‹ Traité practique des maladies de la peauChapitre 38 sur 77 · HYGIÈNE DES BAINS · texte numérisé non relu

HYGIÈNE DES BAINS

Je consacre quelques lignes à l'hygiène des bains dont je trouve peu de chose dans les auteurs qui ont écrit sur ce sujet, et cependant j'ai vu tant d'accidents survenir par défaut de soins, qu’il me paraît utile de rassembler ici quelques conseils généraux à ce sujet,

Tout bain chaud et aqueux doit être pris à jeun ou au moins après un temps suffisant pour que la digestion stomacale soit accomplie.

Tout bain aqueux et froid exigeant une certaine réaction, il n’est pas convenable de le prendre à jeun, mais il y a danger à le prendre immédiatement après un repas. On compte un certain nombre de décès survenus lors des bains de rivière pris immédiatement après un repas copieux; la mort arrive alors par une congestion pulmonaire et cérébrale. Le mieux, dans les bains de rivière, consiste à favoriser la réaction par une petite quantité de vin généreux prise pendant sa durée, si l’on est à jeun surtout.

Une fois en baignoire, on peut faire usage d'aliments légers

sans aucun inconvénient. Il y a plus, dans les piscines où l’on séjourne plusieurs heures, il est convenable d'y manger pour éviter de se laisser débiliter par ces sortes de bains.

Les bains de mer sont peu favorables à jeun. Chez les enfants surtout, il faut avoir le soin de leur faire prendre un potage une heure avant le bain.

On peut entrer dans un bain de vapeur ou recevoir une douche peu de temps après avoir pris'des aliments, et par cette expression nous n’entendons pas des aliments copieux; de sorte que nous pouvons traduire d'une manière générale ces préceptes hygiéniques, en disant que tout bain qui exige de la réaction ne veut pas un estomac exclusivement à jeun.

Il est un certain nombre de bains qui exigent le repos immédiat pendant une ou deux heures; d’autres demandent, au contraire, un certain exercice. Dans la première catégorie se placent tous les bains en baignoire, soit les bains simples, soit les bains d'eaux minérales. Rien n'est plus favorable aux bains de ce genre que le repos amenant une certaine moiteur qui provient, ou de ce que le bain était émollient, ou de ce qu'il était excitant de la peau par sa nature saline ou sulfureuse. Tout bain qui, par sa nature, amène de la sudation veut un séjour convenable au lit pour la favoriser et l’accrottre.

Il est, en général, sans inconvénient de manger immédiatement après le bain, excepté pour ceux qui amènent une transpiration abondante ; l'estomac ne supporte alors que des aliments légers. Il faut cependant en excepter le bain russe proprement dit; mais celui-ci n'entraîne qu'une sudation momentanée, et les ablutions d’eau froide amènent une réaction que ne procurent pas les autres bains.

L'effet le plus général des eaux minérales, c’est de procurer tout d'abord un surcroît d'appétit : d'une part, parce que la peau fonctionne mieux ; d’une autre part, parce que la personne a généralement quitté la ville pour le séjour à la campagne et au milieu des montagnes. Il est convenable de ne pas trop y satisfaire, sous peine d'amener un trouble de la digestion et un ma-

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laise général. Ceci est, en général, soumis non seulement à l'eau dont on fait usage, mais eneore au climat dans lequel l'eau se trouve.

Sous ce dernier rapport, rien de moins innocent que le climat de la mer, et cependant, aujourd'hui, chacun se rend aux bains de mer par une sorte d'entrainement qui est devenu une mode, une habitude. Il est peu de personnes qui n'éprouvent pas quelque incommodité de leur séjour à la mer.

Si d’abord un bain de mer est loin d’être aussi innocent qu'on le croit généralement, il ne convient qu'à certaines natures ; d’autres y sont influencées de la manière la plus facheuse. Qu'on nous permette donc quelques observations à ce sujet. — Les bains de mer ne sont réellement utiles qu'aux individus d’un tempérament plus ou moins lymphatique. S'ils conviennent à l’enfance, c'est que la prédominance lymphatique est l'apanage de cet âge. Mais dès qu'il s’agit d’un enfant nerveux, le bain de mer peut développer les indispositions les plus fâcheuses. Ces influences sont de deux sortes et dérivent de la nature du bain et de l’état moral de l'enfant. Il y a deux espèces de bains de mer. Ou la mer est calme, et alors l’enfant joue et barbotte dans la mer, qu’on me passe cette expression; il peut rester ainsi cinq ou six minutes, et même huit à dix, si la mer est très calme. Mais si l’on fait prendre à un enfant un bain à une mer tant suit peu agitée, de sorte qu'il faille un baigneur pour l'y conduire et l’y maintenir, alors le bain, qui ne doit avoir que trois minutes à trois minutes et demie de durée, n’est plus un bain innocent. A plus forte raison si, comme on le dit, on prend le bain à la /ame; alors deux minutes et demie suffisent, et beaucoup d'enfants ne peuvent même pas supporter ce bain sans qu'il en résulte une lassitude, une courbature plus ou moins marquée, et souvent un état fébrile avec symptômes congestionnels au cerveau et dérangement dans les fonctions intestinales. ]1 y a donc déjà, sous le rapport du bain, de grandes précautions à prendre. Mais il y a deux manières d'entrer dans la mer : ou on le fait en marchant peu à peu jus-

qu’à ce qu'on ait de l’eau jusqu’à la poitrine ; ou le baigneur saisit l'enfant sur ses bras, le plonge la tête la première en le redressant sur les pieds. Ces deux méthodes se pratiquent pour tout le monde, enfants ou adultes. Le premier mode a quelques inconvénients pour les personnes sujettes aux palpitations et aux étouffements, mais on les évite en prenant la précaution de jeter sur la tête de la personne qui prend le bain un seau d’eau avant de la faire entrer dans la mer. Le second mode prévient toute congestion accidentelle, mais il a sur tous les enfants une influence morale fâcheuse qu'il faut éviter, et cette influence, quoique moins fâcheuse d’ailleurs pour les grandes personnes, existe toujours pour elles. Il serait donc nécessaire que les deux modes fussent employés suivant les besoins dans tous les ports de mer, et que le médecin, interrogeant à cet égard le naturel des malades, prescrivit l'un ou l'autre, car l’un des deux n’a pas d'avantages sur l’autre.

En thèse générale, la durée d’un bain de mer médicamenteux, et quand il n’y a pas de natation, ne doit pas dépasser cinq minutes. Si la personne nage, ce n’est plus le bain de mer ordinaire, c'est un exercice dans une eau fortifiante, sans sensation du froid et du choc de la lame.

Après tout bain de mer on doit prendre un bain de pieds chaud, surtout les enfants, et recevoir, en sortant de la mer comme en y entrant, un seau d'eau sur la tête

Un bain de mer doit être suivi de réaction ; il faut donc s’essuyer très rapidement en se frictionnant, s'habiller très vite et faire une course à pas rapides.

Ïl existe un autre bain de mer quin’est pas moins important que le bain de mer à l’eau. Beaucoup de médecins envoient à la mer des convalescents qui ne peuvent pas prendre de bains, mais qui viennent respirer l'air de la mer. Ces malades sont amenés dans des chaises à porteurs au bord de la mer et y séjournent deux, trois ou quatre heures sur les galets: c’est l’habitude des ports de mer. Nous regardons cette habitude comme une des plus fâcheuses. Un malade convalescent placé au

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