II. A l'égard de la nutrition en particulier
4° La substance solide des parties qui vivent par intussusception se trouve hors du système sanguin. Dans les injections qui ont le mieux réussi, il reste, entre les vaisseaux capillaires les plus déliés, des espaces plus ou moins larges, où la matière injectée ne pénètre point, et lorsqu'on examine au microscope des parties vivantes transparentes , on aperçoit non moins dis-
(1) Froriep , Notiten , t. XXXVI, p. 193.
tinctement ces îles de substance , à travers lesquelles il ne coule point de sang. Muller (1) fait remarquer , en outre , que les vaisseaux capillaires ne peuvent point se répandre sur les fibres primitives des muscles et des nerfs, parce qu'ils ont un calibre supérieur au leur. La direction des branches vasculaires ne répond pas exactement à la forme des organes ; par exemple, l'adhésion congéniale des doigts et des orteils s'étend quelquefois aux muscles, aux tendons et aux os, quoique les vaisseaux et les nerfs soient dans l'état normal (2).
5° Les tissus stratifiés ne possèdent point de vaisseaux , et de même que les substances du dehors peuvent les pénétrer , puisque les matières colorantes leiguentl'épiderme, les ongles, les poils, les dents, et que ces dernières s'imbibent d'acides au point de faire naître la sensation particulière qu'on désigne sous le nom d'agacement, de même aussi ces tissus s'imprègnent de liquides provenant de ceux qui vivent par intussusception. Nous en avons la preuve dans la couleur blanc de lait que les dents prennent chez les phthisiques, dans la carie, qui ne les attaque plus quand elles sont mortes, et dans la consolidation qu'on observe quelquefois des morceaux qui en ont été déiachés. Les ongles paraissent être imbibés de smegfma cutané; on peut se convaincre, chez certains individus surtout, qu'ils sont plus brillans dans l'état de santé parfaite, et que la moindre incommodité les dépouille de leur éclat. Le poil , sans avoir ni canaux à l'intérieur, ni pores à la surface, exhale et dépose de la matière onctueuse ; quand il blanchit , ce qui arrive quelquefois d'une manière subite, le pigment dont il était pénétré se retire. Enfin le cristallin , qui ne tient à sa capsult ni par du tissu cellulaire, ni par des vaisseaux, éprouve néanmoins un renouvellement de substance , croît et change de forme; il lui arrive quelquefois de devenir opaque, puis de reprendre sa transparence. Ce mode de nutrition est aussi celui des pseudomorphoses qui ne reçoivent pas de sang dans leur substance , et où les injections les plus déhcates n'arri-
(1) Hundbuch dnr Physiologie, 1. 1 , p. 343.
(2) Seerig , Ueler awjeborne Perwachsuntj der Fingcrwid Zchen, p. 4.
vent que jusqu'à la surface ou aux parties environnantes (1).
6° Il doit donc sortir des vaisseaux un liquide différent du sang , qui baigne les organes et leurs parties élémentaires , s'attache à eux , les imbibe , et y dépose des substances capables de servir à leur nutrition. Nous donnerons à ce liquide le nom de suc plastique. Wolff (1) etProchaska (2) le supposaient à l'état de vapeur, et Treviranus (3) le croyait muqueux. C'est ce liquide incolore qui tantôt entoure un tissu , comme l'humeur de Morgagni , suc plastique dû cristallin (4) , tantôt remplit des interstices des tissus ( § 812 ) , ou imbibe ceux-ci ( § 833, 5° ). C'est lui qui, formé en plus grande abondance par la force médicatrice de la nature , devient le véritable baume à la faveur duquel guérissent les plaies , et qui , se chargeant d'une plus grande quantité de substances solides lorsque l'inflammation exalte la plasticité, représente le liquide plastique ( 854, 4°) par la production duquel débute toute homœoplastie ( §859), toute régénération (§860-861). Or nous avons vu (§469, l^que les organes eux-mêmes tirent leur première origine, non pas du sang, mais d'une masse organique primordiale. C'est donc maintenant une proposition générale fondée sur l'observation, que les organes ne procèdent point immédiatement du sang. Ils naissent et se nourrissent, chez les animaux privés de sang (661, II), d'un suc plastique interstitiel produit par l'assimilation de substances étrangères ; et , dans l'embryon des animaux placés à un plus haut degré de l'échelle, ils proviennent de la masse organique primordiale, sécrétée par l'organisme maternel et métamorphosée par assimilation. Le sang lui-même naît de cette masse primordiale par un développement d'ordre supérieur ( § 466, 1° ), et pour
(1) Prochaska , Bemerkungen ueber den Organismus des menschlichen Kœrpers , p. 117.
(2) Abhandlungen ueber die Nutritionskraft , p. S.
(3) Bemerkungen ueber den Organismus des menschlichen Kœrpers, p. 102.
(4) Die Erscheinungen und Gesetse des organischen Lebens , t. I,
(5) Sœmmcrring , Beobachtungen ueber die organischen Ferœnderungen im Auge nach Staaroperationen , p. 47.
MODALITÉ DE LA PLASTICITÉ ORGANIQUE. /j29
être propre à la nutrition , il doit perdre son caractère particulier , il doit redevenir semblable à la masse organique primordiale ; en un mot, il doit revêtir la forme de suc plastique, soustrait à l'influence du cœur et à la puissance du courant sanguin. En effet, nous trouvons, chez les Insectes, que le sang est borné au cœur pulsatif et à deux vaisseaux qui suivent tous les contours du corps sans se ramifier, de manière que la plus grande partie de la masse du corps est exsangue, et ne contient que du suc plastique. Du reste, ce dernier sert d'intermédiaire non seulement à la formation, mais encore a la déformation des tissus organiques , et même aussi au commencement de la sécrétion.
Lucas (1) donne le nom de cellule nutritive à chaque île de substance , considérée par lui comme une espèce de vésicule celluleuse pleine d'une masse amorphe ; il admet en outre (2) des cellules de suc qui , formées d'un tissu cellulaire trèsdélicat , entourent les cellules nutritives , leur amènent des substances plastiques provenant des artères, et leur enlèvent des matériaux décomposés, pour les transmettre dans les vaisseaux lymphatiques. En agissant ainsi , il a rattaché , sans motifs suffisans , les phénomènes de la nutrition à des organes particuliers , dont on ne saurait donner la démonstration.
7° Wilbrand (3) prétend que si les organes étaient placés en dehors de la circulation , on ne pourrait expliquer leur nutrition. Mais comme la nutrition consiste en un échange intérieur de substance , et non en des additions extérieures . il doit y avoir toujours imbibition , et quand bien même une partie organique se trouverait au milieu du sang, tous ses atomes ne pourraient cependant être en contact avec lui.
Les objections que Henszler (4) élève contre l'accom-
(1) Grundsuege der Lehre von den reproductiven Lelensthœtigkeiten des mcnschlichen Indiziduums , p. 135.
(3) Erlœuteruny der Lehre vom Kreisluufe in den mit Blut versehenen Thiere, p. 41.
(4) Neue Lehren im Gebiete der physiologischen Anatomie und der Physiologie des Menschen, p. 65-79,
plissement de la nutrition par perméabilité, ne'possèdent non plus aucune force probante. Il prétend que ce qui s'échapperait à travers les parois ne pourrait point être du sang, ce que nous accordons; mais il ajoute que ce ne pourrait être ni de la vapeur ni du sérum ; d'un côté , que des vapeurs ne sauraient produire des organes solides, qu'elles devraient déjà transsuder des troncs, qu'elles ne pourraient point se dégager des vaisseaux qui sont pleins de sang , qu'elles troubleraient la transparence de l'œil, qu'elles rendraient inutiles les vasa vasorum, et qu'elles donneraient un chaos de substances disparates, au milieu duquel chaque organe ne parviendrait point à reconnaître ce qui est approprié à sa nature; d'un autre coté , que le sérum ne contient ni globules du sang, qui sont cependant la chose essentielle dans l'acte de la nutrition, ni fibrine, de laquelle se produisent les parties fibreuses.
Mais , outre que nous ne considérons le suc plastique , ni comme une vapeur ni comme du sérum, la vapeur du sang contient certainement aussi des parties constituantes organiques qui peuvent se séparer sous forme solide ( § 667, 2° )'; il est infiniment plus facile à la vapeur de traverser les parois minces des vaisseaux capillaires que les parois épaisses des troncs vasculaires ; l'eau s'évapore à travers une vessie qui en est pleine ; toutes les vapeurs ne sont point visibles et capables de brouiller la vue ; les vasa vasorum sont disposés de manière à laisser transsuder de la vapeur; chaque organe peut, en vertu d'une aflinité élective, attirer à lui celles des substances qui lui conviennent dans un liquide de nature complexe ; et quant à ce qui concerne le suc plastique liquide , il peut , tout comme la sérosité du sang ( § 689 ) et le liquide plastique ( § 854 , 4° ) , contenir de la fibrine et des globules du sang dissous.
III. Dœllinger (1) croit possible , et par conséquent réel , que les sécrétions sortent du sang par des voies diverses , qu'elles proviennent du sang épanché à l'extrémité des vaisseaux , comme dans les membranes séreuses et muqueuses , de la continuation des artères avec [les canaux de sécrétion ,
(1) JVasist Absonderung ? p. 60»'
comme dans les reins , enfin de vaisseaux clos , par transsudàtion (1).
S0 Quant au premier point, il n'y a point, dans l'organisme parfait , de courans sanguins qui soient libres et sans parois (2). Les vaisseaux des organes sécrétoires ont des parois Lien distinctes (3). Nulle formation ne procède immédiatement du sang épanché (3°)*
9° Kaan (4) regardait les filamens qui vont de la :peau à l'épiderme ( § 797, 20° ) comme les dernières extrémités des artères, s'ouvrant dans les pores de l'épiderme, et Bichat encore les considérait comme des vaisseaux exhalans. Cruikshank (5) voyait en eux des organes de la transpiration , et les pores d'où sort la sueur (6) étaient à ses yeux les ouvertures des follicules sébacés. Eichhorn (7) a laissé indécise la question de savoir si ces canaux , appelés par lui sUdorifères, sont la continuation des artères, ou s'ils se terminent dans des cellules de la peau. Enfin Purkinje a démontré qu'ils ont un fond en cul-de-sac. D'après cela , la sueur pénètre à travers la paroi du fond de ces canaux , et de celte manière^ lorsque l'on commence à suer, elle sort des fossettes de la peau sous urte forme qui permet à l'œil de l'apercevoir. Il est permis de douter que toute la sueur, qui couvre uniformément le corps entier, tandis qu'on ne rencontre pas partout les fossettes en égale abondance , suive uniquement cette route. Mais si elle traverse la paroi des canaux sudorifères , elle peut tout aussi bien traverser l'épiderme, comme le fait évidemment la vapeur. Cruikshank (8) , pour établir l'imperméabilité de l'épiderme , se fonde sur ce que, quand celte membrane a été distendue en forme d'ampoule
(1) ihii., P. 56.
(2) Perspiratiû dicta Hippocratis per universum corpus analoitiicc Mus*truta , p 472.
(3) Millier, De ylandularum secerncntium structura penitiori, p. 112. 1
(4) Perspiratio dicta Hippocratis, etc., p. 172.
(5) Abhandluny ueber die unmerkliche Ausduenstuny , p. 18.
(6) Ibid., p. 4.
(7) Meckel , Archiv fuer Anatomie , 1826 , p. 445.
(8) Loc. cit., p. 11,
par l'action du feu ou d'un vésicatoire , elle ne laisse point échapper le liquide accumulé au dessous d'elle , et que la peau morte se dessèche bien plus lentement quand elle est couverte de son épiderme , que lorsqu'on l'en dépouille. Les liquides injectés dans les artères ne suintent point à travers l'épiderme , mais s'épanchent dessous (1) ; on ne peut point faire passer du mercure à travers l'épiderme détaché du corps ; un tube rempli d' extrait.de noix vomique , introduit dans les parties molles d'un animal , n'empoisonnait pas quand il était bouché avec de l'épiderme , mais déterminait l'empoisonnement lorsqu'on l'avait clos avec de la peau couverte d'épiderme , et avec bien plus de rapidité encore quand on s'était servi de peau dénudée (2). Mais , quoique l'épiderme restreigne la transpiration , qu'il ne laisse passer ni les masses de sérosité accumulées au dessous de lui, ni les liquides injectés , et qu'après avoir été détaché du corps, il mette obstacle à la pénétration des liquides, nous ne pouvons cependant point le considérer comme absolument impénétrable , puisque , sous les cataplasmes et par l'effet de l'immersion dans l'eau chaude , il s'imbibe d'outre en outre , et se distend par là au point de se plisser. Nous ne pouvons donc nous empêcher d'admettre que , quand il est en connexion organique avec la peau , il se laisse traverser , dans les circonstances propres à déterminer la transpiration ( § 878, 2°, 882), par le fluide qui fait effort vers lui en quantité insensible. Le cuir lui-même ne s'oppose point à l'exhalation. Cruikshank (3), ayant plongé dans une bouteille sa main couverte d'un gand de peau de daim , y trouva , au bout d'une heure, vingt-quatre grains d'un liquide clair; le pied enveloppé d'une botte dont le cuir était sec et raide , ayant été mis aussi dans le verre , les parois de celui-ci se trouvèrent, au bout d'une heure, chargées de quelques gouttelettes de liquide.
(1) Weber, Anatomie des Menschen , 1. 1 , p. 489.
(2) Gendrin , Histoire anatomuiue des inflammations , 1. 1 , p. 407.
(3) Loc. cit., p. 5G.
Leuret et Lassaigne (1) ont vu à la loupe , sur des animaux vivans, le suc intestinal sortir par des ouvertures larges de 0,2 millimètre , entourées d'un rebord mince , et qu'ils ne pouvaient plus apercevoir après la mort. Beaumont (2) a reconnu , sur un homme vivant , que le suc gastrique s'épanchait également de petits points , qu'il regardait comme les orifices de conduits excrétoires. Mais , d'après Weber (3), on observe aussi des phénomènes analogues sur le canal intestinal mort, lorsqu'on a injecté de l'eau tiède dans les artères ou les veines, et ces ouvertures ne sont incontestablement que des follicules mucipares , ou des points amincis de la membrane muqueuse, qui laissent passer le liquide avec plus de facilité que tous les autres.
Il est prouvé que les vaisseaux sanguins ne se continuent point avec les canaux de sécrétion ( § 786 , 3° ) ; on peut le conclure de l'histoire de la formation des glandes , du foie , par exemple ( § 439 ) , où , suivant Muller (4) , les vaisseaux sanguins marchent d'abord, non point sur les parois mêmes des conduits biliaires , mais entre leurs ramifications.
10° Nous ne pouvons donc considérer comme l'intermédiaire de la sécrétion que la perméabilité qui appartient à la substance organique en général , mais plus spécialement aux vaisseaux capillaires d'un côté , au tissu cellulaire , aux vésicules séreuses et au système cutané de l'autre (§ 833, 8°-16°). Ainsi les cellules des plantes sont closes, et cependant quelques unes d'entre elles, celles, par exemple, auxquelles on donne le nom de poils , exhalent les liquides gras , onctueux, caustiques ou acides , qui ont été sécrétés dans leur intérieur. La structure essentielle des organes sécrétoires saule encore aux yeux chez les Insectes , où les canaux de sécrétion , qui ne sont point liés ensemble par un parenchyme , se terminent
(1) Recherches physiologiques et chimiques pour servir à l'histoire de la digestion , p. 69.
(2) Neue V arsuche und Beobachtunyen ueber don Magensaft und dio Physiologie der Verdauung , p. 12.
(3) Anatomie des Menschen , 1. 1 , p. 423.
(4) De (jlo.ndul.urum seccrnentium structura penitiori , p. 82.
vin. 2S
en cul-de-sac et sont entourés par du suc plastique non contenu dans des vaisseaux. Lorsque ilcn;;ger (1) avait injecté de l'eau dans l'intestin d'un Insecte, en la poussant par la bouche, il trouvait ensuite le liquide sécrété dans les vaisseaux urinaires plus aqueux que de coutume.
L'essentiel d'un organe sécréloire est donc une couche de substance organique , qui,, d'un côté, soit en contact avec du suc plastique , et, de l'autre, présente une surface libre. Lorsque le système vasculaire a pris plus de développement, la première de ces surfaces est unie avec lui d'une manière étroite, et présente des vaisseaux capillaires, qui non seulement surpassent en diamètre ceux des organes non sécrétoires , mais encore se ramifient davantage et forment un réseau plus serré. Mais constamment l'organe sécrétoire est étendu en surface , qu'il affecte d'ailleurs la forme d'une vésicule close , d'un canal simple ou ramifié , d'une fossette, ou enfin d'une enveloppe extérieure. Aussi toute substance organique , os, tendon, muscle, nerf, se transforme- t-elle en un organe sécrétoire , dès que ses liens sont rompus , et qu'elle-même devient une surface libre.
C'est une circonstance tout-à-fait secondaire que le produit sécrété parvienne immédiatement au lieu de sa destination , ou y soit amené par des canaux. Bichat a établi une distinction inconvenante en disant qu'il n'y a sécrétion que dans ce dernier cas , et donnant le nom d'exhalation à ce qui s'opère dans l'autre.
11° Le passage des vaisseaux sanguins aux surfaces sécrétoires , qu'on observe dans les injections et dans beaucoup d'hémorrhagies , n'a lieu également que par pénétration. Les cadavres des personnes qui ont succombé à une perte de sang par les poumons , le canal intestinal , ou la matrice , ne présentent souvent aucune déchirure de vaisseaux, même après qu'on a fait macérer ces organes et quand on les examine à la loupe. Or, comme les hémorrhagies sont propres aux organes sécrétoires , notamment au système de la membrane mu-
(1) Physioloyische Untersuchtmyen ueber die thierischa Haushaltung der lnschton , p. 23.
queuse , comme il leur arrive souvent , lorsqu'elles s'arrêtent dans un organe , .l'éclater tout-à-coup dans un autre, comme elles peuvent provenir, sans nulle lésion mécanique , de ce' que la sécrétion est sollicitée avec trop de force , puisqu'on voit l'action de téter ou de traire faire sortir du sang des glandes mammaires quand le lait manque , ou qu'il arrive quelquefois au sang de suinter en gouttelettes à la surface des plaies produites par les-vésicatoires (Ij, comme enfin il s'est trouvé des cas , rares à la vérité , où le sang a transsudé d'un sac anévrysmatique dans la cavité pectorale et causé ainsi la mort (2), on ne peut douter que , dans toutes ces circonstances , il n'y ait pénétration des parois.
Les mêmes réflexions sont applicables à l'exhalation , sur le cadavre, des liquides injectés dans les vaisseaux sanguins (3)'. Cette exhalation ne s'observe qu'aux organes sécrétoires (4); elle est surtout commune aux vésicules séreuses et aux membranes muqueuses bipolaires ; mais on la voit aussi dan s des canaux de sécrétion , des conduits excréteurs et des réservoirs , et elle ne s'accomplit jamais avec plus de facilité que quand la sécrétion avait été accrue pendant la vie par l'effet de l'orgasme (5). Si l'eau chaude est de tous les liquides celui qui transsudé le plus facilement ainsi , tandis que les parties grossières, par exemple, les matières colorantes qu'elle charrie, d emeurent dans les vaisseaux , c'est là un fciit qui s'accorde parfaitement avec les phénomènes généraux de l'imbibition. Lorsque les injections ont bien réussi , le passage a lieu des vaisseaux capillaires dans les culs-de sac des canaux de sécrétion, et si Muller (1) a remarqué, sur le foie , que le liquide passait mieux dans les troncs , cet effet tenait sans doute à ce que les branches les plus déliées retenaient encore une certaine quantité de leur contenu primordial , ou
(1) Mémoires de la Société médicale d'émulation , t. VII p 35
(2) Jbid.,p. 32.
(3) Albinus, Académie, annotation., t. TTI , p. 47.
(4) Weber, Anatomie des Menschen, t. I, p. 55.
(5) Gendrin , Histoire anatomique des inflammations , t. II, p 230
(6) Loc. cit., p. 83.
à ce que l'air qui s'y était accumulé ne pouvait s'en échapper.
12° Le suc plastique épanché des vaisseaux capillaires dans le tissu (6°), pénètre la substance de l'organe sécrétoire pour apparaître à la surface libre , trajet pendant lequel il se transforme en sécrétion proprement dite. Voilà pourquoi l'on parvient encore , après la mort , à exprimer du tissu d'un organe sécrétoire , spécialement de celui des membranes muqueuses , un liquide analogue à la sécrétion normale , mais non identique avec elle ; ainsi Spallanzani obtenait, en comprimant les parois de l'estomac , un liquide différent du suc gastrique en ce qu'il était plus coulant et dépourvu de saveur. Lorsque Hering (1) retrouvait , au bout de quelques minutes , dans les divers organes sécrétoires, le cyanure de potassium et de fer qu'il avait injecté dans le^ sang , ce sel était en voie de sécrétion , et il avait commencé par imbiber le tissu des organes.
Dœllinger (2) regarde comme faisant partie du tissu des organes l'eau qui les imbibe , de manière , et ce sont là ses propres expressions , que , quand elle s'évapore , ces organes perdent une certaine quantité de leur substance et sacrifient une partie de leur existence. Jusque-là sa théorie (§ 875, 12°) est d'accord avec nos vues ; cependant nous serions peu disposés à compter comme appartenant à la substance d'un corps le liquide dont il est imbibé, et à admettre qu'un fil de laine , trempé dans l'huile par un bout , perd une partie de sa substance lorsque l'huile découle goutte à goutte par l'autre bout pendant librement hors du vase.
Suivant Treviranus (3), les organes sécrétoires puisent la matière de leur sécrétion en partie dans le tissu cellulaire , et en partie dans le sang ; cependant ce dernier cas ne pourrait être admis , jusqu'à un certain point, qu'autant que, la sécrétion s'opérant en grande abondance et avec beaucoup de célérité , le suc plastique contenu dans le tissu serait insuffisant,
(1) Zeitschrïft fuer Physiologie , t. III, p. 86.
(2) Was ist Ahsonderung P p. 65.
(3) Die Erscheinungen und Gesetse des organischen Lebens , t. I» p. 320 , 326.
et qu'il faudrait, pour subvenir aux besoins, que de nouveau suc se hâtât de transsuder du sang à travers les parois.
Quant à Lucte , si par les organes auxquels il donnait le nom de cellules du suc (6°) , nous entendons le parenchyme en général, nous pouvons nous ranger à son opinion (1) , que les substances sécrétoires sorties des vaisseaux capillaires sont métamorphosées ici en liquides particuliers.
13° Une sécrétion s'accomplit dans tout le trajet des canaux sécrétoires formés par la membrane muqueuse ; mais , comme les culs-de-sac , parfois dilatés en manière de vésicules , sont les parties initiales de ces canaux , c'est là aussi principalement que la sécrétion commence , et ce qui s'y est produit ne fait que se développer ou se perfectionner dans le reste du trajet. Nous devons donc combattre l'opinion de Muller (2), que les culs-de-sac ont des usages absolument identiques avec ceux du reste de la surface des canaux de sécrétion. En effet :
a. Si la sécrétion est accomplie par l'imbibition de la paroi , elle doit aussi être plus forte là où cette paroi représente une demi-sphère creuse , que dans les points où elle forme un simple canal.
t. Ce n'est point la quantité , mais le degré de développement ou de perfection de la sécrétion , qui est en raison directe de la longueur d'un conduit sécrétoire , et l'abondance de la sécrétion correspond davantage au nombre des culs-desac. Ainsi les conduits urinifères sont infiniment plus courts, mais plus nombreux), que les conduits séminifères.
c. Le phénomène est surtout très-prononcé dans l'ovaire des animaux sans vertèbres ( § 62) , où chaque œuf paraît à l'état de rudiment dans le cul-de-sac , et se développe de plus en plus à mesure qu'il parcourt la longueur du canal (*).
(1) Grundzuege der Lehre von den reproductiven Lebensthœtigkeite?i des menschlichen Individuums , p. 331.
(2) Loc. cit., p. 121.
(*) Dutrochet (Mémoires pour servir à l'histoire anatomique et physiologique des végétaux et des animaux , t. II , p. 444 ) a reconnu , sur les Pucerons, que chacune des dix branches dont se compose l'ovaire contient des fœtus d'autant plus développés qu'ils sont plus voisins de l'oviducte ,
438 MODALITÉ "DE LA PLASTICITÉ ORGANIQUE. Strauss (1) a aussi remarqué, dans d'autres organes sécrétoires des Insectes, que les extrémités vésiculeuses ont toujours des parois plus épaisses , et sécrètent davantage de liquide.
d. Gomme la sécrétion diminue d'autant plus, dans le trajet de l'appareilsécrétoire, qu'on s'éloigne davantage de la glande, que, par exemple, en ce qui concerne les rems, ellcs'auaiblit successivement dans les bassinets, les uretères, fa vessie et l'urètre, elle doit aussi être déjà plus faible dans les canaux de la glande elle-même qu'à leur point initial. De même, la respiration se réduit à peu de chose dans les bronches et leurs ramifications , dont les extrémités vésiculeuses en sont le siège proprement dit.
14° On peut se convaincre que la sécrétion, une fois formée, éprouve ensuite un perfectionnement ou une métamorphose, en examinant le suc muqueux ( § 820, 1) et le smegma cutané ( § 821, 1° ), notamment le cérumen des oreilles; en efiel , ces liquides s'épaississent à la surface. De même, le pus perd graduellement 6a limpidité et acquiert peu à peu des globules ( § 855, YI ), H est facile aussi de s'en procurer la conviction par l'étude de toutes les sécrétions qui séjournent pendant un certain laps de temps dans des réservoirs ( § 112, 1°; 826, 2°; 827, 3° ). Partout le liquide sécrété se concentre de plus en plus à la surface qui le produit ( § 849, 3°, 5°). Or, comme Turine aussi subit un changement dans l'intérieur même des reins ( § 850, 1° ), nous devons admettre que les sécrétions en général se perfectionnent par la prolongation de leur contact avec la surface organique qui les forme ou les conduit, soit que l'influence de la paroi vivante apporte des modifications dans leur composition chimique , soit qu'il en disparaisse une parue par l'ell'et de l'évaporation ou de la résorption, soit enfin que de nouvelles sécrétions viennent se joindre à elles.
et que les plus rapprochés du cul-de-sac ne sont que de petites niasses globuleuses semblables à des œufs.
(1) Considérations générales sur l'anatomie des animaux articulés , p. 252.
MODALITÉ DE LA PLASTICITÉ ORGANIQUE. l\3g En effet, toutes les sécrétions qui parviennent au dehors se mêlent ensemble, le gaz avec la vapeur, la transpiration de la peau avec le smegma cutané , les larmes avec le suc muqueux de la conjonctive et de la cavité nasale , la salive ) la bile et le suc pancréatique , tant les uns avec les autres , qu'avec le suc muqueux des organes digestifs , le sperme avec l'humeur prostatique. Dans les glandes elles-mêmes , à mesure que les canaux de sécrétion s'éloignent de leurs extrémités en cul-de-sac, et que leurs racines se réunissent pour produire des troncs, ils paraissent perdre leur caractère de spécialité , et former du suc muqueux, qui se mêle avec la sécrétion primitive. Partout donc la formation continue tant que le produit demeure en contact avec l'organisme.
IV. .La nutrition et la sécrétion sont les deux formes sous lesquelles se présente tout ce qui émane d'un seul et même liquide , le suc plastique ( 6°, 12° ) , par l'apparition duquel débute toute formation quelconque.
Dans la nutrition, le suc plastique est organisé ou méta-1 morphosé en parties organiques solides. La formation s'arrête là dans le système scléreux , où l'activité vitale est trop faible^ la quantité de sang trop peu considérable , et la cohésion trop forte pour qu'il puisse se manifester d'autre produit que la substance de ce tissu. Elle ne va pas plus loin non plus dans les organes immédiats de la vie animale , où la vie atteint son point culminant . où l'activité dynamique prédomine sur l'activité plastique. Mais, en même temps qu'elle, il y a déformation ou destruction , en réparation de laquelle le suc plastique se trouve consommé. Les parties constituées par le système du tissu cellulaire et par le système cutané sont les organes plastiques , c'est-à-dire ceux de la propre substance desquels s'en produit encore une autre , qui est repoussée hors de leur tissu , et qui se dépose à leur surface libre ( 10° ).
Ainsi la sécrétion a les caractères d'un superflu de la nutrition. La première chose est que l'organe lui-même se nourrisse ; quand le besoin de sa propre conservation est satisfait, il sécrète ; les organes plastiques de la procréation , les testicules, les ovaires, la matrice et les glandes mammaires, en fournissent la preuve. Or, comme la sécrétion, émane aussi
du suc plastique contenu dans le tissu interstitiel de l'organe sécrétoire , elle peut devoir naissance à la portion de ce suc qui reste après la nutrition accomplie , et que le tissu déjà saturé ne peut plus admettre dans sa substance. Mais la sécrétion a des rapports plus généraux, avec la vie, elle est le but proprement dit de l'existence des organes dans lesquels elle s'exécute , et dont l'extension sous forme de larges surfaces annonce déjà qu'ils ne sont que des points de transition. Aussi peut-il y avoir des momens où le suc plastique , sans contribuer en rien à la nutrition, passe en grande parlie, ou même en totalité, au service de la sécrétion , surtout quand celle-ci est'plus abondante qu'à l'ordinaire1, de manière qu'alors la nutrition et la sécrétion prédominent chacune à son tour. Cependant il est possible aussi que les deux actes s'accomplissent simultanément, et s'appellent l'un l'autre, de sorte qu'au moment où les substances qui tendent à acquérir une cohésion plus forte prennent la forme solide , celles dans lesquelles l'expansion a le dessus passent à un état de fluidité plus grande, ou que l'organe sécrétoire admette dans son tissu les principes constituans du suc plastique qui sont susceptibles d'assimilation , et repousse ceux auxquels manque cette aptitude. Ce qui semble annoncer qu'il y a réellement différence entre les matériaux de la nutrition et ceux de la sécrétion , c'est que les poumons et le foie , organes qui exercent leur action sécrétoire sur le sang veineux, reçoivent en même temps, par de petites branches du système aortique, du sang artériel, qui sert principalement à leur nutrition ( § 743, II ). Il est évident qu'une connexion intime existe entre les deux formes de la formation plastique , sous le point de vue de la manière dont elles s'accomplissent, et l'on ne saurait alléguer contre ce rapprochement qu'au lieu de marcher toujours de concert, elles se montrent quelquefois antagonistes l'une de l'autre, à tel point que, quand la formation de liquide devient trop prédominante, elle entraîne la fonte de l'organe lui-même, et qu'au contraire, lorsque la formation de solide l'emporte, le suc plastique tout entier se solidifie.