QUALITÉS DES PRODUITS ORGANIQUES
§ 887. Les oppositions des produits organiques entre eux s'expliquent d'une manière plus ou moins satisfaisante en admettant qu'elles dépendent d'un développement du sang dans des directions différentes.
1° Les vaisseaux eux-mêmes doivent être considérés, sous le point de vue de leur origine, comme des limites que le suc vital s'est imposées lui-même; car l'attraction que sesjparlicules exercent de tous les côtés les unes sur les autres, dans Taxe du courant, fait qu'elles y conservent leur cohérence et que lui-même y est plus liquide qu'à la périphérie de la colonne, où, l'attraction n'agissant que d'un seul côté, il se condense , comme le fait tout liquide quelconque dont la surface a plus de densité que le centre.
2° Le tissu cellulaire est la masse organique primordiale. Tantôt il se manifeste d'une manière prédominante, et prend la place d'organes spéciaux, soit quand la nutrition est éteinte (§ 858, 1° ), soit lorsqu'une cause quelconque a suspendu le développement ultérieur , comme on le voit par exemple , s'amasser, plein de graisse , de sérosité ou de sang, à la base
du crâne chez les hémicéphales , ou dans la cavilé du tronc chez les acéphales. Tantôt il fait antagonisme, soit aux particules élémentaires spéciales des organes, comme tissu cellulaire parenchymateux , soit aux organes eux-mêmes , comme tissu cellulaire atmosphérique.
3° La substance musculaire et la substance nerveuse s'appellent mutuellement, de manière qu'aucune des deux ne se voit sans l'autre dans nul organisme. Le muscle est l'organe le plus rapproché du sang, dont il admet en lui, presque sans changement, la fibrine et la matière colorante; il représente le côté mobile par lui-même , la mutation des substances s'y accomplit avec plus de rapidité que partout ailleurs , il renferme une quantité proportionnelle plus considérable de substances organiques ^et de principes solubles dans l'eau, notamment de gélatine et de matière salivaire ; enfin il contient plus d'azote que la substance nerveuse. Celle-ci, au contraire, renferme plus d'eau et de sels, plus de parties solubles dans l'alcool , notamment de graisse , et plus d'albumine proportionnellement aux substances extractives , outre qu'elle se fait remarquer aussi parce qu'elle est de tous les produits organiques celui qui contient le plus d'oxygène et de phosphore.
4° Le tissu scléreux , consacré au mécanisme pur , se rattache aux organes de la vie animale , comme résidu de leur formation. La gélatine, qui en est le principe constituant caractéristique, paraît devoir naissance à une rétrogradation ou à un développement plus incomplet des matériaux du sang; en effet , elle l'emporte sur l'albumine chez les jeunes Mammifères , les Reptiles et les Poissons. On ne la rencontre dans aucun liquide, et elle devient la base au milieu de laquelle se déposent les sels terreux peu solubles, dont la précipitation non seulement débarrasse le sang d'une masse inerte, mais encore fournit des points d'appui à l'organisme. Ainsi , d'après les observations de Schweigger, la substance mucilagineuse dont les Coraux sont d'abord formés, se sépare avec le temps en un axe ou tube calcaire et en une partie organique. Mais comme la combinaison de la gélatine et de la chaux rend l'os plus composé, il acquiert aussi, par cela même, une vi-
talité proportionnellement plus active que celle des autres parties du système sclcreux.
5° Les parties cornées sont en antagonisme non seulement les unes avec les autres, puisqu'il y a , par exemple, d'autant moins de poils que l'épiderme est plus épais , mais encore avec les organes excrétoires , de sorte qu'ils se développent davantage quand ceux-ci agissent plus faiblement.
6° La graisse fait antagonisme aux sécrétions séreuses; aussi se développe-t-elle principalement à la face externe des vésicules séreuses, épiploon, mésentère, péricarde, capsules synoviales , sous la peau et aux alentours des reins, et partout elle offre des modifications correspondantes aux caractères particuliers de ces diverses sécrétions. En vertu de la prépondérance du carbone dans sa composition , elle se dépose sur les muscles riches en azote , et dans les os , de même que, chez l'embryon, elle paraît commencer à se produire au moment où l'ossification débute.
7° Le smegma cutané se forme en opposition tant avec la transpiration aqueuse qu'avec les productions cornées; et, comme organes fournissant des sécrétions riches de carbone , les follicules sébacés sont surtout très-développés à l'anus et aux organes extérieurs de-la génération.
8° La peau et la membrane muqueuse se développent comme surface externe et surface interne, et sécrètent en harmonie l'une avec l'autre; la première fournit de la vapeur et du smegma , l'autre du suc muqueux et du mucus.
9° Les poumons et les reins sont en antagonisme l'un avec l'autre. Les premiers éliminent le carbone et des substances volatiles, et complètent la formation du sang; les reins donnent une sécrétion azotée, de composition très variable d'ailleurs , chargée de parties constituantes grossières , et achèvent la décomposition du sang.
40° La formation de la bile a pour condition la sécrétion du suc gastrique aqueux et acide.
11° Par opposition au cristallin, à l'humeur vitrée et à l'humeur aqueuse des chambres de l'œil, se développent le pigment carboné de la choroïde et la graisse molle qui entoure
le globe oculaire , de même qu'au pourtour de l'œil se forment d'un côté le liquide lacrymal et de l'autre la chassie palpébrale, de même aussi qu'au liquide séreux contenu dans l'intérieur de l'organe auditif s'oppose le cérumen du conduit externe.
12° En général, les oppositions des divers organes ( § 780-797) et des différentes sécrétions (§ 809-828), comme aussi les rapports de sympathie et d'antagonisme qui existent entre eux sous le point de vue de la formation, nous annoncent une scission en formes diversifiées ayant pour point de départ le sang.