‹ Traité practique des maladies de la peauChapitre 23 sur 77 · RÉSUMÉ GÉNÉAAL DB LA MÉDICATION ANTIPHLOGISTIQUE · texte numérisé non relu

RÉSUMÉ GÉNÉAAL DB LA MÉDICATION ANTIPHLOGISTIQUE

à la même dose d’axonge quand on commence l'emploi des résolutifs, et l’on doit la rendre de plus en plus forte au fur et à mesure que là maladie approche vers la guérison; ainsi de suite pour les lotions, les bains, etc. La peau s’habitue, en effet, peu à peu à l’action de l'agent médicamenteux, et celle-ci finit per devenir nulle.

Toutes les fois que l’on emploie un agent résolutif, de deux choses l'une : ou il produit une stimulation à la peau, ou son effet parait négatif. Dans le premier cas, il faut le cesser tout de suite; dans le second, continuer et en augmenter progressivement la dose. Cette stimulation, qu'on doit éviter dans toute circonstance, sera annoncés par des picotements, un sentiment de brûlure que le malade accusera. Lors même qu'il vous dirait que ces excitations sont passagères, ne durent qu'un quart d'heure, cessez le résolutif pour y revenir plus tard; le moment n'est pas encore venu, car il reste un peu d'acuité : loin de retirer un bénéfice des résolutifs, dans ce cas on rappellerait l’état aigu et l'on prolongerait ainsi la durée de la ratladie.

Nous avons dit précédemment que la médication dérivative devait marcher de frant avec les résolutifs. C’est qu’en effet la répercussion d'une maladie cutanée peut entrainer les conséquences les plus graves, la mort même en très peu de temps. Un individu a une maladie de la peau, une portion plus ou moins grande de la surface de cet organe est depuis quelques temps le siége d’une sécrétion habituelle assez abondante. Un médecin inexpérimenté ou bien un charlatan cherche à tarir au plus vite cette sécrétion par des résolutifs. Or un matin, en arrivant auprès de son malade qu'il a laissé bien portant la veille, il le voit oppressé, la figure anxieuse, les traits profondément altérés. Il se demande ce qui s'est passé ; il examine et ne trouve plus la sécrétion cutanée : voilà tout. S'il ausculte le poitrine, il constate un peu de tumulte dans les battements du cœur et des râles sibilants et muqueux dans les poumons. Puis quelquefois, au bout de quarants-huit heures, le malade est

décédé sans autres symptômes qu'un accroissement dans les premiers phénomènes. Si le mouvement fluxionnaire supprimé ne se porte pas sur la poitrine, ce sera sur les intestins, et c'est alors qu’on verra le malade rendre par jour vingt-cinq, trente garderobes liquides, séreuses, et mourir souvent d’épuisement.

Que faire en pareil cas”? Ne pas s’exposer d’abord à voir ces accidents, et dans ce but user avec de grandes précautions de la médication résolutive. Si, nonobstant ces précautions, la maladie se répercute, on ne devra pas songer aux antiphlogistiques, car ils ne peuvent rien dans l'espèce. Tous les efforts devront tendre à rappeler à la peau la sécrétion supprimée. Les excitants, les stimulants les plus prompts dans leurs effets seront mis en usage. On fera des frictions avec l'huile de croton tiglium sur la partie malade, moyen héroïque en pareil cas, car il produit, même sur la peau saine, une éruption vésiculeuse sécrétante; des sinapismes seront promenés sur la poitrine, des vésicatoires ammoniacaux appliqués aux extrémités. On donnera en même temps les stimulants à l’intérieur, Cette observation s'applique, comme nous l'avons dit, aux maladies non sécrétantes, mais qui sont accompagnées de vives démangeaisons ou de démangeaison habituelle.

Le lichen, le psoriasis et même le prurigo peuvent être rangés dans la même catégorie. Qu'est-il besoin enfin de citer la gale? Chacun de nous a pu observer quelques cas de fâcheux accidents survenus à la suite d’une gale trop promptement disparue. Que d’affections organiques attribuées par les malades à une gale rentrée! Et si cette opinion vulgaire, contre laquelle s'élève si fort une école moderne qui, pour le traitement de la gale, ne se fonde que sur les recherches microscopiques, ne doit pas être acceptée dans tous les cas, nul doute cependant qu'elle ne soit fondée dans un grand nombre. C’est qu'en effet, dans les maladies cutanées chroniques qui s'accompagnent de démangeaison, l'habitude qu'a prise le malade de se gratter régulièrement tous les jours a rendu cette excitation

MÉDICATION ANTILYMPHATIQUE. 71 cütanée aussi nécessaire à l’économie qu’une sécrétion, qu’un cautère. |

Les purgatifs sont l’agent principal de la médication dérivative. Cette médication aura d'autant plus de succès que le malade sera antérieurement plus constipé. Si le canal intestinal est délicat, usez de précautions. Abstenez-vous de purgatifs pendant les épidémies de diarrhée, de choléra, dans la crainte de disposer vos malades à contracter ces affections. Traitez alors avec plus de lenteur la maladie cutanée par les moyens apprepriés, dé manière à ne la supprimer qu’à la longue, et sans que l'éconoinie en recçoive d'influence.

JE — MéDICATION ANTILYMPHATIQUE.

Une foule de maladies de la peau sont liées à la prédominanée du temperament lymphatique et dérivent de-ce tempérament. Si, en effet, nous consultons la statistique que nous avons fait faire à l'hôpital Saint-Louis, on verra que sur cent eczéma impétigineux, quatre-vingt-cinq se sont montrés chez des individus dont le tempérament se trouve qualifié de lymphatique ; à plus forte raison, si l’on prend cent mpétigo francs, maladie liée par excellence à ce tempérament. Or, l’eczéma impétigineux et l’impétigo simples constituent près de la moitié des maladies de la peau qu’on observe à l’hôpital Saint-Louis au printemps et à l'automne. X] suit de là que, si le changement de saison et les variations de température qui l’accompagnent peuvent être regardés comme une des causes déterminantes de ces maladies , il est rationnel de se reporter au tempérament lvmphatique pour en trouver la cause prédisposante. Et, en effet, après l’âge de trente ans, quand la prédominance de ce tempérament cesse de se faire sentir, que l'individu est devenu plus fort, plus énergique, plus sanguin par suite du développement de ses muscles par l'exercice et le travail, on observe plus rarement ces affections cutanées, et principalement l’une d'elles, l'imnpétigo. D'où cette conséquence pratique, à savoir :

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que le médecin doit s’efforcer de faire, par les moyens hygiéniques et médicamenteux, chez les sujets lymphatiques jeunes, ee que font plus tard chez eux l'âge et la nature; que la véritable cause à combattre est réellement la prédisposition : ce que l’on atteint en cherchant à modifier, non pas le tem pérament et la constitution, mais les effets auxquels ils donnent lieu, De à la médication que nous appelons lymphatique, spécislement applicable aux maladies que ce tempérament fait naître.

Jetons un coup d'œil rapide sur chacun des médicaments qui ont été tour à tour préconisés pour combattre les maladies qui ont pour point de départ le tempérament lymphatique. |

Les anciens n’employaient, contre la prédominance. lymphatique portée dans quelques cas jusqu’à la maladie, qu’un nombre assez limité de principes médicamenteux, les amers, les antiscorbutiques et le soufre ; les formules en étaient d’ailleurs très variées, et il ne nous est guère resté dans la pratique que quelques unes d’entre elles, sous forme de tisanes, de vins, de sirops. De là les décoctions de houblon, bardane, fumeterre, chicorée sauvage, etc. ; les sirop et vin antiscorbutiques, le vin de gentiane et les formules des préparations sulfureuses. Ce n'est pas que d'autres agents n'aient été mis en usage, car le calomel et diverses préparations mercurielles, le souscarbonate de potasse, l’hydrochlorate de cuivre ammoniacal, le chlorure de calcium, ont, à des époques plus ou moins rapprochées de nous, été tour à tour employés.

Mais ce n’est réellement que vers 1820, époque à laquelle Coindet, de Genève, introduisit l'iode dans la thérapeutique du goître d'abord, de la scrofule ensuite, que ces médicaments furent abandonnés , puis successivement remplacés par l'iode, la décoction des feuilles de noyer, l'hydrochlorate de baryte, le chlorure d'or, le chlorure de calcium , et enfin l'huile de foie de morue, Nous ne pouvons relater ici toutes les phases par lesquelles ces diversts préparations ont passé, Elles ont été chau-

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dement préconisées chacune par leurs auteurs ; mais quand ces préparations ont été employées par d’autres praticiens, ou elles n'ont eu aucune valeur, ou elles ont été considérées comme jouissant d'une grande énergie et comme devant amener d’immenses résultats dans la pratique médicale. Il nous suffira de prendre l’une d'elles comme exemple. L'hydrochlorate de ba ryte annoncé par Adair Crawford, en 1784, comme guérissant la grande généralité des scrofuleux , est porté aux nues par Hufeland jusqu'en 1825; Fournier Hébréard, Verdié, de Bordeaux, et Mollet, en signalent les excellents effets, tandis que cet agent médicamenteux ne produit aucun résultat avantageux entre les mains de Chaussier, de Pinel et d’Alibert. ll n’en a pas été de même pour l’iode, la décoction de feuilles de noyer, essayés par des praticiens impartiaux, tels que Baudelocque et Guersant père; ils ont été conduits, comme pour la plupart des médicaments d'une certaine valeur, à la statistique finale suivante : un tiers de guérisons, un tiers de soulagés, un tiers d’insuccès. Ce sont les résultats que donnent aussi et assez généralement le fer, le soufre, l'huile de foie de morue.

C'est qu’en effet quand on contrôle un médicament, on le donne indistinctement à tous les individus affectés de la même maladie à des degrés divers; et comme, quelle que soit la maladie , elle cède ou elle est rebelle aux traitements, fussent-ils les plus variés, on doit fatalement être conduit à des résultats semblables pour tous les médicaments qui ont une action réelle sur la maladie. Mais cette statistique d’un tiers de guérisons, d'un tiers de soulagés, d'un tiers d’insuccès, tout en prouvant qu'on s'est livré à une administration impartiale d’un agent donné, démontre que cet agent a une certaine valeur ; car si, au lieu de l'employer dans les phases les plus avancées de la maladie pour laquelle tout est alors impuissant, on ne l'eût donné qu'à des malades réellement curables, on aurait eu seulement deux catégories, individus guéris, individus soulagés : aussi je considère comme des antilymphatiques réels

ceux qui peuvent conduire à un pareil résultat. Ils ne guérissent pas toutes les scrofules, maïs ils en guérissent la moitié et soulagent l’autre.

À ce point de vue, il est deux agents principaux que nous pouvons citer en première ligne, ce sont l'iode et l’huile de foie de morue. Nous les regardons comme des médicaments par excellence, et cependant nous n'accordons pas à l'iode, par exemple, toute la portée d'action que Lugol lui a donnée. Mais, à cots de ces deux médicaments, nous trouvons le fer, les antiscorbutiques proprement dits, les amers, la décoction de feuilles de noyer, le soufre auquel il est difficile de ne pas reconnaître une part d'action puissante sur l’économie.

C'est en raison de ces grandes données d'observation générale que nous appliquons , depuis plusieurs années , au traitement de toutes les formes de maladies qui ont pour cause prédisposante le tempérament lymphatique, porté dans bon nombre de cas jusqu'à l’état morbide qualifié de scrofule, une médication que nous appelons mixte ou composée, parce qu'elle réunit dans ses éléments les agents qui comptent le plus de succès.

Ce n'est pas seulement de cette époque que nous avons employé des médications composées ou mixtes, il y a plus de quinze ans que nous unissons l'iodure de potassium au mercure pour combattre les accidents secondaires et tertiaires de la syphilis. Nous y associons, dans quelques cas de forme cachectique, le fer à assez haute dose ; nous y ajoutons l'huile de foie de morue, quand la forme lymphatique est prédominante ; et enfin l’arsenic dans certaines circonstances où le malade a fait usage de presque tous les antisyphilitiques, mais d'une manière isolée et quand il s'agit surtout d’affections des os. De sorte que nos médications mixtes sont parfois assez compliquées, puisque nous donnons à la fois et au méme individu des sudorifiques, du mercure, du fer, de l’iode, de l'iodure de potassium , de l'huile de foie de morue et de l’arsenic; tout cela sans qu'il en résulte aucun trouble pour l'économie : c’est ce

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que nous exposerons sous le titre de médications mixtes ou composées.

Quoi qu'il en soit, il faut, avant tout et suivant nous, établir une distinction tranchée entre la généralité des médicaments qui constituent la médication antilymphatique et les sulfureux qui peuvent aussi y être rangés à juste titre. Ceux-ci sont essentiellement excitants ; ils ont une action toute particulière qui en constitue des spécifiques. Ils n’agissent pas sur les ganglions et le système lymphatique, comme l’iode et l’huile de foie de morue, par exemple; mais ils exercent une influence marquée sur certaines maladies cutanées. Aussi scindons-nous en deux catégories distinctes la médication antilymphatique : la première, qui comprend l'ensemble des antiscrofuleux proprement dits, ou médicafion antiscrofuleuse; et la seconde, qui comporte seulement les sulfureux, médication excitante qui est plus spécialement applicable aux diverses formes d'herpès et que l'on peut nommer aussi antiherpétique.

1° Médication antiscrofuleuse.

Je la compose de tisanes amères, d’un vin ou d’une liqueur spiritueuse amère , d'iodure de fer avec plus ou moins d'excès d'iode, d'iodure de potassium et d'huile de foie de morue. Le houblon, la décoction de feuilles de noyer sont les deux tisanes que je préfère ; elles sont toutes deux bien supportées par l'estomac : l’une d'elles, la décoction de feuilles de noyer, me semble même avoir une action toute spéciale sur le système lymphatique. C'est qu'en effet ces deux tisanes ont deux principes tout différents : dans l’une c’est le principe amer, dans l'autre c’est le principe astringent, le tannin, qui agit. Cette différence d'action est même telle, que M. Psorpson, de Chambérv, qui a préconisé cette décoction, en a obtenu des effets fort remarquables durant sa seule administration, résultat que le houblon n'a jamais amené. On doit prescrire aux malades

: ‘trois verres de l’une ou de l’autre, dans la journée. Je donne,

82 THÉRAPEUTIQUE GÉNÉRALE, matin et soir, un mélange : 1° de sirop d’iodure de fer plus ou moins iodé ; 2° de vin de gentiane ou de liqueur antiscrofuleuse de M. Demaulon, pharmacien à Compiègne, et de l'huile de foie de morue, le tout battu et mêlé. Enfin, j'ajoute parfois l'iodure de potassium au sirop d’iodure de fer. Arrétons-nous un moment sur la valeur de chacun de ces médicaments. : Lorsque l’iode fut employé à l'intérieur de prime abord, on le donna à l’état de liberté, soit en substance sous forme pilulaire, soit en teinture, ou en dissolution dans l’eau additionnée d’un peu de chlorure de sodium (sel marin); dans tous ces modes d'administration l'iode libreirritait l'estomac, amenaïit de l’anorexie, faisait maigrir les malades et finissait par ne plus être supporté. L’iodure de potassium fut découvert par la chimie; on s’empara aussitôt de ce nouveau composé pour remplacer l'iode, sans tenir compte de ce fait que l’iode à l’état de combinaison n'était plus qu’un sel sinon inactif, au moins dans lequel l'iode ne jouait plus qu'un rôle secondaire, eu égard à l'iode donné à l’état de liberté; semblable en cela aux combinaisons des acides et des sels. L’engouement pour ce médicament fut complet et d'autant plus marqué que les malades pouvaient supporter des doses très fortes d’iodure de potassium sans en être incommodés. Mais bientôt on ne tarda pas à s'apercevoir que l'iodure de potassium n'amenait pas les guérisons comme l’iode. D'une autrepart, personnene nie l'efficacité du fer comme modificateur avantageux du sang des scrofuleux. J'ai eu la pensée de l’associer à l’iode à l’état d'iodure , combinaison beaucoup moins fixe et beaucoup moins stable, et par conséquent susceptible de mettre peu à peu de l’iode à l’état de liberté, soit dans le tube digestif, soit dans le sang, sauf à faire même prédominer l'iode dans certains cas; mais je ne suis pas retumbé dans l'excès passé, et j'ai introduit le tout dans du sirop de sucre, comme étant l'excipient le plus favorable à l'administration des médicaments en général, parce qu'il les enveloppe et qu'il atténue notablement les effets qui résultent de leur contact immédiat : de Ià les deux formules de sirap que l'on

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trouve dans notre formulaire sous les numéros 4 et 2, ainsi que le sirop composé d’iodure de fer et d’iodure de potassium. le donne de chacun de ces sirops une cuillerée le matin, une cuillerée le soir.

L'huile de foie de morue est un médicament par excellence, non pas tant pour modifier la constitution que pour agir d’une manière toute spéciale sur les ganglions engorgés; c'est au moius ce qui nous paraît résulter de nos observativns. Elle n’augmente pas l'appétit, elle le diminue ; elle n’active pas la circulation comme l'iode, le fer, les liqueurs amères ; elle ne fait ni maigrir ni engraisser, maïs, sous son influence, les ganglions engorgés diminuent de volume et finissent par disparaître. On a dit, dans ces derniers temps, que l'huile de foie de morue agissait en vertu de l’iode qu'elle renferme; et l’on s'est mis à préparer un mélange d'huile d'olive et d’iode que l’on vend sous la dénomination de son auteur, M. Personne. J'ai essayé cette huile à l'hôpital Saint-Louis sur une assez grande échelle, et pour la généralité des malades j'ai été obligé d'en revenir à mon traitement mixte, non pas que je prétende que l'huile iodée n’ait pas d'action : elle agit comme l'iode et en vertu de l’iode qu'elle renferme, par conséquent elle produit les mêmes effets que lui; mais elle n’agit pas comme l'huile de foie de morue et ne guérit pas comme elle. C'est qu’en effet, s’il y a dans l’huile de foie de morue des traces d'iode, ce ne sont que des traces ; il y existe d’autres principes dont l'analyse démontre l'existence, et peut-être encore des éléments que nous ne pouvons reconnaître par l’analyse, malgré les progrès de la chimie. Il faut bien avouer qu'il est bon nombre de matières animales qui nous échappent : peut-on compter pour rien cette saveur et cette odeur toutes particulières à l'huile de foie de morue brune? Les praticiens reconnaissent que cette huile, purifiée par la filtration et décolorée par le charbon, n'a plus les mêmes propriétés, ou qu'elle possède des propriétés beaucoup moins actives : ainsi l'odeur et la matière colorante que l’analyse ne saurait éliminer jouent

8h THÉRAPEUTIQUE GÉNÉRALE

déjà un rôle très puissant dans son mode d'action, à plus forte raison pour d’autres éléments qui ne nous sont pas connus. Je vais même plus loin, en disant qu'alors même que nous les connaîtrions, leur mélange artificiel ne saurait remplacer l'huile naturelle. Nous ne pouvons admettre en thérapeutique ces divers mélanges préconisés par quelques personnes, que comme une réunion d'éléments isolés qui agissent chacun en raison de leur vertu particulière, mais qui ne peuvent jamais remplacer un produit naturel, semblables en cela aux eaux minérales artificielles qui sont à cent lieues des eaux minérales naturelles.

Quant au mode d'administration de l'huile de foie de morue, il est très difficile. Jusqu’alors on n'est pas parvenu à masquer son odeur et sa saveur. Cette huile, prise seule , est très désagréable au goût, surtout pour les adultes, car les enfants s'y habituent assez facilement. J'ai cherché avec beaucoup d'autres médecins le moyen de la rendre moins repoussante, mais sans y parvenir. On a conseillé de faire rincer la bouche avec un peu d'eau-de-vie ou de rhum ; ce moyen est insuffisant même pour la bouche, dans laquelle il laisse la saveur de l'huile, et il ne peut rien contre les renvois qui suivent encore son ingestion dans l'estomac après plusieurs heures écoulées. Le mélange d'huile, de sirop d'iodure de fer et de vin de gentiane, le tout battu ensemble, est encore ce qu'il y a de plus supportable. Dernièrement on a conseillé de verser l’huile dans un peu d'eau, de mouiller au préalable toute la bouche avec de l'eau et d'en avaler même un peu, puis de boire l'huile avec l’eau dans laquelle elle est versée. Ce mode d'administration évite ainsi le contact de l'huile dans la bouche ; on prend d’ailleurs le soin de se la rincer immédiatement avec de l’eau. Ce procédé ne saurait parer aux renvois de goût d'huile qui se montrent pendant un certain temps.

Quant à la dose, elle doit varier en raison des conditions lymphatiques que l'on a à combattre. Trois ou quatre cuillerées par jour suffisent pour agir sur tout le système lymphatique.

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Il faut élever la dose jusqu'à six ou sept cuillerées, quand on veut obtenir la résolution d'engorgements ; et pour le lupus, pous en portons la dose jusqu’à dix cuillerées par jour ; nous avons été jusqu'à seize, mais cette dose nous paraît actuellement exagérée et inutile, Quelle que soit la dose, mieux vaut la faire prendre moitié le matin et moitié le soir.

Voilà quels sont les éléments de la médication antilymphatique que nous considérons comme ayant le plus de valeur. J'ai dit que cette médication devait varier en raison du but que l'on voulait atteindre. Elle doit être très limitée dans ses doses et dans sa forme composée, lorsqu'il s’agit de modifier très légérement la constitution. C’est ainsi qu'on prescrit aux enfants le sirop antiscorbutique ou le vin de gentiane, comme moyens excitants de l'appareil digestif et un peu aussi de l’état général. On joint à ces moyens l'huile de foie de morue à petite dose, ou un peu de sirop d'iodure de fer, lorsque quelques ganglions du cou, par exemple, sont le siége d'un léger engorgement.

Je n'hésite pas à donner le vin de gentiane, le sirop d'iodure de fer et l'huile de foie de morue, portée à quatre cuillerées par jour, quand l'affection cutanée a une forme lymphatique locale qui se dessine toujours par un épaississement des tissus, un empâtement, un état anormal, eu égard à la forme morbide ordinaire.

Enfin, j'entre franchement dans les doses plus élevées de chacun de ces agents quand il s’agit d’un état scrofuleux très prononcé. Mais ce que le médecin ne doit jamais perdre de vue, c’est qu'il faut doser les médicaments par rapport aux âges : ainsi, c'est par cuillerées à café que l'huile, le vin et le sirop doivent être donnés dans l'enfance, et ainsi successivement.

Quelques uns des agents que nous venons de citer contribuent puissamment aux résultats que l'on obtient de la médication antilymphatique, si on les emploie à l'extérieur conjointement avec l'usage intérieur : telles sont surtout les

préparations d'iode. L'iode a été préconisé à l'état libre pour rendre les bains médicamenteux, et pendant longtemps Lugol

a fait prendre tous les deux jours des bains iodés aux malades scrofuleux qui étaient confiés à ses soins. Il y a huit ans environ que l'on a reconnu, je ne dirai pas l'inutilité de ces bains, car c'était introduire l’iode dans l’économie de la manière la plus heureuse , mais le peu de bienfait que l'on en retirait par rapport à la dépense considérable qu'ils occasionnaient, et l'on n'a pas hésité à en suspendre l'administration. (Voy. Bas 1opÉs, Formulaire.) Il ne faut pas cependant se dissimuler que c’est là un des modes le plus avantageux pour faire pénétrer l’iode libre ou combiné dans l’économie, à la condition que l'enfant y reste un temps suffisant. Ces bains ne sont d’ailleurs pas affaiblissants comme les bains ordinaires ; ils stimulent la peau et les organes respiratoires, car il se fait toujours à leur surface une émanation iodée que l’on respire avec avantage. Ils peuvent donc être prescrits lorsque la fortune des malades en permet l'emploi.

Un effet médicamenteux analogue à celui que procurent les bains se produit lors des applications de solution iodée sur la peau, quand même l’iode est incorporé à l’axonge ; on retrouve alors l'iode dans l'urine et dans les autres produits de sécrétion, mais la solution iodée agit de plus comme résolutif. Toutefois l'absorption, et par conséquent l’action de l'iode, est bien plus énergique quand cet agent est appliqué en solution que lorsqu’il est incorporé à l'axonge. Le seul inconvénient de l'usage de ce médicament dans ces deux cas, c’est celui qui résulte de l’emploi d’une pommade ou d'une lotion qui contiendrait trop d'iode. Celui-ci agit alors comme caustique, il tanne la peau, la dessèche, détermine l'exfoliation de l'épiderme, et cette circonstance s'oppose à l'absorption d’une manière absolue. Ces lotions doivent contenir depuis 1/10000° d'iode jusqu'à 1/5000°. (Voy. Formulaire, Lotions et Pommanss 1obéss.) Au surplus, la lotion doit varier dans les doses des éléments qui la constituent, selon l’âge et la peau du sujet.

Ces applications locales jouissent d’une grande puissance résolutive dans les engorgements , et nous ne saurions trop en

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recommander l'emploi. Il faut prendre la précaution de recouvrir les compresses imbibées de solution d'un morceau de taffetas gommé, non seulement pour éviter le desséchement du linge et l’'évaporation de l’iode, mais encore la transformation de cet agent en acides iodique et iodhydrique.

L'axonge ne sert pas seulement d'excipient à l'iode et à l'iodure de potassium. Les praticiens, formulant en général des pommades trop actives, ont eu la pensée d'employer des pommades à l'iodure de plomb, dans l'hypothèse probable où, réunissant deux agents résolutifs, ils obtiendraient un effet plus marqué. C'est là une de ces erreurs si nombreuses commises par la généralité des médecins qui n’appliquent pas leurs connaissances chimiques à la thérapeutique, au moins dans l’art de formuler. L'iodure de plomb est une substance tout à fait insoluble et qui n’est pas absorbée : aussi ne trouve-t-on pas de traces de ce sel dans les produits des sécrétions. C’est au moins ce qui résulte d’un travail très consciencieusement fait sur l'absorption des diverses préparations d’iode par M. Titon, interne des hôpitaux de Paris. La pommade à l’iodure de plomb n’a pas les inconvénients locaux des pommades iodées ; elle ne développe aucune irritation de la peau, mais c’est un résolutif d’une très faible énergie. (Voy. Formulaire, Poumanes.)

Il n’en est pas de même du proto-iodure de mercure incorporé à l’axonge : c’est là une pommade trop active, et que l'on trouve indiquée à dose élevée dans les formulaires. Elle est très résolutive, mais je suis porté à penser qu'elle doit une grande partie de ses propriétés au mercure. En effet, elle amène la salivation aussi souvent que les onguents mercuriels. La dose d'ivdure de mercure que l’on fait entrer dans sa composition doit varier en raison de l'usage auquel on la destine. Elle doit être formulée à dose beaucoup plus élevée s’il s'agit d'amener la résolution d’un engorgement, et au contraire l’io-

dure doit y entrer à dose très faible quand on emploie cette pommade contre une maladie de la peau. (Voy. Formulaire, POMMADES.) |

Il n'en est pas de même du deuto-iodure de mercure : c'est une combinaison très fixe et très insoluble, mais qui devient très soluble dans l’iodure de potassium, de sorte que si l'on ajoutait ce dernier sel au premier dans une pommade, on aurait une formule très active. C’est d’ailleurs un excellent résolutif, un modificateur puissant de certaines surfaces depuis longtemps malades, et dont il faut changer la vitalité pour en amener la guérison. (Voy. Formulaire, Pommanss. )

2° Médication sulfureuse ou antiherpétique.

Il est peu de médicaments qui aient joué un plus grand rôle dans la thérapeutique des maladies de la peau que le soufre et ses composés. Que l’on reporte ses souvenirs à une époque qui n’est pas encore fort éloignée de nous, et l’on conviendra qu'alors le soufre était le médicament par excellence de la dartre; c'est-à-dire de toutes les maladies cutanées, puisque . toutes recevaient cette dénomination banale. Biett est, dit-on, celui qui a le premier combattu ces tendances : les dermatologistes modernes l'ont suivi dans cette voie, et cependant encore aujourd'hui un grand nombre de médecins n’hésitent pas à prescrire cet agent, quel que soit l'état aigu ou chronique de l'affection, et quelle que soit aussi la forme morbide.

Je suis loin, pour ma part, de rejeter les préparations sulfureuses, je les emploie tous les jours ; je tiens seulement à limiter leur usage aux maladies qui les réclament. Or le soufre et ses composés exercent sur les fonctions digestives et sur toute l'économie une excitation plus ou moins marquée en raison de la préparation que l’on prescrit et de la dose que l'on administre. Cette stimulation toute spéciale, nous en traduisons l'effet en disant : c'est un médicament excitant, mais nous ne pouvons pas encore établir de différence entre le mode d'action que le soufre exerce et celui de l'iode, par exemple; dès lors nous nous trouvons conduit à l'employer par une sorte d'empirisme, parce que l'expérience nous apprend qu'il

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