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DES FUMIERS

On donne ce nom aux pailles—substance végétale— qui ont servi de litière aux animaux domestiques, qui ont été imprégnées de leurs urines—substance animale—, mélangées à leurs excréments—substance animale—et qui, après ce mélange, ont subi, par la fermentation, un degré plus ou moins avancé de décomposition.

C’est donc un engrais mixte, formé par le mélange

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C’est l’engrais par excellence.

D'un côté, grâce à sa composition, il réunit tous les éléments de fertilité ainsi que les substances minérales nécessaires au développement des végétaux ; par sa décomposition lente, il fournit aux plantes les sucs nourriciers au fur et à mesure qu’elles en ont besoin. D'un autre côté, il agit physiquement et apporte une amélioration durable au sol qu’il divise et ameublit. Enfin, c’est généralement le seul engrais que le cultivateur puisse se procurer en assez grande quantité.

C’est donc le fumier seul sur lequel on puisse fonder une culture régulière et sur lequel on puisse compter pour maintenir la terre en état de produire avantageusement des récoltes.

C’est de la ferme même, c’est de la terre que l’on cultive que l’on doit tirer le fumier nécessaire à ta fertilisation.

C’est là la règle générale.

Ce n’est que par exception, aux environs des villes, près des centres populeux, que le cultivateur peut se procurer du fumier ou des engrais en dehors des ressources de son exploitation.

L'importance du fumier est admise par tous les cultivateurs; aucun autre engrais ne jouit d’une réputation mieux méritée, ni plus solidement établie.

Le fumier est la base de toute production agricole,

On ne saurait donc l’étudier avec trop de soin, examiner avec trop d'attention tout ce qui est susceptible d’en accroître la valeur.

L'importance du sujet justifie les développements que nous allons lui donner.

a] Nature du fumier.—Nous l'avons dit, le fumier c’est une litière imprégnée de déjections. Il en résulte

TRAITÉ POPULAIRE D'AGRJIULTURE

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qu’en faisant varier la litière ou l’espèce animale on fera varier le fumier lui-même, sa nature.

I.—La litière la plus ordinairement employée est la paille des céréales ; elle assainit l’étable par ses propriétés absorbantes et elle procure au bétail un coucher doux et peu humide.

Par elle-méme, la paille contribue à accroître en même temps que la quantité, la qualité des fumiers, attendu qu’elle renferme des principes dont l'utilité, comme engrais, ne saurait être douteuse. Le canal dont elle est creusée la rend très apte à l’absorption des fluides qui, sans son intervention, bien souvent s’échapperaient en pure perte. Elle se mélange parfaitement avec les excréments, sert de liant entre les déjections solides et liquides et facilite ainsi leur accumulation et leur transport : sa décomposition est prompte, et, en peu de temps, elle est intimement unie à la masse des fumiers. Elle offre aussi l’avantage de ne pas adhérer à la peau des animaux.

La paille divisée se laisse facilement pénétrer par les urines. Ce n’est donc pas la paille entière et intacte qui s’incorpore le mieux aux déjections et qui est la plus propre à servir de litière; celle ani a perdu sa rigidité, qui a été préalablement brisée, est préférable. Aussi la paille qui scrt de la machine à battre convientelle parfaitement pour cet usage, et même, dans certaines fermes, on ne l’emploie comme litière qu'après l’avoir fait passer au coupe-paille.

La litière n’est pas toujours nécessairement de la paille ; le bon sens indique, en effet, que si la paille est rare, il sera quelquefois convenable de la réserver pour l’alimentation et de lui substituer des matières absorbantes, ou mieux encore des substances à la fois absorbantes et fertilisantes.

Les fanes de pommes de terre (cotons de patates),

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les feuilles de maïs (blé d'Inde) ne sauraient être dédaignées. Des terres et des tourbes sèches, de la sciure de bois, de la tannée, des feuilles et des débris végétaux divers peuvent être, dans telle ou telle circonstance, employés avec grand profit.

L'emploi de la paille ou de l’une ou l’autre de ces litières communique au fumier une composition qui varie suivant la litière elle-même.

II.—Ce qui contribue aussi et puissamment à modifier la nature du fumier, c’est la nature différente des déjections qui le composent, nature qui varie avec l'espèce du bétail.

On distingue en effet plusieurs sortes de fumiers, suivant qu’ils proviennent de tel ou tel bétail.

A ce point de vue, on divise généralement les fumiers en deux classes, savoir: les fumiers chauds et les fumiers froids.

Les fumiers froids sont moins actifs, moins prompts à fermenter, plus aqueux, plus spongieux etplus aptes à retenir l'humidité, à entretenir plus de fraîcheur à la terre. Ces fumiers agissent donc plus lentement, mais aussi d’ure manière plus continue et plus uniforme, : ‘, s’ils donnent des récoltes moins belles, elles sont plus prolongées.

Les fumiers chauds ont des caractères opposés, une action contraire à celle des fumiers froids.

1° Fumier des bêtes bovines.—C’est un fumier froid. C’est, nul doute, le fumier le plus répandu et le plus généralement employé. Il se distingue par la grande quantité d’eau qu'il renferme, la lenteur de sa décomposition, ses effets durables maïs peu énergiques. Il s’applique à tous les terrains et à presque toutes les récoltes ; on le destine de préférence aux terres légères, auxquelles il communique des propriétés avantageuses. Une autre propriété du fumier des bêtes à cornes est

celle de se lier très facilement, à cause de son état presque fluide, avec toute espèce de litière, propriété que n’ont pas les fumiers de cheval et de mouton.

20 Fumier des porcs.—Le fumier de cochon est doux, aqueux et frais ; il fermente lentement et dégage peu de chaleur. Dans aucun autre fumier on n’observe autant l'influence de l’alimentation; c’est pour cela que les opinions sont si partagées relativement à cette espèce d'engrais. En général, nos cultivateurs n’ont qu’une médiocre estime pour ce fumier, il en est même qui le regardent comme nuisible aux récoltes. Les connaisseurs en cette matière ne partagent pas cette opinion. Le mode d'entretien des porcs explique amplement cette divergence d'appréciation. Tout cultivateur peut observer, en effet, qu’aussitôt que les porcs sont bien nourris, leurs excréments se modifient et leurs engrais gagnent de la valeur.

Les exploitations où ce fumier pent étre employé isolément sont assez rares en ce pays; on le mélange habituellement à celui des autres animaux de la ferme et c’est, croyons-nous, la meilleure méthode qui puisse être adoptée. De cette façon les différentes espèces de fumier se bonifient l’une par l’autre pendant la fermentation en tas et l’on n’a rien à redouter dans leur emploi.

3° Fumier de cheval.— Beaucoup plus sec que les précédents, il est considéré comme un engrais chauc et réservé par là même pour les terres compactes, froides et humides. Comme il contient peu d’humidité, ilentre vite en fermentation et sa décomposition marche promptement ; aussi exige-t-il beaucoup plus de soins et un traitement plus attentif que celui des bêtes à cornes. Supérieur à ce dernier, il perd bientôt cette supériorité pour peu que sa préparation soit négligée. :

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Le fumier de cheval ne recevant, par les urines, qu’une dose insuffisante d'humidité, il convient, quand il est mis en tas, de l’arroser fréquemment. Si l’on néglige les arrosements, ce fumier se dessèche promptement, perd de son poids et de ses qualités.

Le fumier de cheval convient non seulement aux terres argileuses et compactes, il réussit encore dans les terres sablonneuses quand elles ont de la propension à retenir l'humidité.

49 Fumier de mouton.— Les moutons donnent peu d’urines, de sorte que la litière déposée dans les bergeries suffit toujours pour les absorber complètement, tandis que les chevaux et surtout les bêtes à cornes urinent abondamment. [’abondance des urines nécessitant l'emploi d’une forte quantité de litière, le fumier de mouton, sous un poids donné, contiendra toujours moins de paille et plus de parties animales et aura conséquemment une valeur plus grande. En outre, conservé ordinairement dans les bergeries jusqu’au moment de son transport, cet engrais est fortement tassé par le piétinement incessant des moutons: abrité contre les eaux pluviales et le renouvellement de l’air, il est préservé des causes qui détériorent si facilement les famiers des autres animaux de la fer-

me.

Estroduit dans le sol, le fumier de mouton n’y produit ja des effets de longue durée: sa décomposition rapide en est la cause.

C’est un engrais chaud.

Il convient très bien aux terres froides, argileuses et compactes.

III.— Une troisième cause qui influe sur la composition du fumier, qui en varie la nature, c’est le régime alimentaire.

La nourriture exerce dans la production des engrais

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