CHAPITRE II
De la cause de la formation des produits matériels de
l'organisme.
§ 880. La substance des organes et des sécrétions n'existe point comme telle dans le sang , qui n'en contient que les
(1) Crell, Chemische Annalen, 4799 , 1. 1 , p. 203.
(2) Grundzueije der Lehre von don rcproditcliven LebensthwtUjheiten des menscldichen lndividuums p. 312.
CAUSE DE LA PLASTICITÉ ORGANIQUE. 4^5 élémens ou les principes constituans ; elle ne s'y trouve point en réalité , mais seulement en puissance , pour employer les expressions dont se sert Goutanceau (1). Elle doit naissance à ce que les matériaux immédiats ou médiats du sang contractent un autre mode de combinaison que celui sous lequel ils existent dans ce liquide. Malgré toute l'imperfection de nos connaissances à l'égard de la manière dont s'accomplit cette opération chimique , nous éprouvons un inquiet désir, un besoin même , d'acquérir une idée générale de la cause à laquelle elle se rattache. La voie qui nous conduit à la notion de cette cause est celle de l'imaginable à l'expérimental , oui de la conception du possible à l'intuition de la réalité. Nous nous figurons donc par la pensée les circonstances qui peuvent déterminer la formation, et ensuite nous recherchons si l'observation ou l'analogie , si les phénomènes de la formation elle-même ou d'autres opérations qui s'en rapprochent , témoignent en faveur de telle ou telle autre cause déterminante.
I. Le changement de composition , l'abandon que les substances font d'un mode de combinaison, pour passer à un autre, doivent dépendre d'une cause intérieure , des forces dont les substances sont animées, et des rapports qui existent entre ces forces. Mais, le changement de matière s'accomplissant dans l'espace, la force agissante doit aussi se manifester comme activité s' exerçant dans l'espace , comme mouvement; et, le mouvement des corps les uns à l'égard des autres ne pouvant avoir d'autre résultat que de les rapprocher ou de les éloigner, celte force doit revêtir les formes de l'attraction et de la répulsion. On peut donc considérer l'opération chimique de la formation organique sous deux points de vue difFérens , comme synthèse , mode de manifestation de la force unissante générale, ou comme analyse, forme de la réduction d'un en multiple.
1° Des substances qui sont, à certains égards, en contraste les unes avec les autres , de manière qu'il manque à l'une ce qui se trouve dans l'autre , tendent à sortir de cet état d'i-
(1) Révision de nouvelles doctrines chimico-physiologiques, p. 134. ™1- 3o
/j66 CAUSE DE LA PLASTICITÉ ORCANlQL'E.
solement, et à former un tout, en se réunissant ensemble. Chacune d'elles renonce à ce qui la constitue substance particulière, et toutes deux représentent, par leur réunion , une chose qui embrasse davantage , qui est plus générale. Elles se recherchent mutuellement , mais de telle sorte que celle qui a le plus d'indépendance , de force et de masse , attire à elle la plus mobile, et cette attraction devient opération chimique , lorsqu'elle ne se borne point à un simple rapprochement, mais amène de part et d'autre la cessation de l'existence particulière , c'est-à-dire devient pénétration réciproque et admission dans un espace commun.
2° Des substances , au contraire , qui sont étrangères les unes aux autres , de manière qu'elles ue peuvent point se compléter mutuellement, et représentent seulement des choses particulières différentes, s'écartent les unes des autres ; c'est une fuite réciproque , mais telle que la substance •la plus puissante semble seule agir et repousser, tandis que la plus faible paraît n'être que passive et repoussée. La répulsion est le maintien des choses particulières dans leur état d'indépendance et de spécialité. L'analyse commence par une séparation intérieure, par une destruction du lien qui enchaînait les substances dans un espace commun , et finit par un mouvement extérieur, qui se manifeste comme répulsion.
II. Si nous appliquons ces idées générales à l'objet de nos études , nous trouvons
3° Que , dans le premier cas, le sang se décompose , parce que ce qui existe hors de lui, ayant de l'affinité avec certains d'entre les principes qui le constituent, attire à soi ces principes , les dégage de la combinaison dont ils faisaient partie jusqu'alors , et s'unit avec eux ; ce qui subsiste , ce qui s'était produit antérieurement, est alors la cause proprement dite de la formation organique.
4° Dans le second cas, le sang se décompose en vertu d'une tendance à apparaître sous des formes diverses , tendance qui est réalisée par la force répulsive de ses parties constituantes , de manière que celles-ci se dégagent les unes des autres, pour entrer dans de nouvelles combinaisons ; la
formation organique est alors un développement qui procède du sang , et elle a pour cause une tendance à produire quelque chose qui n'existe point encore.
ARTICLE I
De la formation organique par attraction exercée sur
le sang.
§ 881. I. L'hypothèse qu'une force attractive agit du dehors sur le sang , détermine certaines substances de ce liquide à contracter une nouvelle combinaison, et continue d'exercer de l'influence sur le suc plastique ainsi produit,
1° Suppose qu'il y a dans l'organisme en général des forces attractives, dont effectivement plusieurs phénomènes nous ont déjà révélé l'existence. Ainsi la substance procréatrice du mâle est attirée par les organes génitaux de la femelle (§ 239 , 290 , 2°) et par les œufs (§ 291) , 3°) ; l'œuf par l'oviducte (§ 328, 1°), ou l'oviducte par l'ovaire (§ 328 ,2°); le blanc de l'œuf s'applique au jaune (§ 340, 3°; 461 , 9°), et la coquille calcaire au blanc (§ 341 , 5°) ; car Vauquelin a remarqué que , quand la sphère vitelline manque , le blanc roulé en boule ne s'en couvre pas moins d'une coquille par suite de son affinité spéciale pour la chaux.
2° Ce qui se rapproche davantage de notre objet, c'est que le sang est attiré par les organes (§ 758, 1°) , de manière qu'il change de direction comme la vie (§ 760) , et qu'il afflue en plus ou moins grande abondance vers les parties, suivant qu'elles ont plus ou moins de vitalité (§ 761, 762); que la substance organique solide attire l'humidité et s'en sature (§ 833, II, III); que des corps étrangers introduits dans l'organisme déterminent des substances à se déposer soit du sang, soit d'un liquide sécrétoire (§ 874). Si la substance nouvellement produite d'un os fracturé ou nécrosé (§ 862, 13°), ou d'un canal de membrane muqueuse partiellement détruit (§ 804 , 5°), se réunit avec la portion demeurée in-
tacie , de manière qu'on ne puisse plus apercevoir de limite entre le nouveau et l'ancien, ce phénomène suppose une attraction qui a été exercée par les parties déjà existantes. Le cas est le môme quand les bouts d'un os (§ 862, 14°) ou d'un nerf ( § 862 , 9° ) divisé marchent à la rencontre l'un de l'autre par accroissement. Lorsque Fontana avait enlevé à un nerf un lambeau de la longueur d'un pouce , sans changer la situation des deux extrémités , celles-ci se rencontraient exactement par les dépôts de substance nouvelle qui avaient lieu de part et d'autre-, mais, lorsqu'il avait dérangé les bouts, de manière que les surfaces coupées ne fussent plus tournées l'une vers l'autre , il ne s'opérait point d'adhérence. Dans les fractures obliques, avec chevauchement partiel, il se produit plus de substance osseuse à l'endroit où les bouts se touchent que dans ceux où ils passent l'un au dessus de l'autre (1); la même chose arrive dans le cas de chevauchement total , où les fragmens viennent se placer côte à côte. Le rapprochement des bords d'une plaie faite à la peau ou celui des surfaces d'une blessure, qu'on attribue à la contraction du néoplasme , tient peut-être en partie à l'attraction qu'exercent les unes sur les autres les parties qui avaient été séparées. Enfin, comme le fait remarquer Brachet (2) , si un os amputé à sa partie moyenne diminue de calibre et acquiert une paroi plus mince que celle de l'os correspondant du membre intact , il est difficile d'attribuer uniquement ce phénomène à ce que l'opération a détruit les branches artérielles qui remontaient vers la partie supérieure de l'os , et l'on doit plutôt le faire dépendre de ce que l'os, ayant perdu de sa masse, ne peut plus attirer à lui autant de substance plastique.
3° Mais il est de fait que diverses substances étrangères , lorsqu'elles ont été portées dans l'organisme, ne pénètrent que dans la substance ou dans le produit sécrétoire de certains organes (§ 866, 6°), ou mettent plus spécialement en
(1) Meding , Dissertatio de generatione ossium per expérimenta Mua* trata, p. 20.
(2) Bulletin de la Société médicale d'émulation , dS22, p. 226a
jeu leur activité plastique (§ 842). Chaque organe est donc avec des substances déterminées dans un rapport tel qu'il les attire du sang avec plus de force que d'autres, mais qu'ellesmêmes aussi , en vertu de leur relation spécifique avec lui , impriment des directions déterminées à son activité vitale. D'après cela , nous sommes suffisamment fondés à admettre que chaque organe , outre la force attractive générale qu'il exerce sur le sang, en possède encore une spéciale par rapport à certains principes constituans de ce liquide, et qu'il acquiert ainsi un suc plastique correspondant à sa nature.
Wolff(l) a tenté de prouver la même chose par la répartition uniforme du liquide plastique qui se trouve hors du système vasculaire; car, dit-il, cette répartition ne saurait être déterminée par la pression que les parties environnantes exercent en se mouvant , puisqu'il ne s'accomplit pas de tels mouvemens dans les os , le cerveau , etc.; elle ne peut tenir non plus à l'impulsion du cœur, puisque ce n'est point cette impulsion qui détermine la direction particulière ; il faut donc que la cause déterminante soit une force attractive. Cependant cette preuve ne saurait avoir de valeur qu'en supposant une nature spécifique au suc plastique; car autrement on pourrait objecter que la pression du sang a la puissance de faire sortir ce suc partout où la résorption a produit un vide.
4° Dans la nutrition, l'organe s'imbibe du suc plastique qui y adhère. Tout point qui a besoin de se nourrir, dit Wolff (1), attire le suc jusqu'à ce qu'il en soit saturé; mais , une fois sa saturation complète , le point qui vient immédiatement après le lui enlève pour agir de même , et ainsi de suite ; car, plus une partie est saturée, moins elle attire fortement, et plus aisément elle laisse échapper, de sorte qu'à égale force d'attraction de sa substance , un organe est nourri uniformément dans tous les points.
5° Quand le tissu d'un organe sécrétoire s'est peu à peu
(1) Abhandlunqen ueler dio Nutritionskraft , p. S.
(2) lbid., p. 32.
complètement imbibé , le courant que l'absorption avait fait naître continue , et agit comme force à ter go; de sorte que, tandis que la face tournée vers le suc plastique attire de nouveau liquide , la surface libre en laisse échapper. Ainsi l'eau dans laquelle on a placé un intestin vide , pénètre non seulement dans son tissu, mais encore dans sa cavité (1). Incontestablement, le vide qui s'opère à la surface sécrétoire libre, et la pression qui a lieu du côté opposé , contribuent au phénomène. Lorsque des parties organiques s'éloignent Tune de l'autre et produisent ainsi des vides , des cellules ou des vésicules closes , la pression du sang doit déterminer ainsi une sécrétion dans ces dernières, et quelque chose de plus ou moins semblable se passe sur toute l'étendue du système cutané. Ainsi le bois qui se gonfle d'humidité chasse la gomme au dehors, et la dépose à la surface de l'écorce(2).
II. Mais, dans toute formation organique, l'attraction, considérée sous le point de vue de l'espace, n'est que le côté extérieur, en quelque sorte l'introduction, d'un acte dont l'essence et le complément consistent en une métamorphose du sang. La nutrition repose donc aussi sur ce que chaque organe s'approprie par transformation les matériaux constituans du sang correspondans à sa nature, et, quoique l'ingénieux WoKT ait ouvert , relativement à la doctrine de la formation organique , la carrière qu'il faudra désormais suivre dans tous les temps , cependant il nia cette assimilation (3) ; mais c'est le siècle où il vivait qu'on doit accuser de ce que, sous ce point de vue , il sut si mal interpréter la nature.
6° C'est une propriété générale de tous les corps de faire naître dans d'autres un état analogue au leur, et de chercher à les rendre semblables à eux-mêmes sous le rapport de l'activité, ou, en d'autres termes, à se les assimiler. En considérant un tel état comme chose, on donne à cette assimilation le nom de communication ou de propagation. Le son se pro-
(1) Dutrochet , L'agent immédiat du mouvement vital, p. 420.
(2) De Candolle, Physiologie végétale , t. I , p. 16.
(3) Loc, cit., p. 45.
CAUSE DE 1A P1ASTICITÉ ORGANIQUE. L\^\ page, parce que chaque couche d'air provoque, dans celle qui vient immédiatement après elle, une vibration semblable à celle qu'elle-même éprouve ; la propagation de la lumière et de la chaleur n'est également qu'une excitation du même état dans des parties de la matière situées sur les limites les unes des autres ; c'est de la même manière que l'aimant fait passer le fer ordinaire à l'état magnétique, ou qu'un corps électrique excite, non seulement dans les corps indilFérens , mais très-disposés à recevoir l'excitation électrique , c'est-àdire dans ceux qu'on nomme conducteurs, mais encore dans des corps électrisés, et animés d'une polarité contraire , quand ces derniers sont plus faibles , l'électricité qui lui appartient à lui-même. Cette tendance d'un état à se propager et à se multiplier, qui fait qu'un acte dont l'accomplissement présentait d'abord des difficultés , s'exécute de plus en plus aisément une fois qu'il a commencé , se manifeste aussi à l'égard de l'adhésion , puisqu'on voit les liquides monter plus facilement dans un tube capillaire , lorsqu'il a été préalablement mouillé. La même assimilation a lieu dans les changemens de cohésion. Le solide favorise la solidification du liquide : les premiers cristaux paraissent sur la paroi du vase qui renferme la liqueur, et eux-mêmes deviennent ensuite les points d'appui d'une nouvelle cristallisation ; ainsi , par exemple , d'après Milscherlich, lorsque du soufre fondu se refroidit, les parties qui passent à l'état solide partent du vase pour s'étendre à travers la masse encore liquide sous la forme de rayons , d'où naissent ensuite de nouveaux rayons. Quelque chose d'analogue a lieu dans les précipités vaporeux; lorsqu'un très-petit nuage se montre par un temps serein, on voit souvent une multitude de nuages semblables paraître en peu de minutes. Mais l'assimilation ne porte pas seulement sur le degré de la cohésion ; elle s'applique aussi au mode particulier de la configuration ; une liqueur saline cristallise plus aisément sur un cristal du même sel que sur un autre corps , et, quand l'eau est voisine du terme de la congélation, il suffit d'en toucher la surface avec une aiguille de glace , pour la déterminer sur-le-champ à se congeler. Lorsque , dans une dissolution de deux sels , on plonge un cristal de l'un de ces
sels, la masse entière, ou du moins sa plus grande partie, cristallise sous la forme de ce sel. L'assimilation ne se manifeste pas moins évidemment dans les opérations chimiques ; certains corps sont difficiles à enflammer , mais ils brûlent avec rapidité dès qu'ils ont pris feu sur un point : de même , toute oxydation une fois commencée accroît l'affinité pour l'oxygène, comme toute hydrogénation qui a débuté augmente celle pour l'hydrogène.
7° La substance organique ne saurait être exclue de cette assimilation. Un corps difficile à mettre en fermentation fermente d'une manière rapide dès que le travail intestin a été excité en lui par le contact d'un corps fermentant : le ferment provoque le même acte de décomposition que celui qui s'accomplit en lui. Une fois que la coagulation du sang a commencé, elle continue comme par fermentation ; lorsque Schrœder (1) l'avait retardée par une addition de bile, s'il venait à ajouter un petit morceau de caillot frais , le sang se trouvait coagulé un quart d'heure après , tandis que , sans cette addition , il ne l'était qu'au bout de trois heures. Un corps étranger dans la vessie attire à lui l'acide urique ou d'autres substances de l'urine , les précipite et se couvre continuellement de couches nouvelles de ces matériaux. Dès que de la cholestérine s'est séparée dans la vésicule biliaire , ce noyau en attire sans cesse de nouvelle de la bile.
8° Dans la vie plastique, la propagation va jusqu'à l'assimilation proprement dite , puisque chaque déploiement d'activité s'y accompagne d'une formation , et que l'éveil d'une activité pareille entraîne aussi une formation semblable , mais qui , étant intérieure et moléculaire, se soustrait à l'observation immédiate , et ne se révèle que par son produit , la substance métamorphosée. Ainsi le liquide plastique épanché est d'abord le même partout; mais il se modifie ensuite diversement, et prend le caractère des parties environnantes , de celles dont il doit réparer les pertes (§ 861 , 6° , 7°). En vertu de cette assimilation poussée au point de provoquer une transformation, les débris d'une partie suppléent à la perle que sa substance a
(1) Observationes analomico-patholoyici et practici argumonti , p. 47.
éprouvée ; de la peau neuve se forme bien sur une surface musculaire ; mais sa production est bien plus facile et plus complète immédiatement aux bords de l'ancienne peau. Les pseudomorphoses ont la plupart du temps , comme le fait remarquer Schrœder (1) , une certaine analogie avec le sol sur lequel elles croissent , ou avec les parties normales voisines, et, par exemple, elles sont fréquemment cartilagineuses aux alentours des articulations. Lorsque l'une d'elles a été occasionée par une compression ou par un coup , elle se maintient et croît peu à peu, souvent jusqu'à un volume énorme, en s'assimilant les substances normales , et les convertissant en sa substance squirrheuse , sléatomateuse , etc. Si , après l'extirpation de télangiectasies , de lipomes , de polypes , de squirrhes , etc., il reste un peu de la substance anormale en connexion avec le reste de l'organisme , la pseudomorphose se reproduit de la même manière. Yoilà comment la suppuration (§ 863, 22°) et toute dégénérescence quelconque (§ 867,2°) se propagent à partir kdu point où elles ont pris naissance , Voilà comment aussi s'accomplit l'infection , la substance anormalement produite déterminant la production d'une substance semblable dans un autre individu ; Forbes s'élant blessé au doigt en disséquant un tubercule , il s'y développa un tubercule (2) : lorsque Gunther (3) avait injecté du pus dans les veines d'animaux , ce liquide s'arrêtait dans les ramifications les plus déliées de l'artère pulmonaire (§ 744, VI), et autour de ces stases se produisait de nouveau pus , tantôt de bonne qualité , tantôt ichoreux, suivant la nature de celui qui avait servi à l'injection.
9° Ce n'est donc point un phénomène isolé , mais un phénomène reposant sur la loi générale de l'assimilation , que celui qui consiste en ce que les tissus organiques convertissent, dans l'acte de la nutrition , les matériaux constituans du sang en leur propre nature. Comme l'intestin assimile à l'organisme en général les alimens parvenus dans son intérieur et les trans-
(1) ioc. cit., p. 35.
(2) Froriep, Notizen, t. XXXVII , p. 288.
(3) Rust, Muyuzin fuer die gcsavmlc Heilkundo , t. XXII , p. 301.
forme en chyle , mais que le sang métamorphose le chyle en sa propre substance, de môme aussi les organes s'assimilent le sang, à l'égard duquel ils se comportent ainsi que lui-même se comporte par rapport au monde extérieur. Ils ne peuvent point attirer ce qui leur ressemble parfaitement , mais seulement ce qui a de l'affinité avec eux , et ils ne trouvent cette substance affine que dans le sang. Car leurs principes constituans s'y rencontrent soit à l'état liquide , et nous savons qu'une même substance manifeste une polarité électrique opposée suivant qu'elle est liquide ou solide, soit dans un autre état de combinaison chimique , soit enfin tout formés et susceptibles de recevoir une forme quelconque , tandis que l'organe ne les attire qu'autant que lui-même vieillit, se décompose et se déforme. Pendant les inflammations , l'assimilation du sang dans les organes est troublée, ce qui favorise leur dégénérescence et la formation d'héléroplasmes.
10° Il est concevable , il est même vraisemblable , si l'on en juge d'après des phénomènes analogues (8°), que le liquide contenu dans un canal de sécrétion peut s'assimiler de la même manière les principes constituans du sang , et continuer ainsi la sécrétion une fois commencée. Cependant cette explication ne suffit point , puisqu'il arrive quelquefois dans le cours de la vie que de nouvelles sécrétions s'établissent , et que d'anciennes s'interrompent, pour reprendre plus tard. Mais comme la paroi de l'organe sécrétoire métamorphose une partie du suc plastique en l'assimilant à sa propre substance, elle peut aussi convertir le reste en une sécrétion qui suinte de son tissu. Ainsi l'histoire de la vie embryonnaire (§ 461 , 465) nous a déjà offert l'exemple d'une transformation des substances pendant leur passage à travers la substance organique.
III. Comme des antagonismes électriques se manifestent dans les phénomènes chimiques en général , ils ne peuvent pas non plus demeurer sans jouer un rôle dans cette métamorphose des matériaux du sang.
11° Un rapport électro-magnétique peut avoir de l'influence sur la solidification dans la nutrition. D'après Hansteen , une dissolution d'argent donne des cristaux plus complets et plus
CAUSE DE IA PLASTICITÉ ORGANIQUE. 47$ nombreux clans la branche boréale d'un tube recourbé qui occupe le méridien magnétique , que dans la branche australe, ou que quand les deux branches sont tournées de l'est à l'ouest; suivant Ure , lorsqu'on met une dissolution saline en rapport avec la pile voltaique , la cristallisation commence au pôle négatif, parce que l'excès d'alcali qui se produit sur ce point l'y favorise ; selon Fischer (1) , lorsqu'après avoir bouché l'un des bouts d'un cylindre de verre avec une vessie, on emplit ce tube d'une dissolution de sel métallique , et qu'on le pose sur une plaque d'un métal avec lequel le métal dissous se comporte comme élément électro-positif, ce dernier se précipite sur les deux faces de la vessie , le métal positif attirant à lui l'acide négatif. Nous trouvons ici, comme dans beaucoup d'autres circonstances, un accord général entre la formation organique et les phénomènes de l'électricité , qui nous autorise à admettre que les oppositions électriques entrent en jeu aussi dans cette formation (*). Le sang tiré de la veine ne subit
(i) Poggendorff , Annalen , t. LXXII , p. 289.
(*) Berzelius vient d'émettre à ce sujet ( Jahreslericht ueler die Fortschritte der physischen JVissenschaften , 45e année, p. 237) des idées que nous croyons devoir reproduire textuellement, à cause de leur importance : a Lorsque, dans la nature inorganique, de nouvelles combinaisons se produisent par l'action de plusieurs corps les uns sur les autres, cet effet tient à ce qu'il se manifeste alors une tendance à la combinaison j les corps doués de fortes affinités s'unissent ensemble , comme le font également, de leur coté, les corps doués d'affinités plus faibles, que ceux-là ont abandonnés. Jusqu'en 4800 , on ne soupçonna pas qu'outre le degré d'affinité, il pût entrer là en jeu autre chose que la chaleuret parfois la lumière. Mais on découvrit l'influence de l'électricité, et bientôt on trouva que les relations électriques et chimiques étaient une seule et même chose, que l'affinité élective n'était qu'un résultat de relations électriques opposées, accrues par la chaleur et la lumière. Nous n'avions donc encore d'autre moyen d'expliquer la production de nouvelles combinaisons qu'en disant qu'elles concernent des corps dans lesquels les relations électriques pouvaient être mieux neutralisées par l'échange mutuel des principes constiluans. En voulant appliquer l'expérience acquise dans le règne inorganique à l'étude des phénomènes chimiques qui ont lieu dans la nature vivante, nous trouvions qu'il se produit dans les organes des corps de la nature la plus variée , dont les matériaux sont fournis par une seule liqueur ou dissolution , qui circule avec plus ou moins de lenteur dans les vaisseaux. Ceci est vrai surtout des animaux , chez lesquels on
pas, dans le cercle de la pile voltaïque, d'autre changement chimique que celui qui tient à l'action de l'acide développé au
voit des vaisseaux recevoir du sang sans interruption aucune dans la colonne, et fournir du lait, de la bile, de l'urine, etc., sans l'accession d'aucun autre liquide qui puisse y déterminer des décompositions doubles. Evidemment il se passe là quelque chose dont la nature inorganique ne nous avait point encore donné la clef. Kirchhof vint, et découvrit que l'amidon , dissous , à une certaine température , dans des acides étendus , se convertit d'abord en gomme , puis en sucre de raisin. Nous devions être portés à chercher ce que l'acide avait enlevé à l'amidon, pour que le reste de celui-ci pût donner naissance à du sucre; mais il ne se dégage aucun gaz , rien ne se combine avec l'acide , dont on peut retrouver, par le moyen des bases, toute la quantité qu'on a employée, et la liqueur ne contient que du sucre , pesant même plus que l'amidon mis en expérience, la chose n'était pas moins énigmatique pour nous qu'une sécrétion chez les corps vivans. Thénard découvrit ensuite un liquide dont les principes constiluans ne sont unis ensemble que par une force très-faible , l'eau oxygénée ; ces élémens restent combinés sous l'influence des acides; mais celle des alcalis suscite en eux une tendance à se séparer, et provoque ainsi une sorte de fermentation lente, dont les résultats sont qu'il se dégage du gaz oxygène et qu'il reste de l'eau. Mais la décomposition n'est pas déterminée uniquement par les corps solubles dans l'eau oxygénée : elle l'est aussi par des corps solides, tant inorganiques, le manganèse, l'argent, le platine et l'or, qu'organiques, la fibrine du sang. Le corps qui l'excite ne le fait point en prenant part lui-même à de nouvelles combinaisons , car aucun changement n'arrive en lui. Il agit donc en vertu d'une force inhérente, dont la nature ne nous est point encore connue , quoiqu'elle révèle son existence de cette manière.
» Peu avant la découverte de Thénard , H. Davy avait observé un phénomène dont la liaison avec celui qui précède ne fut point aperçue de suite. Il avait trouvé que du platine échauffé jusqu'à une certaine température avait la propriété , mis en contact avec un mélange d'air atmosphérique et de vapeur d'alcool ou d'éther, d'entretenir la combustion de cette vapeur, mais que l'or et l'argent ne possédaient pas la même propriété. Bientôt après, E. Davy découvrit une préparation de platine, qu'on reconnut plus tard être du platine métallique très-divisé , et qui , à la température ordinaire de l'air, a la propriété , quand on l'imbibe d'alcool , de devenir rouge par l'inGammation de ce dernier, ou , quand l'alcool est étendu d'eau , de le convertir en acide acétique. Vint alors la découverte de Dœbereiner, qui couronna en quelque sorte les précédentes, savoir, que l'éponge de platine possède la propriété d'enflammer le gaz hydrogène à l'air, propriété qu'examinèrent ensuite Dulong et Thénard , dont les recherches ont appris qu'elle appartient à plusieurs corps simples et composés , mais à des degrés si différons , que , tandis qu'elle se déploie
CAUSE DE LA PtASTÏCITÉ ORGANIQUE. l^1)
pôle positif , et de l'alcali mis en évidence au pôle négatif , de manière que l'albumine se coagule au pôle positif, mais quelmême bien au dessous du point de congélation dans le platine , l'iridium et autres métaux compagnons du platine , elle exige une température élevée pour l'or, plus élevée encore pour l'argent , et d'au moins trois cents degrés pour le verre. Dès lors, cette propriété n'était plus un phénomène isolé et exceptionnel : elle se présentait comme une propriété générale, appartenant aux corps à des degrés divers. Il devint donc possible de faire des applications du phénomène. On avait remarqué , par exemple , que la conversion du sucre en acide carbonique et en alcool , telle qu'elle a lieu dans la fermentation, par l'influence d'un corps insoluble , appelé ferment , et qui peut être remplacé , quoiqu'avec moins d'efficacité, par de la fibrine animale, de l'albumine végétale coagulée, du fromage et autres substances analogues , ne saurait être expliquée par une action chimique entre le sucre et le ferment , comparable à ce qui se passe dans les doubles décompositions. Mais , en comparant ce phénomène avec ceux qui sont connus dans la nature inorganique, on trouva qu'il ne ressemble à aucun autant qu'à la décomposition de l'eau oxygénée par l'influence du platine , de l'argent ou de la fibrine : il était donc trèsnaturel de présumer une action analogue à celle du ferment (Traité de chimie , t. VI , p. 413 , 414). Mais on ne s'était encore souvenu d'aucun cas qui fût comparable à l'action des alcalis sur l'eau oxygénée , c'est-àdire de celte influence inexplicable qu'un corps dissous exerce sur un autre contenu dans la même dissolution. On ne citait point encore comme exemple la conversion de l'amidon en sucre par l'influence de l'acide sulfurique \ mais la découverte de la diastase et de. son action analogue, quoiqu'infiniment plus puissante, sur l'amidon, appela l'attention de ce côté. Ce furent surtout les ingénieuses recherches de Mitscherlich sur la formation de l'éther, qui y conduisirent. Parmi les nombreuses conjectures imaginées pour expliquer la conversion de l'alcool en éther par l'influence de l'acide sulfurique, figurait celle d'après laquelle l'avidité de cet acide pour l'eau est la cause de l'étbérification , l'acide enlevant à l'alcool (composé d'un atonie d'éthérine, et de deux atomes d'eau), un atome d'eau, et produisant de l'éther par la combinaison de l'autre atome d'eau avec celui d'éthérine. Cette explication est simple, belle, et parfaitement en harmonie avec ce que nous savons de l'influence des corps les uns sur les autres par le fait de l'affinité. Une circonstance néanmoins restait équivoque , celle de savoir pourquoi d'autres corps , qui ne sont pas acides et qui ont de l'avidité pour l'eau , ne peuvent point produire le même phénomène. Si c'était le degré d'affinité pour l'eau qui déterminât le changement des principes constituans de l'alcool , la potasse et la soude, le chlorure de calcium , la chaux anhydre et autres devraient produire de l'éther, ce qui n'a jamais lieu.
» Mitscherlich (it voif alors que l'acide sulfurique, à un certain degré
4?8 CAUSE DE L/v PLASTICITÉ ORGANIQUE.
quefois aussi au pôle négatif, peut-être à cause de la chaleur qui s'y dégage (§ G73, 3°; 677, 1°). L'observation remar-
de dilution et de température, possède la propriété , quand on y ajoute de l'alcool en telle proportion que le rafraîchissement qui résulte de là fasse précisément disparaître l'excès de chaleur ajouté par réchauffement , de convertir cet alcool en élher et en eau , qui , la température étant hien supérieure au degré d'éhullition de l'eau, s'échappent ensemble du mélange , et dont le poids réuni , après le refroidissement du produit, égcte exactement celui de l'alcool employé. Le mode de préparation, et l'émission simultanée de l'eau et de l'élher, étaient déjà connus avant les expériences de Mitscherlich ; mais personne avant lui n'avait entrevu les conséquences qui découlent de là. 11 fit voir qu'à cette température l'acide sulfurique exerce sur l'alcool la même force que les alcalis sur l'eau oxygénée; car on ne pouvait point l'expliquer par une affinité pour l'eau, puisque l'eau s'échappe avec l'élher. Il en vint donc à conclure que l'action de l'acide sulfurique et de la diastase sur l'amidon, dans la conversion de ce dernier en sucre, est de même nature.
» Il est donc prouvé que beaucoup de corps, tant simples que composés , tant solides que dissous , ont la propriété d'exercer sur des corps composés une influence tout à-fait différente de l'affinité chimique ordinaire, en vertu de laquelle ils déterminent les élémens de ces corps à s'unir ensemble dans d'autres proportions , sans qu'eux-mêmes prennent nécessairement part au phénomène par leurs propres principes constiluans , quoique ce dernier effet puisse avoir lieu quelquefois.
» Cette nouvelle force , qui appartient à la nature tant inorganique qu'organique, et de laquelle résultent des phénomènes chimiques, doit sans doute être plus répandue qu'on ne l'a pensé jusqu'à présent , et sa nature nous est encore inconnue. Quand je l'appelle une force nouvelle , je n'entends point dire qu'elle est indépendante des relations électrochimiques de la matière; loin de là, je ne puis que présumer qu'elle en est un mode particulier de manifestation. Cependant, aussi long-temps que les connexions mutuelles entre elle et ces relations nous seront inconnues , il y aura de l'avantage à la considérer provisoirement comme une force à part, et à lui imposer un nom. Je propose donc de l'appeler force calalylique, et de nommer catalyse le genre de décomposition qu'elle détermine , comme on appelle analyse la séparation des principes constituans des corps au moyen de l'affinité chimique ordinaire. La force catalytique paraît consister proprement en ce que des corps ont, par le seul fait de leur présence et non par leur affinité , la puissance d'éveiller des affinités sommeillantes à cette température ; de sorte que, dans un corps composé, les élémens se réunissent en d'autres proportions, telles qu'il résulte de là une neutralisation électro-chimique plus grande. Ces corps agissent alors de la même manière que la chaleur, et l'on peut se demander si val degré inégal de force calalytique dans des corps divers peut déter-
CAUSE DE LA PISSTICITÉ ORGANIQUE. 479 quable faite par Dutrochet(l) qu'une émulsion de jaune d'œuf, dans laquelle sont plongés les conducteurs d'une pile galvanique , forme une onde alcaline transparente au pôle négatif , et une onde acide moins translucide au pôle positif, et que les deux ondes , attirées l'une vers l'autre , produisent au point de contact un strie de substance solide, conduira peut-être à des résultats plus intéressans encore ; mais Muller (2) a fait voir qu'il était prématuré de considérer cette languette d'albumine coagulée comme une fibre musculaire (*).
42° L'analogie de la sécrétion avec les phénomènes galvaniques a été reconnue, entre autres par Gruithuisen (3), Prochaska (4) , Treviranus (5) , Wollaston (6) , Home (7), etc. Comme le galvanisme réduit un liquide composé en ses parties constituantes opposées , et que ces parties se réunissent aux deux pôles, alors même que le liquide occupe un espace coupé en deux par un diaphragme membraneux ; comme une décomposition analogue a lieu lorsque l'un des pôles de la pile
miner, dans les produits catalytiques, une différence semblable à celle qui résulte souvent de la chaleur ou de l'inégalité des températures , si par conséquent des corps catalysant inégalement peuvent produire des produits catalytiques divers avec un même corps composé. Il ne nous est point encore possible de répondre affirmativement ou négativement à cette question. Une autre question est celle de savoir si des corps doués d'une force catalytique l'exercent sur un certain nombre de corps composés , ou si, comme il le semble encore actuellement, ils en catalysent certains, sans agir sur d'autres. A l'avenir est réservée la solution de ces problèmes et autres semblables. Ici , nous nous contentons d'avoir démontré l'existence de la force catalytique par un nombre suffisant d'exemples. »
(4) Mémoires pour servir à l'histoire anatomique et physiologique des végétaux et des animaux, t. II, p. 500.
(2) Poggcndorff , Annalen , t. CI , p. 561.
(*) Dulrochet (loc. cit.) vient de reconnaître lui-même que c'était user trop légèrement de l'induction de l'analogie.
(3) Organozoonomie oder ueher das niedrige Lobensverhaltniss , als Prvpœdeutik sur Anthropologie , p. 103.
(4) Physiologie oder Lehre von der Natur des Menschen, p. 66 , 449.
(5) Die Erscheinungen und Gesetze des organisvhen Lcbens, t. I p. 319.
(6) Schweigger, Journal fuer Oiemie, t. H, p. 6.
(7) Reil,^rcAtp,t, XII, p. 112.
vollaïque est mis'en contact avec le liquide lui-même etl'autfe avec la vessie qui le renferme ; comme , en outre , deux liquides hétérogènes , placés dans des circonstances qui ralentissent leur action mutuelle , sans la supprimer , entrent en conflit galvanique, d'après Becquerel (1), et opèrent des dé- $j compositions , on peut concevoir que l'organe sécrétoire décompose le sang ou le suc plastique par l'effet d'un antagonisme électrique, et produise ainsi la sécrétion. Or on a réellement modifié la qualité des sécrétions en touchant une surface sécrétoire avec l'un des conducteurs d'une pile galvanique ; Orioli (2) a fait passer le pus des ulcères de l'acidité à l'alcalinité par l'application du pôle négatif, et de l'alcalinité à l'acidité par celle du pôle positif; lorsque Malteucci (3) mettait deux points du péritoine, de l'intestin , du foie , etc., en rapport avec les conducteurs d'une pile voltaique , il se produisait au pôle négatif un liquide qui contenait de l'albumine , de la soude et du gaz hydrogène, tandis qu'au pôle posilif paraissait un liquide chargé d'acide acétique et d'une substance riche en azote , de sorte que , suivant lui , un organe sécrétoire animé de l'électricité négative paraît donner des sécrétions hydrogénées et carbonées, et un organe sécrétoire animé de l'électricité positive fournir des sécrétions oxygénées et azotées. Cependant nous trouvons là^plus de conjectures que de faits constatés , et la seule chose qui soit certaine , c'est que la substance animale devient acide au pôle positif, alcaline au pôle négatif, ce qui nous annonce seulement une analogie générale entre la sécrétion et l'électricité , telle qu'elle se manifeste hors du cercle de la vie. Donné prétend (4) avoir reconnu immédiatement , à l'aide d'un multiplicateur, l'antagonisme électrique des divers organes sécrétoires -, quand il mettait l'un des conducteurs de l'instrument en rapport avec la membrane interne de la bouche , et l'autre avec la peau , l'aiguille aimantée était déviée de quinze à trente degrés ; la
(4) Annales de chimie , t. LU , p. 244.
(2) Ilid., p. 259.
(3) Ilid., t. XLIIIj, p. 256.
(4) /6»<Z.,t. LVII, p. 398.
peau se montrait positive et la membrane muqueuse négative ; le foie et l'estomac se comportaient de même l'un à l'égard de l'autre- Ces expériences pourraient inspirer de la défiance, parce qu'avec un fort multiplicateur, des corps même homogènes , par exemple les deux bouts d'un fil métallique rompu témoignent une électricité contraire ; mais Malteuci (1) les a confirmées ; le contact de l'estomac et du foie d'un Lapin avec les extrémités en platine d'un galvanomètre , déterminait une déviation de quinze à vingt degrés , même après qu'on avait neutralisé l'acide du suc gastrique par le moyen d'un alcali. Lorsque tous les vaisseaux sanguins et les nerfs qui se rendent au bas-ventre avaient été coupés au dessus du diaphragme , la déclinaison n'était que de trois à quatre degrés ; elle diminuait, comme la vie, et cessait avec elle, quand l'animal avait été empoisonné par l'acide hydrocyanique, ou qu'on lui coupait la tête.
§ 882. Maintenant , pour descendre davantage dans les détails , examinons ce qui , par son action sur le sang , détermine la formation et en particulier la sécrétion. Ce peut être ou une chose absolument extérieure , par conséquent le milieu dans lequel vit l'organisme , ou une chose relativement extérieure , c'est-à-dire la substance organique placée en dehors du sang (§ 883).