MÉDICATION RÉSOLUTIVE
l'ésprit-de-vin a été mis en quantité notable, on a un mélange d'alcool et d’eau dans lequel l'alcool ne tarde pas à se volatiliser; la dissolution de sublimé en devient plus concentrée, nouvelle cause d'irritation. Nous avons dit qu’il fallait commencer par 1/1500°; mais souvent on s’apercevra même que cette dose est trop forte, et il faudra descendre à 1/2000-°, à 1/3000°. Pour employer ces solutions, on en imbibe des compresses qu’on applique sur les régions de la peau où siége l'affection. Or il est des malades qui humectent à chaque instant leurs compresses. Qu’arrive-t-il? Ces linges, desséchés par l'évaporation de l’eau seule, retiennent une certaine quantité de sublimé, et si on les retrempe dans la dissolution à 1/1500°, je suppose, ils se trouveront en réalité imbibés d'une dissolution à 1/750°; une seconde imbibition augmentera encore la dose proportionnelle du sublimé : en sorte que, si la même compresse est employée de cette façon plusieurs jours de suite, elle se trouvera, vers la fin, chargée d’une énorme proportion de bichlorure. 11 faut donc avoir soin que le malade ne retrempe sa compresse que deux ou trois fois par jour au plus et qu'il en change le lendemain, ou bien qu’on lui lave celle de la veille. Cette précaution est de la plus haute importance, et c’est pour l'avoir omise qu'on a souvent eu des insuccès et même des aggravations de la maladie. Un eczéma, par exemple, est à sa période décroissante. On s’est bien trouvé de l’alun, mais il ne suffit plus; on veut essayer le sublimé, et l’on voit augmenter le mal, bien qu'on ait débuté par une dissolution faible : la cause n’en est autre que la négligence de la précaution dont je viens de parler.
Ïl est un autre résolutif susceptible d’être employé en dissolution dans l’eau, qu’on regarde comme très puissant : c’est le chlorhydrate d’ammoniaque. Je le mets peu en usage; et, en effet, son efficacité se révèle surtout dans la résolution des tumeurs, des engorgements, mais son action est bien moindre dans les maladies de la peau : ici il agit d'une manière analogue à l’alun.
Résolutifs graisseur. — Comme on sera souvent obligé de les épuiser tous avant d'obtenir un résultat avantageux, il faut débuter par les plus doux.
Le tannin doit être mis en tête sous ce rapport. Malgré sa bénignité, on fera bien néanmoins de ne pas employer tout d’abord la formule qui se trouve dans la plupart des livres : tannin, 4 grammes; axonge, 30. Cette pommade est fort active, et ne doit venir qu'après un usage de quelque temps. C'est, du reste, une remarque qui s'applique à tous les médicaments. Si l'on débute par la dose maxima, le médicament ne sera pas toléré, ou bien l’économie s’y habituera, et alors il ne produira bientôt plus d'effet. Toutes les fois qu’un remède doit être longtemps continué, il faut procéder par doses graduellement croissantes. C’est ainsi que pour le tannin on débutera par 4 gramme pour 30 d’axonge, puis 2, 3, et l'on dépassera rarement cette dose. J'associe à cette pommade de 20 À 25 centigrammes de camphre, mais pas davantage , et j'ai soin de recommander au pharmacien de dissoudre le camphre dans quelques gouttes d'alcool avant son incorporation ; sans cela il se mélerait imparfaitement à l'axonge.
Oxyde de zinc. — Comme pour le tannin, la dose des formulaires est trop forte. Ne l'employez jamais au delà de 4, de 2 ou 3 grammes pour 30 d’axonge, et ajoutez une petite quantité de chloroforme ou de camphre. Quelques praticiens font usage du cérat calaminaire, qui est formé d'oxyde de zinc naturel; il est moins actif que l’oxyde artificiel. C’est, du reste, ce qui a lieu pour la plupart des produits chimiques; ceux que fournit la nature ont toujours une activité moindre que ceux qui sont le produit de l'art: le sulfure d’arsenic naturel, par exemple, est incrte, tandis que le sulfure artificiel est doué d’une grande activité. Appliquant cette remarque à la calamine, nous en concluons qu'on peut l’emplover au début à la dose de 3 à h grammies.
Camphre. — C'est un résolutif puissant, et qui, dans les maladies de la peau, a l'avantage d’éteindre les démangeaisons.
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C'est pour cela que nous l’associons presque toujours aux pommades de tannin et d'oxyde de zinc. Si l'on voulait formuler une pommade au camphre seul, on en mettrait de 35 à 75 centigrammes pour 30 grammes d’axonge.
Chloroforme. — Employé avec avantage dans les maladies de la peau, pour la propriété qu'il a, comme le camphre et plus que lui, d’éteindré les démangeaisons.
Comment agit-il? Est-ce par sa nature ou par son évaporation ? Peut-être par l’une et par l’autre. En effet, dans les névralgies, une friction sur la partie douloureuse suffit souvent pour enlever subitement la douleur; dans les maladies de la peau, le chloroforme, par son évaporation, soustrait le calorique à la surface tégumentaire, ce qui amène une sédation du prurit. Ne se pourrait-il pas aussi que le chloroforme produisit une anesthésie locale analogue à celle qu’il provoque sur l’ensemble de l'économie quand il est absorbé par la membrane muqueuse pulmonaire ? C'est ce qui est très probable. Quoi qu'il en soit, la dose est de 1 à 2 grammes pour 30 d’axonge,
Huile de vade. — Pour compléter l’histoire des corps gras, nous devons dire un mot de l'huile de cade vantée par M. Serre, d’Alais, C’est une huile empyreumatique obtenue par la distillation du genévrier. Je l’ai employée sur une grande échelle (voy. Bulletin de thérapeutique), comparativement à l’huilé distillée de goudron, et j’ai obtenu des succès de l’une et de l’autre; cependant je donne la préférence à l'huile de cade,
pourvu toutefois qu'elle soit pure.
Dans mes expériences, j'ai toujours procédé du simple au composé. J'ai commencé par de petites doses en augmentant graduellement; mais j'ai bien vite reconnu qu’à haute dose l'huile de cade accrott l'intensité de la maladie cutanée, loin de l'améliorer. | |
À ce propos, je vous citerai l'observation suivante.
I s’agit d’une jeune fille que j'avais presque guérie d'un impé: tigo de la tête, et que j'avais envoyée dans le midi de la France pour y fortifier sa constitution. Le médecin qui lui donna des
soins, dans le but d'assurer la guérison, crut devoir appliquer sur la tête de grandes quantités d'huile de cade, et la maladie reprit bientôt une nouvelle intensité. La jeune fille me fut ramenée à la période décroissante de la maladie; je recommençai, mais à faible dose, l’usage de l'huile de cade, et la malade fut définitivement guérie.
Voici la meilleure manière d'employer cette huile.
A l’aide d'un pinceau de charpie, étendez-en une couche sur toute la surface malade; puis, avec du coton cardé sec, enlevez toute l’huile que vous pouvez enlever, sans frotter néanmoins fortement la peau : celle-ci restera légèrement colorée, et cela suffit pour obtenir un bon résultat.
L'effet de l'huile de cade sera d'autant plus salutaire, que la maladie se sera mieux trouvée de l’usage des graisses. Si les poudres ont été mieux supportées, l'huile de cade comptera moins de succès. Ajoutons, malgré l'opinion contraire de M. Serre, qui l'emploie à toutes les périodes de la maladie, que c'est seulement à la dernière période, lorsque l’eczéma ne fournit que des squames, et pour faire disparaitre cet état écailleux qu'il laisse quelquefois à sa suite, qu’il me paraît convenable de la mettre en usage. M. Serre recommande encore de l'employer tous les jours, tous les deux jours; je n'en renouvelle l'application que tous les trois ou quatre jours. Chaque application, en effet, est suivie d’un sentiment de chaleur, de cuisson, d’une irritation dont la durée n'est, il est vrai, que de dix minutes à un quart d'heure, mais qu'il importe néanmoins de ne pas provoquer trop fréquemment. On doit en outre s'abstenir de toute médication externe pendant les douze heures qui suivent une onction avec l’huile de cade.
Poudres résolutives. — 1l est des maladies cutanées qui ne se trouvent bien ni des résolutifs liquides, ni des graisses. Ces affections font le désespoir du médecin, car il est difficile de composer des résolutifs pulvérulents. Il faut bien s’y résoudre cependant, et voici les choix que nous recommanderons.
Parmi les poudres résolutives, les unes le sont de leur na-