MÉDICATION SULFUREUSE OU ANTIBERPÉTIQUE
guérit telle ou telle maladie de préférence à telle autre que l'iode guérit moins ou même ne guérit pas. Ce qui ressort cependant de notre expérience, c’est que les sulfureux ne conviennent dans le traitement des affections cutanées que dans les cas où le sujet affecté de la maladie a un tempérament lymphatique plus ou moins dessiné. C’est la condition principale que nous posons à son administration indépendamment de la maladie elle-même. Nous ne comprenons pas ici les maladies qui en réclament plus particulièrement l'emploi. Un eczéma, un herpès, peuvent survenir chez des personnes de tempéraments différents ; s’il y a une certaine liaison du tempérament avec la forme morbide dans la généralité des cas, cette circonstance n'est pas absolue, elle souffre des exceptions qui justifient ce que nous venons d'avancer à l’égard du soufre.
La médication sulfureuse peut être artificielle ou naturelle, en ce sens que l’on s’adresse au soufre et à ses préparations, ou bien aux eaux minérales sulfureuses.—Le soufre peut être administré à l'intérieur et à l'extérieur. La pharmacie présente peu de ressources pour son emploi intérieur. La fleur de soufre en poudre, en pilules ou à l’état de tablettes , et le foie de soufre, sont les seuls composés que l'on puisse prescrire. Or on ne donne guère le soufre à l'état de fleur de soufre lavée ; ce médicament à l'état pilulaire ne contient pas assez de substance active, car il en faut une certaine dose pour produire des effets. Chaque tablette ne renfermant qu'un décigramme de fleur de soufre, il faut donc donner 5 à 12 décigrammes pour obtenir une action stimulante; le malade est ainsi obligé de prendre chaque jour dix à douze tablettes soufrées. On aurait, il est vrai, une action plus énergique si l’on se servait de soufre dit anglais, ou soufre précipité des hydro-sulfates par des acides, car, dans cette préparation, le soufre est dans un état de division extrême et son action a beaucoup plus d'énergie; elle doit certainement être au moins deux fois plus active que celle de la fleur de soufre : aussi ai-je eu la pensée de faire formuler des pilules au soufre précipité, qui peuvent être
prises soit le matin, soit le soir, soit dans le cours de la journée, entre les repas, à l'instar des tablettes. (Voy. Formulaire, TABLETTES et PiLULES.)
Reste donc le sulfure de potassium que Chaussier a mis en évidence dans son sirop formulé au Codex ; mais ce sirop est composé de telle manière qu'il constitue un médicament repoussant, et par son odeur, et par son aspect. Il s’altère à l'air avec une rapidité extrême ; le sulfure se décompose, donne lieu à un sirop d'un blanc jaunâtre qui perd peu à peu de son énergie. Un pharmacien de Paris, M. Crosnier, obtient cette préparation limpide et capable de se conserver : son sirop renferme le quart du sulfure de potassium du sirop du Codex. A la dose d'une cuillerée matin et soir, trois cuillerées au plus par jour, il donne lieu à une action médicamenteuse très suffisante pour les adultes. L'eau de goudron sert d'ailleurs d'excipient à la dissolution, ce qui n’est qu'un avantage. J'emploie souvent ce sirop et j'en obtiens d'excellents effets. (Voy. Formulaire.) Ce choix dans les modes de préparation est loin d’être indifférent : avec des médicaments déjà peu agréables deleur nature, puis repoussants par leur mode de confection, les malades ne font que des traitements incomplets et insuffisants, parce que l’estomac répugne à l’ingestion de ces médicaments. Je ne parle pas à dessein des eaux de Baréges, faites artificiellement avec le sulfure de potassium : elles constituent une tisane que les malades ne veulent pas prendre. Quant aux eaux artificielles de sulfure de sodium cristallisé, évidemment moins désagréables, elles ont l'inconvénient de leur quantité, et dès lors je préfère m'adresser aux eaux minérales naturelles.
Nul doute que ces eaux, comme médication sulfureuse, ne duivent avoir la préférence sur tous les médicaments artificiels, pourvu que les malades en fassent usage à la source même. En effet, elles sont alors prises dans des conditions toutes différentes ; elles sont tièdes, dans toute leur pureté, sans aucune altération de séjour ; chacun prendra deux, trois et quelquefois quatre verres d'eau , c’est un usage général ; chacun