‹ Traité politique de B. De SpinozaChapitre 32 sur 50 · EXTRAIT DU CIIAP. XVI DU TRAITÉ THÉOL. POLIT · texte numérisé non relu

EXTRAIT DU CIIAP. XVI DU TRAITÉ THÉOL. POLIT

ment de ceci, lorsqu’ils lui ont transféré tout leur propre pouvoir de se défendre, c’est-à-dire tout leur propre droit. Car, s’ils se voulaient réserver quelque chose, ils auraient dû en même temps prendre les précautions nécessaires pour pouvoir défendre* sûrement cette chose. Or, comme ils ne l’ont pas fait, et qu’ils ne le pouvaient pas faire sans diviser, et conséquemment sans détruire l’empire, par cela même ils se sont soumis absolument à l’arhitre du souverain pouvoir. S’étant donc soumis absolument, et contraints par la nécessité, comme nous l’avons déjà montré, et conseillés par la raison elle-même, il suit de là que, à moins que de vouloir être les ennemis du gouvernement, et d’agir contre la raison, qui conseille de défendre le gouvernement de toutes ses forces , nous sommes tenus d’exécuter tous les ordres absolument du souverain pouvoir, encore qu’il commande les plus absurdes ; cîir la raison nous ordonne d’exécuter de tels ordres , afin que, de deux maux, nous choisissions le moindre. Ajoutez à cela (jue ce danger de se soumettre absolument à l’empire et à l’arbitre d’un autre, chacun le pouvait facilement courir. En effet, comme nous l’avons montré, ce droit de commander tout ce qu’ils veulent n’appartient aux souverains pouvoirs, qu’aussi long-temps (pi’ils ont réellement le souverain pouvoir, üuc s’ils l’ont jierdu, ils perdent

aussi, en même temps, le droit de commander toutes choses^t ce droit tombe entre les mains de celui ou de ceux qui l’ont acquis, et le peuvent retenir. C’est pour ce motif qu’il peut arriver fort rarement que «les souverains pouvoirs commandent les choses les plus absurdes ; car c’est à eux surtout qu’il incombe, pour pourvoir à eux-mêmes et pour retenir l’empire, de veiller au bien commun, et de diriger toutes choses d’après le dictamen de la raison : «Et les empires violents, comme dit Sénèque, personne ne les a fait durer long-temps. » Ajoutez à cela que, dans un gouvernement Démocratique, les ordres absurdes sont moins à craindre ; car il est presque impossible que la majeure partie d’une Assemblée, si elle est nombreuse, tombe d’accord sur une absurdité : puis, à cause des fondements de ce gouvernement, et de sa fin qui, comme nous l’avons aussi montré , ne sont pas autres que d’éviter les absurdités de l’appétit, et de contenir les hommes, autant qu’il se peut faire, dans les limites de la raison, afin qu’ils vivent en paix et en bon accorda Que si ce fondement est enlevé^ tout l^édifice croulera aisément» Pourvoir donc à ces choses, c’est l’o* bligation du souverain pouvoir seulement : exécuter les ordres du souverain pouvoir, et ne pas reconnaître d’autre droit que celui que le souverain pouvoir déclare être le droitj c’est l’obligation des sujets,

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