I. Nous remarquons d'abord que les dispositions mécani
ques les plus générales du lieu dans lequel s'accomplit la formation, exercent de l'influence sur cette dernière.
1° Le sang se partage , dans les vaisseaux capillaires , en d'innombrables petits courans, dont la plupart n'admettent qu'une seule série de globules du sang (§72a), et sont dix. mille fois plus grêles que le courant aortique. Il pénètre dans un espace plus vaste, éprouve plus d'expansion, acquiert plus de surface, et prend par là plus de tendance à la séparation de ses parties constituantes; car toute substance quelconque se décompose d'autant plus facilement , et se résout avec d'autant plus de facilité en formes diverses de cohésion^qu'elle présente davantage de surface , proportionnellement à sa masse. En outre, les vaisseaux capillaires ont une paroi plus mince, plus pénétrable , et le sang y entre plus directement en conflit , tant avec la substance organique qu'avec le monde extérieur, de manière qu'il lui est plus facile de recevoir les impressions de ce qui se trouve hors de lui , puisque , ne pouvant point se mettre en contact immédiat avec lui, il s'en est rapproché autant que possible. A mesure que le système vasculaire se ramifie , sa capacité augmente , et la rapidité de la marche du sang diminue; ce liquide coule plus lentement, plus tranquillement, dans les vaisseaux capillaires, et il y'séjourne assez long-temps pour pouvoir subir une transformation chimique ( § 711, 3°; 726, 4°). Ces particularités sont plus prononcées que partout ailleurs aux organes sécrétoires, dans les vaisseaux capillaires réticulés desquels le sang se rapproche de la surface libre autant qu'il lui est permis de le faire, et coule pendant plus long-temps au dessous d'elle.
2° La pression de la colonne du sang tend à opérer une transsudation à travers les vaisseaux capillaires que la contrepression de l'atmosphère restreint dans certaines limites. De même que l'action plus puissante du piston de la seringue détermine les liquides injectés à s'échapper des vaisseaux capillaires , de même aussi les sécrétions deviennent plus abondantes lorsque le contenu du système vasctilaire est accru, soit par une formation de sang plus riche , soit par une injection d'eau , ou quand le sang d'une partie éprouve de la peine à revenir par les veines; en ellèt, une compression exercée
sur les veines détermine un épanchement de sérosilé. Magendie a vu la sécrétion séreuse du cerveau et de la moelle cpinière augmenter pendant les efforts violens d'un animal, et l'on sait que les ulcères aux jambes fournissent une suppuration plus abondante lorsqu'on se lient debout. De même aussi, la sécrétion s'accroît lorsque, par la succion ou de toute autre manière , on diminue ou supprime la pression de l'atmosphère , qui agit en sens contraire de celle du sang.
II. Les changemens que le sang éprouve dans la nutrition et la sécrétion
1° Doivent ressortir pour nous d'une comparaison établie entre le sang veineux et le sang artériel. Mais outre qu'ici les observations se contredisent fréquemment, à cause des variations que l'état de la vie subit à chaque instant (§ 752, III), la formation est une action moléculaire (§ 876 , II), par conséquent aussi le changement que le sang éprouve au contact momentané des organes à travers lesquels il coule, est trop peu considérable pour que nous puissions en acquérir une pleine et entière connaissance. La seule chose qui semble être claire , c'est qu'en parcourant les vaisseaux capillaires , le sang abandonne ceux de ses matériaux qui sont le plus décomposables, et contient ensuite davantage de substances combinées (§ 752, 7°), qu'il perd une certaine quantité de ses matériaux propres , le cruor et la fibrine , et qu'ensuite il renferme, proportion gardée, davantage d'albumine, de sels et d'eau (§ 752, 8°), qu'enfin il perd de l'oxygène et de l'azote, et devient proportionnellement plus riche en carbone. On en pourra juger d'après la table suivante , dont les élé-; mens ont été fournis par les recherches de Michaelisi (§ 751 , 11°), de Macaire et de Marcet (1) :
(1) Annales de physique et de chimie , t. LI, p. 382.
MlCHAEHS.
Macaihe et Marcet.
Sang
Sang
Saner
Sane
artériel.
veineux.
artériel.
veineux.
4° On doit comparer aussi le sang , tel qu'il est dans l'état normal, avec ce qu'il devient sous l'influence d'un jeûne prolongé , circonstance pendant laquelle les pertes que lui a fait éprouver la non-interruption de la nutrition et de la sécrétion , ont été réparées seulement par les matériaux résorbés dans son propre organisme, et non par des substances alimentaires introduites du dehors. Suivant Collard de Martigny (1) , un Lapin , épuisé de sang , donnait , en grammes , quand il avait
Sang.
Albumine et Cruor.
Fibrine.
Eau et Sels.
Été nourri comme à l'ordinaire. .
Jeûné cinq jours .
Jeûné onze jours.
Ainsi, c'était principalement sur la fibrine qu'avait porté la perte du sang , par l'effet de l'abstinence ; l'eau et les sels avaient moins diminué , l'albumine et le cruor moins encore, de manière que leur quantité relative avait même augmenté , ce qui ne doit vraisemblablement être attribué qu'à la seule albumine.
(1) Blainville, Cours de physiologie générale , 1. 1, p. 279.
5° Enfin il faudrait avoir égard aussi à l'état du sang après des sécrétions excessives. D'après Reid Clanny, dans le choléra ,-eù-Ie -vomissement et la diarrhée avaient entraîné une grande quantité d'eau , avec de l'albumine et des sels , la proportion des parties constituantes du sang à celle de ces mêmes parties chez un sujet en santé était, pour les sels, de 0 ; 14,00 ; pour l'albumine , de 1 : 3,90 ; pour la fibrine , de 1;3,00 ; pour l'eau, de 1 :1,17'; pour l'acide carbonique, de 1 : 0,4S ; pour le cruor, de 1 : 0,23.
III. Si les recherches semblables à celles qui viennent d'être rapportées (3°, 4°, 5°) se multipliaient , l'histoire de la partie chimique du travail de la plasticité aurait une base plus solide que celle sur laquelle elle repose aujourd'hui. Cependant nous sommes obligés de nous en tenir aux probabilités , et d'abord nous allons considérer les matériaux immédiats du sang comme matière servant à la formation.
6° Nous avons déjà combattu précédemment ( § 666, 676 , 3° ; 687 , 2° ; 689 ) l'opinion que les globules du sang , dans leur état naturel , sont composés de deux parties- distinctes , un noyau incolore et une enveloppe rouge , et que les noyaux sortent des vaisseaux capillaires pour aller former, soit tous les tissus , comme semble l'admettre Edwards , soit les fibres musculaires, comme le prétend Home (l),ou la substance nerveuse , comme le pense Ehrenberg (2). Nous ajouterons ici d'autres argumens encore contre cette théorie mécanique de la nutrition.
o. Les substances ne sortent point du sang par des pores susceptibles de laisser passer des solides , mais par une imbibition qui ne fait place qu'à des liquides ; et comme les globules du sang ne traversent pas le filtre de papier, ils ne peuvent point non plus passer à travers les parois des vaisseaux capillaires. Ces derniers ayant , dans le cerveau, un diamètre inférieur à celui des vaisseaux capillaires euxmêmes, ils devraient avoir, pour livrer passage à des globules
(1) Lectures on comparative anutomy, t. V, p. 100.
(2) Poggendorff , Annalen, t. CIV, p. m.'
du sang, des ouvertures dont le diamètre égalât le leur même.
b. Comme les globules du pus ne se forment évidemment qu'après la sortie des vaisseaux , de même aussi les globules qu'on trouve dans d'autres sécrétions et tissus ne peuvent non plus se produire qu'à l'endroit où la substance est déposée.
c. La forme et le volume des globules du sang ne correspondent point à ceux des tissus ; ces globules ont la forme de lentilles ou de disques , tandis qu'on ne trouve dans les tissus que des globules (1) , ou des grumeaux irréguliers, moins bien délimités (2). D'après Muller (3), les globules du sang de la Grenouille sont cinq à huit fois plus gros que les fibres primitives des nerfs , ceux du Lapin deux fois , et ceux du Chat trois fois plus volumineux que les fibres nerveuses les plus déliées.
d. Si les globules du sang déposaient leurs enveloppes colorées dans la nutrition , ces enveloppes devraient se retrouver, sans noyau , dans le sang veineux , et l'on n'en découvre aucune trace.
En repoussant cette théorie mécanique de la nutrition , et l'hypothèse qu'on en a déduite, de l'existence d'orifices béans aux vaisseaux capillaires (4), nous croyons, avec Dœllinger (5) , Denis (6), Heusinger (7) , Kaltenbrunner, Koch (8) , Baumgrcrlner (9) et Wagner (10) , que les globules du sang
(1) . Treviranus , Vermiselite Schriften , t. I , p. 121.
(2) Scudamore , Versuch ueber das Blut , p. 18.
(3) Poggendorff, Annalen, t. CI, p. 549.
(4) Henzsler, Neue Lehren im Gebictc der physioloyischen]Anatomie, p. 135.
(5) Was ist Absonderung P p. 54.
(6) Recherches expérimentales sur le sang humain , considéré à l'état sain , p. 317.
(7) Untersuchungen ueber die anomale Kohlen-und Pigmentbildung in don mensclilichen Kœrper, p. 185.
(8) Meckel, Archiv fuer Anatomie, 1832, p. 258.
(9) Beobachtungcn ueber die Nervcn und das Blut , p. 193.
(10) Zur vergleichenden Physiologie des Blutes, p. 78.
sont décomposés, et qu'ils servent tant à la nutrition qu'à la sécrétion. En eflet ,
a. Les globules du sang ne sont pour nous autre chose que la partie solide de la niasse du sang, qui , indépendamment de la matière colorante propre , contient tous les autres principes constituans de ce liquide , seulement avec moins d'eau et de sels.
b. Quand le sang est extravasé dans le parenchyme , les globules disparaissent au bout de quelque temps , ainsi que la sérosité , et leur absorption suppose qu'ils ont été préalablement fluidifiés. Koch assure (1) qu'ils se dissolvent également dans les inflammations, et que les îles de substance prennent par là une teinte jaunâtre , tandis que la couleur rouge du sang dépourvu de mouvement diminue.
c Denis a remarqué que le nombre des globules du sang diminuait après une sécrétion plus abondante que de coutume, de manière que le sang paraissait être alors puis aqueux.
d. Suivant Kaltenbrunner, les globules du sang se renflent dans les vaisseaux capillaires, perdent leur délimitation rigoureuse , et se résolvent partiellement en liquide. Plusieurs observateurs croient avoir vu moins de globules dans le sang artériel que dans le sang veineux (§ 751 , 8°). Dœllinger (2) a remarqué quelquefois, sur des embryons de Poissons , que des globules du sang contractaient adhérence avec la substance animale , perdaient peu à peu leur délimitation arrêtée , et devenaient semblables à cette substance. Dulrochet a remarqué quelque chose d'analogue dans la queue des têtards de Crapauds (*), et Koch assure qu'il en est réellement ainsi , quoique Baumgeertner n'ait pu rien voir qui y ressemblât sur des embryons de Poulet, ni Wagner (3) sur des queues coupées de têtards de Grenouilles, qui se régénèrent avec tant de promptitude. Quoiqu'il soit très-possible qu on doive encore avoir des doutes à l'égard de quelques
(i) Loc. cit., p. 253.
{2) Loc. cit., p. 39.
O Mémoire pour servir à l'hist. des végét. et des anim., t. II, p. 261.
unes de ces observations immédiates du renouvellement des matériaux organiques , cependant nous ne trouvons point d'objection valable contre l'hypothèse que les globules du sang sont employés à la nutrition et à la sécrétion. En effet, si Haller regarde (1) comme plus vraisemblable que c'est la sérosité sanguine qui seule convient à la nutrition , à cause de son aptitude intrinsèque , et parce qu'elle est plus abondante , nous avons à lui répondre que les globules du sang , étant fort riches en substance plastique , sont aussi par cela même très-enclins à prendre la forme de la sérosité sanguine (§ 666 , 1°; 678, 2°), et que les vaisseaux séreux qui n'admettent point de globules dans leur intérieur sont partout en fort petit nombre ( § 703). Mais quand Muller (2) prétend que ces globules ne servent point à la nutrition , et qu'ils restent dans les vaisseaux pour exercer, sur les organes, notamment sur les nerfs , une excitation nécessaire au maintien de la vie, comme il s'ensuivrait de là que ces corpuscules seraient impérissables , nous devons concevoir des doutes, fondés et sur ce que nous voyons les globules varier beaucoup , et sur ce que cette hypothèse a contre elle l'analogie de ce qui arrive à d'autres substances organiques.
7° La sérosité du sang ( § 688) , qui ressemble presque au sérum fourni par ce liquide quand il se coagule ( § 668 , 1°) , sans cependant être identique avec lui ( § 689 , 11° ), sert incontestablement aussi à la formation , notamment à celle des sécrétions liquides ; et si nous devons attribuer la formation en général à un phénomène d'électricité , la grande facilité avec laquelle le sérum se décompose sous l'influence du galvanisme (§, 677, 1°), attesterait que la sérosité sanguine prend une part toute spéciale au travail de la plasticité.
§ 879. En comparant le sang avec les diverses parties solides et liquides ,
7 I. Et renfermant ce parallèle dans des considérations purement générales , nous trouvons que les solides et les liquides contiennent certains principes conslituans qu'on ne re-
{\)\Eleïncnt. physioUg., t. II, p. 450.
(2) Poggendorir, Annale» , t. CI , p. 551 .
marque point dans le sang. On a prétendu que ces substances existaient déjà toutes formées dans celui-ci ; mais
1° Elles sont ordinairement en trop petite quantité pour qu'il soit possible de les y découvrir ; ainsi , par exemple , le cyanure de potassium et de fer qu'on a mêlé en très-faible proportion avec le sang , ne peut y être démasqué à l'aide d'aucun réactif. C'est dans les sécrétions et les parties organiques , dit-on , que ces substances s'accumulent assez pour être reconnaissables ; mais quand les circonstances s'opposent à leur élimination , elles s'amassent dans le sang , et y deviennent sensibles. On cite surtout pour exemple , à cet égard , la bile et l'urine. Dans certaines espèces de jaunisse , ainsi que dans l'inflammation du foie, la sécrétion hépatique est suspendue , et on trouve ensuite de la bile dans le sang (1). Cependant cette assertion repose moins sur l'analyse chimique que sur les qualités physiques du sérum , qui , en pareil cas , paraît jaune , comme la plupart des parties du corps. Ainsi Chevreul et Lassaigne (2) n'ont trouvé alors dans le sang qu'une matière colorante analogue à celle de la bile , et Collard de Martigny (3) y a bien rencontré la matière jaune et la matière résineuse verte de la bile, mais sans picromel. L'assertion de Philipps (4) , que le sang contient de la bile après la ligature de la veine porte et de l'artère hépatique , paraît reposer aussi sur une analyse faite sans exactitude. Prévost et Dumas (5), Ségalas (6), Mitscherlich , Gmelin et Tiedemann (7), ont observé qu'après l'extirpation des reins , on peut extraire de l'urée du sang; Velpeau (8) a remarqué , dans la rétention d'urine , que ce liquide exhalait une odeur urineuse ; enfin Rees (9) a cru découvrir de l'urée dans le
(1) Joannis , Disserlatio de proximis secretionxtm principiis , p. 6.
(2) Journal de chimie médicale , t. I , p. 226. (Z) Ibid., t. III, p. 423.
(4) Muller, Archiv fuer Anatomie , t. I , p. 409.
(5) Bibliothèque universelle de Genève, t. XXX, p. 507.
(6) Journal de Magendie,', t. II , p. 359.
(7) Zeitschrift fuer Physioloyie , t. "V, p. 14.
(8) Archives générales , t. VII , p. 306.
(9) Millier, Archiv fuer Anatomie , t, I , p. 105.
un 29
sang des hydropiques , dont l'urine contient de l'albumine , circonstance à L'égard de laquelle il aurait cependant commis une erreur, au dire de Brett et de Bird. Mais toutes ces observations ne fournissent point de preuves péremptoires , s'il est vrai que la nutrition et la sécrétion ne soient point l'œuvre d organes spéciaux , mais un développement qui découle de tout l'ensemble de la vie (§ 885). Quand une sécrétion qui est un besoin pour l'organisme vient à être supprimée, il peut se faire, en vertu de ce rapport général , qu'une sécrétion correspondant soit produite dans un autre organe (§ 857, IV, Y), et que, venant à être résorbée, elle se mêle avec le sang; il peut arriver aussi quelle se développe dans ce dernier lui-même. Les liquides procréateurs ont, proportionnellement , peu d'importance pour l'individu , et lorsque des circonstances accidentelles font que leur sécrétion n'a point lieu , on ne trouve nulle part aucune trace de l'existence des substances qui les caractérisent ; rien ne prouve qu'après la castration , ou quand la sécrétion du lait manque , parce qu'il n'y a point eu de fécondation, la spermatine, la matière caséeuse et le sucre de lait s'accumulent dans le sang, ou se déposent dans d'autres parties du corps. Le seul cas où des liquides analogues puissent se produire dans d'autres orgaues , est celui où ces sécrétions ont commencé depuis long-temps et viennent tout d'un coup à s'arrêter (§ 857, II, III).
2° Les substances sécrétoires , ajoute-t-on , ne peuvent point être reconnues dans le sang parce qu'elles s'y trouvent enchaînées , et il n'y a que des moyens chimiques qui puissent les dégager et les mettre en évidence. Ainsi Fourcroy enseignait que quand on coagule au feu du sang mêlé avec deux parties d'eau , et qu'on évapore lentement le liquide qui s'en sépare , on obtient un extrait jaunâtre ou verdàtre , de saveur répugnante, qui ressemble à de la bile. Mais Hildebrandt assure que l'analogie se réduisait uniquement à la couleur. Zimmermann (1) fit bouillir du sérum de sang veineux, ou de sang de la veine porte , avec de l'eau , et obtint , en ajoutant de la potasse , une substance brunâtre , verdàtre ,
(1) Dissertatio de secretionum fluidis et arte jwrandis , p. 7.
amère , soluble dans l'alcool , tandis que du sang artériel , traité de la même manière , donna un produit qui n'était pas semblable en tous points. Mais, en supposant qu'il fût prouvé, ce qui ne l'est pas , qu'on a réellement obtenu ainsi de la matière biliaire , il résulterait seulement de là que cette matière peut se produire pendant la décomposition du sang par la chaleur, l'eau et la potasse , et il serait possible que, durant la vie , la composition du sang subît des changemens dont l'effet ressemblât à celui de ces influences chimiques. 11 se peut également que d'autres principes conslituans organiques, qu'on prétend avoir rencontrés dans le sang, aient été produits aussi pendant le cours des opérations chimiques auxquelles ce liquide a été soumis.
3° L'existence dans le sang de certains matériaux constituai des tissus n'est donc point réellement démontrée ; on ne fait que l'admettre , en contradiction avec l'expérience commune. Mais de telles hypothèses ne méritent d'être accueillies qu'autant qu'elles se présentent nécessairement à l'esprit , le contraire ne pouvant être conçu (4°) , qu'elles résolvent la difficulté d'une manière suffisante et sans obliger de recourir à nulle autre supposition (5°) , enfin que les conclusions qui en découlent ne contrarient en rien l'observation (6°).
4? Or il est bien constant que certaines substances organiques décomposables se transforment en d'autres. Comme le sang est decomposable au plus haut degré (§ 774 , 9° ) , nous devons croire aussi à la possibilité que ses matériaux immédiats se transforment , et en conséquence l'hypothèse dont il s'agit est inutile. Chez les végétaux, les différentes substances végétales se forment dans la sève ascendante , d'abord du sucre et de la gomme , puis de l'amidon , de la résine, etc. : à la maturité fin grain , le sucre se convertit en amidon , et pendant la germination , l'amidon en sucre; durant l'incubation de l'œuf tfO seau , le jaune et le blanc se transforment en fibrine , en gélatine , en osmazome , etc. L'amidon se change , par l'action de la chaleur , en une substance soluble dans l'eau , et quand on le soumet à celle de l'acide sulfurique, il en donne une semblable au sucre et une autre analogue à la gomme , de même que cet acide convertit également la gélatine ani-
maie en sucre. L'albumine, le gluten , etc., qu'on fait cuire dans la machine de Papin, y deviennent semblables à l'osma-
zome ; l'acide sulfurique réduit la fibrine ou la gélatine en une substance analogue à l'osmazome , la lencine , et en une aulre qui se rapproche de la ptyaline ; l'acide nitrique produit de l'acide acétique et de l'acide oxalique en décomposant un grand nombre de substances organiques , etc. Il serait absurde de vouloir soutenir la préexistence de ces substances , qui sont évidemment de formation nouvelle.
5° Admettre la préexistence dans le sang de toutes les subtances que la nutrition et la sécrétion font apparaître n'explique point pourquoi non seulement chacuned' elles se manifeste dans une région déterminée de l'économie , mais encore pourquoi elle se présente partout avec des modifications spéciales (§ 834, 1»).
6° Si ces substances existent dans le sang , elles doivent ou s'être introduites avec les alimens ou s'être produites à leurs dépens pendant la digestion.
A la vérité , on a cherché à prouver la réalité du premier de ces deux cas en alléguant que la diversité des alimens exerce de l'influence sur la sécrétion , que la graisse agit sur la formation de la bile , l'asperge sur celle de l'urine , les œufs sur celle du sperme. Mais, de ces relations spécifiques (§842) , il ne suit pas que de la spermaline soit contenue dans les œufs, de l'urée dans les asperges , etc. Si Tiedemann et Gmelin (1), se fondant sur ce que la résine biliaire est plus abondante chez les Bœufs que chez les Chiens et l'homme , croient vraisemblable qu'elle tire principalement son origine de la nourriture végétale , peut-êlre de la chlorophylle , et que la cholestérine provient de la partie grasse des alimens , ils entendent dire seulement par là que ces substances peuvent être produites en plus grande quantité par certaines matières alimentaires que par d'autres. La composition des tissus ne correspond point absolument à celle des alimens. Sans que rien soit changé à la nourriture , la colère détermine une sécrétion surabondante de bile , la puberté une sécrétion de sperme,
(t) Recherches sur la digestion , t. II , p. 59.
la partiirition une sécrétion de lait (1) , l'urine des diabétiques renferme du sucre sans que les malades en aient mangé , ni que leur sang en contienne , et cette substance manque dans le diabète ordinaire, alors même que le sujet en a mangé beaucoup (SCS, 4°). J. Davy (2) a remarqué que le Crapaud et le Lézard vivent tous deux de mouches , et cependant l'urine du premier contient beaucoup d'urée , tandis qu'il n'y a que de l'acide urique dans celle du second, et que cet acide constitue presque à lui seul l'urine des Perroquets, qui se nourrissent de substances végétales , comme aussi celle des Serpens, qui sont carnivores ; sous l'influence de la même nourriture , l'urine du Lièvre est foncée en couleur, et celle du Lapin blanche, etc.
On cherche fréquemment à éviter de reconnaître qu'un produit s'est formé dans le domaine de la vie , en admettant que ce qui doit son origine à la puissance de cette dernière préexistait d'une manière occulte et sous des conditions telles qu'aucun de nos sens ne pouvait en être informé ; mais en général on évite aussi de suivre ce raisonnement jusque dans ses. dernières conséquences ; car il faudrait dire alors que l'organisme entier préexiste dans les élémens. Ce sera là , en effet, la conclusion à laquelle on arriverait en combinant ensemble l'opinion que le germe préexiste dans le liquide procréateur (§ 309-314) avec celle que le liquide procréateur préexiste à son tour dans le sang, le sang dans le chyle , et le chyle dans les alimens. '
Si , tout en admettant la préexistence de ces substances dans le sang , on prétendait nier leur présence dans les alimens, il faudrait admettre qu'elles ont été produites par la digestion. Or ce serait là supposer une chose bien plus merveilleuse encore que leur formation aux dépens du sang-, car on serait obligé de dire qu'un Insecte par exemple qui ne vit que des feuilles d'une seule espèce de plante, produit par le seul acte de la digestion non seulement les substances qu'on sait exister essentiellement dans le sang , mais encore la ptya-
(1) Zeitschrift fuer Physiologie , t. V, p. 17.
(2) Meckel , Deutsches Archiv , t. VIII , p. 336.
line , la matière cornée , la matière salivaire , l'acide urique, etc., et que, chez un autre animal, qui change d alimens en raison des circonstances , les variations totalement accidentelles de la nourriture n'empêcheraient cependant pas la digestion de produire le même résultat. L'observation nous démontre que la formation du sang procède par degrés des alimens et des sécrétions émanées du sang lui-même , et comme celte gradation correspond à la marche que suit en général la nature, nous devons nous en tenir ici à ce que nous enseigne la simple et vulgaire expérience.
7° Mais au fond la différence entre les opinions est plus apparente que réelle. En effet, d'abord on n'admet guères la préexistence qu'avec des restrictions ; Haller , par exemple (1), dit que les humeurs sont contenues dans le sang , entièrement ou du moins presque entièrement telles qu'elles s'offrent à nous dans les sécrétions , et, au dire de Gmelin (2), le sang renferme sinon toutes , du moins presque toutes les substances sécrétoires. Or , comme il n'y a aucun doute que certaines substances , telles que l'albumine, l'eau, les sels, etc., se rencontrent aussi bien dans le sang que hors de lui , il ne s'agit donc ici , en dernière analyse , que d'un plus ou d'ùn moins. Mais si nous réfléchissons qu'en laissant échapper ces substances , le sang subit toujours une décomposition , et que ceux de ses matériaux immédiats qui l'abandonnent se montrent revêtus de modifications spéciales partout où on les voit apparaître , nous devons admettre une métamorphose chimique du sang , qui entraîne dans de nouvelles combinaisons , non seulement ses matériaux immédiats , mais encore ses principes consiituans médiats ou éloignés.