‹ Traité physiologie considérée comme science d'observation (volume 5)Chapitre 64 sur 94 · I. D'après les effets qu'elle produit sur l'organisme · texte numérisé non relu

I. D'après les effets qu'elle produit sur l'organisme

1° La transpiration acquiert , dans certains états de la vie , par exemple chez les femmes en couches, une odeur spécifique, qu'avec un peu d'attention on reconnaît sans peine dans des cas analogues, et dont on ne peut donner qu'une idée fort incomplète en ayant recours à des comparaisons. Il lui arrive

PRODUITS MATÉRIELS IIÉTÉROLOGUES.

fréquemment d'avoir une odeur cadavéreuse dans les fièvres putrides intenses, marécageuse dans certaines maladies chroniques, peu de temps avant la mort, d'œufs pourris dans le scorbut , de bière aigre dans les scrofules , de musc dans la jaunisse , de souris dans les sécrétions qui accompagnent l'inflammation du cerveau (1).

Les diverses éruptions cutanées s'annoncent par une .'odeur spéciale , qui souvent , par 'exemple dans la petite-vérole , précède l'exanthème. Heim (2) la compare , dans la scarlatine, à celle qui se fait sentir à quelque distance d'une cage renfermant des Lions, des Tigres ou autres bêtes féroces ; il la considère comme le seul caractère certain et constant de cette maladie. On dit que , dans la rougeole , l'odeur est d'abord douceâtre , semblable à celle des plumes arrachées du corps d'une Oie mise à mort depuis peu, et que, plus tard, elle devient aigrelette (3). Elle ressemble dans la gale à celle du moisi, dans les dartres à celle du bois pourri ou du cuir brûlé , dans la teigne à celle de l'urine des Chats ou du lait aigre et gâté , dans la pellagre à celle du pain moisi.

Du reste , on rencontre aussi des sueurs fétides aux pieds chez des sujets qui se portent bien , notamment chez ceux qui sont sujets aux accès de goutte (4).

2° Il n'est pas rare que les liquides sécrétés soient acres, c'est-à-dire dégénérés au point d'enflammer la peau, de l'excorier et même d attaquer les métaux. Ainsi la sécrétion séreuse ou puriforme est âcre et excoriative dans le scorbut , les scrofules , la goutte , les dartres , etc. On a vu la surface du cœur attaquée par la sérosité du péricarde (5) , et l'on a trouvé l'humeur aqueuse de l'œil si âcre , qu'elle oxidait l'acier poli (6). Dans le coryza et l'ophthalmie scrofuleuse , le

(1) Burdach , Vom Baue des Gehirns , t. III , p. 75.

(2) Hufeland, Journal der praktischen Heilkunde, t. XXXIV, cah. III, p. 69.

(3) Ibid., p. 95.

(4) Kmler. Disserlatio de ndnro per cutcm spirante , p. 21.

(5) Voigtel, Handbvch der patholoijischen Anatomie , t. II, p, 227.

(6) Ibid., p. ill).

558 PRODUITS MATÉRIELS 1IETEROLOGUES.

suc muqueux qui découle du nez excorie la peau. Une femme vomissait périodiquement du suc gastrique renfermant un acide non volatil , à la présence duquel ce suc devait d'excorier lu gorge et la langue , et de dissoudre l'argent et autres métaux (1). La bile peut aussi dégénérer à tel point qu'elle attaque l'estomac dans le vomissement, produise des accidens analogies à ceux de l'empoisonnement , fasse effervescence avec les carbonates (2) , et tue les animaux chez lesquels on l'introduit soit dans l'estomac , soit dans une plaie (3). Dans les fièvres inflammatoires , l'hépatite , mais surtout la néphrite , l'urine détermine souvent une sensation d'ardeur au col delà vessie et le long de l'urètre, effet qu'elle produit également lorsqu'elle contient de l'urée en trop grande abondance (4). Quand une crise s'opère par l'urine, le malade éprouve une sensation douloureuse sur le trajet des uretères, des envies pressantes d'uriner , et du prurit au gland.

II. Il se produit quelquefois, dans le corps humain, des substances végétales neutres ou acides.

L'acide oxalique se rencontre dans certains calculs urinaires. Bonhomme l'a observé aussi dans une urine lactescente. On l'a trouvé remplaçant l'acide phosphorique , et combiné avec de la chaux, dans le rachitisme , dans diverses maladies de peau , suivant Prout (5) , et, selon Brugoalelli, dans la salive de personnes atteintes du marasme.

Prout assure que la sueur et d'autres sécrétions contiennent de l'acide acétique dans la fièvre hectique.

On a trouvé la sueur , la salive et le cérumen des oreilles ayant une saveur douce dans différentes espèces de marasme. Mais c'est surtout dans l'urine que la présence du sucre a été bien constatée. L'existence du sucre , jointe à l'accroissement en quantité de la sécrétion urinaire, constitue une forme particulière de maladie , qu'on désigne sous le nom de diabète

(1) Gerson , Maijazin der auslœndischen Literatur, t. VIII , p. 394.

(2) Voigtel, Handbuch der patholoyischen Anatomie , t. II, p. 466.

(3) lbid., p. 499.

(4) Prout, Traité de la gravelle, p. 48.

(5) Froriep, Notizen , t. XXXI , p. 245.

PRODUITS MATÉRIELS IlÉTÉltOLOGUES. 5f)t)

sucré ; mais elle peut aussi se présenter , comme phénomène subordonné , daus d'autres états morbides ; car Chevallier , par exemple (1) , l'a observée dans la syphilis , pendant lë cours du traitement mercuriel. Une diminution de la sécrélion fournie par la peau et les membranes muqueuses , l'amaigrissement, l'épuisement général des forces qui se manifeste surtout dans les facultés intellectuelles et les fonctions génitales , enfin la fièvre hectique , accompagnent la* maludie , quand elle est parvenue à un certain degré.

3° L'urine est alors pâle , ou trouble et blanchâtre. Elle n'a point d'odeur, ou en exhale une qui rappelle celle soit du lait , soit du petit-lait. Elle a une saveur douce , mais quelquefois dissimulée , d'après Barruel (2) , par celle des sels qui accompagnent le sucre. Elle contient peu ompoint d'acide libre , et passe à la fermentation alcoolique , puis bientôt à la fermentation acide. Le sucre qu'on en retire ressemble à celui de raisin ; il cristallise quelquefois , suivant Henry (3) , et se compose, selon Prout (4), de carbone 0,S999, oxygène 0,5335 , hydrogène 0,6666 , de sorte qu'il contient autant de ce dernier principe que l'urée , mais le double des deux autres. On trouve dans l'urine des diabétiques beaucoup moins d'urée et d'acide urique que dansl'état normal; quelquefois même ces deux substances, ou du moins l'une d'entre elles, n'y existent point. Henry (5) a remarqué que l'urée se décomposait alors plus facilement qu'en toute autre circonstance, et qu'une faible chaleur suffisait pour qu'elle donnât de l'ammoniaque. Fréquemment aussi on rencontre de l'albumine ; mais, d aprèsThénard, celte substance n'apparaît qu'à l'époque de la guérison , quand la quantité du sucre a diminué. Dans un cas observé par Meissner (6), l'urine contenait 0,9148 d'eau, 0,0707 de sucre , avec des sels, 0,0137 de matière salivaire, avec

0) Journal de chimie médicale , t. I, p. 179.

(2) Ibid., t. V, p. 12.

(3) Meckel , Deutsches Archiv , t. II , p. 664.

(4) Ibid., t. IV, p. 140.

(5) Loc. cit., p. 658.

(6) Gmelin, Uandbuch der theoretischen Chcmie , t. II , p. 1416.

36o PRODUITS MATÉRIELS HÉTÉROLOGUES.

des sels, 0,0004 d'urée, d'acide lactique et de chlorure de calcium , et 0,0004 de mucus , de phosphate calcaire et de fer.

4° D'après les recherches de Wollaston (1), de Nicolas et Guedeville (2), de Henry (3), de Prout, de Vauquclin et de Ségalas (4) , le sang ne contient pas de sucre dans le diabète sucré. Comme , en outre , il résulte des observations de Morichini (5) que le sucre ne passe point dans l'urine , chez les personnes bien portantes , en quelque quantité qu'elles le mangent , comme aussi le même phénomène a lieu dans le cas de diabète insipide, puisque l'urine d'un sujet atteint de cette affection, auquel Chevallier (6) fit prendre vingt huit onces de sucre en deux jours , ne contenait aucune trace de celte substance , nous sommes forcés d'admetlre que le sucre diabétique est un produit sécrétoire. Mais Nicolas et Guedeville assurent que le sang contient alors moins de fibrine qu'à l'ordinaire , quoique la quantité d'albumine y demeure la même. Or, comme un dérangement de la digestion , et même aussi , d'après Coindet (7), un trouble de la respiration, précèdent en général l'apparition du diabète sucré; comme la sécrétion biliaire est la plupart du temps diminuée dans cette maladie (8), et qu'une nourr iture exclusivement animale e-t le remède le plus efficace qu'on puisse employer contre elle , ou tout au moins une condition delà guérison, nous sommes fondés à penser que l'assimilation s'opère alors d'une manière incomplète , qu'elle produit trop de substance carbonée et trop peu de substance azotée , et que telle est la véritable cause du diabète sucré : il n'y a qu'un petit nombre de cas dans lesquels on ait trouvé les reins affectés, pâles et flasques.

Page 1