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IV. Système sçléreux

11° Les plaies simples faites au système sçléreux par des instrumens tranchans, guérissent en général assez vite, comme par exemple celle de la cornée transparente après l'opération de la cataracte. Lorsque la plaie est avec perte de substance, des bourgeons charnus naissent tant des bords que du fond formé par un autre tissu. Ainsi, par exemple, on voit se développer un lambeau de périoste nouveau sur les os du crâne mis à nu (4), et une portion de dure-mère sur la pie-mère dénudée. La substance de nouvelle formation a la plupart du temps l'apparence de tissu cellulaire condensé; elle n'offre surtout pas l'éclat et la texture fibreuse qui caractérisent ordinairementle tissu sçléreux. C'est elle qui réunitlesligamens et les tendons, de manière qu'ils puissent servir encore à mouvoir le membre (2). Pauli (3) , ayant enlevé cinq lignes du tendon d'Achille d'un Chien, le trouva , quatre mois après, réuni par du tissu cellulaire condensé ; une aponévrose crurale dont il avait excisé un lambeau, répara le vide au moyeu d'un tissu analogue , mais les bords de la plaie contractèrent adhérence avec les muscles voisins.

12° Les portions séparées d'un cartilage ne se réunissent la plupart du temps que par l'adhérence du périchondre; il est plus rare qu'une masse scléreuse se produise entre elles pour les unir. D'après Béclard (4), les cartilages costaux brisés, dont les bouts ont été mis en contact, se réunissent au moyen d'un dépôt de substance osseuse, qui prend la forme d'un anneau; mais si les extrémités ne se louchent pas d'une manière immédiate, le vide est. rempli par un néoplasme, qui , après être resté quelque temps sçléreux , devient cartilagineux, et enfin s'ossifie.

13° La réunion des os fracturés a été étudiée avec soin par

(1) Bonn et Marrigues, Physiologische und chirurgische Abhandlungen ueber die Nalur und Erzeugung des Callus , p d3.

(2) Van Hooin , Dissertatin de Us quœ , in purtibvs me/nbri , prœsertim osseis , amputatiune vulneratis , nolanda sunt , p. 26.

(3) Commeututio physiologico-chirur gica do vulneribus sanandis, p. HO.

(4) Additions à TAnatoniie générale de Bichat , p. 176.

VIII, ao

3o6 rnoDuns matériels homologues,

Breschet (1) et Meding (2). C'est dans les fractures simples, où les surfaces se touchent , que le travail s'accomplit avec -le plus de facilité. Le sang épanché se coagule , après quoi il est résorbé peu à peu ; le périoste et la membrane médullaire déchirés, comme aussi les parties celluleuses et membraneuses qui entourent l'os , et qui ont plus ou moins souffert au moment de la fracture, se tuméfient, et sécrètent, tant autour d'eux que dans leur propre substance, un liquide plastique, rougeâtre et filant, au moyen duquel toutes ces diverses parties sont réunies ensemble et prennent une même apparence. Ce liquide plastique acquiert peu à peu la consistance d'une gelée ferme , qui ressemble davantage au tissu cartilagineux ou tendineux sur les points les plus rapprochés de l'os , ne tarde pas à s'ossifier couche par couche , et représente ainsi le cal provisoire, que Dnpuytren a reconnu le premier. Ainsi ce cal provisoire consiste en un anneau osseux, c'est-à-dire en une substance entourant la fracture , et faisant corps avec les parties tuméfiées environnantes, qui, imbibées du liquide devenu gélatiniforme , ont acquis la solidité du cartilage et se sont même ossifiées jusqu'à un certain point; il comprend, en outre, un bouchon osseux, c'est-à-dire une substance osseuse produite par la membrane médullaire et remplissant la cavité de la moelle. L'os lui-même éprouve une réunion , qui marche avec infiniment plus de lenteur , mais qui doit persister ; ses bouts s'enflamment moins promptement que les parties molles , et il faut que le ramollissement dû au travail phlegmasique les rende semblables à ces dernières , pour qu'ils puissent sécréter du liquide plastique : pendant tout ce temps , ils sont retenus en place par le cal provisoire. La sécrétion plastique de l'os ne se métamorphose non plus qu'avec lenteur ; de gelée ferme qu'elle était devenue d'abord, elle passe à l'état de véritable cartilage , et alors seulement elle s'ossifie sur plusieurs points , jusqu'à ce qu'enfin l'ossification s'étende à sa substance entière. Mais , pendant que ces

(1) Quelques recherches historiques et expérimentales sur la formation du cal. Paris, 4819 , in-4°.

(2) Dissertatio de régénérations ossium , fer expérimenta illuslrata. Lcipzick, 1823, in-4".

PRODUITS MATÉRIELS HOMOLOGUES. Zo']

phénomènes ont lieu, et que l'activité plastique, concentrée tout entière dans la substance osseuse elle-même, opère une véritable cicatrisation , le cal provisoire et la gélatine contenue dans les parties environnantes se ramollissent et sont résorbés; l'anneau osseux disparaît , ainsi que le gonflement qui l'entoure ; le périoste guéri rentre dans ses limites , et la cavité médullaire se rétablit , de même que la membrane qui la tapisse; en effet, la substance dense qui l'emplissait devient d'abord celluleuse, puis les cloisons s'amincissent et diminuent jusqu'au point de disparaître peu à peu, et la cavité se remplit d'un liquide gélaliniforme et rougeâtre , qui finit par prendre les caractères de la moelle.

La substance osseuse permanente de nouvelle formation rer çoit ses vaisseaux du périoste ; elle-même s'est développée de dehors en dedans , ou de la périphérie vers la cavité médullaire , et il s'est formé au côté interne de la substance diploïque , au côté externe de la substance compacte. Quand on enlève, au moyen de l'acide hydrochlorique, les parties terreuses d'un os ainsi guéri , on trouvé que le cartilage qui reste représente une masse cohérente sur tous les points , et l'on ne peut apercevoir aucune différence entre l'ancienne substance et la nouvelle. Les proportions des principes constituans peuvent cependant ne plus être les mêmes. Des deux analyses dont les résultats sont consignés dans le tableau suivant , celle de Lassaigne (1) concerne probablement le cal provisoire , et celle de Gaultier le cal permanent (2).

Lassaigne.

Gaultier.

Os ancien.

Cal

Os ancien.

Cal.

Externe.

Interne.

Matière animale.

Phosphate de chaux.

Carbonate de chaux.

Phosphate de magnésie.

(1) Journal de chimie médicale , t. IV, p. 366.

(2) Breschet, loc. cit., p. 31.

5o8 produits Matériels homologues.

Des pièces d'os entièrement détachées peuvent aussi reprendre; par exemple des lambeaux de crâne, surtout lorsque leurs tégumens cutanés tiennent encore au reste du corps (4), des viroles osseuses enlevées par l'opération du trépan(2), même des dents dont la racine a été brisée ; dans ce dernier cas, la formation du cal a pour point de départ la membrane de l'alvéole (3).

Quand il y a des vides, la reprise est plus difficile. Des Pigeons auxquels Charmeil (4) avait enlevé un morceau de l'os de l'avant-bras, lui offrirent, au bout de vingt-quatre heures, le vide occupé par un caillot de sang , et les parties avoisinantes tuméfiées ; au troisième jour , le caillot avait davantage de consistance , et les bouts des os étaient gonflés; au sixième jour, le caillot était plus petit , et la cavité médullaire oblitérée; au dix-huitième, les parties molles présentaient presque l'aspect de l'état normal , et les extrémités de l'os avaient acquis plus de longueur ; l'allongement fit peu à peu des progrès, de sorte que, vers la fin du troisième mois, il ne restait plus qu'un tiers du vide primitif. Dans une autre expérience (5) , il trouva les deux bouts allongés de l'os réunis par une masse de lamelles et de fibr illes fibro-cartilagineuses, qui contenaient çà et là de la substance osseuse.

Meding (6) excisa un morceau de six lignes au radius et au cubitus d'un Chien. Au cinquième jour, le vide était déjà rempli par une substance gélatiniforme , qui faisait corps tant avec la membrane médullaire qu'avec les parties molles voisines ; de nouveau tissu osseux se montrait sous le périoste et dans le canal médullaire ; au dixième jour, des noyaux osseux parurent entre les bouts des os, et au bout de quarante jours

(1) Eggers, Von der ÎViedererzeugung , p. 112.

(2) Wii'smann , De coalitu partium a reliquo corpore prorsus disjunctarum, p. 6.

(3) Meckel , Handluch der pathologischen Anatomie , t. III, p. 83.

(4) Recherches sur les métastases , suivies de nouvelles expériences sur la régénération des os, p. 333.

(5) Loc. cit., p. 335.

(6) Loc. cit., p. 22.

PRODUITS MATÉRIELS HOMOLOGUES, 3og

ceux-ci étaient complètement réunis par de la substance osseuse nouvelle.

En examinant l'os crural d'un homme qui avait été percé par une balle de fusil , Cruveilhier (1) trouva , au bout de cinq mois , le canal qu'avait produit le projectile rétréci par de la substance en partie tendineuse et en partie osseuse.

Les bouts d'os qui , après une fracture, n'ont pu se souder ensemble, à cause de la trop grande distance qui les séparait, sont ordinairement réunis par de la substance cartilagineuse ou tendineuse.

Une ouverture pratiquée avec la couronne de trépan s'emplit d'une substance nouvelle , produite en partie par les bords de l'os , en partie par la surface libre de la dure mèrej; tantôt cette substance s'ossifie, tantôt aussi, ce qui n'est pas rare j elle demeure tendineuse ou cartilagineuse. Kceler (2) a trouvé, chez des Chiens, trois à septsemaines après la trépanation, l'ouverture fermée à la périphérie par de la substance osseuse et dans le milieu par de la substance qui était encore cartilagineuse

14° Une surface osseuse blessée, qui ne peut point réparer sa perte de substance en se soudant avec une autre , supplée ordinairement à ce qui lui manque par la granulation ; le liquide plastique devient vasculaire dès qu'il commence à prendre l'état solide, et il s'élève en petits tubercules rouges, sensibles , saignans au moindre contact , qui se convertissent en une substance d'abord fibro-cartilagineuse, puis osseuse. On aperçoit des granulations semblables aux os cariés , et les lames ou dentelures qu'offrent ceux-ci en sont également des produits. Mais si la prédominance du travail de fluidification ne permet point ici à la formation osseuse de se réaliser d'une manière complète , il n'en est point de même dans le cas de simple mortification d'une portion de l'os, ou de ce qu'on nomme nécrose. Après la nécrose il n'y a pas simplement tuméfaction de l'os , mais véritable production osseuse nouvelle , et celte production ne part pas exclusive-

(1) Essai sur l'anatomie pathologique en général , t. I , p. 380.

(2) Expérimenta circa regenerationem ossium, p. 98, 404.

OlO PRODUITS MATÉRIELS HOMOLOGUES.

ment du diploé , du périoste ou de la membrane médullaire , car, suivant les circonstances, elle procède ou de l'une ou de l'autre de ces parties, et parfois même de celles qui entourent.

Lorsque la couche la plus intérieure d'une pièce osseuse vient à être frappée de mort , la couche extérieure qui y confine s'enflamme, se ramollit, et sécrète du liquide plastique , qui devient une nouvelle couche osseuse interne; mais, quand cette mort partielle s'étend jusqu'à la couche extérieure, le périoste enflammé et ramolli se détache d'elle , et épanche dans le vide qu'il laisse un liquide plastique qui se développe en une pièce osseuse nouvelle , renfermant le séquestre dans son intérieur, et se soudant aux extrémités demeurées intactes, comme l'ont prouvé les expériencesdans lesquelles Kceler (1), Troja et Meding (2) avaient détruit la membrane médullaire, chez des Oiseaux ou des Mammifères.

Quand c'est la couche extérieure d'un os qui périt , de nouvelle substance osseuse se forme à la surface de la couche interne demeurée intacte , et si celte dernière meurt également , la formation nouvelle part de la membrane médullaire (3).

Enfin, quand un os meurt dans toute son épaisseur, il est enfermé par un nouvel os qui doit naissance tant aux bouts demeurés intacts qu'aux parties molles environnantes (4).

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