et la sécrétion séreuse ; s'il est ordinaire que de la graisse se dépose à la surface des membranes séreuses , et notamment des vésicules synoviales , on en trouve moins chez les personnes atteintes de leucophlegmatie , et celle qui se voit chez les hydropiques ressemble à un liquide jaunâtre, transparent, gélatineux.
26° Si l'on maigrit en été, tandis que l'on engraisse en hiver, si les Alouettes, les Grives, etc., prennent de l'embonpoint en vingt-quatre heures par un temps nébuleux et humide, puis maigrissent lorsque l'atmosphère devient chaude et s'cclaircit, ce sont là des effets du rapport existant entre la formation de la graisse et la transpiration, notamment l'exhalation d'acide carbonique ; ainsi , l'on ne trouve pas de graisse sous la peau des Crapauds et des Grenouilles, parce qu'elle transpire et qu'elle exhale de l'acide carbonique avec une égale énergie.
27° Ces deux fonctions de la peau paraissent être intéressées aussi , eu égard à leur relation avec la formation du pigment , dans les phénomènes qui consistent en ce que les Nègres suent peu, en ce qu'il ne paraît point de sueur sur les taches de rousseur ou les taches hépatiques , en ce que la di-
minution de l'activité de la peau , chez les personnes âgées , s'accompagne fréquemment de taches grises, jaunes ou brunes, principalement aux mains et aux pieds (1).
2S° La diminution de la sécrétion urinaire , qui a lieu la plupart du temps dans l'ictère, annonce un rapport d'antagonisme entre la formation du pigment et l'activité des reins.
IX. L'antagonisme entre la formation des parties solides et des parties liquides se manifeste surtout dans les rapports entre les tissus stratifiés et la sécrétion cutanée. Cette dernière est si abondante chez les Batraciens et certains Poissons, qu'à peine la peau arrive-t-elle à se couvrir d'un épiderme, et , chez les Mammifères , l'accroissement des poils est limité par une transpiration trop abondante , favorisée au contraire par la diminution de cette exhalation (2). Mais , en général , nous remarquons que la nutrition languit quand la sécrétion dépasse ses bornes normales , et que les parties hypertrophiées sont pour la plupart fort sèches.
X. L'estomac et le poumon , tous deux organes de la formation du sang, mais de telle sorte que l'un la commence et l'autre l'achève, tiennent ensemble par les liens du consensus ; il résulte de là que l'expiration du gaz acide carbonique devient plus abondante lorsque le suc gastrique est sécrété en plus grande quantité (§840, 5°), que l'inflammation se manifeste simultanément dans les deux organes, et que, chez la plupart des phthisiques , on trouve des traces de phlegmasie et des ulcérations dans le canal intestinal.
XI. On découvre , dans la série animale , comme l'a surtout démontré Heusinger (3) , un antagonisme entre les organes aériens ( peau et poumon) , d'un côté , et les deux plus grosses glandes (foie et reins), de l'autre côté; de sorte qu'à un degré inférieur d'organisation , et notamment chez les animaux qui vivent dans l'eau , l'éjection de substance animale a lieu sous une forme plus combustible, celle de bile et d'urine ,
(1) Heusinger, loc. cit., p. 49.
(2) Eble , Die Lchro von den Ilaarcn in dev gcsammten oryanischcn Natur, t. II , p. 123.
(3) Zeitschrift fuerdie oryanisc/ia Physik, 1. 1 , p. 163.
l60 INFLUENCE DE L'ÉTAT DE LA VIE.
tandis qu'à un degré supérieur, et principalement chez les animaux qui vivent dans l'air, elle s'opère sous une forme plus comburée , celle de vapeur aqueuse et d'acide carbonique. Ainsi le foie et les reins prédominent chez les Mollusques , la peau et les organes respiratoires chez les animaux articulés ; le premier rapport s'observe également chez les Poissons et les Reptiles , le second chez les Oiseaux et les Mammifères. De même , parmi les animaux à sang chaud , ceux qui vivent dans l'eau , ou auprès d'elle , ont un foie et des reins plus volumineux, au lieu que la peau et les poumons sont plus développés chez ceux qui vivent à l'air libre.
XII. Les tissus inférieurs se déposent consensuellement autour des tissus supérieurs ; mais on rencontre aussi un rapport d'antagonisme entre ces deux ordres de tissus.
29° Le tissu cellulaire , comme premier produit plastique , celui qui présente le moins de caractères spéciaux, fait antagonisme à tous les tissus particuliers qu'il entoure , et pullule lorsque ceux-ci s'effacent. La formation du tissu cellulaire redouble d'activité lorsque celle des tissus les plus importans est faible , de sorte que ce tissu constitue la plus grande partie delà masse des Mollusques acéphales. Par contre, l'accroissement de l'activité du tissu cellulaire, sous l'influence d'un séton entre autres, diminue celle d'organes nobles, par exemple du poumon. Le même rapport existe entre la sécrétion séreuse et les formations supérieures ; elle augmente lorsque l'activité vitale baisse (§ 845, 3°), et quand la nutrition se fait d'une manière incomplète dans un organe ; c'est ainsi que le vide occasioné par l'atrophie du cerveau se remplit de sérosité.
30° La graisse se dépose autour des muscles , mais d'autant plus qu'ils sont moins actifs, et, dans les cas d'atrophie de ces organes , elle s'accumule en grandes masses entre leurs fibres , comme le cœur entre autres en fournit un exemple (1). Les muscles sont faibles chez les personnes chargées d'embonpoint. Après la castration , on a vu le scrotum plein de
(1) Andral , Précis d'analomie pathologique , t. II, p. 287, 317.
INFLUENCE DE l'&TAT DE LA VIE. 1 67
graisse (1) , et le vide laissé par l'extirpation de la rate a été trouvé occupé par une masse adipeuse (2). Haller cite déjà des faits de ce genre (3).
31° Les tissus stratifiés ont de l'affinité avec les muscles; ainsi le tissu épidermatique des animaux sans vertèbres , qui donne attache à des muscles, représente un squelette cutané, un dermatosquelette ; ainsi l'épithélium du robuste estomac des Oiseaux carnivores s'épaissit et devient calleux. Des parties analogues aux poils servent d'organes de locomotion chez des animaux inférieurs ; les Mammifères n'ont le poil long et fourni que dans les points où il existe des muscles cutanés, où surtout s'insèrent ces muscles ; aussi n'en voit-on chez l'homme qu'au dessus du muscle occipito-frontal , des muscles palpébraux et du peaucier, le reste du corps étant dépourvu de muscles sous-cutanés et manquant également de poils bien développés. Le Hérisson et le Porc-épic, chez lesquels les muscles de la peau sont très-vigoureux , ont leurs poils convertis en piquans. On trouve des muscles robustes à la crinière et à la queue du Cheval , ainsi qu'à la queue du Paon (4).
Les poils manquent dans les régions du corps où la peau possède une grande sensibilité , telles que le creux des mains et le gland. Ils croissent davantage lorsque le système nerveux est moins développé ; chez les hémicéphales , non seulement les cheveux forment une épaisse couronne autour de la base du crâne , comme si, en l'absence de la calotte , l'organisme voulait les reproduire en même quantité que dans l'état normal, mais encore il pousse quelquefois aussi des poils sur le corps entier, notamment sur le dos , les hanches et les bras (5).
(4) Jansen , Pinguedinia animalîs consideratio physiologica et patholoijica, p. 80.
(2) Schmidt, Commentatio de pathologia lienis, p. 52.
(3) Elément, physioloy., t. I, p. 40.
(4) Répertoire général d'anatomie et de physiologie pathologiques , t. VI, p. 4.
(5) Meckel , Hundbuch der pathologischen Anutomie , t. I , p, 19G , 232.
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32° Le cerveau s'entoure de l'issu scléreux ; aussi la" voûte de la dure-mère et du crâne manque-t-elle , avec les hémisphères , chez les hémicéphales. Mais , de même que l'embryon a un cerveau très-volumineux et un crâne très-mince, relativement parlant, de même aussi la masse du cerveau augmente dans le rachitisme , où le tissu des os se développe d'une manière incomplète et demeure mou , tandis que , quand cet organe s'atrophie , comme dans l'idiotisme , le crâne acquiert plus d'épaisseur. Chez les Carnassiers, les Solipècles, les grands Ruminans et les Pachydermes, le cerveau est petit, la masse osseuse du crâne , au contraire , forte et épaisse , tandis que , chez les Rongeurs , le crâne est plus mince et le cerveau plus volumineux.
33° Les sujets qui portent des doigts ou des orteils surnuméraires offrent souvent des vices de conformation par arrêt de développement dans des organes supérieurs, comme becde-lièvre, cyclopie,spina-bifida,alrésie de l'anus, etc. (l).Au contraire , chez les hémicéphales , la face est forte et massive, et les sujets à tête monstrueuse ou à ventre énorme ont les membres réduits à de simples moignons (2).
XIII. Enfin un rapport de polarité se manifeste entre les organes les plus éloignés les uns des autres , notamment entre les parties qui occupent les extrémités supérieure et inférieure du corps. Si l'inflammation des parotides provoque unephlegmasie sympathique des testicules ; si la salivation se déclare après la suppression des règles , de la sécrétion urinaire , de la sueur des pieds, ou après un refroidissement des extrémités • inférieures ; si le larynx se développe et la barbe pousse , chez l'homme , à l'époque de la puberté ; si la sécrétion de la conjonctive oculaire augmente simultanément avec celle du canal intestinal pendant le travail de la digestion ; si la sécrétion du suc gastrique et intestinal diminue dans les flux muqueux abondans des paupières (3) ; s'il est très-com-
(1) Meckel , loc. cit., t. II , p. 38.
(2) Mil, t. I , p. 754.
(3) Eble, Ucber den Bau tmd die Kranhheiten der Bindehaut dos Auyes , p. 51.
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mun que les capsules surrénales manquent , ou que les reins et les organes génitaux soient développés à un point extraordinaire chez les hémicéphales et les acéphales ; si à la petitesse du cerveau correspond une plus grande longueur delà moelle épinière ; si le nombre des vertèbres coccygiennes diminue quand le crâne devient plus étroit ; si, enfin, chez les divers individus et les différentes races , les rapports particuliers de forme entre le crâne et le bassin se correspondent d'une manière générale, comme l'a démontré Weber ; ce sont là autant de faits qu'on ne peut expliquer qu'au moyen de la loi générale qui veut que la-polarité relative à la dimension en longueur , dont on aperçoit déjà les effets lors de la formation primordiale (§ 459, II) , conserve aussi plus tard son influence , et quelle donne lieu alors à des phénomènes tantôt de consensus et tantôt d'antagonisme.
D. Influence de la vie animale.
§ 847. L'activité animale , qui est la forme de la vie dirigée vers l'immatérialité , vers le dynanisme pur , fait par cela même antagonisme à l'activité plastique , qui a pour tendance la production matérielle .Aussi remarquons-nous, entre ces deux directions de la vie, des rapports analogues à ceux qui existent entre les diverses activités plastiques comparées les unes avec les autres(§ 846). La vie animale tient de la manière la plus intime à la vie plastique , qui est son support , son substratum ; elle exerce sur elle une influence déterminante , non pas toujours, il est vrai , par consensus, mais souvent aussi par antagonisme. Cependant il n'est pas rare non plus qu'elle vienne à subir elle-même des changemens, sans exercer une telle influence.
I. 1° Après la section des ganglions cervicaux supérieurs , sur des Chiens , Petit (d) a observé que l'œil perdait so^ éclat, devenait terne, et se remplissait de larmes , que sa conjonctive s'enflammait , et qu'il se rapetissait peu à peu , par la diminution de volume de l'humeur aqueuse et du corps vitré ;
(1) Hist. de l'Académie des sciences , 1727, p. 6-19.
la sécrétion des glandes de Meibomius diminuait également. Dans un cas (1) , les deux yeux souffrirent de la même manière , quoique le nerf n'eût été coupé que d'un seul côté ; mais , dans certains autres , les phénomènes ne furent que passagers (2), et les yeux reprirent, au bout de quelques semaines, leur éclat et leur volume accoutumés.
Arnemann, ayant coupé, sur des Chiens, le nerf grand sympathique , avec celui de la paire vague , au cou , remarqua également un accroissement des larmes , et un trouble de la cornée transparente (3) , avec inflammation de la conjonctive et augmentation de la sécrétion muqueuse (4). Une fois même (5), il survint à la cornée un abcès dont l'ouverture entraîna la procidence de l'iris et la chute du cristallin dans la chambre antérieure. Mais, dans plusieurs cas, notamment lorsque l'expérimentateur avait enlevé aux deux nerfs un lambeau long de cinq (6), six (7) ou huit (8) lignes, l'œil rentra dans ses conditions normales au bout de quelques mois.
Cruikshank (9) a aussi observé le trouble et l'inflammation de l'œil après la même opération .
Dupuy (10) enleva le ganglion cervical supérieur à des Chevaux -, il vit ensuite la conjonctive devenir rouge , et la pupille se contracter.
D'après Mayer (11) la ligature du grand sympathique au cou entraîne le trouble de la nutrition de l'œil et une inflammation superficielle , qui , lorsqu'on a lié en même temps le nerf pneumo - gastrique , s'étend jusque dans l'intérieur du
(1) Pnd., p. 8.
(2) Ibid., p. 8, 10,12.
(3) Versucho ucber die Régénération an lehenden Jhieren, p. 67. {k)Ibid„ p. 85 , 87,89 , 97.
(5) Ibid., p. 70.
(6) Ibid., p. 94.
(7) Ibid., p. 402.
(8) Ibid., p. 99.
(9) Reil, ArcHv, t. II, p. 59 , 61.
(10) Meckel , Deutsches Archiv , t. IV, p. 405.
(11) Grrcfc et Walther, Journal fuer Chirurgie und Augcnheilkunde ,
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globe oculaire ; si la ligature a embrassé aussi l'artère caro^ tide , une fausse membrane s'étend , à la face antérieure de l'iris, sur la pupille, et la cornée transparente entre plus tard en suppuration.
Si Dupuy a vu les membres , surtout ceux de derrière , maigrir et devenir œdémateux, après l'enlèvement des ganglions cervicaux supérieurs , il est fort possible que ce phénomène fût purement accidentel.
Du reste, Magendie (1) a également observé l'inflammation de l'œil et l'obscurcissement de la cornée transparente après la section delà cinquième paire des nerfs cérébraux.
Lorsque le nerf optique est paralysé depuis long-temps , on trouve l'œil atrophié , le corps vitré aqueux et d'un brun rougeâtre ; les vaisseaux de la conjonctive et de la choroïde sont variqueux.
2° Les membres paralysés maigrissent ordinairement. Ce phénomène n'a cependant pas lieu toujours. Dans tous les cas, il n'y a qu'affaiblissement , et non abolition complète de la nutrition et de la sécrétion. Monro (2) , ayant coupé le nerf crural d'une Grenouille , trouva, un an après , que la cuisse n'était point amaigrie ; étant venu alors à briser le fémur , il ne s'en produisit pas moins un cal normal. Stannius (3) , en pratiquant la section des nerfs cruraux sur des Grenouilles, eut soin de détruire aussi la partie postérieure de la moelle épinière ; la nutrition du membre n'en souffrit point. Arnemann (4) a observé de même sur des Mammifères , et ces remarques ont été confirmées depuis par Arnold (5) , qu'après la section des nerfs rachidiens d'un membre , celui-ci maigrit d'abord , mais que l'amaigrissement ne se soutient pas , quoique les artères ne reçoivent aucun filet du grand sympathi-
(1) Journal de physiologie expérimentale, t. IV, p. 476, 302.
(2) Observations on the structure and functions of the nervous System ,
(3) Medicinische Zeituny , t. I, n° 42.
(4) fersuche ueber die lleijeneration an lebenden Thiero , p. 262 , 267.
(5) Der Kopftlieil des veyetuliven Nervensystoms beim Monschen, p. 457.
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que. Krimer (1) a vu de la lymphe coagulable s'épancher et une cicatrice se former dans des plaies faites à des membres dont elles avaient divisé tous les nerfs. Chez des Lapins, auxquels Mayo (2) avait coupé la cinquième paire de nerfs cérébraux , une dent incisive , dont il avait brisé aussi la couronne, ne tarda point à recouvrer sa longueur normale.
3° Dupuy (3) a remarqué , sur des Chevaux auxquels il avait lié ou coupé la paire vague , que le fourrage restait sec dans l'estomac. Chez des Lapins , soumis à la même opération par Brodie (4) , l'empoisonnement par l'arsenic , de quelque manière qu'il eût lieu , n'accroissait plus, comme auparavant , la sécrétion de l'estomac et de l'intestin , mais déterminait une inflammation considérable.
Dans d'autres cas , cependant , l'opération ne troubla point la sécrétion des organes digestifs. Ainsi Blainville trouva , chez des Poules et des Pigeons auxquels il l'avait fait subir , le jabot plein d'un liquide rougeâtre et fortement acide. Breschet a reconnu , sur des Chiens , des Chevaux , des Pigeons , des Canards et des Hirondelles , que la formation du chyme était retardée ou restreinte , mais non supprimée (5). Leuret et Lassaigne (6) ont rencontré , neuf heures après , la quantité ordinaire de suc gastrique dans l'estomac des Chevaux. Celui des Lapins a offert à Mayer (7) , au bout de cinquante heures, du chyme acidulé et en partie frais ; le même observateur a également trouvé l'estomac de Chats et de Chiens dans l'état normal. Arnemann (8) assure que, chez les Chiens qui survivaient à la section de la paire vague et du grand sympathique, il se manifestait constamment, quelques jours après l'opération , une diarrhée qui durait plusieurs mois ; or , comme les
(1) Physiologische Untersuchungen , p. 169.
(2) Outlines of humun physiology , p. 90.
(3) hoc. cit., p. 408.
(4) Meckel , Deutsches Jrchiv , t. I , p. 428.
(5) Archives générales de médecine , t. II, p. 491.
(6) Recherches physiologiques et chimiques pour servir à l'histoire de la digestion , p. 134.
(7) Zeitschrift fuer Physiologie , t. II, p. 73, 78.
(8) Fersuche ueber die Régénération an lebenden Thiere , p. 262.
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déjections n'étaient pas fort abondantes, cette diarrhée tenait sans doute principalement à la diminution de l'absorption , bien qu'elle dût être aussi rapportée en partie à l'accroissement de la sécrétion intestinale.
Du reste, la section de ces nerfs détermine ordinairement, dans l'estomac et les bronches , un état inflammatoire , qui s'accompagne quelquefois d'un accroissement de la sécrétion muqueuse, ou d'un épanchement de sérosité, comme l'ont remarqué surtout Legallois etWilson Philipp.
4° La sécrétion des glandes salivaires diminuait , mais ne se supprimait point après la ligature ou (la section des nerfs de ces organes, pratiquée par Nuck. Mayo (1) coupa les nerfs des reins et lia les uretères d'un Chien ; au bout d'une heure et demie, il trouva les bassinets et la portion des uretères située au dessus de la ligature , pleins d'urine.
II. Dans l'état anormal du cerveau et de la moelle épinière ,
5° La nutrition tantôt subit une altération fondée ou sur le consensus ou sur l'antagonisme , et tantôt n'éprouve aucun changement. L'amaigrissement est de règle dans l'hydrocéphale chronique ; on le voit plus rarement dans les plaies , la suppuration , le ramollissement , l'induration et les pseudomorphoses du cerveau (2). Dans la phthisie dorsale , les membres maigrissent, en même temps que la moelle épinière diminue de volume. Il arrive souvent , lorsque la formation du cerveau est incomplète, en particulier dans l'hémicéphalie, qu'on trouve le foie, la rate , les reins , etc., fort petits ; mais presque toujours il y a beaucoup de tissu cellulaire et de graisse , et la peau est très-développée, ainsi que les muscles; souvent aussi le cœur et les membres ont beaucoup de volume. De même , on voit fréquemment le corps maigre chez ceux qui exercent beaucoup leurs facultés cérébrales , et fort bien nourri chez les sujets d'une intelligence bornée.
6° Si la peau est sèche et froide dans la commotion cérébrale , sèche et chaude dans l'encéphalite , si , lorsque l'état
(1) Loc. cit., p. 93.
(2) Bunlach , Vvm Baue des Cehirns , t. III , p. 05.
du malade s'améliore , on voit survenir une sueur générale T ou même une éruption cutanée , ce ne sont là que des effets de l'état gépéral de la vie. Mais il se présente des cas aussi où l'organe central de la sensibilité déploie une influence spéciale. Home (1) a observé, chez un homme dont la moelle épinière avait été détruite par un coup de feu , à la hauteur de la sixième vertèbre dorsale , que la peau ne transpirait qu'au dessus de la plaie , et qu'elle ne fournissait point de transpiration au dessous. Roque (2) a vu , au contraire , après une commotion cérébrale , les cheveux grisonner du côté droit, le visage maigrir, et la tête, ainsi que le cou et la poitrine, se couvrir de sueur ; celle-ci , exactement limitée par la ligne médiane du corps , augmentait pendant les repas , et sous l'empire des affections déprimantes , mais diminuait dans le lit, lorsque la chaleur y déterminait une transpiration générale.
7° Brodie (3) a trouvé que l'expiration du gaz acide carbonique est indépendante de l'activité cérébrale. Des Lapins qu'il avait fait périr au moyen du woorara ou de l'acide hydrocyanique , donnèrent , par la respiration artificielle , tout autant de ce gaz qu'en fournissait la respiration d'autres Lapins vivans , savoir vingt-cinq à vingt-huit pouces cubes dans l'espace d'une demi-heure.
8° Au contraire , chez des Lapins auxquels on avait coupé la tête, et dont on avait eu soin ensuite d'entretenir la respiration, pendant des heures entières, par des moyens artificiels, il ne s'effectua plus aucune sécrétion urinaire (4). Naveau (5) et Krimer (6) disent aussi que cette sécrétion lï'a plus lieu chez les animaux dont on entretient la respiration par des moyens artificiels après avoir détruit la moelle allongée ou la portion cervicale de la moelle épinière , tandis qu'elle persiste après la section de cette dernière sur
(1) Meckel , Deutsches Archiv , t. III , p. H8.
(2) Gerson, Magasin, t. VII, p. 416.
(3) Poggendorff , Annalen der Physik , t. XLVI , p. 87.
(4) Reil, Archiv., t. XII, p. 139.
(5) Expérimenta quœdam circa nrince sccretionem , p, 24.
(6) Physioloyischo Untersuchunycn , p. 21-28.
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un autre point, ou après l'ablation du cerveau. Ils concluent de là que cette séorétion dépend de la moelle allongée et de la portion cervicale de la moelle épinière, quoiqu'il soit plus probable que c'est seulement la respiration excitée par ces organes qui exerce une influence directe sur la production de l'urine. Gamage (1) a trouvé , dans ses expériences, que la sécrétion urinaire est tout-à-fait indépendante du cerveau , et si les anomalies de la moelle épinière influent non seulement sur l'émission , mais encore sur la formation de l'urine , quelques faits établissent aussi que celles des reins réagissent à leur tour sur les fonctions de la moelle épinière.
9° Une sympathie particulière avec le foie nous est dévoilée par les symptômes bilieux qui se manifestent dans les plaies de tête , ainsi que dans l'inflammation et la suppuration du cerveau déterminées par des causes internes (2). On doit attacher moins d'importance à l'accroissement des sécrétions salivaire et lacrymale , qui a été observée quelquefois dans le typhus, l'hypochondrie , l'hystérie et autres anomalies de la sensibilité.
III. Enfin , l'activité de l'âme et surtout l'état du 'moral exercent une influence notable sur les sécrétions.
10° Allen et Pepys ont remarqué que les animaux exhalaient une plus grande quantité de gaz acide carbonique lorsqu'ils étaient éveillés et dispos que quand le sommeil les accablait. De même , d'après les observations de Prout (3) , cette exhalation est accrue par les émotions hilariantes, tandis que la tristesse , l'inquiétude , le bâillement et la gêne de la respiration la diminuent.
il0 La joie et la colère augmentent également la transpiration, que diminuent, au contraire, la tristesse, la peur^Ia douleur et l'anxiété (4). Les aliénés ont presque tous la peau sèche, et suent difficilement; souvent aussi leurs cheveux sont gris , arides et fendus à l'extrémité.
(1) Medicinisch-chiruryisclie Zcitung , 1818 , t. II, p. 242.
(2) Burdach , Vom. Daue des Gehirns , t. III, p. 72.
(3) Schweigger, Journal fuer Chemie , t. XV, p. 60, 64.
(4) Haller, Elément, physiolog., t. VI , p. 71 , 75, 77,
12° Les émotions excitantes augmentent la sécrétion du pigment, tandis que celles d'un caractère opposé la diminuent. Ce sont les cheveux qui perdent leur couleur dans ce dernier cas. On a des exemples d'hommes qui ont blanchi subitement à la mort de personnes qu'ils chérissaient , à Tannonce d'une condamnation capitale , dans un danger imminent, à la perte de leur liberté, au renversément de leurs espérances, ou après de grands excès (1). Un homme qui avait craint long-temps pour ses jours , ne se vit pas plus tôt sauvé, qu'il tomba aussitôt en syncope-, son teint, de brun qu'il était, avait pris une couleur blanche; cependant il brunit au bout de deux années, lorsqu'il eut recouvré ses forces ; mais ses cheveux , qui avaient blanchi aussi , ne changèrent plus (2).
43° Nous avons vu qu'à l'époque du rut, chez les animaux , diverses sortes de smegma cutané sont sécrétées en plus grande abondance, et répandent une forte odeur (§ 247, 4°). De même , chez les animaux qui ont les cryptes de la peau très-développées (§ 821), l'activité de ces organes s'accroît par l'influence de l'inquiétude. Tantôt on ne s'en aperçoit qu'à une odeur particulière qui s'exhale alors , comme par exemple , chez les Marmottes , les Serpens , les Salamandres, les Punaises , etc., qu'on tourmente et irrite; tantôt on voit la liqueur sécrétée jaillir , et alors s'introduire dans la plaie que l'animal fait à son ennemi , comme chez les Vipères , les Scorpions, les Abeilles , les Fourmis, ou servir seulement à écarter cet ennemi, comme chez les Crapauds, les Cloportes, les Chenilles , ou enfin avoir pour usage de troubler l'eau et de soustraire ainsi l'animal lui-même aux poursuites, comme chez les Seiches et le Mollusque de la Pourpre.
44° La formation de la graisse est favorisée par le repos de lame , la tranquillité morale, la sérénité de l'esprit, et diminuée par les passions fortes , surtout lorsqu'elles manquent
(1) El)le , Die Lehre von den Haaren in der gcsammtcn organiscJien Natur, t. II, p. 315.
(2) Ileusinger, Untersuchvnçjcn uchcr die anomale Kohlen-und Pigment bildun y in dem menschlichcn Kcvrpcr, p. 39.
INFLUENCE DE l'ÉTAT DE LA VIE.
leur but. Un sommeil prolongé , même l'imbécillité et l'idiotisme , peuvent la rendre plus abondante.
15° Les émotions déprimantes , la crainte et la frayeur, provoquent fréquemment une diarrhée soudaine , tant parce qu'elles activent la sécrétion du suc intestinal, que parce qu'elles affaiblissent l'intestin et le frappent d'une sorte de paralysie. Les soucis et le chagrin déterminent des écoulemens muqueux , surtout chez les femmes , parce qu'ils relâchent l'économie entière.
16° Mitscherlich (1) a vu diverses affections morales , le dégoût et le désir d'un aliment , faire couler la salive en plus grande abondance par une fistule parotidienne. Il suffit de voir un mets appétissant, d'en sentir l'odeur, ou même seulement d'y penser vivement , pour que la salive afflue davantage à la bouche , et Magendie l'a vue , en pareil cas , s'élancer au loin sous la forme d'un jet (2). Le souvenir d'une saveur désagréable produit le même effet ; car dès que nous voyons quelqu'un mordre dans un citron, notre bouche se remplit aussitôt de salive. Eberle (3) se procurait la quantité de salive dont il avait besoin pour ses expériences , en songeant à un acide ; en "peu de minutes, il obtenait ainsi depuis une demi-once jusqu'à une once de ce liquide. La sécrétion salivaire est plus abondante aussi pendant la colère et chez les personnes qui éprouvent des désirs vénériens. Elle diminue, au contraire , sous l'empire de la peur et de la crainte , de manière que la bouche se dessèche et la parole devient difficile. Au rapport d'Annesley, lorsqu'un vol domestique a été commis, les jongleurs indiens, réunissent toutes les personnes de la maison , leur donnent du riz cuit à mâcher, et le leur font ensuite cracher sur une feuille; celui que le voleur a mâché ne contient point de salive.
17° Toutes les fois que le moral vient à être ébranlé par la tristesse, la douleur, la compassion ou la joie, la sécré-
(1) Rust , Mayazin fuer die gesammte Heilkunde , t. XXXVIII , p. 497.
(2) Précis élémentaire de physiologie, t. II, p. 52.
(.3) Physiologie dcr ferduuuny nach Fersuchen auf natuerlichem und kurnttlichem Weyc , p. 30.