IV. Annélides
§ 377 ****. I, La' Sanfjsiie ne pond vraisemblablement qu'ua seul œuf à la fois. Suivant Weber (1), à qui nous devons l'histoire de cet animal, son œuf est ovale , et long de neuf à onze lignes; il est formé d'un chorion corné , épais, spongieux, tapissé d'une membrane lisse à sa face interne, d'un albumen liquide et brun , et de plusieurs jaunes , dont le nombre varie depuis deux jusqu'à dix. Les jaunes sont extrêmement petits, lenticulaires et jaunâtres ; ils ont depuis un vingt-quatrième jusqu'à un dix-neuvième de pouce de diamètre transversal, et résultent d'une agrégation ..de très-petits grains. Weber ne les regarde pas comme des jaunes , mais comme des germes destinés à le devenir plus tard. Cette hypothèse est contraire à toute analogie : d'ailleurs R. Wagner a remarqué des jaunes et des vésicules proligères dans l'œuf des Sangsues. Suivant mon opinion, ces disques lenticulaires sont composf's , du moins pendant quelque temps après la ponte , d'un jaune et d'un germe formant autour du jaune un sac gélatineux mince et clos de toutes parts. Peu à peu il apparaît sur l'un des points du boid de ce disque une petite élévation , dans laquelle se produit une cavité infundibuliforme , qui va en se rétrécissant vers le centre du disque , mais qui cepf^ndunt paraît traverser seulement la memlirane proligcre et s'étendre jusqu'au jaune. La paroi de restomac exécute ensuite de temps en temps des mouvemens de déglutition , et il n'est pas invraisemblable qu'elle absorbe du blanc, d'autant plus que la membrane proligère et le jaune augmentent notablement de volume en peu de temps. Outre ce mouvement, on en remarque encore un autre qui parcourt onduleusement le))ord entier du disque lenticulaire, dont les divers point alternativement reviennent vers le centre du disque , puis se dilatent, double phénomène que tous , en allant de droite à gauche , présentent successivement. Il est probable que ce dernier mouvement est accompli, comme le premier, par la membrane proligère seule, et que le jaune, qui acquiert peu à peu la
(1) Meckel, Archiv fuer Anatomie , 182S|, p. 3G6.
teinte brune , s'y comporte d'une manière purement passive, Le disque va toujours en augmentant de volume aux dépens du blanc , qi'i lui-même s'épaissit peu à peu , et il prend en même t'-mps la forme d'un haricot ; mais l'entonnoir vient à se placer, dans le voisinage de l'un des bouts, au bord concave de ce corps réniforme , et, se développe d'une manière de plus en plus sensible en ouverture buccale de la Sangsue , c'est-à-dire en une véritable ventouse blanchâtre et à parois épaisses. Ce suçoir continue toujours d'exécuter des mouvemens de déglutition , car il se dilate et se resserre alternativement. Plus tard que lui , sur le même côté du corps , et derrière lui , se développe un épaississement médiocre de la membrane proligère, qui représente une étroite bandelette blanchâtre , s'élendant à peu près depuis la ventouse jusqu'au milieu de la longueur de l'embryon. C'est la future paroi ventrale de la Sangsue : car, peu de temps après que cette bandelette a paru , on commence aussi à apercevoir en elle une série de ganglions et de filets de communication placés à la suite les uns des autres (moelle ventrale , parties centrales du système nerveux ). Il paraît que la moelle ventrale se forme dans toute sa longueur à la fois. La membrane proligère continue ensuite d'acquérir plus d'épaisseur dans tous les sens, à partir de la paroi ventrale , jusqu'à ce qu'enfin, au bout de quelque temps, cette membrane entière ne laisse plus apercevoir que faiblement le jaune à travers son épaisseur. Dans le môme temps, l'embryon croît plus en longueur qu'en largeur , et devient par conséquent vermiforme ; la ventouse orale se place à l'une des extrémités du corps, tandis qu'à l'autre extrémité s'en forme une seconde, celle de la queue. Enfin , à la même époque , vraisemblablement même un peu plus tôt , la membrane proligère se divise , suivant toute apparence , en deux feuillets différens , qui ne conservent ,de connexions ensemble que sur un petit nombre de points : ces deux couches sont le feuillet muqueux et le feuillet séreux , ou la paroi du corps et la base des viscères plastiques (ici, du canal intestinal seulement).
Le feuillet muqueux devient œsophage, estomac et intestin , en s'épaississant , se rétrécissant et se resserrant sur di -
vers points, transformation pendant laquelle le jaune disparaît peu à peu. Dans le feuillet séreux, et spécialement dans chacune de ses moitiés latérales , il se produit, par fluidification de substance, une série de petites cavités , qui , à ce qu'il paraît, sont d'abord closes de toutes parts, mais s'ouvrent plus tard à l'extérieur ( vésicules respiratoires et muqueuses). La fluidilicalion du feuillet séreux donne aussi naissance aux vaisseaux sanguins, qui n'apparaissent que sur la fin de la vie embryonnaire. La moelle ventrale appartient également à ce feuillet. L'anus se développe très-tard , et immédiatement au dessus de la ventouse caudale. La segmentation du corps ne devient non plus visible à l'extérieur que fort tard. Il n'a pu être recueilli d'observations satisfaisantes sur l'origine et le développement des parties génitales. Six semaines après que le blanc a été complètement consommé, et quand il ne reste presque rien non plus du jaune, l'embryon quitte l'œuf; à cette époque , il est encore d'un blanc de lait.
IL 11 résulte des observations de Morren (1) que les ovaires du Lombric terrestre épanchent leur contenu dans la cavité abdominale , en se crevant , et que ces produits cheminent ensuite jusqu'à l'extrémité de la cavité, pour pouvoir arriver au dehors à travers deux ouvertures situées en cet endroit, près de l'anus.
2° Mais les produits des ovaires sont composés, en partie d'œufs libres , dans chacun desquels il ne se forme qu'un seul embryon , en partie de masses d'œufs {corpora fœtifera)^ qui grossissent beaucoup hors des ovaires , dans le corps maternel , et dans lesquelles les œufs sont retenus tant par une substance gélatineuse noirâtre ou jaune , que par une enveloppe close de toutes parts,
2° Après que les masses d'œufs ont séjourné pendant quelque temps dans la partie la plus postérieure du corps , leur enveloppe disparaît. Quant aux œufs isolés , qui vont toujours en grossissant, il arrive une certaine époque où l'embryon s'y montre sous la forme d'un filament noir et enroulé.
(1) De lumlrici terrestris historia naturali necnon anatomia tractatus, p. 195 204.
Après qu'il a quitté l'œuf, on le trouve un peu plus tard dans une gaine membraneuse, cylindrique, droite ou Irès-peu recourbée, comme un Insecte dans sa membrane clirysalidaire. EnHn celte {jaîne s'ouvre , et alors seulement le jeune animai quitte le corps de sa mère.
3° Les œufs qui sortent isolément des ovaires sont ou couvés dans le corps maternel , ou pondus dans la terre , avant que la formation du fruit ait commencé en eux. Il paraît que le premier de ces deux phénomènes a lieu pendant les mois chauds, et l'autre vers la fin de l'automne. Dans le premier cas, la membrane testacée demeure molle ; dans l'autre (I) , elle s'endurcit, représente une capsule cornée autour des œufs qu'on tire de la terre , et se partage en deux moitiés, au moment de l'éclosion. Morren ne nous fait pas connaître si l'embryon acquiert également une membrane chrysalidan-e après qu'il est éclos.
4" La ceinture ( clitellum ) qui caractérise le Ver de terré se remarque déjà chez les jeunes , très-peu de temps après qu'ils ont quitté l'œuf. Ces petits animaux sont déjà pourvus d'un très-grand nombre de soies.