‹ Traité practique des maladies de la peauChapitre 20 sur 77 · MÉDICATION RÉSOLUTIVE · texte numérisé non relu

MÉDICATION RÉSOLUTIVE

ture, comme le Zycopode, le fan, la poudre de vieux bois: les

autres ont pour base une substance très active mitigée par une: poudre inerte qui sert d’excipient. Le lycopode, dont on saupoudre avantageusement les érythèmes, si fréquents chez les nouveaux-nés , sera également employé avec succès contre V'érythème, \'herpes circiné, l'eczéma des bourses, des seins, etc. La poudre de fan est moins rude, plus onctueuse que le 1ycopode ; quand on l’a tamisée, elle est fine, impalpable. Mais ce qu'il y a encore de meilleur dans ce genre, c’est la poudre de vieux bois. Rien de mieux contre toutes ces petites érosions du prépuce, de la figure, des oreilles. Autrefois toutes les pharmacies en avaient dans leur officine, et les dames n’usaient pas d’autre poudre pour leur toilette. Aujourd’hui, on ne la trouve que dans les pharmacies de date ancienne : c’est que les parfumeurs se sont emparés de la préparation de ces sortes de poudres, et cependant elle est bien préférable à tout ce que l'on a fait depuis.

Le tannin, l’alun, le sous-nitrate de bismuth, etc., forment la base de poudres résolutives plus actives ; le meilleur excipient c’est l’'amidon. Si ces substances ne sont pas employées seules comme poudres résolutives, c’est qu’elles sont trop énergiques et que leur contact produirait une irritation dont l'intensité croitrait en proportion de l'étendue et de la continuité de la surface affectée, ce que l’on évite en les associant à de l’aimidon.

La présence de l’amidon diminue sans doute cet inconvé= nient, mais elle est loin de le détruire. Quelque étendue, en effet, que soit la poudre active, il y aura toujours 100, 200 molécules, par exemple, qui agiront comme si elles étaient seules sur la partie de surface cutanée avec laquelle elles seront en rapport, et qui l’irriteront dans la proportion de leur contact. Car le mélange n’atténue en rien l'effet immédiat de la poudre, il rend seulement les contacts moins multipliés. Voilà pourquoi il est si difficile d’avoir une poudre résolutive qui ne soit pas nuisible, lirritation en étant presque toujours la

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conséquence. Aussi on renonce le plus souvent aux mélanges pulvérulents. Si cependant on se voyait forcé d'y avoir recours par l'intolérance absolue des graisses et des liquides, on pourrait associer, par exemple, 1/400° et souvent même 1/1000" seu: lement de poudre d’alun à de l’amidon.

Résolutifs généraur, ou appliqués à toute la surface cutanée. — On comprendra qu'il s'agit ici des bains. Les plus simples sont composés avec 125 à 300 et même 400 grammes d'alun dissous dans la quantité d’eau nécessaire pour un bain ordinaire. Les malades les supportent très bien, et c'est un excellent résolutif.

Les bains de sublimé sont plus difficiles À manier. On doit commencer par 2 grammes, augmenter de 4 gramme tous les deux ou trois bains, et s'arrêter à 12 grammes, dose marimum qu'on ne devra jamais dépasser. Si l’on voit quelquefois prescrire des bains avec 10, 20, 30 grammes de bichlorure, c’est dans les affections syphilitiques, lorsque le malade ne veut ou ne peut prendre le mercure à l'intérieur; mais, dans ce cas, la peau est saine et joue le rôle d’absorbant de la substance médicamenteuse, sans être irritée par elle. Toutes les fois que la peau sera malade, on devra bien se garder de porter la dose à ce chiffre.

Les bains aromatiques peuvent être considérés comme résolutifs ; on les prépare de deux manières.

Au bas d’une boîte cubique dans laquelle se place le malade, la tête seule au dehors, se trouve un petit fourneau avec une plaque de fonte où l'on fait brûler des plantes aromatiques au des résines, ordinairement du benjoin. La vapeur provenant de cette combinaison circule dans la boîte et constitue un bain qui a le chaleur pour auxiliaire.

Dans l'eau d’un bain simple, on verse une forte infusion ou décoction de plantes aromatiques, et l’on obtient ainsi la deuxième espèce de bain.

Tel est l’ensemble du second élément de la méthode anti-

phlogistique.

MÉDICATION DÉRIVATIVE. oi 3° Medication dérivative.

C'est le troisième ordre de moyens que nous considérons comme faisant partie de la médication antiphlogistique ; c'est une des plus puissantes méthodes de traitement des maladies de la peau. Nous avons en effet divisé ces maladies au point de vue thérapeutique en deux grandes classes : maladies sécrétantes et maladies non sécrétantes. Dans les premières, la peau est le siége d’une sorte d’émonctoire que la guérison de la maladie va supprimer. Or, si cette suppression a lieu sous l’influence de topiques résolutifs, le mouvement fluxionnaire qui s'était établi à la surface cutanée sera répercuté, c'est-à-dire qu’il ne peut se porter que vers un organe interne, ce qui n'est pas sans danger. Pour enrayer, ou mieux pour prévenir les fâcheux effets de cette répercussion, on établit à l’aide des purgatifs une dérivation sur le tube intestinal.

Donc, toutes les fois que, dans une maladie de peau, viendra la période où les résolutifs seront indiqués, ne manquez jamais d'y joindre les dérivatifs sur le tube intestinal ; et, dans les cas où le canal intestinal est malade, qu'il ne permet pas cette dérivation, ne vous hâtez pas de guérir l'affection cutanée, laissez-la subsister au besoin, pour s'éteindre spontanément si elle doit le faire; car alors elle est, vis-à-vis de l’affection intestinale, un moyen d’en obtenir la guérison ou de s'opposer à son accroissement. On ne devra dans aucun cas établir une dérivation sur la peau; les raisons en ont été précédemment exposées. Mais, pour user des purgatifs, il faut que l'estomac et les intestins soient en bon état et capables de les supporter. Il y a des personnes habituellement constipées et qui usent sans mesure de toutes les pilules purgatives exploitées par les charlatans. Toutes ces pilules ont pour base les drastiques (jalap, aloës, scammonée). Loin de détruire la constipation, elles ne font au contraire que la rendre plus tenace, leur effet étant

purement momentané. Les purgatifs huileux, au contraire,

favorisent dans ces cas la sécrétion muqueuse du canal alimentaire et attaquent ainsi la constipation dans sa cause première, qui est la trop grande sécheresse habituelle du tube digestif.et surtout du gros intestin. Toutefois, les purgatifs huileux ne conviennent pas à tous les malades. Les personnes brunes, chez lesquelles il y a souvent prédominance des fonctions de l'appareil biliaire, manifestée par les selles dites bilieuses, se trouveront mieux du purgatif des Anglais, du calomel. Chez d'autres, enfin, les purgatifs salins seront mieux appropriés.

Nous venons de spécifier la période des maladies de la peau dans laquelle il convient d'employer les purgatifs. Dans quelle mesure faut-il en user? En thèse générale, prescrivez deux laxatifs toutes les semaines en hiver et un toutes les semaines en été; au delà, on fatiguerait l'estomac et les intestins et l’on amènerait une perturbation dans les fonctions nutritives.

Il est deux affections qui, quoique sécrétantes, excluent absolument les purgatifs : ce sont le pemphigus, le pityriasis rubra aigu et le rupia. Ces maladies, en effet, et ce sont peutêtre les seules parmi les affections cutanées, peuvent être mortelles par elles-mêmes. Si les personnes qui en sont atteintes éprouvent le plus léger refroidissement, soit à la sortie du bain, soit à la promenade, la sécrétion cutanée diminue au:sitôt, les intestins se prennent, et il survient une diarrhée tellement liquide, pour le cas de pemphigus surtout, qu’Alibert croyait qu'il s'établissait à l’intérieur une véritable sécrétion pemphigoïde qui fournissait les éléments de cette diarrhée ; il disait même avoir vu des bulles de pemphigus dans le côlon. Dans certains cas de répercussion, les malades atteints de cette diarrhée ont jusqu'à dix, vingt, trente garderobes par jour, et rendent huit, dix litres de liquide dans les vingt-quatre heures. Ce flux séreux si abondant conduit bien vite le malade au tombeau. Ou doit donc, chez les malades atteints de pemphigus ou de rupia, surveiller avec soin le tube digestif, en évitant tout

MÉDICATION MODIFICATRICE. 69 ce qui pourrait l'irriter; de là l'exclusion absolue des purgatifs dans le traitement de ces maladies.

h° Médication modificatrice ou perturbatrice.

Les maladies cutanées chroniques peuvent, par leur durée et leur siége permanent sur la même surface de la peau, changer à tel point la vitalité du tissu, qu'il en résulte une habitude morbide semblable à ces vieux ulcères que l’on ne guérit qu'à la condition d’en modifier la vitalité par des caustiques ; de là la partie de la médication antiphlogistique que nous appelons perturbatr'ice.

Ce sont les charlatans qui usent surtout de cette méthode, et, 1l faut l'avouer, ils ont quelques succès. Les agents de leur médication perturbatrice sont les pommades; il y en a un grand nombre : les principales ont pour base le cinabre, le sulfate de cuivre, le sous-nitrate de mercure, l’oxyde rouge de mercure, quelques unes le sulfate de fer à haute dose. Ces pommades produisent, en général, une suppuration sur les parties où on les applique, en vertu du principe irritant qui les com- * pose; puis la suppuration se tarit, et la guérison de l'affection cutanée en est souvent la conséquence, lorsque la maladie est ancienne. Si cette méthode est mauvaise en thèse générale, elle est bonne quelquefois, et l’on peut dire même qu'elle n'est pas nouvelle. Les anciens avaient vanté le vésicatoire contre certaines dartres ; or les ppmmades agissent d'une manière analogue, mais plus lente : elles transforment la surface malade en une plaie ordinaire par la modification profunde qu’elles impriment au mode de vitalité des tissus. Je regarde l'huile de cade, dont il a été parlé, comme produisant déjà un léger effet de ce genre.

Les agents modificateurs que j'emploie d'ordinaire sont surtout la solution de nitrate d'argent cristallisé à‘ftrois degrés de concentration différents; jamais ou presque jamais la pierre infernale, c'est-à-dire le nitrate pur, excepté dans la rnentagre,

quand il existe des boutons indurés, stationnaires, indolents : ici la cautérisation légère au crayon de nitrate d'argent provoque la résolution rapide de ces engorgements. Pour en revenir aux solutions, la plus concentrée dont je fasse usage contient parties égales de nitrate d'argent et d'eau distillée; la deuxième est au cinquième, la troisième au dixième de nitrate d'argent. Notons qu'il s’agit de nitrate d'argent crisallisé et non fondu; car celui-ci, ne contenant pas d'eau de cristallisation, donnerait des solutions plus concentrées. Pour appliquer ces solutions, on en imbibe un petit pinceau de charpie avec lequel on touche légèrement les surfaces malades. Mais, tandis que quelques médecins font usage de la méthode perturbatrice au début de la maladie et pour la faire avorter, nous ne l'employons que lorsque l'affection a résisté à tous les traitements rationnels.

La solution de nitrate acide de mercure a produit quelquefois d’heureux effets. M. Récamier a beaucoup insisté sur son usage pour combattre les ulcérations du col de l'utérus et celles que détermine au sacrum le décubitus dorsal prolonge. Je substitue au composé d'acide nitrique et de nitrate acide de mercure, dont on trouve la formule dans le Codex, la solution suivante :

Proto-uitrate de mercure cristallisé. . . 4 grammes. Eau distillée. . . . . . + + + 8 grammes.

Réduisez le nitrate en poudre, mélez à l'eau et portez le tout jusqu'à la température de l'éballition, mais sans faire bouillir, ce qui trénsformerait le proto-nitrate en deuto. Ajoutez dans l'eau chaude et goutte à goutte :

Acide nitrique. . . 4 « + « ee + + + 2 grammes. (L'eau seule ne pourrait pas dissoudre tout le proto-nitrate.)

On a ainsi une liqueur limpide avec beaucoup moins d'acide nitrique en excès, et c’est un très énergique modificateur de la peau, qui exerce principalement son influence par le sel mercuriel qu’il contient.

Un autre agent puissant de la médication modificatrice, c’est le vésicatoire ou la pommade épispastique, J'ai souvent fait

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voir à l'hôpital des exemples de leurs bons effets chez des malades qui portaient depuis longtemps sur le dos de la main une plaque de lichen rebelle à tous les traitements; la surface, après une suppuration de quelques jours, redevient lisse, et il ne reste sur les bords que quelques papules qui cèdent à une nouvelle application de pommade épispastique. Cette pommade ne doit être employée que sur des surfaces malades peu étendues et qui ont résisté à l'emploi d’autres moyens.

Enfin, il est des modificateurs d'une grande activité que j'applique surtout aux formes tuberculeuses des maladies cutanées ; les pommades ne suffisent pas, en effet, pour résoudre les engorgements tuberculeux. Les agents dont il s’agit sont à la fois caustiques et modificateurs. Plusieurs composés chimiques juuissent de çes propriétés; celui que je préfère, c’est le caustique de Canquoin, chlorure de zinc cristallisé. Ce chlorure, dissous dans l’eau, est peu actif; mais si on laisse ouvert le flacon qui le renferme, il absorbe peu à peu l’humidité de l'air, devient déliquescent, et c'est alors un excellent caustique. On fait une pâte avec le chlorure de zinc ainsi liquéfié et de la farine de froment de première qualité (la farine de qualité inférieure s'allie assez mal avec le chlorure de zinc pour que ce sel puisse être un moyen de reconnaitre Î4 farine de bonne qualité}; on applique cette pâte sur la surface malade. On la préparera plus ou moins molle, suivant qu'on voudra obtenir une cautérisation et une modification plus ou moins profondes. On pourra même quelquefois employer le chlorure pur. Le contact de cette pâte développe autour de la partie cautérisée une irritation érythhémateuse assez intense, mais qui est passagère, car au bout de vingt-quatre ou quarante-huit heures l'inflammation tombe, et il reste une croûte sèche, non suppurante. Les avantages de ce caustique sont donc de ne pas amener de suppuration, mais bien une cruûte qui se sèche et tombe au bout de quinze jours sans laisser au-dessous d'elle la moindre trace de cicatrice, pourvu que le malade n’y touche pas avant sa chute. Il faut, en outre, que le mélange soit fait

par l'opérateur lui-même au moment où il veut s'en servir, car la pâte s'épaissit très vite. Si, au lieu d’une modification profonde, on voulait obtenir une action légère sur la surfacr

malade, on passerait très superficiellement un pinceau imbibé de chlorure tombé en deliquium.

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