II. Mécanisme de l'accomplissement de la formation
§ 877. En ce qui concerne les moyens mécaniques servant à l'accomplissement de la formation , ou les voies par lesquelles les substances arrivent du sang au lieu de leur destination ,
I. Nous devons reconnaître, avec Albinus (1), Wolff (2), Platner (3), Mascagni, Prochaska(4), Autenrieth (5), Dutrochet(6) et autres, qu'il y a passage des liquides à travers des parois solides. En effet :
1° Nous ne voyons pas d'autres voies , puisque le système des vaisseaux sanguins forme un cercle clos de toutes parts , sans ouvertures béantes ( § 700, 702 ).
2° La perméabilité est essentielle à l'organisme (§ 833, 16°), puisqu'elle représente , dans la matière, l'unité qui la caractérise, de manière qu'ici tout se pénètre réciproquement ( § S33, I). Or nous devons admettre que cette propriété joue aussi un rôle essentiel dans la formation.
(1) Àcademicarum annotationum libri octo , t. III , p. 47.
(2) Abhandluntjeii ueber die Nutritionskraft , p. 8.
(3) Quœstionum ■physiologicarum libri duo , p. 208.
(4) Bemerkungen ueber den Organismus des menschlichen Kœrpers, p. 87, 402.
(5) Handbuch der empirischcn Physiologie , t. II , p. 137.
(6) Mémoire pour servir à l'histoire anatomique et physiologique des végétaux et des animaux , Paris , 1*37, t. II, p. 467.
3° Les formations n'émanent que du sang contenu dans dos vaisseaux, et non du sang épanché ( §774, 8°). Les vaisseaux sanguins eux mêmes sont nourris , non par le sang qui se trouve en contact immédiat avec eux, mais par des vaisseaux propres, qui pénètrent dans leurs parois, jusqu'entre la tunique fibreuse et la membrane vasculaire commune. Le liquide plastique qui s'épanche dans les blessures, ne vient pas des vaisseaux sanguins divisés, puisqu'il n'apparaît point aussitôt après la lésion, et ne se montre que quand l inflammation est survenue ; il n'est pas non plus, suivant la remarque de Thomson (1) , plus abondant au voisinage des vaisseaux coupés que sur d'autres points, et il se sécrète même dans ceux où il n'y a point eu solution de continuité. Le sang épanché entre les surfaces d'une plaie empêche la réunion, qui ne s'effectue que quand il a été en partie résorbé , en partie métamorphosé par les parois enflammées et le liquide plastique qu'elles sécrètent. Les mêmes réflexions sont applicables aux caillots de sang collés au cœur, qui contiennent, dans leur milieu , du pus ou des productions cartilagineuses et osseuses ; et les excroissances verruqueuses ou globuleuses qu'on découvre quelquefois dans le cœur , ne sont pas , comme le dit Laënnec , des caillots de sang adhérens , mais, comme le pensent Burns , Testa et Keyssig, des produits de la sécrétion inflammatoire. Lorsqu'une pseudomorphose naît de sang épanché, sa production n'a point lieu d'une manière immédiate; le sang se coagule , et reste dans cet état , constituant ainsi le noyau de la formation anormale , ou se dissout , se convertit en substance animale générale, et seulement alors s'organise.