FORME DU LABOUR
Il y a trois espèces de labour sous le rapport de la forme qu’on peut lui donner: le labour à plat, le labour en planches, ie labour en billons.
a] Labour à plat.— C'est celui où la surface d’un champ a été labourée de manière à être laissée parfaitement unie et non coupée de sillons ou de raies d’écoulement.
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Ces labours s’exécutent ordinairement à l’aide d’une charrue tourne-oreille, c’est-à-dire, dont le versoir se change de côté à l’extrémité de chaque raie, en sorte que la charrue, revenant constamment dans la même raie, jette toujours la tranche de terre du même côté de l'horizon, en la versant alternativement à droite et à gauche du laboureur.
Lorsque la pièce est achevée, il ne reste aucune raie ouverte, si ce n’est la dernière par laquelle la charrue a terminé son travail.
Ce labour est le plus facile ; il se donne en travers, dans tous les sens, et remue ainsi le sol plus complètement que tout autre. Mais, pour le pratiquer, il faut avoir recours à des charrues spéciales, qui le plus souvent sont loin d’avoir la perfection que peut atteindre un instrument construit pour verser la terre d’un seul côté.
Ce labour convient très bien, néanmoins, aux terrains en pente qu’il faut labourer perpendiculairement
la pente, dans lesquels alors la bande de terre n’est jamais retournée avec perfection par les charrues ordinaires lorsqu'on la jette du côté du haut.
b] Labour en planches.— Une terre est labourée en planches lorsque, de distance en distance, on a ménagé, parallèlement entre elles, des raies d’égouttement, pour recevoir et conduire hors du champ les eaux surabondantes.
Le terrain se trouve donc alors divisé en planches qui ont toute la longueur de la pièce et une largeur variant de six à trente pieds.
Chaque planche se laboure à part par un labour fendu ou endossé.
On dit qu’on fend une planche, lorsque le laboureur ouvre d’abord les deux raies ou sillons extérieurs en se tournant de manière à jeter la terre en dehors de la planche.
C’est ce que nos cultivateurs appellent labourer à dia, parce que, arrivés au bout d’une raie, ils tournent toujours à gauche pour prendre la raie suivante.
Pour endosser on commence le labour par la ligne du milieu de la planche, c’est-à-dire en jetant la terre, en allant et en revenant, dans la raie laissée ouverte par un labour antérieur et qui se trouve comblée de cette façon. On continue de labourer ainsi en jetant la bande de terre du côté du milieu de la planche, jusqu'à ce qu’on soit arrivé aux deux côtés où se trouvent alors les raies qui restent ouvertes.
Nos cultivateurs donnent à ce genre de labour le nom de labour à hue, parce que, arrivés au bout d’une raie, ils tournent toujours à droite pour prendre la raie suivante.
Le labour en planches laisse leterrain presqu’à plat, le centre de chaque planche devenant l’emplacement de la raie d’égouttement au labour suivant.
Ce mode de labour convient à toutes les récoltes et à tous les sols. On peut, par cette disposition, donner aux raies d’égouttement la direction la plus propre à évacuer les eaux et les multiplier partout où le besoin s’en fait sentir. ,
Toutefois, si l’on avait affaire à un sol très argileux ou très humide, un léger bombement donné aux planches, loin d’être nuisible, serait utile en ce qu’il donnerait au sol la facilité de se ressuyer plus vite, circonstance fort importante quand les travaux pressent dans une exploitation d’une certaine étendue.
Ouvrir les premières raies d’une planche s'appelle enrayer, et on donne le nom de raie de bout à une raïe transversale à la planche, tirée par la charrue, avant le labour, aux deux bouts d’une pièce.
La raie de bout forme ainsi une ligne droite sur laquelle la charrue doit piquer en commençant chaque raie au sortir de terre en la terminant.
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Il est très important de tirer des raies de bout ; sans cette précaution, les raies de la planche sont toujours de longueur inégale, cequi fait un travail très irrégulier et occasionne ensuite ce que, dans la pratique, on appelle des manques, lorsqu'il est question de labourer cette partie du char.p sur laquelle ont tourné les chevaux en quittant une raie pour en prendre une autre et à laquelle on donne le nom de tournière.
La tournière que la raie de bout doit séparer distinctement de l’extrémité des planches, est généralement désignée sous le mom d’about ou ceintre.
La raie d’égouttement qui sépare deux planches se trouve naturellement fort large, puisqu’elle est formée par l’espace qu’occupaient les deux dernières tranches que l’on a jetées dehors en allant et revenant. Si on laisse les choses en cet état, comme cela arrive généralement, on perd un large espace qui ne donnera rien à la récolte et le fond du labour ne s’égouttera pas.
Pour remédier à ces défauts on termine le labour par une raie que l’on tire aussi profonde que possible, et qui, occupant la moitié de la largeur de la doubie raie restée ouverte, rejette la terre que l’on en tire sur l’autre moitié de cette largeur. De cette manière, au lieu de la double raie large et plate qui existait, on a une raie étroite et profonde qui éroutte bien mieux la planche, tout en lui laissant une jius grande surface productive.
La longueur des planches n’est pas touiours inditfférente : plus elle est considérable, plus aussi les chevaux peuvent faire de labour dans le même espace de temps, pour la bonne raison qu’ils auromt à tourner moins souvent. Dans les terres fortes et caillouteuses les planches doivent être moins longues que dans les terres légères. Dans les terraims en pente très inclinée, des raïes trop longues seraient nuisibles, parceque l’eau
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provenant des averses ou de la fonte des neiges, empor* terait facilement la meilleure partie de la terre végétale.
Quant à la largeur des planches, il est admis, en pratique, qu’elle doit être plus grande daus les terrains secs et légers, plus petite dans les terres fortes et humides. Dans ces derniers sols, les planches peuvent avoir, à moins de cas exceptionnels, une largeur variant de douze à dix-huit pieds.
c] Laboursen billons.— Lorsque les raies d’égouttement sont très rapprochées les unes des autres et que la planche comprise entre deux raies, au lieu d’être plate, comme dans le second mode de labour, est plus ou moins bombée, on dit que le champ est labouré en billons.
L'usage des billcns ne se justifie qu’autant que la couche arable a très peu d’épaisseur et repose sur un sous-s0l de mauvaise nature.
Il est certain, en effet, qu’en ouvrant des raies trèsrapprochées pour jeter entreelles la terre qu’on en tire, on accumuie la terre végétale sur une partie de la surface du champ et qu’on obtient, ainsi, des produits qu'on n'aurait pas sans cette forme de labour.
Cet avantage est contrebalancé par de nombreux inconvénients.
Les plantes souffrent davantage des variations de la température; elles ne jouissent pas également des influences du soleil sur les côtés du billon; la végétation prospère au sommet pourvu d’une couche de terre suffisante et languit sur les épaules du billon qui en sont dégarnies ; l’engrais, inégalement réparti, tend à s’accumuler au fond des raies; la semence, s’y distribuant mal, ne peut être enterrée uniformément , le sarclage et le buttage ne peuvent s’y effectuer qu’à la main; le travail de la faux et de la faucheuse y
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éprouve d'autant plus de difficultés que les billons sont plus relevés; par des temps pluvieux, les récoltes sont plus exposées à être avariées; enfin la multiplicité des raies qui séparent chaque billon entraîne une perte de terrain considérable, sans profit aucun pour l’assainissement du sol.
Par suite des graves inconvénients qu’ils présentent, les labours en billon ne doivent être employés qu’exceptionnellement. Il vaut toujours mieux adopter le labour en planches.