‹ Traité practique des maladies de la peauChapitre 18 sur 77 · MÉDICATION ANTIPHLOGISTIQUE · texte numérisé non relu

MÉDICATION ANTIPHLOGISTIQUE

espèce d'application aqueuse, pour en venir aux poudres, aux fécules sèches ou aux corps gras. Quelquefois l'affection ne peut supporter ni applications aqueuses ni corps gras ; employez alors les poudres seules. C’est ainsi que l’herpès phlycténoide, le zona, le pemphigus, le rupia, sont aggravés par ces divers agents ; l’amidon en poudre, au contraire, produit un effet salutaire sur ces maladies. Il en est de même des érysipèles. Les eczémas sont tantôt améliorés, tantôt aggravés par les poudres. Pour citer un fait observé de tout le monde et qui vienne à l'appui de nos assertions, il suffit de rappeler ce que tout praticien a pu remarquer, à savoir : qu'un cataplasme de farine de graine de lin peut faire naître en sept ou huit heures un érythème sur la peau saine de certaines personnes. D'où, en résumé, la conséquence que, dans une affection cutanée qui exige l’emploi des émollients, le médecin ne saura dire à première vue si les cataplasmes pourront être efficaces ; il faut nécessairement qu'il en fasse l'essai.

Graisses.— ]1 en est de plusieurs espèces : le suif, la graisse de porc, le saindoux, le co{d-cream. Le suif est pour certaines éruptions le médicament par excellence. Le contact de l'air, en effet, a une grande influence sur beaucoup d'entre elles ; s'il est nécessaire à quelques maladies, il est très nuisible à d’autres. Il en résulte que le corps qui abritera le mieux la peau du contact de l'air produira l'effet le plus salutaire sur beaucoup de maladies cutanées, en évitant ce contact le plus souvent défavorable. Or le plus dense de ces corps gras est le suif. Les onctions de suif produisent merveille sur le lichen, et en général sur les affections squameuses. Le saindoux est moins dense que le suif, mais c'est néanmoins une bonne graisse. Dans la forme aiguë du pityriasis rubra, du psoriasis aigu, du lichen, les onctions sur toutes les surfaces malades avec le saindoux font cesser presque subitement les démangeaisons et favorisent ainsi singulièrement la guérison. En effet, le grattage, en activant l'irritation cutanée qu’elles provoquent, détermine l'extension continuelle de la maladie.

Le cold-cream, formé d'un mélange de blanc de baleine et d'huile d'amandes douces, quoique moins dense et par suite moins efficace que les graisses précédentes, est cependant très avantageux dans les éruptions siégeant à la figure, surtout chez les dames, à cause de l'absence d’odeur; mais on doit recommander aux malades de faire usage du cold-cream simple, et non de celui que vendent la plupart des parfumeurs, qui y ajoutent des substances plus ou moins irritantes, et quelquefois même de l'extrait de Saturne ou du sublimé.

Poudres. — L'amidon de blé est la poudre émolliente par excellence. On sait qu'en chirurgie on parvient souvent à enrayer les érysipèles traumatiques en les saupoudrant d’amidon. Quant à la manière de l’employer, ce ne sont pas des couches épaisses qu'il faut entasser sur l’éruption, on doit se contenter de la saupoudrer. Une quantité considérable d'amidon forme- Fait bientôt, par l'absorption des liquides sécrétés, une pâte qui, en se desséchant, donnerait lieu à des croûtes étendues ; ces croûtes produiraient le resserrement, la crispation de la peau, et par suite s'opposeraient à une utile sécrétion.

Émollients réfrigérants, — Ici se présente l’eau en lotions, compresses ou irrigations. Mais, depuis le règne de l'éther et du chloroforme, on a composé avec ces substances des pommades qui amènent les meilleurs résultats. fe formule ainsi une pommade au chloroforme :

AIONBC. «+ PR 30 grammes.

Chloroforme ...,...,..,... 2 grammes.

Les démangeaisons de l’eczéma, du lichen, sont calmées par la réfrigération salutaire que produit le chloroforme en se volatilisant sous l'influence de la chaleur cutanée. On pourrait employer l'éther de la mème manière. A défaut de ces substances, 2 à 3 grammes de vinaigre incorporés à 30 grammes d'axonge peuvent amener la sédation.

Bains locaux.— Ils sont rarement employés dans les maladies de la peau. C'est qu’en effet le maladeost presque toujours obligé

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de tenir pendant longtemps lemembre baigné dans une position déclive qui favorise l'afflux et la stase du sang; de là presque toujours accroissement de l’inflammation cutanée. Il est cependant un cas où ces bains sont utiles : c'est dans le psoriasis pal maire. Je prescris alors avec grand avantage des bains d'eau de vaisselle ; les eaux de lavage les plus grasses sont aussi les plus favorables. Ces bains, l'observation le démontre, produisent dans ces cas des effets merveilleux. On emploie aussi dans le même but, mais peut-être avec un peu moins de succès, de l'eau dans laquelle on a fait bouillir des tripes.

Bains généraux. — Ce sont les bains gélatineux, ceux d'amidon et de son. Il faut au moins 500 grammes d’amidon pour un bain (voyez Formulaire, Bains). Une précaution qu'on doit prendre, c’est de mêler d'abord l’amidon avec de l’eau froide, puis de porter le mélange à l’ébullition avant de le jeter dans la baignoire, sans cela la vésicule amylacée qui renferme le principe mucilagineux ne s’ouvrirait pas, et, au lieu d'un ban émollient, on aurait un bain d’eau simple avec des grains de fécule au fond de la baignoire.

IL faut pareillement 500 grammes de gélatine pour un bain gélatineux, qu'on prépare de la manière suivante :

La veille, ou trois ou quatre heures avant le bain, on place dans un vase quelconque la gélatine avec de l’eau bouillante; avec cette précaution, quand on voudra prendre le bain, on trouvera la gélatine sous forme de gelée molle, qui se dissoudra dans l’eau du bain avec la plus grande facilité.

Quant aux bains de son, il faut en mettre une grande quanüité si l'on veut qu'ils acquièrent des propriétés émollientes.

Bains de vapeurs. — (Voyez article Bains EN GÉNÉRAL.)

2+ Médication résolutive.

Ses moyens d'action sont tous locaux, car il n'existe pas de médication résolutive interne, à moins qu'on ne considère comme telle celle qui a pour base quelques astringents, la

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décoction de feuilles de noyer, l’orme pyramidal, quelques gommes astringentes, etc., mais peu employées d’ailleurs.

Les médicaments résolutifs sont généralement empruntés aux agents de la médication irritante, et ce n’est qu'en les étendant dans des excipients qu’on leur communique des propriétés résolutives. |

L'extrait de Saturne, par exemple, s’il est appliqué seul, provoquera le développement d’un état inflammatoire ; étendu d'eau, au contraire, il deviendra résolutif. Il en est de même de l'alcool camphré et des eaux dites vulnéraires. — Les excipients ordinaires sont l’eau, la graisse et les poudres.

Résolutifs aqueux. — I] est trois substances résolutives que nous employons de préférence en dissolution dans l'eau: le sous-acétate de plomb, l'alun, le sublimé. |

L'expérience nous a démontré que, généralement, la dissolution de sous-acétate de plomb ne doit pas dépasser 1/300° de son poids d’eau, si l'on ne veut pas qu'il cesse d’être résolutif, On devra commencer par une dissolution à 1/400° pour arriver graduellement à 1/300°.

Pour l’alun, on peut débuter par une dissolution au 300°, en augmentant jusqu’à 1/200° et même à 1/150°. L'action de l'alun n’est pas identique avec celle de l'extrait de Saturne. En quoi consiste la différence? On l’ignore; mais l'expérience prouve tous les jours que certaines maladies se trouvent mieux de l’une que de l’autre de ces substances : c’est par des essais, des tâtonnements qu'on découvre cette idiosyncrasie cutanée.

Le sublimé est la plus résolutive des trois substances; mais il est plus excitant que les autres, aussi on débutera par une dissolution à 4/1500° : 4 gramme de bichlorure d'hydrargyre, par exemple, pour 4400 grammes d'eau, en recommandant au malade de dissoudre le sublimé à l’eau bouillante, car cette substance est peu soluble dans l'eau froide. Beaucoup de pharmaciens, pour se dispenser de la faire bouillir, se servent d'alcool pour en opérer la dissolution : mais certaines maladies de la peau supportent très mal l'alcool; en outre, si

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