‹ Traité practique des maladies de la peauChapitre 14 sur 77 · DES FORMES QUE REVÉTENT LES MALADIES CUTANÉES · texte numérisé non relu

DES FORMES QUE REVÉTENT LES MALADIES CUTANÉES

les vésicules ne sont pas ou sont à peine appréciables à l'œil nu, eczéma, erzéma impéligineur, herpes circiné, nummulaire, herpès longitudinal, herpès iris, gale canine ; maladies bulleuses, celles dans lesquelles les vésicules sont très apprétiables à la vue et peuvent même acquérir le volume d’une forte ampoule, zona, herpès phlycténoïde, gale aqueuse, rupia, pemphigès.

Dans une troisième classe se trouvent rangéès les maladies pustuleuses; mais qu'est-ce qu'une pustule? Au prémier abord cette question paraît oiseuse, et cependant on va bientôt juger de son importance. Il y a toujours dans une pustule un engorgement et une vésicule purulente qui le termine; mais le diagnostic des affections pustuleuses est entièrement basé sur le volume de la pustule et sur le volume relatif de la vésicule purulente et de l’engorgement. Entrons donc dans quelques détails à cet égard. Disons tout de suite que ce groupe comprend cinq affections, tmpétigo, ecthyma, acné, sycosis pustuleux, gale pustuleuse. Dans l'impétigo, dans l’ecthyma et la gale, la pustule est formée dans ses neuf dixièmes par une vésicule purulente; l'inverse a lieu pour l'acné et le sycosis pustuleux : ‘de sorte que dans les trois premières affections la pustule n'est appréciée pustule que parce que tout d’abord la vésicule contient du pus. Et en effet le zona ou l’herpès phlycténoiïde arrivés à l'état purulent pourraient, jusqu'à un certain point, être comparés aux pustulés d’impétigo et d'ecthyma, quant à | l'aspect et au peu d’engorgement des pustules de ces dernières affections. Dans l’iëmpétigo, la pustule est très petite, un grain de millet à un grain de chènevis. Dans l’ecthyma, la plus petite pustule a le volume d’une petite lentille, et de plus cette pustule est ombiliquée avec un point noir central comme dans la variole. Quant à l’engorgement, à voir ces deux maladies, on dirait qu'il n'existe pas; le volume de la pustule d'une part, le point noir central et ombiliqué d’une autre part, distinguent donc facilement les deux affections entre elles. La gale pustuleuse se rapproche à la fois de l’ecthyma et aussi de l’impétigo, mais plus souvent de l’ecthyma ; le siége des pustules

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épidermiques plus ou moins denses, plus ou moins nacrées: ce sont des squames; à plus forte raison dans l’ichthyose, où la peau peut être recouverte tout entière de ces écailles tellement argentines, qu'on a comparé cette maladie à la peau du ser— pent ou aux écailles d’un poisson.

Voilà donc comment il faut entendre les dénominations par lesquelles Plenck d'abord, Willan et Bateman ensuite, ont spécifié des groupes de maladies pour les classer d’après l'élément anatomico-pathologique ou l'élément morbide. Aussi est-ce à tort que l’on dit communément, classification anatomique de Willan ; elle n’a rien d’anatomique, puisqu'il ne s'agit ici que de productions morbides.

Mais il faut bien le reconnaître, ces dénominations n'embrassent pas toutes les maladies de Ia peau, et l’on verra plus loin, à l’article Classi ficatian, que nous avons cherché à rendre celle-ci plus complète; toutefois la valeur des. mots étant de la plus haute importance, quand ces mots représentent des idées, il fallait bien en faire connaître la portée.

11 ya deux manières d'établir le diagnostic d'une maladie de la peau: ou par la forme anatomico-pathologique primitive de la maladie, ou par ses productions morbides secondaires. La première méthode est sûre, non sujette à erreur ; elle pose un diagnostic à l'abri de toute méprise. Mais malheureusement la. forme anatomico-pathologique de la maladie est trop souvent éphémère ; elle n’a parfois que quelques heures de durée, et comme le médecin n'est généralement pas consulté au début de l'affection, mais bien après plusieurs semaines, plusieurs mois, le phénomène primitif a disparu pour faire place à un produit de sécrétion permanent. Ainsi, l’eczéma, l'eczéma impétigineux, l'impétigo, les variétés d’herpés, le rupia, l'ecthyma cachecticum, l'ecthyma, et bien d'autres affections, sont dans ce cas. Cependant les maladies que je viens de citer sont les plus com-

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munes, sans contredit. Ainsi pour les variétés d’eczéma les vésicules primitives sont remplacées par un état de la peau eriblée de petites ouvertures d'où transpire, sous forme de pluie, de la sérosité jaune et limpide. Dans l’impétigo, dès le troisième ou le quatrième jour ce n’est plus qu’une croûte purulente que représentent les nombreuses pustules confluentes de cette maladie. Dans le rupia et dans l’ecthyma cachecticum, ce sont des croûtes noirâtres d'aspect gangréneux qui remplacent les vésicules ou bulles primitives apparentes, seulement pendant les premiers jours, et ainsi de suile.

De sorte qu'en regardant comme une source d'appréciation fort exacte, et comme donnant au diagnostic quelque chose de très positif, l’élément morbide ; si le médecin n'a pour donnée que cet élément, il lui fera le plus souvent défaut.

C'est parce que j'ai été frappé de ce fait que j'ai cherché à trouver une méthode de diagnostic basée sur les produits morbides secondaires; voie dans laquelle Alibert était déjà entré en partie dans sa première classification, en fondant sur eux quelques uns de ses groupes. Cette donnée a un très grand avantage, car Îe produit morbide est permarent tant que la maladie existe ; si des onctions, des pommades, l'ont fait disparaître, il suffit d'abandonner la maladie à elle-même sans application d'aucun topique pendant quelques jours, pour voir reparaître la sécrétion qui lui est propre. D'ailleurs, dans les cas les plus difficiles et dans l'ncertitude entre deux ou trois affections, rien n'empêche de se rattacher en second lieu à l'élément anatomico-pathologique; mais par ma méthode, qui est disposée par voie d'exclusion, ou l’on arrive tout de suite et du premier coup à diagnostiquer l'affection, ou l’on est amené à un groupe de deux ou trois maladies que des circonstances de localité, de siége, de disposition générale, permettent de distinguer facilement. Depuis six ans, au moins, elle est soumise au contrôle des élèves qui suivent ma clinique à l'hôpital; je lui ai donné la publicité

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des journaux, et j'ai toujours vu un tel empressement à l’adopter, qu'elle doit avoir des avantages sur celle donnée par Willan, la méthode de Willan étant plutôt une classification qu'une méthode de diagnostic.

Je divise les maladies en deux grandes classes : maladies sécrétantes, maladies non sécrétantes. Rien de plus facile à résoudre que cette question. Ÿ a-t-il croûte, les linges sont-ils tachés, le médecin reconnait tout de suite la sécrétion. S'il n’y a pas d'apparence de ce genre, le malade, quelque peu intelligent qu’il soit, répond toujours à la question de savoir si la maladie a jeté ou n'a pas jeté; il dit même ce que la maladie a jeté.

Ceci posé, et dans l'hypothèse où l'affection est sécrétante, il faut chercher à reconnaitre ce qu'elle sécrète. Ce sera de la sérosité, de la sérosité purulente, de la sérosité purulente et santeuse, du pus, de la matiere grasse, chacune de ces catégories de sécrétion comprenant un groupe de maladies, comme on peut le voir dans le tableau suivant ; rien de plus facile, d'ailleurs, à distinguer que ces produits de sécrétion. La grosité ne fait pas naiître de croûtes, elle salit le linge, l'empèse, y imprime une tache d'un gris roussâtre; la sérosité purulente peut produire une croûte, mais cette croûte, peu épaisse d’ailleurs, est d’un jaune grisâtre; ce n’est pas la croûte de pus desséché, avec sa couleur d’un jaune dit purulent. Quant à la sérosité purulente et sanieuse, ce n’est ni le reflet jaune du pus, ni le reflet jaune grisâtre du pus et de la sérosité, ni le noir de la sanie gangréneuse ; c'est une croûte d’un gris noirâtre qu'il suflit d'avoir vue une fois pour la reconnaitre toujours, et qu'il n'est même pas nécessaire d'avoir vue. — La matière grasse se reconnaît à son aspect d’un gris sale, poisseux, mou, s’enlevant avec l’ongle et très facilement.

Prenons donc un exemple pour diagnostiquer une maladie sécrétante. Soit un malade qui se présente au médecin affecté d'une maladie de la peau à la jambe avec croûte purulente ; en se reportant au tableau, on trouve cinq maladies qui peuvegt denner du pus : l'acné, la gale pusluleuse, le sycasis pustuleur,

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