DES FORMES QUE REVÊTENT LES MALADIES CUTANÉSS
On est surpris, au premier abord, des formes si variées que présentent les maladies de la peau par rapport à celles des autres tissus; mais pour s’en rendre compte il suffit de prendre en considération deux ordres de faits.
4° La texturé si compliquée de la peau, qu’elle n’a pas d’analogue dans l'économie. Cela est si vrai, que le tissu muqueux, dont l'organisation est la plus compliquée après la peau, est aussi celui dans lequel le médecin constate plus de formes motbides différentes.
2° Sa situation, qui permet de voir le mal dans toutes ses phases, dans toutes ses formes, tandis que nous n'observons jamais les formes morbides des autres tissus que dans l'état le plus avancé de la maladie et lorsque la mort nous conduit à son examen.
Non pas que je prétende expliquer les diverses formes morbides de la peau par les connaissances anatomiques acquises actuellement à l'égard de ce tissu ; je considère au contraire l’anatomie de la peau comme étant encore à faire. Il y a sept ans environ, j’eus le premier la pensée de rapprocher les formes morbides cutanées de l'anatomie de la peau faite par Breschet et M. Roussel de Vauzème; je produisis ce rapprochement dans un de mes cours cliniques de l'hôpital Saint- Louis, mais je ne tardai pas à m’apercevoir que j'étais dans l'erreur la plus complète, L'année suivante, un de mes honorables collègues, M. Cazenave, commettait la même méprise dans un enseignement qu'il fut autorisé à faire passagèrement à la Faculté de médecine. Et voyez cependant comme cette idée était séduisante. Maladies de l'épiderme : psoriasis, ichthyose, lèpre vulgaire, pityriasis; — maladies de l'appareil chromatogène : pityriasis versicolor et nigra, vitiligo ; — maladies du névrothèle ou corps papillaires : /ichen, prurigo ; — de l'appareil diapnogène, sueur fétide, éntertrigo ; — de l'appareil
DES FORMES QUE REVÊTENT LES MALADIES CUTANÉES. 35 blennogène : acné sébncé, ete., ete. Or, malheureusement, dâns les maladies les-plus superficichles, la peau ést souvent profondément malade, et vire versd. |
Voici au surplus sur quoi je me fonde en disant que l’anatomie de la peau telle qu’elle est écrite aujourd’hui ne sauraît être regardée comme définitive. — L'anatomie pathologique, %es transformations organiques exceptées, est, suivant moi, le tontrôle de l'anatomie. Quand un tissu comme la peau esl tTomposé de plusieurs tissus élémentaires, chacun d'eux peut s’enflammer isolément. S'il y existe de plus des appendices &landuleux ou autres, ils peuvent aussi devenir malades indépendamment du tissu où ils siégent, de sorte que la formé pathologique représentera l'élément anatomique. Les anciens reconnaissaient dans la peau trois couches, l’épiderme, le corps muqueux et le derme; aujourd’hui la peau est réduite aù derme, car on nie l'existence du corps muqueux et l’on regarde l’épiderme comme le desséchement d’un fluide exhalé. Eh bien! pourquoi donc alors toutes ces formes si variées de maladies de la peau? comment en expliquer le siége ? Breschet, prenant pour point de départ les fonctions de la peau, avait cherché les origines diverses de ses fonctions ; son anatomie satisfaisait à la physiologie. Nul anatomiste n'a eu la pensée de prendre la forme morbide élémentaire pour but de ses recherches, et cependant c'est le point de comparaison le plus certain. En présence d’une divergence si grande dans les idées émises par les anatomistes, il nous faut prendre la forme morbide telle qu’elle se présente à notre observation, sans nous préoccuper de son siége, puisque nous manquons d'éléments suffisants pour pouvoir le faire découvrir. On est convenu de donner des noms particuliers à chacune de ces formes; nous allons les faire connaître ainsi que la signification des noms qui s’y rapportent. ” Depuis Plenck, qui le premier conçut la pensée de ranger les maladies de la peau dans une classification basée sur l’anatomie pathologique (productions morbides cutanées); depuis Willan, qui a restreint les formes des maladies de la peau à
huit classes, on admet généralement, et avec raison, des affections vésiculeuses, bulleuses, pustuleuses, papuleuses , tuberculeuses et squameuses. Chacune de ces expressions a sa signification propre qu'il faut peindre, car elle devient, aux yeux du médecin, un élément de diagnostic.
On entend par vésicule une production morbide formée par une enveloppe épidermique remplie de sérosité limpide, mais dont le volume est assez ténu dans certaines affections, l'eczéma par exemple, pour que les plus grosses vésicules ne puissent être aperçues à l'œil nu qu'en ÿ portant le plus grand soin, ou avec le secours de la réflexion de la lumière du soleil; il y a plus, il est des maladies vésiculeuses dans lésquelles la loupe permet seule de distinguer les vésicules, ainsi qu’on l’observe dans les variétés d’herpès nummulaire et circiné. Mais la vésicule peut être assez volumineuse pour égaler le volume d’un grain de millet, comme dans la gale dite papuleuse; celui d’un grain de chènevis ou d’une petite lentille, comme dans la gale aqueuse, l’herpès phlycténoïde et le zona, et surtout dans le rupia. Ainsi le caractère commun, c'est une petite vessie remplie de sérosité limpide, depuis le plus petit diamètre non appréciable à l'œil nu, jusqu'au volume d’une petite lentille. Au delà, la forme morbide constituée par les mêmes éléments change de nom et prend celui de bulles. Ici la plus petite bulle a le volume d'une lentille; les bulles les plus communes dépassent celui d'un haricot ; quelques unes acquièrent les dimensions de l’ampoule d’un vésicatoire d'assez grande dimension.Il n'existe qu'une seule maladie que l'on dise bulleuse, c’est le pemphigus ; mais comme dans le rupia le volume de Ja vésicule est très voisin de celles des plus petites bulles de pemphigus, il est des auteurs qui ont compris le rupia dans les affections bulleuses. Alors pourquoi n'y pas comprendre le zona, l'herpes phlycténoïide, la gale vésiculeuse, maladies dans lesquelles les moindres vésicules sont très appréciables ? on scinderait ainsi avec beaucoup plus de justesse les deux catégories d’affections, et l'on dirait ajors : maladies vésieuleuses, celles dans lesquelles