CHAP. II. — DU DROIT >ATIREL
de la multitude, on a coutume de l’appeler Gouvernement [Imperium) ‘ . Et celui-là tient absolument l’empire, qui, duconsentement commun, ale soin de la République, à savoir : celui d’établir les lois, de les interpréter et de les abolir, de fortifier les villes, de décider de la guerre et de la paix, etc. Que si ce soin appartient à une Assemblée, composée de la multitude commune, alors le gouvernement s’appelle Démocratie; si, à quelques hommes seulement choisis, Aristocratie', et si, enfin, le soin de la Chose publique, et conséquemment le gouvernement est entre les mains d’un seul, alors on le nomme Monafchie.
§ XVIll. D’après ce que nous avons montré dans ce Chapitre, il est évident pour nous que, dans l’état de nature, il n’y a pas de péché, ou, si quelqu’un pèche, c’est contre lui, et non contre autrui qu’il
• Nous prenons, d’après Spinoza, le mot Imperium, tantôt au sens de Pouvoir, tantôt au sens de Gouvernement, et tantôt enfin au sens à’ Empire, pour désigner seulement une certaine étendue de territoire quelconque, où les habitants forment une Société civile, sans y attacher, toutefois, les mêmes idées qu’éveille de nos jours cette expression , qui semble inséparable d’un Chef suprême et unique, portant le nom d’Empereur. De même aussi, le mot de République est pris dans une tout autre acception que celle qu’on lui attribue d’habitude. Il signifie, comme l’explique plus loin Spinoza, les affaires communes d’un Empire quel qu’il soit, la Chose publique de l’ État. Le sens que nous lui appliquons dans le langage moderne, est rendu ici par le terme de Démocratie.
THAITÉ POLITIQUE.
pèche ; puisque personne, par le Droit de la nature, n’est tenu, à moins qu’il noie veuille, de vivre à la mode d’autrui, et d’avoir pour bon ou pour mauvais, que ce que lui-même décide, d’après son caractère, être bon ou mauvais ; et que rien absolument n’est défendu, par le Droit delà nature, que ce que personne ne peut. [VorjezArt.^.et%.deceChap.)Ov\Q péché est une action qui ne peut être faite à bon droit. Que si les hommes étaient tenus, par l’institut de la nature, d’être conduits par la raison, alors tous nécessairement seraient conduits par la raison. Car les Instituts de la nature sont les Instituts de Dieu, Qoflrr les Art. 2. e/3, de ce CAq/?.) que Dieu a établis avec la même liberté qu’il existe, qui, par conséquent, s’ensuivent de la nécessité de la nature divine, (uoyez Art.l. de ce Chap.) et conséquemment sont éternels, et ne peuvent être violés. Mais les hommes sont conduits surtout par l’appétit, sans raison, et cependant ils ne troublent pas l’ordre de la nature, mais ils le suivent nécessairement: et, par conséquent, l’homme ignorant et d’une âme impuissante n’est pas plus tenu, par le Droit de la nature, de régler sagement sa vie, qu’un malade n’est tenu d’être dans un Corps sain.
§ XIX. Ainsi donc le péché ne se peut concevoir que dans un Gouvernement, où ce qui est bien, et ce qui est mal, est décidé par le droit commun de tout
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l’empire, etoù personne [par V Art. 16. de ce Chap.) ne fait rien à bon droit, que ce qu’il exécute d’après le décret ou le consentement commun. Cela est péché., en effet, [comme-nom l’avons dit dans l’Art, précéd.) qui ne peut être fait à bon droit, ou qui est défendu par la loi ; mais \' obéissance, c’est la constante volonté d’exécuter ce qui est bien, d’après la loi, et qui doit être fait de par le décret commun ‘.
§ XX. Nous avons coutume, cependant, d’appeler encore péché, ce qui se fait contre le dictamen de la saine raison, et, obéissance, la constante volonté de modérer ses appétits d’après les })rescriptions de la raison: ce que j’approuverais complétenaent, si la liberté humaine consistait dans la licence de l’aj)pétit,etla servitude dans l’empire de la raison. Mais, comme la liberté humaine est d’autant plus grande, que rbomrne se peut conduire davantage par la raison, et modérer ses appétits, ce n’est donc que d’une manière fort impropre que nous pouvons appeler obéissance, une vie raisonnable, ei, péché, ce qui est réellement impuissance de l’Ame : car la licence n’est pas opposée à elle-même, et quelque chose par quoi l’homme puisse être appelé esclave, plutôt que libre. Voyez Art. 7. et de ce Chap.
§ XXL Mais, parce que la raison nous enseigne à pratiquer la piété, et à être d’un esprit tranquille et
* Éthique, Part. IV, Schol. 2 de la Prop. ucxvii.
honnête, ce qui ne se peut faire que dans un gouvernement : et, de plus, parce qu’il ne se peut pas faire que la multitude soit conduite comme par une seule âme, comme cela est nécessaire dans un gouvernement, que si elle a des droits institués d’après les prescriptions de la raison ; ce n’est donc pas d’une manière si impropre que les hommes, accoutumés à vivre sous un gouvernement, appellent péchés ce qui se fait contre le dictamen de la raison, puisque les droits d’un excellent gouvernement {voy.Art. 1 8. cfe ce C'Aajp.) doivent être institués d’après le dictamen de la raison. Maintenant, pourquoi ai-je dit [Art. 18. de ce Ckap.) que si l’homme pèche dans l’état de nature, c’est contre lui qu’il pèche, voyez à ce sujet Chap. IV, Art. 4. et 5., oui’ on montre dans quel sens nous "pouvons dire que celui qui tient l’empire, et est maître par le Droit de la nature, est astreint aux lois, et peut pécher.
§ XXII. Pour ce qui regarde la Religion, il est certain aussi que l’homme est d’autant plus libre, et d’autant plus soumis à lui-même, qu’il aime Dieu davantage, et l’honore d’un cœur plus pur. Et tant que nous faisons attention, non pas à l’ordre de la nature que nous ignorons , mais aux seuls dictamens de la raison qui concernent la Religion; et, en même temps, tant que nous considérons que ces dictamens nous ont été révélés par Dieu, comme