PEAU
§ 426. La paroi séreuse , qui , chez l'embryon humain, forme encore la plus grande partie de la surface pendant la sixième semaine , pourrait être regardée comme la peau primordiale , à la face interne de laquelle se développent plus lard des muscles et des os ; mais on prétend avoir observé des cas dans lesquels la peau manquait, soit aux membres , soit par tout le corps , et où les muscles se trouvaient à nu (1) , de sorte que nous devons considérer celte paroi séreuse comme un rudiment commun, qui se métamorphose en muscles et os à son côté interne, en peau à son côté externe. 1° La peau, lorsqu'elle se sépare de la couche musculeuse
(1) Meckel, Handl/uch der ïiathologischm Jnatomie, 1. 1, p. 410,
DÉVELOPPEMENT DU FEUILLET SÉREUX. l\Q)^
sous-jacente , est encore mince et molle. Vers le milieu seulement de la vie embryonnaire, elle acquiert plus de solidité , comme aussi l'abondance des vaisseaux lui donne une forte teinte rouge, qui diminue un peu vers la fin. D'après Valentin (1), on y aperçoit , durant la huitième semaine , des granulations ayant 0,0036 à 0,0048 ligne de diamètre , qui, vont en diminuant de volume à mesure qu'elle acquiert plus de solidité, de sorte qu'au cinquième mois , leur diamètre n'est plus que de 0,0024 ligne. Dès le troisième mois , elle a des sillons spirales , et au quatrième on y distingue fort bien des papilles.
2° Les follicules sébacés paraissent au troisième niois , et vers cette époque ils ont environ 0,0096 ligne de diamètre, dans le sens de leur largeur. Ils croissent rapidement en profondeur , de manière qu'au huitième mois leur largeur est de 0,0192 ligne à l'entrée, et de 0,0132 au fond , et leur profondeur de 0,0864 à 0,01452 (2). A partir du cinquième mois environ, la surface de la peau se couvre d'un vernis caséeux, qui est glissant , visqueux et d'un blanc jaunâtre ; ce vernis, d'abord peu abondant et presque mucilagineux , devient bientôt plus épais et onctueux. Il graisse le papier, ne se dissout ni dans l'eau, ni dans l'alcool, ni dans l'huile, fond sur les charbons ardens , y noircit, et brûle en laissant un charbon difficile à incinérer , dont la cendre se compose de carbonate calcaire. Ce vernis caséeux paraît tenir le milieu entre le mucus et la graisse. Ce qui prouve qu'il est sécrété par la peau, et non déposé par les eaux de l'amnios, c'est qu'on ne le trouve que sur l'embryon lui-même , et qu'il ne se rencontre ni au cordon ombilical ni sur l'amnios. Comme en outre il est plus abondant à la tète , sous les aisselles et aux aînés , en un mot partout où l'on voit beaucoup de follicules sébacés , on est en droit d'attribuer sa formation à ces organes.
3" On distingue Vépiderme dès la fin du second mois : il ressemble alors à une couche extrêmement mince et trans-
(1) Handbuch der EntvncMuntjsijescMchte des Menschen, p. %1%
(2) Ibid.,^. 274.
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parente. Suivant toutes les apparences, il est le résultat de la coagulation d'un liquide albumineux exhalé par la peau , de même que , chez le Limaçon , le mucus sécrété par la surface de la peau , au dessous de l'épiderme, s'endurcit déjà en coquille dans l'œuf, comme aussi , chez les Crustacés , le test extérieur se produit d'une manière analogue. L'épiderme devient déjà plus épais et plus solide à la plante des pieds et à la paume des mains que partout ailleurs.
4» Au troisième mois, on distingue déjà les ongles, qui cependant sont encore très-mous et courts. Ils ne se durcissent qu'au neuvième mois ; au dixième , ils deviennent plus solides et plus longs.
Heusinger a le premier observé (1) que les poils se développent au dessous de l'épiderme , sous la forme de petits globules bruns ou noirs , qui , en grossissant , deviennent creux , et qui ensuite s'allongent en liges coniques , les globules représentant les bulbes. Il admet que ces globules ne sont autre chose que du pigment. Mais Valentin , dont l'opinion est bien plus vraisemblable (2) , pense que le pigment n'est qu'une addition qui vient se joindre au germe du poil. Du reste, il a trouvé ces taches noires de forme sphérique à la fin du troisième mois ou au commencement du quatrième, et coniques pendant la seconde moitié du cinquième. A la fin de ce dernier, on voit paraître, sur toute la surface du corps, les poils lanugineux (lanugo) , qui se sont produits de cette manière. Ce sont de petits poils mous , soyeux , et d'un blanc jaunâtre, don: la plupart sont déjà tombés à la fin du dixième mois.
Au sixième mois poussent les cheveux^ ainsi que les sourcils et les cils. Les petites fossettes cutanées qui leur sont destinées étaient devenues visibles quelque temps déjà auparavant.
5° Comme la formation des poils n'a pu être suivie dans tous ses détails, à cause de la finesse de ces organes, nous donnerons ici l'histoire du développement d'un tissu analogue, celui des plumes , telle qu'Albert Meckel l'a tracée (3). Celte
(1) Meckel , Dcutsches Archiv , t. VII, p. 409. ,
(2) Zoc. Mf., p. 275.
(3) Reil , Archiv , t, XIT, p. 37-96.
histoire ne repose , à la vérité , que sur des observations faites pendant la mue annuelle ; mais comme celle - ci n'est qu'une répétition du travail de la formation primordiale, nous pouvons admettre que cette dernière ne diffère pas, du moins quant aux points essentiels.
Au fond d'un creux tubuliforme de la peau , dans lequel la plume doit prendre racine , les vaisseaux cutanés se développent , et versent un liquide séreux sous l'épiderme. La portion périphérique de ce liquide se coagule en une membrane , qui représente une vésicule pleine de sérosité, à laquelle on donne le nom de gaîne. Cette vésicule est percée à sa base d'une ouverture par laquelle pénètrent des prolongemens des vaisseaux cutanés, et qu'on nomme trouvasculaire. A mesure qu'elle croît et s'allonge da côté de la superficie du corps , elle devient ovale ; la partie tournée vers la superficie s'allonge en pointe , mais le fond conserve toujours plus de largeur , de sorte que la gaîne acquiert la forme d'un cylindre terminé par une extrémité conique. Les vaisseaux qui pénètrent dans l'intérieur constituent , avec un cylindre gélatineux à la surface duquel ils se répandent en manière de réseau , ce qu'on appelle le noyau ou le bulbe de la plume. Dutrochet(i), BlainvilleetF. Cuvier assurent qu'il s'y introduit aussi des nerfs. La surface du noyau est couverte d'un' liquide albumineux, qui joue le rôle de substance plastique à l'égard de la plume. Entre ce noyau et la gaîne se produit alors, immédiatement auprès du trou vasculaire, une couche de globules demi-transparens , qui se disposent en séries; deux de ces séries, réunies par une masse qui se forme entre elles , représentent une barbe de l'étendard. Sur les bords latéraux de chaque fibre se déposent d'autres séries courtes et simples de globules, qui forment les barbules. Toutes les barbes ont leur extrémité libre dirigée vers la pointe , et leur extrémité adhérente vers la racine. A l'orifice interne du trou vasculaire, la masse grenue se condense en une bandelette ovale, sur les bords latéraux de laquelle s'implantent
(1) Mém. pour servira l'Hist. anat. et pliysiol. des aniniaux et des \éy .qétaux, t. ÎI, p. 361.
4o6 DÉVELOPPEMENT BU EEUILIET gillEUX.
les barbes de l'étendard ; cette bandelette s'allonge bientôt en une lame cornée et composée de fibres longitudinales, qui va en se rétrécissant vers le sommet de la gaîne , mais qui , du côté du trou vasculaire , se termine par un anneau; c'est la hampe de la plume, dont la portion vexillaire ou la lige est représentée par la lame, et dont la portion tubuleuse a l'anneau pour rudiment. Sur la face opposée se produit le rachis, tissu spongieux , naissant des bords latéraux de la lame de la hampe, sous la forme de deux bandelettes, qui vont en s'épaississant, se rencontrent sur la ligne médiane, et forment, avec la lame de la hampe , une cavité close , dans laquelle se trouve contenue la portion terminale du noyau gélatineux. Après que l'étendard s'est développé , l'anneau de la hampe s'allonge en un tube, qui offre à sa racine seulement une ouverture pour le 'passage des vaisseaux. Les deux bandelettes du rachis s'enfoncent un peu dans l'anneau ou le commencement du tube , mais de manière cependant qu'entre elles il reste une ouverture , le trou aérien , par laquelle pénètre l'air qui doit se répandre dans le tissu du rachis et dans le tube de la hampe. L'étendard s'est développé à partir du sommet ; de même, le noyau et ses vaisseaux périssent du sommet vers la racine , et se convertissent en un sac vide ; les diverses portions se dessèchent ainsi l'une après l'autre , et se resserrent en forme d'entonnoir , dè manière que le noyau finit par ressembler à une série d'entonnoirs emboîtés les uns dans les autres, qu'on appelle l'âme de la plume. D'abord la gaîne croît uniformément avec son contenu, et sort du creux de la peau ; mais, une fois qu'elle est arrivée au point culminant de son accroissement , elle se fend au sommet et laisse sortir l'étendard. Celui-ci, qui était roulé sur lui-même du côté dorsal vers le côté ventral , se déploie alors ; mais la gaîne reste fixée à la hampe, sous la forme d'une membrane adhérente , qui finit par tomber en écailles. F. Cuvier admet encore deux membranes appliquées, l'externe à ïa gaîne et l'interne au noyau ; il dit que ces membranes s'unissent ensemble par des cloisons transversales, et qu'entre elles se forment les fibres de l'étendard.
BÉVEIOPPEMENT DU FEUIEIET SÉREUîf, 4^7 2. os.
§ /r27. Étudions maintenant la substance osseuse ,