‹ Traité physiologie considérée comme science d'observationChapitre 70 sur 78 · I. Organes urinaires · texte numérisé non relu

I. Organes urinaires

A. Reins.

§ 451. ( 1° Nous avons d'abord à étudier l'origine de ces organes.

Chez les Poissons, ils naissent sous la forme d'une lame, en apparence impaire, d'épaisseur médiocre, qui, placée immédiatement au dessous du rachis, occupe la longueur et la largeur entières de la cavité du tronc , et se compose de masse organique primordiale. En général, cette lame a une largeur et une épaisseur presque égales partout , si ce n'est en devant et en arrière , où elle est un peu plus mince et plus étroite. Mais , dans la Blennie , et , probablement aussi chez tous les Poissons qui ont des dents pharyngiennes et de puissans muscles s'étendant de là fort loin en arrière , sa partie antérieure est, dès l'origine , plus large que le reste , et divisée , par une courte scissure longitudinale , en deux petits lobes latéraux , que ces mêmes muscles tiennent écartés l'un de l'autre.

Chez les Grenouilles, il se développent quelque temps après réclosion , mais bien avant les organes sexuels , à une grande distance derrière les corps de Wolff. Ils sont dès l'origine peu éloignés l'un de l'autre, représentent primordialement deux' corps irès-minces , presque filiformes , d'une longueur médiocre, qui s'étendent d'avant en arrière, immédiatement au dessous de la paroi dorsale du corps, mais n'atteignent ce-^ pendant ni jusqu'à l'extrémité antérieure , ni jusqu'à l'extre-^ mité postérieure de la cavité de ce même corps. "

Chez les autres animaux vertébrés supérieurs , on les voit ' paraître à peu près en même temps que les organes sexuels^ internes. Ils se forment aux deux côtés de l'aorte, entre les^ corps de Wolff et la paroi dorsale du corps , sans cependant^ qu'on puisse les considérer comme des parties détachées ou de la paroi dorsale ou des faux reins. Chez lotis ces animaux, '

ils naissent dans la moitié postérieure de la cavité du tronc ; chez les Mammifères , quoique situés , dans l'origine , immédiatement au devant du bassin, ils sont cependant plus éloignés de l'extrémité postérieure de la cavité du corps, que chez tous les autres. Mais, plus l'embryon devient âgé , plus ils s'éloignent de cette extrémité , et les Mammifères sont les animaux chez lesquels ils s'en écartent le plus. Les Sauriens font exception à cette règle.

2» Sous leur forme primordiale , ils ressemblent , chez les Poissons , les Batraciens , les Ophidiens , les Sauriens et les Oiseaux , aux corps de Wolff des animaux vertébrés supérîèurs. En effet , ils représentent deux corps étroits , la plupart du temps aplatis , et d'une longueur relative plus ou moins considérable, le long desquels se forme le conduit excréteur, l'uretère, qui en parcourt tantôt le bord le plus long , tantôt le côté ioférieiM'; d'un autre côté, il se produit , dans le blastème qui seul d'abord les constitue , une multitude de petits sacs placés en travers, et communiquant avec le canal, qui, par les progrès du développement , se métamorphosent en conduits, lesquels à leur tour se ramifient la plupart du temps, et deviennent ainsi les vaisseaux urinifères.

Chez les Mammifères, au contraire, mais probablement toutefois en exceptant les Cétacés, ils apparaissent d'abord sous la forme de deux petits corps arrondis , et, peu de temps après leur manifestation , ils ont beaucoup de ressemblance avec les faux reins des Grenouilles. Effectivement ils se composent de quelques petits sacs oblongs, liés ensemble par beaucoup de blastème , qui convergent tous vers un même côté (le hile futur), et s'y continuent avec l'uretère. Mais peu à peu le rèin devient plus long , et il prend en même temps la forme d'un haricot , attendu que son côté interne s'allonge davantage que l'externe. Dans le même temps , le nombre des pelils sacs augmente ; ceux-ci acquièrent aussi plus de longueur, se convertissent par là en vaisseaux urinifères, et, poussant des branches latérales , ils se ramifient plus ou moins suivant les espèces ; du reste, le tronc et les branches paraissent d'autant plus épais , en proportion de leur longueur, qu'ils sont plus rapprochés de leur origine. Pendant

DÉVELOPPEMENT DU SYSTÈME URO-GÉNITAt.

un certain laps de temps on ne remarque point , chez aucun Mammifère , de différence entre la substance corticale et la tubuleuse. Lorsque cette distinction se prononce , c'est parce qu'une portion plus ou moins considérable des vaisseaux urinifères a acquis avec le temps des flexuosités et des circonvolutions , le reste demeurant étendu en li{jne droite , et que les vaisseaux se ramifient davantage entre les portions flexueuses et entortillées qu'entre celles qui sont droites. Ce n'est également, chez certains Mammifères, que long-temps après la formation des reins qu'on aperçoit dans ces glandes les pyramides de Malpighi ; elles résultent de ce que les portions demeurées étendues des vaisseaux urinifères se groupent en faisceaux.

3" La surface des reins commence toujours par être entièrement lisse. Si dans la suite on la trouve inégale et présentant l'aspect qu'elle aurait dans le cas où elle serait composée de plusieurs pièces soudées ensemble , ce qui a lieu tantôt plus tôt et tantôt plus lard , selon les animaux , la raison en est que plusieurs vaisseaux urinifères , ou aussi les diverses branches de quelques uns de ces vaisseaux, se sont groupés en faisceaux, et se sont, par accroissement, élevés davantage vers la surface du rein , tandis que le tissu cellulaire , ou le blastème primordial, ne s'est point accumulé, en assez grande quantité, entre ces faisceaux et du côté de la superficie, pour remplir complètement les intervalles qu'ils laissent entre eux. Chez certains animaux, cette apparence lobuleuse s'efface plus tard ; tels sont particulièrement le Crocodile , les Ruminanset le Cochon; l'homme est aussi dans le même cas. Ce phénomène dépend en partie de l'accroissement de la substance celluleuse entre les faisceaux, en partie aussi de sa condensation dans le rein entier , mais principalement de ce que les vaisseaux urinifères s'allongent et remplissent ainsi les interstices.

4° Chez les Poissons et les Grenouilles, il naît des branches spéciales de vaisseaux sanguins pour les reins. Chez les autres animaux vertébrés , au contraire , les vaisseaux sanguins des reins sont , du moins dans la règle , des branches subor- <ionnée3 des artères et des veines primordialemeht destinées

DÉVELOPPEMENT DU SYSTEMS WRO-GÉNITAI. ByS aux corps de Wolff : car, bien que ces corps disparaissent avec le temps , il n'en resto pas moins quelques unes de leurs ramifications vasculaires pour les reins , et ces ramifications "'appartiennent plus ensuite qu'à ces organes. C'est ce qui a lieu , en particulier , pour les branches au moye» desquelles les reins communiquent plus tard immédiatement avec l'aorte et avec la veine cave. Chez les Mammifères surtout, le tronq des veines'rénales est le résidu de l'antérieure des deux veines qui , à une époque antérieure de la vie embryonnaire , appartenaient aux corps de Wolff. Mais les veines dites rénales adtèhentes^ chez les Ophidiens et les Sauriens, sont des débris des veines cardinales qui marchaient primordialement sur les corps de Wolff, et qui peu à peu se sont mises aussi en communication avec les reins par des branches latérales.

5» De même que dans les corps de Wolff, de même aussi dans les reins d'un grand nombre d'animaux vertébrés , de tous peut-être, il se forme de petites glandes sanguines , appelées corps de Malpighi , qui tiennent aux branches terminales des artères rénales, et qui ressemblent à de petits paquets vasculaires. Ces glandes se développent de très-bonne heure déjà; leur nombre augmente considérablement, et elles se trouvent non pas seulement à la surface , comme dans les corps de Wolff, mais encore dans la profondeur du tissu.

B. Uretères.

II. Les uretères ne sont point des hernies extérieures du canal intestinal ; j'ai reconnu , chez les Poissons , les Batraciens et les Mammifères , ce qui a été constaté également depuis par MuUer et par Valeniin (1) , chez les Mammifères , qu'ils se développent à partir des reins , que par conséquent ils vont , en croissant , à la rencontre de leur futur point d'insertion. On les trouve quelquefois , chez des monstruosités humaines , terminés en cul-de-sac à leur partie inférieure, et n'atteignant pointla vessie (2), ce qui annonce, d'un côté, que

M) EntwichelurKjsijeschichte des Mcnschen, p. 408. (2) Tiedemann , Anatomie dor kopflosen Missyeburtcn, p. 78. — Isid, Geoffroy Saint-llilaire, Ilist. des anomalies de l'organisation, 1. 1, p. 497.

la vessie et les uretères ont une ori{ïine différente , d'un autre côté aussi, que ceux-ci s'allongent pour aller gagner celle-là. Chez ceux des animaux vertébrés dont les reins ont une forme très-allongée , les uretères se forment dans toute ou du moins dans presqut toute la longueur de ces organes. Mais, chez la plupart des Mammifères , dont chaque rein représente, dans le principe , une masse arrondie , l'uretère ne naît presque que d'un seul point de la surface de la glande. Sur ce point précisément , dans toute l'étendue de ses connexions avec le rein , il ne tarde pas non plus à s'élargir considérablement, chez la plupart des Mammifères , et à produire par là le bassinet. Proportionnellement au rein, celui-ci est d'abord beaucoup plus ample qu'il ne le sera dans des temps plus avancés ; mais, en revanche , il commence par êiretoul-à-fait simple , et c'est seulement un peu plus tard que , chez l'homme et chez quelques Mammifères , les calices se produisent, par l'allongement de plusieurs points de son étendue, ce qui le fait paraître , pour ainsi dire , branchu. D'après Valentin (1) , les uretères, comme les vaisseaux urinifères, naissent de la manière suivante : leur forme extérieure et leurs contours sont déjà indiqués dans la masse primordiale ; mais plus tard leur intérieur se liquéfie , tandis que leurs parois acquièrent plus de densité. Dn reste , comme l'a également fait voir Valentin , les cavités des vaisseaux urinifères et des uretères se produisent indépendamment les unes des autres.

B. Vessie urinaire.

III. La vessie urinaire provient, chez les Poissons, de ce que le canal impair formé par la réunion des deux uretères se dilate , immédiatement au devant de son embouchure derrière l'anus, sur un seul point, ou parfois aussi sur deux points situés vis-à-vis l'un de l'autre. Elle est donc, chez ces animaux , un produit de ce canal , et, relativement à son origine , elle appartient au système urinaire. Au contraire , chez tous les autres animaux vertébrés qui sont pourvus d'une

(1) Loc, oit,, p. 411. ;

DÉVELOPPEMENT DU SYSTÈME URO-GÉNITAL. Sy-)

vessie urinaire , cet organe naît immédiatement de la partie la plus postériem'C du canal intestinal , dont la paroi inférieure se creuse^ sur un petit point de son étendue , en manière de sac, qui va toujours en augmentant de capacité. Chez les Batraciens , qui sont ceux chez lesquels ce produit du canal intestinal a le moins d'ampleur relative , et ne peut point non plus sortir en partie de la cavité ventrale, parce que ces animaux manquent d'ouverture ombilicale , il demeure constamment tout entier dans le ventre , conserve aussi toujours sa pleine intégrité , et représente ia vessie urinaire par toute sa capacité. Chez les autres vertébrés, la plus grande partie de cette production sort de la cavité abdominale par l'ouverture ombilicale , et représente d'abord l'allantoide. Mais celle-ci meurt peu de temps avant l'éclosion , soit en totalité , comme chez la Couleuvre et les Oiseaux , soit seulement dans sa partie située^ au dehors du corps. Dans ce dernier cas, la portion qui long-temps déjà auparavant se trouvait dans l'intérieur de la cavité abdominale, et qui d'abord constituait un étroit et court pédicule pour l'allantoïde , augmente d'ampleur, acquiert plus d'épaisseur dans ses parois , et devient ainsi tant la vessie urinaire que l'ouraque. II résulte donc de cette exposition que, chez tous les animaux supérieurs aux Poissons qui possèdent une vessie , celle-ci s'ouvre d'abord dans l'intestin. Or cet état de choses persiste chez les Reptiles et rOrnithorbynque , tandis que, chez presque tous les Mammifères, la partie postérieure de l'intestin , depuis l'anus jusqu'immédiatement au devant de l'embouchure du pédicule de l'allantoïde, se partage en deux moitiés, l'uné supérieure, maintenant unique issue de l'intestin , l'autre inférieure , par laquelle les organes urinaires et génitaux transmettent leurs produits au dehors. Cette dernière représente alors un canal spécial , que Muller appelle sinus urogenitalis , et Valentin canalis uro-genitalis , sur le compte duquel nous reviendrons encore (§ 45.'i, 2° ) plus loin) (1). On trouve quelquefois, dans les monstruosités humaines, un

(1) Addition de Rallilie.

S'jS DKVELOPPEMENT DU SYSTEME URO-GÉNITAL.

cloaque (1) , 'qui est un débris anormal de h formation primordiale.

De l'exposition précédente il résulte que l'urètre a dès rori{)ine un orifice ouvert. On peut aussi s'en convaincre en poussant de l'air dans l'allantoide de très-jeunes embryons de Mammifères; cet aii- sort toujours avec facilité par l'urètre. Du reste , même chez l'embryon humain , l'orifice de l'urètre est pendant quelque temps situé immédiatement au devant de l'anus. Le canal est fort long , proportion gardée , chez l'embryon , parce que la vessie se trouve située au dessus du bassin. Cette dernière est la portion de l'allanioïde comprise entre l'urètre et l'ouraque ; elle devient permanente, parce que son feuillet muqueux et son feuillet vasculaire conservent leur activité vitale. Elle est donc originairement une production de l'intestin , et indépendante du système urinaire : aussi arrive-t-il quelquefois de la rencontrer chez les monstres privés de reins, et de la voir manquer, au contraire, dans d'autres cas où les reins existent (2). Meckel (3) l'a vue, chez un embryon de sept semaines , figurant un petit bouton ovale au dessus de la vulve. Pendant la neuvième semaine , elle est longue et cylindrique , et si plus tard elle s'arrondit, cependant elle demeure plus allongée que chez l'adulte : on la trouve à la partie supérieure du bassin , presque entièrement revêtue , comme l'intestin., par le péritoine.

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