‹ Traité politique de B. De SpinozaChapitre 7 sur 50 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

et les autres mouvements de l’âme, je les ai contemplées, non pas comme .des vices de la nature humaine, mais comme des propriétés qui appartiennent à cettenature, de la même façon qu’appartiennent à la nature de l’air, le chaud, le froid, les tempêtes, le tonnerre, ,et d’autres phénomènes de cette espèce, lesquels, bien qu’incommodes, n’en sont pas moins nécessaires, et ont descauses certaines, par lesquelles nous h^s efforçons de com- ^ prendre leur nature. Et' l’ÂÜ^, par la contemplation vraie de ces phénomènes, éproutie autant ’He joie que par la connaissance des choses qui sont agréables aux sens.

§ V. Il est en effet certain, et, dans notre Ethique *, nous avons démontré qu’il est vrai que les hommes sont nécessairement soum|js aux passions, et constitués de telle sorte, qu’ils ont. pitié de ceux à qui il survient des maux, et qu’ils portent envie'* à ceux qui ont du bonheur, qu’ils sont plus enclins à la vengeance qu’à la miséricorde, et, enfin, que chacun désire que les autres vivent à sa guise, approuvent ce qu’il approuve, et repoussent ce qu’il repousse. D’où il arrive que, comme tous désirent également d’être les premiers, ils en viennent à la lutte, et, autant qu’ils le peuvent, s’efforcent de

' Voir Éthique, Partie III, Préface , et Scholies des Prop. xxxi et XXXII. Part. IV, Prop. iv et son Coroll. etc.

0 TRAITÉ POUTrOlE.

s’opprimer réciproquement. Et celui qui sort vainqueur du combat, est plus pjlorieux du tort qu’il a causé à autrui, que de l’avantage qu’il a retiré pour lui-même. Et, quoique tous soient persuadés que la Religion enseigne, au contraire, à chacun, d’aimer son prochain comme soi-miême, c’est-à-dire, de défendre le droit d’autrui, de même que le sien propre, nous avons montré, toutefois, que cette persuasion a peu d’empire sur les passions.* Elle reprend son pouvoir, il est vrai, à l’article de la mort, quand ^ la maladie a dompté ces passions mêmes, et que l’homme gît abattu, ou bien dans les Temples, où les hommes n’exercent aucun commerce : mais au Forum ‘, ou à la Cour, où cette conviction serait le plus nécessaire, on n’en voit point de traces. Nous avons montré, ^cn outre, que la raison peut beaucoup, sans doute, pour réprimer et pour modérer 'les passions ; mais nous avons vu, en même temps, que la voie, que la raison elle-même enseigne, est des plits ardues *; de sorte qu’ils rêvent des fables, ou le siècle d’or des Poètes, ceux qui s’imaginent que l’on peut amener la multitude, ou les hommes divisés par les affaires publiques, ^à vivre d’après les seules prescriptions de la raison.

§ VI. L’Empire donc, dont le salut dépend de

* Dans les Tribunaux.

* \nir Kthi(jue, Parlio V, Scholie ilc la Prop. dernière.

CIIAP. I.

INTRODL'CTION.

la bonne foi d’un individu, et dont les affaires ne peuvent être bien soignées, que si ceux qui les manient veulent agir de bonne foi ; cet Empire ne sera nullement stable. Mais, pour qu’il puisse durer, ses affaires publiques doivent être ordonnées de telle sorte que ceux qui les administrent, qu’ils soient conduits par la raison ou par la passion, ne puissent être amenés à être de mauvaise foi, ou à agir d’une manière pervei-se. Et il importe peu à la > sécurité de l’Empire de quel esprit sont animés les hommes, pour administrer comme il faut les affaires, pourxu que ces affaires soient bien administrées. La liberté d’âme, en effet, ou le courage ‘ est une vertu privée ; mais la vertu d’un empire, c’est la sécurité.

§ VII. Enfin, parce que tous les hommes, qu’ils soient Barbares ou Civilisés, s’unissent partout entre eux, et forment un certain état civil, par ce motif, ce n’est pas aux documents de la raison que l’on doit demander les fondements naturels et les conditions d’un gouvernement; mais il les faut déduire de la nature commune, ou de la condition des hommes, ce que j’ai résolu de faire dansle Chapitre suivant.

’ Voir la Définition du Courage, Éthique, Vwii. IH, Scliolic de la Prop. lix.

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