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LA SEMENCE

Son choix, sa préparation, la quantité qu’il en faut répandre sur le terrain: voilà autant de détails qu’il importe de connaître.

a] Choix de la semence.—La semence qu’on veut employer doit toujours être la meilleure, la plus pure de toute semence étrangère. De ses qualités dépendent en général la belle venue de la plante et l’abondance de la récolte. Le cultivateur ne saurait donc employer trov de soins pour se procurer une bonne semence.

I.—Dans quelques localités, on a la manie de changer de semence, dans l’idée où l’on est que la plante dégénère, reproduite toujours dans le même sol par les graines qu’elle y a données; mais l'expérience de plusieurs agriculteurs recommandables autorise à regarder cette opinion comme une erreur.

Il n’est bon de changer desemence que parce que la généralité des cultivateurs ne mettent pas assez de soin pour choisir et nettoyer celles qu’ils récoltent eux-mêmes. Mais ie cultivateur qui fait battre à part et avec coin ecs grains les plus beaux, ceux dont la maturité est plus complète, et qui réserve, à dessein, dans ce but, quelques pièces plus favorisées, peut, sans danger, semer la graine dans le champ mêmequi l’a produite.

I] n’est qu’un cas où la pratique du changement de semence soit avantageux : c’est lorsque la semence pouvant difficilement être nettoyée des graines de certaines plantes nuïsibles, propres au sol qui l’a produite, il devient nécessaire d'emprunter les semences d’un sol différent, n’offrant pas le même danger.

II—On doit toujours préféier les semences les moins âgées, et surtout celles récoltées l’année précédente, pour la bonne raison queles semences ne conservent pas toutes, pendant un temps égal, leur faculté germinative : elles le perdent avec l’âge.

Il est reconnu que plus les semences sont vieilles, moins elles germent rapidement, et moins lesindiviaus que l’on en obtient sont vigoureux. On attribue ce résultat à ce que les enveloppes de la semence et l’embryon lui-même ayant perdu toute leur eau de végétation, il leur faut plus de temps pour absorber dans le sol l’humidité nécessaire à la végétation.

Ilest toujours facile de s’assurer de la faculté germinative des semences. A cet effet, on met un mor-

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ceau de coton dans une soucoupe à moitié pleine d’eau, on place sur ce coton les grains que l’on veut essayer; on dépose la soucoupe dans un lieu où l’eau peut se maintenir tiède. Les bonnes graines ne tardent pas à germer ; en comptant celles qui ont levé et celles qui n’ont pas levé, on juge de la valeur de l’ensemble.

III.— La grosseur du grain de semence, à laquelle plusieurs cultivateurs donnent beaucoup d'attention, est une question bien secondaire, sans beaucoup d’importance dans la pratique. Les petits grains, pourvu qu’ils soient bien conformés, fournissent constamment des plantes aussi vigoureuses et des grains aussi gros que ceux obtenus des plus grosses semences.

On peut donc choisir indifféremment des grains de toute grosseur, pourvu qu’on aït soin d’écarter ceux qui sont ridés ou mal conformés.

b] Préparation de la semence— Elle consiste dans deux opérations: le triage et le chaulage.

I.— Le triage se fait à la main ou à la machine. Le triage à la main n’a lieu que sur de petites quantités ou sur des semences qui ne peuvent être soumises à l’action de la machine; les tubercules des pommes de terre sont dans ce cas.

Le triage à la machine se fait au moyen du crible. Le criblage a pour but d’enlever toutes graines étrangères et tous les grains maigres, chétifs et mal conformés. Ce nettoiement s'obtient en partie à l’aide du crible ordinaire, dans lequel on fait passer le grain

immédiatement après le battage; maïs cette première

opération ne donne pas toujours un grain propre à l’ensemencement. La semence, en effet, contient encore une certaine quantité de graines étrangères, et bon nombre de grains mal conformés.

Pour débarrasser la semence de ces substances étrangères et inutiles, on lui fait subir un second criblage,

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dans un crible particulier, connu sous les noms de

crible cylindrique, crible trieur, trieur d'agriculture, trieur :

ou séparateur de graïns.

La meilleure machine doit produire les résultats suivants :

1° ventiler le grain, c’est-à-dire, éliminer la poussière, les balles et tous les corps plus légers que lui;

2° émotter, c’est-à-dire, séparer de la semence tous les grains, graviers, terre, tous les corps, en un mot, plus lourds que le grain de la semence;

8° cribler, c’est-à-dire, purger le bon grain des grains maigres et chétifs et de tous les corps étrangers plus petits que lui:

4 trier, c’est-à-dire, séparer de la semence tous les

graviers, terres, grains de même grosseur que le grain .

que l’on veut semer.

Un triage moins coûteux, plus primitif, est le suivant. Avan: de procéder à l’ensemencement, on jette les semences dans un baquet plein d’eau; les bonnes graines gagnent le fond; les mauvaises, celles qui sont privées de la faculté germinative, surnagent. On sépare, rien de plus facile ; on sème les bonnes graines, on f‘onne les mauvaises aux volailles.

11.— Le chaulage des semences, de celles du blé spécialement, est d’une grande importance. Il a pour but de nourrir la plante et de prévenir certaines maladies.

Le chaulage a lieu de trois manières différentes: par immersion, par aspersion, par absorption.

Pour chauler par immersion, on fait d’abord un lait de chaux, que l’on met dans une cuve. On y verse ensuite et lentement le grain, jusqu’à ce que l’eau n'excède plus le grain que de deux travers de doigt environ. Dans cette opération, les grains légers ou avariés surnagent, on les enlève et on laisse les autres plongés dans le liquide pendant une demi-heure envi-

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ron. Au bout de ce temps, on retire le grain de l’eau, on l’étend pour le faire sécher; il peut être semé dès le lendemain.

Le chaulage par aspersion se pratique en versant sur le grain que l’on veut chauler une bouillie très délayée, formée par le mélange de la chaux avec une petite quantité d’eau. Pendant l’aspersion, on doit remuer soigneusement la semence avec une pelle, de manière à ce que chaque grain participe à cet arrosement. La semence peut dès le lendemain être confiée à la terre.

Le chaulage par absorption a lieu en faisant d’abord subir au grain un lavage complet dans une eau naturelle. Aussitôt qu’il en est retiré et encore tout humide, on le saupoudre avec de la chaux vive, ayant soin de mêler le tout exactement, afin que tous les grains s'impreignent de la poussière caustique.

Le chaulage ainsi pratiqué, c’est-à-dire la chaux employée seule, ne produit pas toujours l’effet qu’on en désire. Cet effet est plus certain si à la chaux on ajoute du sulfate de soude ou des cendres vives.

Voici alors comment on procède.

On prend une demi-livre de sulfate de soude que l’on fait dissoudre dans un gallon d’eau: c’est la quantité nécessaire à un minot de semences.

On met le grain dans une cuve et on l’arrose avec la dissolution de sulfate de manière à ce qu’il soit humecté partout; on répand alors la poudre de chaux, ayant soin de remuer constamment, de manière à ce que tous les grains soient exactement couverts de chaux. L'opération est alors terminée, elle ne dure ainsi que quelques minutes.

Si l’on fait usage de cendres, on en met bouillir deux gallons dans trois ou quatre seaux d’eau; on prend ensuite deux gallons de chaux éteinte que l’on délaye

dans cette eau. On arrose ensuite le grain de ce mélange, on laisse sécher jusqu’au lendemain et l’on sème.

C] Quantité de semence.—La quantité de semence à employer sur une étendue donnée de terrain n’est pas chose indifférente. Pour que les plantes qui en proviennent donnent le plus haut produit possible, il faut qu’elles couvrent toute la surface du sol et qu’elles y occupent chacune l’espace dont elles ont besoin pour se développer complètement sans se nuire les unes aux autres.

Déterminer la quantité de semence à répandre sur le sol, d’une manière constante et invariable, n’est pas chose facile. Cette quantité est soumise à une foule de circonstances : elle peut dépendre de la qualité du sol, de la grosseur du grain, du climat, de la température, de l’époque plus ou moins avancée ou reculée de la semaille, etc.

On voit d’après ce simple énoncé d’une partie des circonstances avec lesquelles il faut compter, que la détermination de la quantité de la semence ne peut être qu’approximative.

On doit donc se borner à poser quelques règles générales, en admettant toutes les exceptions nécessitées par les circonstances.

Sur les terrains très gras, on sème plus clair, parce que les plantes y viennent plus fortes,

Dans un terrain superficiel, on sème aussi volus clair, parce que les racines, au lieu de s’y enfoncer profondément, se répandent à la superficie et s’y entrelacent ; les récoltes y seraient donc compromises, si les plantes s’y trouvaient trop épaisses.

Les graines qui produisent des plantes très fortes doivent être clairsemées.

Les semences qui contiennent beaucoup de graines étrangères doivent être semées plus épaisses que celles qui en ont été parfaitement nettoyées.

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Les terrains qui sont enclins à la production des mauvaises herbes demandent plus de semence.

Plus la température et le climat, à l’époque des semailles, sont défavorables à la végétation des plantes, plus il faut de la semence.

Les semailles tardives doivent être plus épaisses que les hâtives.

Lorsqu'on emploie des grains surannés, où il y a diminution du produit à craindre, il faut une plus grande quantité de semence.

La quantité de semence est importante, avons-nous dit ; il faut qu’elle ne soit ni trop forte, ni trop petite. Trop forte, il y a non seulement perte de semence, mais diminution sensible de produit par l'effet de l’étiolement qu’éprouvent les plantes trop rapprochées entre elles.

Si l’on sème trop clair, il y a également diminution de produit, parce que tout le terrain ne se trouve pas utilement employé; il y a aussi salissement de la terre, parce que les semences nuisibles qu’elle recèle toujours dans son sein ou qu’elle reçoit par diverses causes, ayant plus d’air pour germer et plus d'espace pour se développer, peuvent s’y muitiplier considérablement.

Il y a donc soustraction de produit des deux côtés, et ensuite perte de semence dans le premier cas, et salissement de la terre dans le second. Il sst vrai que dans le premier cas, on peut diminuer l’excédant du plant nécessaire par quelques hersages répétés, dans la pratique en grand, ou par le sarclage, dans la petite culture. Si, au contraire, le plant se trouve trop clair, il n’est pas aussi facile de remplir les lacunes, que d’éclaircir le plant surabondant ; on ne peut non plus empêcher le salissement du sol par les mauvaises herbes, ce qui fait tort non seulement à la récolte actuelle, mais aussi aux récoltes suivantes.

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