‹ Traité physiologie considérée comme science d'observationChapitre 7 sur 78 · II. Acalèphes · texte numérisé non relu

II. Acalèphes

Nous ne possédons non plus que des notions très-peu étendues à l'égard du développement des Acalèphes.

Eschholtz a vix de très-petites Beroe dont le corps présentait une forme ayant déjà beaucoup d'analogie avec celle des adultes, mais qui manquaient encore des huit rangées de là-^ melles natatoires. On n'apercevait chez elles que quatre bandelettes longitudinales opaques, qui pouvaient fort bien être des rudimens d'autant de rangées de lamelles. En tous cas donc , ces lamelles se développent après que le corps a déjà pris là

forme qui caractérise l'espèce , et des huit rangées qu'elles représentent il n'en paraît d'abord que quatre , entre lesquelles se produisent ensuite les autres.

1" Les œufs de la Medusa aurita passent des cavités ovariennes entre les i^uillets des bras , dont il y a toujours deux pour chacun de ces derniers , et ils y prennent le reste de leur développement, renfermés par paquets dans de petits sacs; Dans l'ovaire , les œufs , de Iwme arrondie , ont un chorion membraneux mince , et sont principalement constitués par une masse vitelline à grains fins , de couleur violette. Une fois parvenus dans les petits sacs des bras , ils n'ont plus de chorion , à ce que prétend Ehrenberg (1) , et sont par conséquent déjà de jeunes Méduses. Quelques unes de ces dernières sont alors semblables à des framboises et d'un violet pâle ; d'autres représentent un disque violet pâle , qui ressemble à une Méduse sans bras ni organes de nutrition ; d'autres encore sont cylindriques, obtuses aux deux bouts, et d'un jaune brun. Ces deux dernières formes sont garnies de cils , par les vibrations desquels s'accomplit leur locomotion, déjà observée par Baer. Une autre forme, qui s'est présentée à Baer, était plus développée encore : ce naturaliste a trouvé, dans les bras de Méduses âgées , de très-petites Méduses qui i eprésentaient de hautes cloches fortement obtuses à l'extréniité supérieure, et qui avaient une paroi très-épaisse (2). Les changemens ultérieurs sont inconnus : on doit présumer néanmoins qu'avec le temps la cloche sous la forme de laquelle Baer a vu les jeunes Méduses , va toujours en s'agrandissant, et que le pédicule , avec ses quatre bras , pousse du milieu de ce qui était primordialement son côté interne.

2° Ce serait une chose extrêmement remarquable que le développement d'une Méduse qui vit sur les côtes de la A'or- ■wège„ s'il s'eft'ecluait en réalité comme l'a décrit Sars (3). Pendant sa première période , cette Méduse ressemble entièrement à un Polype fixé sur un autre corps ; elle est gélali-

(1) Millier , Archiv fuer Ânatomie , t. I , p. 562.

(2) Wiegmann, Arhiv fuer die JSaturijeschichte , t. I , p. 33.

DÉVEtOPPEMENT DES MOLLUSQUES. 6g

neuse cylindrique , pins épaisse à sa partie supérieure, presque cyalhilorme , et tout-à-fait lisse. Son extrémité la plus large , ou celle qui est libre , présente une couronne de vingt à trente tentacules filiformes et assez longs. Le corps est creux; il ne contient point de viscères, et il offre une ouverture buccale au bout le plus gros. Pendant la seconde période , on voit paraître de profonds sillons annulaires , dont le nombre augmente à mesure que le corps tubuleux croît , et qui partngent le corps en une multitude de segmens empilés les uns sur les autres. Durant la troisième période , il pousse, au dessous de chaque sillon , huit lobes courts et rangés en cercle , qui tous dirigent leur sommet vers le haut. A mesure que les sillons augmentent en profondeur , chacun des segmens dont il vient d'être parlé se constitue en animal particulier , en une Méduse du genre des Ephyres , et les lobes se transforment en rayons de cet animal. Le côté convexe du segment le plus inférieur, ou de l'individu futur placé tout au bas de la pile , est alors allongé en un pédoncule qui retient la famille entière. Enfin, arrive la quatrième période, celle de la séparation. Les segmens rayonnés se détachent les uns des autres, opération qui s'accomplit de haut en bas. Sars n'a pu savoir ni comment le segment supérieur, garni de ses tentacules filiformes^ se détache, ni ce qu'il devient; mais il a observé la séparation des autres, qu'il a reconnu être unis ensemble, de telle sorte que l'un deux reposait par son côté convexe dans le côté concave ou buccal de celui qui venait immédiatement au dessous. Les segmens devenus des animaux particuliers tiennent ainsi les uns aux autres. Les mouvemens qu'ils exécutent, après leur libération, sont ceux qu'on observe d'ordinaire chez les Acalèphes discophores.

m. Mollusques.

A. Tuniciers.

§ 377. 1' Les Biphores se développent dans le corps maternel. Suivant Moyen (4) , l'œuf est ^composé d'une massç

(1) iVor, Aot. Nat. Cur., t. VIII, p. 339.

un peu grenue , et il a une forme arrondie lenticulaire. A l'un de ses côtés paraît un court pédicule, par le moyen duquel il tient à la mère dans l'endroit où il a été procréé. Du côté opposé s'élève une verrue , qui ne tarde point à s'étrangler à sa base , se convertit en une courte massue , et se recourbe ensuite en manière de crochet. A mesure que le tout grossit, la partie moyenne devient, non-seulement le corps du fruit et la tête de la massue , dans laquelle une masse adipeuse se prononce avec le temps, mais encore le jaune et le sac vitellin ; mais la partie primordialement existante , ou celle qui est arrondie et lenticulaire;, dans laquelle il se montre déjà de très-bonne heure des vaisseaux sanguins nombreux , qui tiennent par un tronc avec le vaisseau abdominal du fœtus , se convertit en une sorte de placenta. Plus tard , le jaune et le sac vitellin disparaissent : quand ils ont enfin disparu , la connexion entre le fruit et le placenta se déchire , et le petit se détache alors de la mère.

Les phénomènes les plus essentiels de cette courte histoire de développement sont encore problématiques à un haut degré. Si nous admettons que les Biphores se développent dans des œufs, comme le dit Moyen, et que nous ayons égard à la manière dont il décrit l'évolution , nous pouvons faire à ce sujet les remarques suivantes. Chez aucun animal invertébré, sans excepter même les autres Mollusques, on n'a reconnu de connexion organique entre la mère et le fruit, et chez les Mammifères, qui sont jusqu'à présent les seuls animaux dans lesquels on ait découvert une pareille connexion , le fruit ne se développe point du placenta , qui ne se forme qu'après que le fruit a pris naissance. Mais le jaune , avec sa vésicule proligère , est la partie primordialement existante de l'œuf, et c'est de lui précisément que se forme le fruit des autres animaux. Or, de quelque manière qu'on interprète les descriptions et les ligures de Meyen , en se fondant sur l'analogie du développement des autres animaux , elles laissent toujours quelque chose qui ne se concilie point avec cette explication basée sur l'analogie. Ainsi , ou le développement des Biphores s'accompagne de phénomènes dont nous ne connaissons point jusqu'à présent les analogues,

DÉVEIOPPEMENT DES MOLLUSQUES.

OU bien quelques unes des assertions de Meyen ne sont point parfaitement conformes à ce qui arrive en réalité. Il me paraît que la seule interprétation naturelle qu'on en puisse donner consisterait à dire que le mode de multiplication des Biphores observé par Meyen, tenait à une formation de spores intérieures , et non à une formation de ;véritables embryons , c'est-à-dire d'embryons se développant dans des œufs.

Suivant Chamisso , les individus accolés les uns aux autres des diflërentes espèces de Biphores, ne produiraient que des individus simples, c'est-à-dire isolés, qui, de leur côté, n'en procréeraient que de composés. Meyen , au contraire , dit n'avoir jamais remarqué qu'un seul fruit dans les individus accoUés de diverses espèces , et avoir observé en outre que les jeunes Biphores ne s'unissent ensemble qu'après leur naissance. Mais si ce dernier cas a lieu réellement , il devient fort difficile de concevoir comment les organes nécessaires pour produire la connexion peuvent ne se développer que chez^certains individus, et comment le mode de groupement des individus peut varier suivant les espèces, tout en restant constamment le même dans chaque espèce.

2» Le développement du Botrylle , espèce d'Ascidie composée, est fort singulier, d'après les observations qui ont été faites par Sars (1). Les adultes mettent au monde, par l'uuverture anale, de petits corps gélatineux, lisses et d'un jaune clair, qui paraissent être autant d'animalcules distincts, et qui , à l'instar des têtards de Grenouilles , nagent avec 'vivacité dans l'eau, au moyen des mouvemens latéraux d'une queue longue et mince. Chacun de ces corps se forme dans un œuf ovale , qui a une mince enveloppe gélatineuse (chorion ?) , et qui est couvé dans l'intérieur du corps maternel-. Quand on en ouvre un , sa partie ovale se présente comme une enveloppe transparente , qui renferme plusieurs Botrylles déjà réunis dans un ordre déterminé, et constituant pour ainsi dire une petite colonie. On trouve ordijiairersient huit petits , de formç oblongue, assezsemblubles auxadultes, qui sont dressés et unis en couronne à leur base. Ce tronc commun d'Ascidies s'allonge,

(l)Wiegmann, loc. dt., t. II, p. 209.

dans rintérienr de la queue de l'enveloppe extérieure, sous la l'orme en quelque sorte d'une queue ou d'un pédicule rétréci vers son extrémité. A la partie supérieure de l'enveveloppe est une ouverture qui ressemble à une bouche ; mais cette ouverture ne se contracte jamais , parce que son enveloppe est immobile , et elle paraît ne point avoir non plus de connexions intimes avec le tronc ascidien ; en effet , quand on irrite ce tronc avec force , son prolongement caudiforme sort presque en entier de la gaîne également caudiforme qui l'entoure et qui fait partie de l'enveloppe. D'après tous ces détails , le développement du Bolrylle aurait donc beaucoup d'analogie avec celui de certaines Cercaires sous un point de vue, c'est-à-dire en tant que le jeune Mollusque se formerait dans une enveloppe particulière semblable à un animal. Mais peut-être répand -il aussi quelque jour sur le groupement des Biphores ; car il est concevable d'après cela que certains individus de Biphores produisent uniquement des œufs contenant des embryons groupés , tandis que d'autres , ou peutêtre aussi les mêmes individus en d'autres temps, ne procréent que des gemmes internes , desquelles se développent des individus isolés.

B. Pélècypodes.

§ 377*. D'après les recherches faites par Carus sur la Mulette et l'Anodonle (1), l'œuf à maturité de ces animaux est sphérique , et il se compose d'un chnrion transparent, d'une assez grande quantité d'albumine limpide comme de l'eau , d'un jaune globuleux, constitué lui même par une substance grenue, et d'une membrane vitelline. Celte dernière membrane serait diversement colorée suivant les espèces, et formée d'une masse grenue particulière et dense , si ce n'est sur un petit point arrondi , incolore , transparent , et contenant une vésicule (vésicule proligère) dans son milieu. Mais peut-être celte matière colorée n'est-elle autre chose qu'une couche de globules adipeux étalée sur le jaune , comme par exemple dans les œufs des Syngnathes. Durant l'incubation,

(1) Nov. Act. Nat. Cm., t. XYI.

DÉVELOPPEMENT DES MOLLUSQUES. y5 qui a lieu dans les compartimens des branchies de la mère , le jaune se transformerait immédiatement en fruit ; mais il est probable qu'ici il se forme aussi une membrane prolif^ère, qui s'approprie le jaune en le modifiant et l'employant de la manière qui convient à ses fins. Le jaune acquiert une apparence celluleuse , par suite de l'absorption du blanc , qui fait renfler ses granulations, elles rend un peu plus transparentes ; une légère impression se produit sur l'un des points de son étendue ; il s'aplatit de deux côtés, et acquiert la forme d'un triangle sphérique à angles émoussés , dont la base est représentée par la partie munie d'une impression. Cependant le jaune (ou plutôt l'embryon) devenu triangulaire, qui a tourné de plus en plus l'une de ses faces latérales en haut et l'autre vers le bas , commence à exécuter des mouvemens de rotation , et ces mouvemens lents , que Leeuwenhoek avait aperçus déjà, qui n'ont jamais lieu que suivant une^eule direction , et qui ne produisent pas un déplacement notable du jaune, continuent pendant plusieurs jours. Ils peuvent bien avoir une certaine relation avec la respiration , mais de nouvelles recherches sont nécessaires encore pour décider s'ils sont opérés , après la disparition de la membrane vitelline , par des cils à la surface du fruit , ou s'ils dépendent d'un rapport de polarité existant entre le fruit et le blanc , et fondé lui-même sur l'attraction et la répulsion , comme le croit Carus. La base du triangle, représentée par le fruit et le jaune, qui , du reste , perd peu à peu 1 impression qu'on y remarquait d'abord , devient le côté dorsal du Mollusque ; la charnière de la coquille s'y produit , et au voisinage se développe le cœur, qui exécute de très-bonne heure des battemens. Sur les deux faces latérales du triangle se forment , de bonne heure aussi , le manteau et les valves de la coquille. Les deux moitiés latérales du manteau et les deux pièces de la coquille constituent primordialement , selon Carus , un tout, qui ne se déchire que plus tard tout le long du côté ventral. Il semble cependant plus naturel d'admettre que le manteau se développe sous la forme de deux plis des tégumens cutanés, qu'il prend ainsi son origine au voisinage du côté dorsal du fruit, et fjue ces plis, sur lesquels se produisent aussi peu à peu les

valves de la coquille, vont toujours en auf^mentant de lar{îeur, jusqu'à ce que leurs bords libres arrivent à se toucher l'un l'autre. Quand les embryons ouvrent et ferment alternativement leurs valves et les deux moitiés de leur manteau, cellesci laissent apercevoir, dans l'endroit où se trouve le sommet du triangle situé en face de la charnière, deux petits lobes ou appendices terminés en pointe , garnis de franges, la plupart du temps tournés l'un vers l'aulre , et par conséquent réfléchis en dedans , qu'on appelle les crochets. Ce sont les premiers rudimens des renflemens munis de franges qui , chez les Bivalves adultes , se montrent , à l'extrémité postérieure arrondie de la coquille , là où l'eau pénètre par la fente du manteau , afin d'être respirée par les branchies. La différence que ces parties présentent dans leur situation chez le jeune animal et chez l'adulte, tient à ce que le fruit, après s'être dégagé de ses enveloppes , échange sa forme de triangle contre celle d'un ovale irrégulier, attendu qu'il s'allonge dans le sens de sa base , en même temps que l'une des deux moitiés du triangle qu'on obtient en le supposant coupé par une ligne allant des crochets au milieu de lu base, croît beaucoup plus dans cette direction que l'autre moitié , notamment que la postérieure , c'est-à-dire celle par laquelle l'eau est respirée.

Outre le manteau, le cœur et la coquille, on distingue encore , avant l'éclosicn du fruit, les muscles destinés à fermer les valves. Quant aux branchies , on ne les aperçoit que plus tard. Elles paraissent d'abord sous la forme de deux paires de lobules très-délicats et transparens, qui n'ont qu'une trèspetite étendue , proportionnellement au manteau, et dont l'un est situé derrière l'autre. Les deux petits lobules branchiformes qui sont situés autour de la bouche dans les Pélécypodes, paraissent se développer aussi en même temps qu'elles. Le pied est également très-petit , proportion gardée, chez le petit Bivalve déjà sorti de ses enveloppes , mais encore contenu dans les branchies de la mère, et il ne fait d'abord qu'une saillie très-peu considérable. De son milieu sort un byssus assez long et contourné en spirale , qui tombe plus tard et ne se reproduit plus. Ce byssus se forme dès les derniers temps

DÉmOPPEMENT DES MOLLUSQUES. 'jS

de la vie dans l'œuf, et les jeunes Pélécypodes s'en servent, dans l'intérieur des compartiniens de la branchie maternelle, pour s'unir tellement les uns avec les autres , qu'ils peuvent ensuite éire rejelés hors de leur réceptacle sous la forme de masses allongées.

Quatresages a étudié le développement d'une Anodonte quelque temps après Carus (1) ; mais évidemment ses observations sont tout-à-fait inexactes.

G. Gastéropodes.

§ 377**. Il n'y a qu'un petit nombre de Mollusques gastéropodes qui mettent au monde des petits vivans. Telles sont la Paludina vivipara et la Clausilia ventricosa. La plupart de ces animaux pondent des œufs. Parmi ceux-ci , il y en a quel • ques uns, par exemple les Gastéropodes terrestres et d'eau douce , dont chaque jaune d'œuf a généralement son blanc et son chorion particuliers, mais dont tous les œufs d'une même ponte sont la plupart du temps liés ensemble par un moyen d'union spécial. Au contraire , parmi les Gastéropodes marins qui appartiennent à la section des Cténobranches , il en est beaucoup qui produisent toujours un chorion commun à une multitude de jaunes; mais ce chorion varie de forme suivant les espèces , il est coriace ou parcheminé , et , outre les jaunes , ,11 enveloppe encore une quantité considérable de blanc , qui leur appartient à tous en commun.

1» Les embryons qui se forment dans de pareilles enveloppes d'œufs laissent apercevoir chacun, de très-bonne heure, d'après les observations de Lund(2), un pinceau de longs cils , qui vibrent continuellement, et à la faveur desquels ils se meuvent d'abord dans le blanc , tant que leur enveloppe les renferme encore , puis plus tard dans l'eau de la mer, quand ils ont percé la capsule. Très-probablement ces cils sont des lames branchiales prolongées, et ils correspondent à ceux qu'on découve chez les embryons des Squales et des Raies. Mais Grant assure que des organes analogues exis-

(1) Annales des se. nat., seconde série , t. IV , p. 283. (2; Froriep , Nolizen , t, XLI , p. 1.

76 DÉVELOPPEMENT t»ES MOLLUSQUES,

tent éfïalement chez les embryons et le.«! petits de ceux d'entre les Cténobranches pélagiques qui pondent leurs œufs entourés d'une substance gélaiiniforme.

2° De tous les Gastéropodes , le Limnœus stagnalis est celui dont le développement a été étudié avec le plus de soin,' en particulier par Stiebel(l), Carus (2) etBaër. L'œuf de ce Mollusque se compose bien des mêmes parties que celui de nos Bivalves d'eau douce ; mais il est plus volumineux , il a une forme ovale , et la quantité du blanc y est plus considérable, proportionnellement au jaune. Le jaune , grenu quand on le contemple à l'œil nu , ressemble à un petit point jaune. Lorsqu'il commence à se former et à se développer en embryon , ce qui arrive dès le quatrième jour, selon Carus , la sphère vitelline exécute , dans le plan vertical , des mouvemens de rotation autour de son axe , dont la cause n'est pas encore bien connue jusqu'à présent. En même temps le jaune et l'embryon grossissent aux dépens du blanc ; les grains du premier s'enflent , ils deviennent plus volumineux et vésiculeux. Mais , au bout de quelques jours , la torsion devient de plus en plus faible , et elle s'arrête tout-à-fait bien longtemps avant l'éclosion. La perforation du chorion a lieu entre le vingtième et le trentième jour après la ponte de l'œuf. Quelque jours après que l'œuf est sorti du corps de la mère, il se forme à la surface du jaune , suivant Baër, une lé{|ère tache, qui n'occupe qu'une très -petite étendue de cette sphère , fait un peu de saillie au dessus de sa surface , et se trouve placée, quand la torsion a commericé, non point dans l'axe de torsion , mais sur l'un de ses côtés. C'est le germe , ou la partie de laquelle procède la formation de l'embryon. Elle-même se convertit , dans les limites entre lesquelles elle se montre alors renfermée , en pied du Mollusque , dont le développement commence en conséquence par son côté ventral. Mais simultanément elle s'élargit de plus en plus , en dehors du pied , par assimilation de la substance plasti-

(1) Meclcel, Dentsches JrcMv , t. II, p. 557-568. ^

(2) f^on den aeussern Lebensbedingungen der weiss-wtd haltbluetiger Thierc , p. 52-70.

bÉVELOPPEMENT DES MOLLUSQUES. 'J'^

que du jaune , et représente ainsi de très-bonne heure une enveloppe annulaire et irrégulièrement {flobuleuse du jaune , la membrane proligère. Ensuite cette enveloppe, dont la partie qui devient le pied augmente toujours d'épaisseur, d'opacité et de longueur, et le jaune renfermé au dedans d'elle , acquièrent la configuration d'un corps réniforme , et le pied ou la partie la plus épaisse de la membrane proligère représente alors la plus petite courbure du tout , tandis que la plus grande correspond à la paroi dorsale du corps, c'est-àdire à la portion la plus mince de la membrane proligère. A cette époque encore l'embryon tourne autour d'un axe imaginaire qui le traverserait obliquement, en même temps qu'il exécute dans l'œuf un mouvement pour ainsi dire planétaire, c'est-à-dire qu'il décrit une ligne spirale revenant sur elle-même , ou une cycloïde. Swammerdam paraît avoir déjà vu ce mouvement. Après que le jaune et la paroi du corps , par conséquent l'embryon lui-même , ont pris la forme d'un bateau , ou plutôt d'un rein, on voit apparaître, à l'extrémité céphalique , pendant le cours du sixième ou du septième jour, les deux tentacules , à quelque distance derrière lesquels se prononcent une paire de languettes latérales , partant de la paroi du corps. Ces dernières parties sont étroites , longues et plates ; si l'on suppose l'embryon placé sur son pied , l'une de leurs faces est tournée en haut , et l'autre en bas ; elles appartiennent à la paroi du dos , et sont les bords latéralement saillans du manteau, duplicature de la paroi dorsale qui couvre une partie de la tête de l'animal en manière de capuchon. Quant au jaune , il se retire de plus en plus d'avant en arrière, devient plus grenu et plus vésiculeux dans la moitié postérieure de l'embryon que dans l'antérieure, et forme, dès le septième jour, immédiatement au devant de l'extrémité postérieure , un renflement médiocrement volumineux de la paroi dorsale. Suivant Baër, cette migration du jaune dépend vraisemblablement de ce qu'à cette époque il s'est déjà produit un canal intestinal , qui entoure le jaune d'une manière immédiate , et de ce que la moitié antérieure de ce canal , en grossissant et devenant l'estomac, se resserre^ avec force vers son axe , et chasse la portion du

78 développem;ent des mollusques.

jaune qu'il contient dans la moitié postérieure , qui est formée encore d'une paroi plus mince. Baër a observé de trèsbonne heure une limitation en l'orme d'enveloppe du jaune , consistant en substance à grains très-déliés , et annonçant devoir être le canal intestinal. Jusqu'à présent on ne sait pas encore bien comment ce canal se produit ; cependant l'analogie porte à présumer que la membrane proligère qui enveloppe le jaune se partage en deux feuillets , dont l'externe devient la paroi du corps , et l'interne le canal intestinal. Au neuvième jour, selon Carus , on aperçoit les yeux , puis le cœur, qui est déjà formé de deux sacs, une oreilletie et un ventricule , et qui se trouve logé au dessous de la paroi dorsale , à quelque dislance derrière îa tête. Au onzième ou douzième jour, la masse du jaune , qui a déjà subi une diminuiion considérable , repousse fortement la paroi dorsale en arrière et à droite , de sorte que cette paroi produit là , de concert avec une partie du jaune , une petite éminence qui fait une légère saillie au dessus du pied, en arrière et à droite. Au bout de quelque temps le sommet de cette éminence s'incline d'abord en avant , puis à gauche. C'est là le rudiment des circonvolutions qu'on aperçoit chez le Limnée adulte : car plus l'embryon avance en âge , plus cette éminence devient considérable , et plus aussi elle se contourne en spirale , de manière qu'à la fin de la vie embryonnaire elle décrit déjà quatre tours et demi (on en compte six à sept chez l'adulte ). Il est très-présumable que c'est principalement le canal intestinal qui détermine la torsion de la paroi du corps du Mollusque. En effet, la bouche et l'anus ne sont pas en face , mais sont près l'un de l'autre , et l'intestin forme une anse dont les contours s'étendent dans la coquille, jusqu'au bout presque de laquelle elle prolonge son sommet. Or cette anse est simple d'abord , c'est-à-dire tant qu'on n'aperçoit point encore de circonvolutions à l'extérieur de l'embryon -, mais dès qu'elle acquiert plus de longueur, elle se roule sur elle-même , pousse au devant d'elle , comme un sac herniaire , la paroi dorsale , qui est très-déhcate et mince, et la force de prendre part à l'enroulement. La coquille se forme au dessous de 1 "épidémie , dans le mucus de Malpighi ,

BivEtOPPEMENT DES MOIIUSQUES. 79

et son origine remonte à peu près au dixième ou onzième jour. Une fois l'embryon éclos, elle s'agrandit par fa sécrétion qu'une glande et le manteau accomplissent d'un suc calcaire , que le manteau dépose au bord de la coquille , là où se trouve l'ouverture de cette dernière. Baër assure qu'on ne découvre des vestiges de foie qu'à la fin de la vie emîiryvonnaii-e, mais Gariis en fait remonter l'origine bien plus haut. Nous ignorons encore comment cet organe se produit. Nous ne savons pas non plus si le fruit possède déjà des organes génitaux à l'époque de son éclosion.

3" Swammerdam a observé aussi des mouvemens rotatoires dans l'embryon de.lâPaludina, vivipara qui, du reste, au moment où il quitte l'œuf, a une coquille de quatre tours, garnie de plusieurs rangées de soies fines. Des mouvemens analogues ont été vus également sur les embryons de Succinea amphibia par Demortier (1) , sur ceux d'une espèce de Limace qui paraît être le Limax cinereus par Laurent (2) , et sur ceux à\x Planorbis corne» et du Limnœus palusùris par Jacquemin (3), de sorte qu'il paraît que les embryons de tous les Gastéropodes terrestres et d'eau douce tournent sur euxmêmes^ dans leur œuf, à une certaine époque de la vie.

4" Selon Jacquemin , peu de jours après la ponte de l'œuf du Planorbe ( vraisemblablement peu de temps après que la membrane proligère s'est formée, et qu'il s'est produit ainsi une sorte de bandelette claire au pourtourdu jaune, principalement sur l'une de ses deux moitiés), on commence à apercevoir, sur la bandelette d'une des moitiés, un tremblement ondulatoire , auquel succèdent ensuite des mouvemens de rotation. Deux jours plus tard environ il se manifeste , dans la substance du jaune , de faibles contractions , qui ont lieu en différentes directions; lorsque ce phénomène arrive, la simple rotation horizontale se convertit en une révolution du fruit dans une direction plus ou moins verticale , ce qui a pour résultat un déplacement de ce même fruit dans l'intérieur de

(1) Froriep , Notizen, t. XLV, p. 118.

(2) Annales des se. nat., seconde série , t. IV, p. 249.

(3) his , 1834 , p. 537.

8o DÉVELOPPEMENT DES MOLLUSQUES.

l'œuf, dont la durée ne va point au-delà de quelques jours. Lorsque le fruit s'est dégagé de ses enveloppes, on aperçoit Irès-distinctement , au bord de la cavité respiratoire, qui est largement ouverte, et le long des tentacules, un tremblotement qui détermine des courans d'eau réguliers vers les tentacules et l'ouverture des organes de la respiration. Ce tremblotement, qui s'observe aussi ^ selon Jacquemin, aux tentacules des individus adultes , et qui continue même des heures entières après la mort de l'animal, mais qui du reste a lieu déjà , quoique d'une manière moins évidente , dans les der niers temps de la vie embryonnaire , est sans nul doute déterminé par des cils , et rentre dans la catégorie des mouvemens appelés vibratoires. D'après ces observations, je serais tenté de croire que, dès l'époque à laquelle l'embryon des Gastéropodes exécute des mouvemens rotatoires , il est couvert , sur sa surface entière ou à peu près , de cils vibratoires, jusqu'à ce jour inaperçus, que ce sont ces cils qui déterminent la rotation , mais que , quand la coquille vient à se former et à couvrir la plus grande partie du corps , les cils cessent d'agir (la coquille en est encore couverte chez la Paludina vivipara qui vient de naître ) ou disparaissent tout-à-fait, et que de l'une ou de l'autre manière les mouve mens rotatoires ne peuvent plus continuer.

6° D'après les observations de Prévost (1) , les yeux sont proportionnellement plus gros dans l'embryon du Limnœus palustris que chez l'adulte , et l'on commence à distinguer le foie dès le dix-neuvième jour de la vie embryonnaire, époque à laquelle l'embryon rampe aussi sur le chorion à l'aide de son pied.

On prétend que la coquille des Succinea a d'abord la forme d'une Patelle , mais qu'elle présente peu à peu celles des coquilles de Testacelle , de Crépidule , à'Ancylus et de Capulus.

6° Held assure (2) que chez les nouveau - nés de la Clausilia ventricosa , Gastéropode vivipare , la tête est propor-

(4) Annales des se. n.it., t. XXX , p. 41. (2) Isis , 1834 , p. 1002.

DEVELOPPEMENT DÈS MOLLUSQUEiS. è 1

tîonnellement très-grosse encore, comme en général chez la plupart des Gastéropodes qui viennent de naître. La coquille ne présenie alors que trois tours ; mais , dans l'espace d'un mois, le nombre de ces derniers arrive fréquemment jusqu'à sept.

7° D'après les recherches que Pfeifer a faites sur les œufs de V Hélix pomatia, leur chorion se compose de deux couches, l'une extérieure et calcaire , l'autre intérieure , purement membraneuse et beaucoup plus mince; sa composition est donc la même que celle des œufs à coquille dure de vertébrés, par exemple d'Oiseaux et d'Ophidiens. Une membrane vitelline est très-distincte; elle tient au chorion par un mince cordon , presque insensible , qui traverse le blanc , de même que le jaune des Oiseaux est retenu en place par ses chalazes. Dès les premiers jours qui suivent la ponte des œufs, le jaune augmente beaucoup de volume, ses granulations se ramollissent beaucoup /et elles deviennent vésiculeuses : ce phénomène a lieu surtout dans la partie postérieure du fruit, qui se roule ensuite en spirale. Plus lard, la membrane vitelline devient trouble et opaque, en sorte que, dès le treizième jour , elle ne laisse plus apercevoir ce qu'elle contient; mais, au vingt- quatrième jour, elle crève, et se débarrasse peu à peu de son contenu, le fruit. Du trentième au trente-deuxième jour , celui-ci quitte ses enveloppes, qui lui servent alors de première nourriture. Les jeunes d'une même ponte varient beaucoup pour la taille , et conservent ' toujours cette différence , à complète parité même de nourriture et de genre de vie. A l'expiration de la vie embryonnaire, leur coquille décrit à peine un tour et demi ; mais le nombre des tours augmente ensuite rapidement en peu de mois, au bout de onze desquels la coquille a acquis son entier développement.

D. Céphalopodes.

§ 377 ***. Nous ne possédons encore qu'un petit nombre d'observations relatives au développement des Mollusques •Céphalopodes ; mais elles suffisent déjà pour nous apprendre ni. 6

que ce développement doit être fort remarquable sous plus d'un rapport.

1" D'après les remarques de Carus , le chorion des œufs de Seiche et de Calmar se compose, comme celui d'un grand nombre d'animaux vertébrés supérieurs, de deux feuillets, l'un externe, coriace, l'autre interne, membraneux et plus mince. Le jaune est proportionnellement irès-voluniineux. Un blanc libre se trouve entre lui et le chorion. La partie de Tœuf que Carus nomme Famnios n'est sans doute autre chose qu'une membrane vitelline ; car Guvier dit expressément que l'amnios manque aux Céphalopodes. Dans l'origine, la tête et surtout les yeux ont, d'après Cuvier , un volume excessif, eu égard au tronc ; cependant la proportion qui doit régner entre ces deux parties du corps s'établit dès avant la fin de la vie embryonnaire. En général, l'embryon prend déjà dans l'œuf une forme qui se rapproche beaucoup de celle des parens , et il paraît aussi posséder , au moment de l'éclosion, tous les organes qui appartiennent à son espèce. Parmi les organes internes, on trouve chez lui une bourse du noir, des branchies, l'estomac, l'intésiin et la pièce qui soutient le dos. Au rapport de Cuvier, cette dernière présente déjà quatre couches dans la Seiche. D'après Coldstream (1), l'embryon de la Sepia o^cinalis exécuterait même déjà des mouvemens respiratoires. Une des particularités les plus remarquables est celle qui tient à la situation du jaune et à ses connexions avec l'embryon. Chez les autres Mollusques , à l'exception peutêtre des Biphores, ou ne voit pas une portion de la paroi du corps forfner un sac herniaire ( sac ombilical ) uniquement destiné à loger le jaune, et l'embryon reçoit ce dernier duns la cavité même de son corps ; peut-être même qu'une portion de leur canal intestinal admet le jaune dans son intérieur, de manière que , chez eux , il n'y aurait pas même de sac vilellin spécial , placé dans la cavité du corps. Chez les Céphalopodes, au contraire, il se produit, pour recevoir le jaune, un appendice particulier du canal intestinal, un sac vitellin, qui se place hors de la cavité du corps , à peu près comme chez

(i) froriep, Notizen, t. XXXIX, p. 6.

les Oiseaux. Quant à savoir si la paroi de cette cavité développe encore, pour enfermer le sac vitellin, un appendice spécial constitué comme un sac lierniaire , les recherches des observateurs ne nous apprennent rien sur ce sujet; mais il semble que les choses se passent réellement ainsi , puisque les embryons des Seiches manquent d'amnios. Mais, chez d'autres animaux , qui possèdent un sac vitellin proprement dit, ce sac tient toujours, derrière la tête, au canal intestinal, spécialement à l'intestin grêle, au lieu que, chez les Seiches , ce serait , suivant Cavolini et Carus , avec la bouché elle-même qu'il aurait des connexions , de sorte qu'il se continuerait immédiatement avec le commencement du pharynx. Cuvier est cependant entré dans de grands détails pour faire voir qu'il n'existe point de pareille connexion , et qu'il part seulement du sac vitellin un Canal qui pénètre dans la tête, au dessous et au devant de l'orilice buccal , entre les deux tentacules , traverse la cavité circonscrite par le cartilage annulaire de la tête, en passant au dessous du pharynx et de la partie antérieure de l'œsophage , suit pendant quelque temps une marche parallèle à celle de ce dernier, d'avant en arrière, puis s'abouche dans l'œsophage, derrière le cartilage céphalique. Vers la fin de la vie embryonnaire, le jaune augmente considérablement de volume et de masse , et il est probable que les derniers débris du sac vitellin disparaissent totalement avant que le fruit quitte ses enveloppes. Carus et Cuvier disent que le reste du jaune passe, par le conduit toujours béant du canal vitellin , dans l'œsophage et de là dans l'estomac , pour y être digéré ; on peut élever des doutes contre la réalité de ce phénomène, en se fondant sur les observations qui ont été faites chez les animaux vertébrés.

2° On a pensé pendant long-temps que la coquille dans laquelle on trouve \ Argonauta argo , appartenait non point à cet animai lui-même , mais à un autre animal , et qu'elle ne lui servait que d'habitation. Mais l'examen des œufs de l'Argonaute a démontré suffisamment que l'embryon à maturité possède déjà une coquille semblable, que par conséquent il la produit lui-même , et qu'elle lui appartient en propre.

84 DièvELOPPEMENT DES ANNÉLIDES.

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