‹ Traité physiologie considérée comme science d'observation (volume 5)Chapitre 36 sur 94 · VARIATIONS DANS IE DEGRÉ D'ONION DES PRINCIPES COKSTITDANS · texte numérisé non relu

VARIATIONS DANS IE DEGRÉ D'ONION DES PRINCIPES COKSTITDANS

§ 850. La manière plus ou moins solide dont les principes constituans sont enchaînés

I. Donne aux sécrétions un aspect limpide ou trouble. Si l'union est forte et la combinaison intime , le liquide est clair, même alors qu'il contient une quantité extraordinaire de substances solides, de manière qu'on ne peut tirer de son apparence aucune induction certaine par rapport à son degré de concentration. Il est trouble quand les matériaux constituans ne sont point unis de manière à représenter un composé homogène , sans cependant être assez libres pour pouvoir se séparer , de sorte qu'ils prennent en quelque sorte un terme moyen et demeurent en suspension. Il arrive quelquefois qu'on trouve la synovie trouble dans la goutte, et la sérosité dans l'hydropisie et L'inflammation chronique des membranes séreuses. Mais on rencontre principalement cet état dans l'urine, où il tient surtout à l'insuffisance des matériaux acides.

1° Tandis que l'urine contenue dans le bassinet est limpide, celle qu'on exprime de la substance des reins est trouble. Il paraît donc que la combinaison des principes constituans de ce liquide devient plus intime à mesure qu'il parcourt les conduits urinifères de la substance médullaire , dont le calibre va toujours en diminuant.

2° Chez les Mammifères carnivores, l'urine est acide, claire et fort odorante ; elle forme un dépôt lorsqu'on la laisse tranquille, et passe promptement à la putréfaction. Celle des herbivores , les Ruminans en particulier, est alcaline, visqueuse, moins encline à se putréfier , et rendue trouble par les sels

terreux qui y prédominent (1). Celle de l'Éléphant et du Rhinocéros fait effervescence avec les acides , qui l'éclaircissent , suivant Vogel (2).

3° L'urine paraît ne point arriver, quand l'animal exécute des mouvemens violens, à l'intimité de combinaison qu'elle offre en temps ordinaire. Cplledes Chevaux est ordinairement claire tant qu'on les tient à l'écurie, et trouble lorsqu'ils ont été échauffés par la course (3).

4° Au point culminant des fièvres et des inflammations , l'urine est limpide et d'un rouge vif ; toutes les fois , au contraire , que l'assimilation se fait mal , que l'hématose s'accomplit d'une manière imparfaite , et qu'il y a atonie , ce liquide est trouble, et il ne s'éclaircit même pas après avoir formé un dépôt. L'urine est épaissse, argileuse, semblable à celle des ruminans , ou jumenteuse, dans les fièvres gastriques et putrides, lactescente ou semblable à du petit-lait et mucilagineuse dans les scrofules et l'hydropisie.

II. Une séparation a lieu quand le liquide est trop chargé de substances peu solubles, ou ne contient point assez de celles qui servent d'intermédiaire à la dissolution. Il paraît que le premier cas a lieu dans l'inflammation des Organes sécrétoires , puisque alors on voit quelquefois par exemple la sérosité vésiculaire déposer des flocons, la synovie, donner un précipité visqueux , ou le suc mucus se partager en un liquide limpide et des grumeaux de mucus. Dans une salivation survenue sans cause appréciable, quedeBuch (4) a observée , la salive produisait un sédiment dès qu'elle se refroidissait. Ce phénomène tenait incontestablement à ce qu'elle renfermait une quantité extraordinaire d'albumine et point d'alcali ; mais peut-être se rattachait-il aussi en partie à la prédominance des sels calcaires ; car la salive réagissait à la manière des acides , la potasse caustique empêchait la forma-

(4) Reil , ArcHv , t. II , p. 471. — Froriep , Notizen , t. XIII , p. 113.

(2) Berzelius , Traité de chimie , t. YH, p. 3g5.

(3) Blainville, Cours de physiologie générale , t. III, p. 4fi5.

(4) Scherer, Allgemeines Journal der Chemie , t. V, p. 110.

tion du précipité, et redissolvait celui qui s'était déjà produit -, l'acide oxalique en déterminait un fort abondant.

Il est plus commun d'observer, même dans l'état normal , la séparation des matériaux de l'urine , d'où résultent des pellicules, des flocons, un nuage ou énéorème, et un sédiment.

5° Une pellicule reflétant les couleurs de l'iris se forme quelquefois à la surface de l'urine, dans les maladies comsomptives. Elle est produite par du phosphate ammoniacomagnésien qui , n'étant soluble qu'à la faveur d'un acide libre, se sépare dès que l'urine devient alcalescente.

6° Des flocons blancs , qui gagnent peu à peu le fond du vase , consistentsoit en mucus ( comme dans le catarrhe vésical, soit en une substance albumineuse (comme dans beaucoup de maladies , chroniques surtout , qui sont accompagnées d'un trouble de l'assimilation) et du phosphate ammoniaco-magnésien , avec un peu de phosphate calcaire , circonstance dans laquelle l'urine devient épaisse et alcalescente.

7° Un petit nuage qui se forme à la surface , s'affaisse peu à peu, reste pendant quelque temps suspendu au milieu du liquide , enfin gagne le fond du vase et s'y résout en un sédiment , apparaît surtout pendant la crise des fièvres , et doit naissance à des matériaux insolubles divers, qu'un peu de mucus aglomère ensemble et tient en suspension pendant un certain laps de temps.

8° L'urine d'un homme bien portant, lorsqu'elle est abondante en principes constituans susceptibles de prendre la forme solide (§ 849 , 9°), produit , en se refroidissant, un sédiment, qui est d'abord gris, devient ensuite d'un rougepàle, prend la forme de paillettes cristallines en se desséchant, et consiste principalement en acide urique. Ce sédiment augmente sous l'influence du régime animal , des mouvemens violens , des chaleurs de l'été , des troubles de la digestion et des veilles nocturnes ; la sueur et la diarrhée le diminuent par antagonisme (1). 11 manque dans les fièvres pendant la première période , paraît plus tard, mais avec lenteur seulement,

(1)ReiI, Archiv, t. II, p. 172, 484,

et devient fort abondant durant la crise, après toutefois s'être montré d'abord sous la forme d'un énéorème.

9° Le sédiment pulvérulent est la plupart do temps d'un rouge brun grisâtre , ou d'un rouge briqueié , dans les fièvres, surtout gastriques , comme aussi dans les affections chroniques du b:is-ventre [ et principalement dans la diallièse arthritique. Il se compose spécialement d'urates et de mucus * d'après Nysten(4), d'acide inique, de mucus et de phosphate calcaire; suivant Prout(2j, d'urates et de purpurates d'ammoniaque et de soude, mêlés quelquefois avec des phosphates , ou même avec de l'acide nitrique -, selon Wetzler (3), d'urate de soude, avec des phosphates de chaux et de magnésie ; suivant Frommherz et Gugert (4) , d'urate de soude , d'acide uiïque , de mucus et d'une matière exlractive rose , qui est solubledans l'alcool.

40° Les diverses nuances du rouge ne paraissent point annoncer de différences essentielles dans là composition; toutes les fois qu'on les observe, il y a des urates.

Le précipité rose est composé , suivant Scheele , d'acide urique,avec un peu de phosphate calcaire; selon Proust, d'acide rosacique , c'est-à-dire d'urate d'ammoniaque; d'après Prout (6) . on le rencontre dans l'hydropisie , la fièvre hectique et les maladies chroniques du bas ventre, particulièrement du foie, et il se compose d'urate et de purpuraie d'ammoniaque , sans matière colorante de l'urine. Brande (6) , qui l'a observé aussi chez les sujets atteints de maladies du foie , chez les ivrognes de profession, et dans les maladies inflammatoires, le dit produit par un mélange d'acide urique avec des phosphates.

Un sédiment jaune ou châtain se voit quelquefois, au dire de

(1) Recherches de physiologie et de chimie pathologiques, p. 235.

(2) Traité de la gravelte, p. 30 , 113.

(3) Beilrœtje sur Kenntniss des menschliclien Harns taid dur Ënstvlntng der Harnsteine, p. 19.

(Il) Schweigger, Journal fuer Chemie , t. L , p. 200.

(5) Traité de la gravelle, p. 173.

(6) Meckel, Deutsches Archiv , t. IV, p. 601.

PRODUITS MATÉRIELS HOMOLOGUES. îg5

Prout (\), dans l'urine des personnes bien portantes, après quelque erreur de régime ; il est constitué par de l'urate d'am-^ moniaqtie, mêlé ordinairement avec des phosphates, ou même aiec de l'urate de soude.

I n sédiment brun , déposé par l'urine de phthisiques , d livdropiques et de malades atteints d'affections chroniques du foie, se composait, d'après le même observateur , d'urate et de purpurate d'ammoniaque (2). Wetzler a trouvé* qu'un sédimeïit de dette' teinte consistait en uraiè de soude (3). Une poudre d'un jaune rougeâtre , précipitée par l'urine d'un malade affecté de fièvre nerveuse lente , était composée, suivant Frommherz et Gugert (4), d'acide urique, avec peu de matière colorante et de mucus.

11° Un sédiment blanc et pulvérulent, dans l'urine, se compose principalement de sels terreux. On le rencontre surtout , d'après Brande (5) , dans es cas où la digestion a été troublée par des écarts de régime, notamment après l'usage dos alimeris farineux , chez les personnes qui ont pris une grande quantité de remèdes alcalins , et lorsque la sécrétion biliaire s'exécute d'une manière irrégulière. Prout y a trouvé du phosphate calcaire, avec un peu de phosphate ammoniacomajpiésien, et l'urine avait une grande tendance à tomber en putréfaction (6). Frommherz et Gugert (7) ontobtenu les mêmes résultats.

12° Le sédiment cristallin, qui constitue la gravelle proprement dite, ëstla plupart du temps rouge et grenu. Ordinairement i! se produit dans l'intérieur même des voies urinaires II est composé d'acide urique presque pur, qui n'a pu rester dissous dans l'urine à cause de sa grande abondance, ou qui en a été précipité par un acide plus fort (phosphorique, suif urique, nitrique ou carbonique , libre).

(1) Traité de la gravelle , p. 167.

(2) Ihid., p. 470.

(4) Loc. cit., p. 205.

(5) Meckel , Veutsches Archiv , t. IV, p. 597.

(6) Traité de la gravelle , p. 168.

(7) Loc. cit., p. 205,

43° Des paillettes blanches, brillantes, cristallines, se précipitent quelquefois de l'urine , pendant qu'elle se refroidit; celle-ci contient alors beaucoup d1urée , elle devient un peu alcalescente , et passe à la putréfaction. Suivant Prout , ces paillettes doivent naissance à du phosphate ammoniacomagnésien. Outre ce sel , Guéranger (1) y a trouvé aussi du phosphate d'ammoniaque , du phosphate de chaux et de la silice , avec des traces d'acide urique et de matière organique.

14° Les grains d'un verd noirâtre, qui s'observent assez rarement, sont dus, suivant Prout, à de l'oxalate calcaire.

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