DU DROIT DES SOUVERAINS POUVOIRS
§ 1, T ÉTAT d’un empire quel qu’il soit se nom- Li me éüit Civil : le corps entier de l’empire s’appelle V État ; et les affaires communes de l’empire, qui dé[tcndentde la direction de celui qui tient le pouvoir, République. Nous appelons ensuite les hommes, citnifens, en tant qu’ils jouissent, par le droit civil, de tous les avantages de l’Etat, et, sujets, en tant qu’ils sont tenus d’obéir aux institutions ou aux lois de l’Etat. Enfin, avons-nous dit, en l’Art. 1 7,
du Chap. précédent, il y a trois genres d’état Civil, à
savoir ; l’Etat Démocratique, l’Etat Aristocratique, et l’Etat Monarchique. Mais, avant de commencera traiter séparément de chacun d’eux, je démontrerai, auparavant, les projiriétés qui appartiennent à l’état civil en général ; parmi lesquelles vient en première ligne la considération du droit suprême de l’Etat, ou des souverains Pouvoirs.
§11. Par l’Art. IS.duprécéd.Chap., il est évident que le Droit du gouvernement, ou des souverains Pouvoirs, n’est rien que le Droit lui-même de la nature, lequel est déterminé, non pas, à la vérité, par
la puissance de chaque indi\idu ; mais par la puissance de la multitude, qui est conduite comme par une seule âme : c’est-à-dire que, de même que chaque individu dans l’état de nature, de même aussi le • • corps et Tâme de l’empire tout entier ont autant de droit qu’ils valent par la puissance ; et, par conséquent, chaque citoyen ou sujet a d’autant moins de droit, que l’Etit lui-même est plus puissant que lui, [voy. Art. 16. duprécéd. Chdp.) et conséquemment chaque citoyen ne fait rien à bon droit, et n’a rien que ce qu’il peut défendre ’ d’après le décret commun de l’Etat.
§ III. Si l’Etat accorde à quelqu’un le Droit, et , conséquemment le pouvoir, (car autrement par j l’Art. 12. du précéd. Chap. il n’a donné que des paroles) de vivre à sa guise, par cela même il cède de son proprè droit, et il le transfère à celui à qui il a donné un tel pouvoir. Mais si c’est à deux , ou à un plus grand nombre d’individus qu’il a donné ce pou- ' voir, à savoir, que chacun vive à sa guise, par cela même il a divisé l’empire ; et si, enfln, c’est à cha- \ que citoyen qu’il a donné ce même pouvoir, par i cela même il s’est détruit lui-même, et il ne reste plus d’Etat; mais tou tes choses reviennent à l’état de nature : toutes propositions qui, par ce qui précède, deviennent de la dernière évidence. Il suit de là,
’ Revendiquer.