EXTRAIT DU CBAP. XVI DU TRAITÉ THEOL. POLIT
comme nous l’avons dit. Mais quelqu’un pensera peut-être que, par cette raison, nous voulons faire des sujets esclaves; parce que l’on croit que celuilà est esclave, qui agit d’après un ordre ; et, libre, celui qui vit à sa fantaisie. Mais ceci n’est point vrai d’une manière absolue. Car, réellement, l’homme le plus esclave, c’est celui qui est entraîné par son plaisir, de telle sorte qu’il ne peut ni voir, ni faire rien de ce qui lui est utile ; et celui-là seul est libre, qui vit d’un cœur pur par la seule conduite de la raison. Or, l’action qui résulte d’un ordre, c’est-àdire l’obéissance, enlève bien à la vérité la liberté en quelque manière ; mais elle ne fait pas sur-lechamp un esclave : c’est la raison de l’action qui le fait. Si la fin de l’action n’est pas l’utilité de l’agent lui-même, mais celle de celui qui commande, alors l’agent est esclave, et inutile à luimême. Mais, dans une République, et dans unGouvernement où le salut du peuple entier, et non celui du Gouvernant, est la suprême loi, celui qui obéit en tout au souverain pouvoir, ne doit pas être appelé esclave inutile à lui-même; mais sujet. Et, par ce motif, la République la plus libre, c’est celle dont les lois sont fondées par la saine raison. Là, en effet, chacun peut être libre, quand il le veut, c’est-àdire vivre d’un cœur pur, d’après la conduite de la raison; C’est ainsi, de môme, que les enfants, bien
qu’ils soient tenus d’obéir à tous les ordres de leurs parents, ne sont pourtant pas des esclaves ; car les ordres des parents regardent surtout l’utilité des enfants. Nous reconnaissons donc une grande différence entre Y esclave^ le fils, et le sujet. Et, à cause de cela, on les définit de cette manière. Ainsi, l’c5clave, c’est celui qui est tenu d’obéir aux ordres du maître, lesquels n’ont en vue que l’utilité de celui qui commande : le fils, c’est celui qui fait, d’après l’ordre du père, ce qui est utile à lui-même; enfin, le sujety c’est celui qui fait, d’après l’ordre du souverain pouvoir, ce qui est utile à l’intérêt commun, et conséquemment aussi à lui-même. Et, par là, je pense avoir montré assez clairement les fondements du gouvernementDémocratique. Et j’ai préféré traiter de celui-ci, plutôt que de tous les autres, parce qu’il me paraissait le plus naturel, et approcher le plus de la liberté que la nature accorde à chacun. En effet, dans ce gouvernement, personne ne transfère son droit naturel à un autre de telle sorte que, dans la suite, il ne délibère plus pour ses intérêts ; mais il le transfère à la majorité de la Société tout entière, dont il est une partie. Et, parce moyen, tous restent égaux comme avant, dans l’état de nature. Ensuite, j’ai voulu traiter ouvertement de ce seul gouvernement, parce qu’il va le mieux au but que je m’étais proposé, lequel était de traiter de l’avantage