DE LA CAROTTE
‘ Il n’est pas, dit un agronome, de racine fourragère qui soit plus goûtée de tous les animaux et qui leur réussisse mieux. Le principe aromatique et excitant qu’elle contient lui assure la préférence sur la pomme de terre, les raves, les choux-navets et même la betterave. Elle contient, à poids égal, un peu moins de parties nutritives que la pomme de terre, mais son produit est plus considérable et compense largement cette différence. Les chevaux en sont surtcut très avides et elle peut, sans inconvénient, leur tenir lieu d'avoine. La carotte donne au lait et au beurre une qualité supérieure; elle est pour les brebis et les agneaux le meilleur fourrage. Enfin, si on la fait cuire à moitié, elle engraiïsse rapidement les porcs et donne au lard une excellente qualité. Ses fanes, très abondantes, sont aussi très recherchées par les bestiaux.”
Mais il faut compteraussiavecquelques désavantages que présente la culture de cette racine. Nous apprendrons facilement à les reconnaître.
I. La carotte demande un sol léger, gras, profond et parfaitement nettoyé du chiendent et des autres plantes nuisibles ; il faut aussi que le fumier qu’on lui donne soit bien consommé, car les fumiers frais diminuent considérablement la substance sucrée de cette racine et en rendent le goût plus ou moins âcre.
Les terrains forts, tenaces et superficiels ne conviennent pas à la carotte; dans les premiers, les racines ne pouvant pas se développer, deviennent fourchues et fibreuses ; et dans les terres trop peu profondes, les racines restent trop courtes.
Outre la profondeur et la consistance, la nature du terrain influe encore sur le rendement et la qualité des carottes. Plus une terre est douce, fraîche, grasse et mêlée de sable, plus les carottes y deviennent douces et agréables au goût, plus aussi leur rendement est considérable.
IT. La carotte est une plante sarclée ; elle apparaît donc dès le début de la rotation.
Il y a cependant danger à la cultiver après une céréale qui a sali la terre en favorisant la croissance des mauvaises herbes.
En effet, comme elle est très délicate pendant sa jeunesse, qui se prolonge longtemps, et que souvent elle ne lève qu’un mois après sa semaille, il arrive, lorsqu'elle sort de terre et qu’elle vient à la suite d’une céréale, que le sol est déjà couvert d’un tapis de jeunes herbes, toutes plus avancées qu’elles. Le premier binage est alors très difficile, et d’autant plus difficile qu’il n’est pas toujours aisé de distinguer la carotte parmi les mauvaises herbes, dont un grand nombre, dans cette première phase de ieur végétation, ont un aspect assez semblable au sien.
Toutes ces circonstances ajoutent au coût de la culture de cette racine. ‘ Aussi, dit Barral, quand on n’a
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pas des terres extrêmement propres, nous ne conseillons pas de faire entrer la carotte dans un assolement régulier, à moins que ce ne soit à la suite d’une récolte de pommes de terre. Nous avons vu la carotte cultivée par ce procédé avec un grand succès, quoique deux récoltes sarclées consécut .es soient une hérésie aux yeux de beaucoup d’agronomes.”
La carotte peut aussi se succéder à elle-même.
TITI. —10 La préparation que l’on doit donner À la terre est la même que celle exigée par la culture dela betterave, avec cette différence que la carotte ayant une racine qui s'enfonce plus avant dans le sol, demande par là même une terre plus profondément ameublie. Le labour, donné à l’automne, devra donc être plus profond.
2° Nous ne possédons pas encore d’analyse bien exacte de la carotte.
Du sucre, de l’albumine, des matières grasses, de l’amidon, un principe colorant rouge, quelques acides organiques, des phosphates, des carbonates de chaux et de magnésie : telles sont les substances qui entrent dans la composition de la carotte. Leur proportion relative n’a pas encore été déterminée et le rapport
entre les matières organiques et les sels minéraux est :
inconnu. , :
La plupart des agronomes reconnaissent une grande analogie entre la betterave et la carotte. Nous ferons comme eux et nous renverrons le lecteur aux détails que nous avons donnés dans les paragraphes corres-
pondants, à l’article de la betterave, avec la recom-
mandation de préférer le fumier consommé au fumier qui ne l’est pas.
8° La carotte est semée sur lignes, distantes les unes.
des autres de 18 à 20 pouces. On se sert du rayonneur pour tracer les sillons qui doivent être peu profonds ;
À nl:
on ménage un pouce à un pouce et quart d’intervalle entre les plantes.
On cultive aussi la carotte sur billons ; on en aplatit le sommet à l’aide d’un léger rouleau et on sème avec le semoir-brouette.
Un arpent demande 14 livre à 2 livres de semence,
La graine de carotte ne doit être que peu profondément enterrée; sans quoi, sa germination serait de beaucoup retardée.
4 Un sarclage tout d’abord et un sarclage à la main sur les lignes, aussitôt que la plante sort de terre; un sarclage entre les lignes avec un instrument à bras (gratte).
Quelques semaines après, un premier binage avec instruments à main, sur les lignes, et entre les lignes avec la houe à cheval.
Lors du deuxième binage, on éclaircit les plantes
de manière à ne laisser entre elles qu’un espace de six
à huit pouces.
Quelques essais semblent prouver qu’il n’est pas absolument nécessaire d’éclaircir, même au point de vue de l’abondance des produits.
On répète les binages aussi souvent que la croissance
* des mauvaises herbes rend cette opération indispen-
sable et on enlève les carottes qui montent à graine. IV. La marche indiquée dans la culture de la betterave est aussi celle que l’on doit suivre ici: inutile de la répéter.
La carotte donne en moyenne un rendement de 300 minots par arpent.
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