‹ Traité physiologie considérée comme science d'observationChapitre 6 sur 78 · I. Actinies · texte numérisé non relu

I. Actinies

§ 376. Les Actinies,' ceux des animaux polypiaires qui sont le plus développés, couvent leurs œufs dans leur ample cavité digestive, ou ce qu'on appelle leur estomac, et y conservent aussi pendant quelque temps leurs petits. En disséquant une variété de VActinin mesembrianthemum qui habile la mer Noire , celte cavité m'a offert, dans les derniers jours de l'hiver , plusieurs petits corps, un peu differens les uns des autres pour le volume, la configuration et la couleur, qui tous étaient formés en partie d'une substance grenue, un peu épaisse , en partie d'une mince enveloppe membraneuse , entourant lâchement les granulations : ces corpuscules étaient absolument pleins, et nulle part on n'y apercevait d'ouvertures. Je crois donc ne pouvoir les considérer que comme des œufs. Les plus petits étaient d'un blanc laiteux, et parfaitement lenticulaires ; les plus gros , dont le volume n'égalait cependant pas tout-à-fait celui d'une graine de pavot , étaient faiblement rosés, un peu plus aplatis que les autres, et irrégulièrement ovales, attendu qu'auprès de l'extrémité amincie ou de la pointe , l'un des bords , plus long , était un peu concave, tandis que le bord opposé offrait une convexité plus ou moins marquée. En outre , le bord presque entier était garni de faibles échancrures , d'oii partaient des sillons extrêmement faibles et un peu sinueux , qui allaient se rendre vers le milieu des deux côtés aplatis. Lorsque l'on venait à plonger ces corps dans l'eau, ils oscillaient sur un plan horizontal, l'un de leurs côtés tourné vers le haut, et l'autre vers le bas, à peu près comme ferait une assiette reposant sur un point d'appui par son centre , et à laquelle on imprimerait des

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oscillations; mais, pendant ce mouvement, c'était toujours le bord convexe de la moitié la plus étroite qui regaidait en haut et qui coupait l'eau. Il n'était pas rare non plus que le corps parcourût tout à coup un certain espace en ligne droite, ou à peu près, l'extrémité la plus mince dirigée en avant ; après quoi les oscillations reprenaient leur cours. Je n'ai point aperçu , même à un très-fort grossissement , de cils par lesquels ces mouvemens fussent accomplis. Cependant , comme il arrive quelquefois , même à de forts grossissemens , qu'on ne puisse point distinguer, à la lumière diffuse, les cils d'animalcules qui en sont pourvus , quand ces productions n'exécutent point de- mouvemens oscillatoires , il serait très-possible que les corpuscules dont je parle ici fussent munis de cils qui m'aient échappé.

En ayant égard , d'un côté , à la découverte faite pâr R. Wagner, que les Actinies produisent des œufs et non des spores, d'un autre côté, à cette circonstance -que, parmi les animaux supérieurs aux Polypes , nous n'en connaissons aucun dont l'œuf entier présente ni mouvemens rotatoires, ni .sillons pliciformes faciles à effacer, comme j'en ai observé dans les corps en question, je me sens disposé à croire que ces derniers n'étaient pas des œufs proprement dits, mais des petits déjà sortis de l'œuf, qui néanmoins consistaient uniquement en une membrane proligère mince, simple, d'épaisseur à peu près égale partout , close de toutes parts , renfermant un jaune, et dépourvue encore d'ouverture buccale. En général, je suis très-porté à présumer que les produits d'autres animaux polypiaires, appelés spores par les uns, et nommés œufs par les autres , n'étaient ni des œufs ni des spores , mais des petits éclos depuis peu , quand ils possédaient déjà la faculté de se mouvoir dans l'eau à l'aide de cils.

D'après des recherches ultérieures que j'ai faites sur la même espèce d'Actinie , les corps lenticulaires , qui me semblent être de jeunes Actinies, prennent peu à peu la forme d'oranges, et une couleur brunâtre ; mais alors ils n'oscillent plus quand on les plonge dans l'eau. Sur l'un des côtés aplatis il se produit, dans la membrane proligère, et sans doute par résorption de matière ( déhiscence ), une ouve.nure buccale

qui mène à une petite cavité intérieure. Je ne saurais dire cependant si déjà cette ouverture commençe à se former tandis qu'il existe encore une partie du Jaune. En même temps que le corps prend la figure d'une orange, la membrane proligère se partage , dans toute son étendue , en deux couches ou feuillets, qui néanmoins restent d'abord en contact partout et pour ainsi dire collés ensemble ; le feuillet externe , plus épais , plus mou et de teinte brunâtre , devient la paroi proprement dite du corps; l'interne, plus mince, plus ferme et incolore, entoure immédiatement la cavité située dans l'intérieur du corps , et se développe en organe digestif. Ce dernier feuillet paraît avoir une égale épaisseur partout; mrisj'ai trouvé l'autre beaucoup plus épais à la partie moyenne du corps qu'à ses deux côtés aplatis , dont celui qui est placé visà-vis de l'orifice buccal se développe d'ailleurs ensuite en disque faisant oQîce de ventouse. Plus tard , les deux feuillets s'écartent l'un, de l'autre dans les points placés entre les deux côtés aplatis, par conséquent dans la plus grande partie du corps , ce qui donne lieu aux cloisons et aux chambres qu'on sait exister entre la paroi du corps et l'estomac. J'ai déjà distingué ces chambres et ces cloisons dans de petites Actinies qui avaient à peu près le volume d'un grain de vesce ; cependant le nombre en était moins considérable que chez l'adulte. Un peu avant cette époque il se forme , immédiatement derrière l'ouverture buccale , et par conséquent cachées dans l'entrée de la cavité stomacale, quelques petites verrues, qui ne tardent pas à se transformer "en de courts cylindres.

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